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clio-statue-2.jpgLa PLUME ? Celle dont je me sers pour vous écrire ces chroniques... Le ROULEAU ? Celui de la muse antique CLIO, sur lequel est écrite l'HISTOIRE de l'humanité... 

Tandis que la tyrannie des média tente de noyer les citoyens sous un déluge de "news" et menace de les transformer en consommateurs sans mémoire, je vous invte à : 

   - (re)découvrir des épisodes historiques, souvent étonnants mais parfois oubliés, à travers PRES DE 200 CHRONIQUES  

 - (re)placer ces moments d'Histoire en perspective avec l'actualité pour en décrypter la résonance immédiate

La Gauche française a toujours rejeté l'ELECTION PRESIDENTIELLE au suffrage universel direct... jusqu'à ce qu'un président socialiste soit élu (1981) ! Décryptons l'évènement du mois en retrouvant une chronique écrite en 2007 mais qui n'a rien perdu, loin de là, de sa brûlante actualité... 

Merci de vos commentaires et bonne lecture !

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Lundi 22 mars 2010 1 22 /03 /Mars /2010 01:05

Chèr(e)s ami(e)s et fidèles lecteur(trice)s des Chroniques de la Plume et du Rouleau, 


C’est à nouveau à un voyage dans le temps auquel je vous convie aujourd’hui avec, comme à l’habitude, divers clins d’œil à notre époque, voire notre enfance. Exceptionnellement, le sujet traité n’aura pas de résonance directe dans l’actualité la plus immédiate. Encore que… Avec l’Histoire, on ne sait jamais…

 

Actionnons notre machine à remonter le temps et franchissons 50 ans pour nous retrouver tout d’abord le 5 octobre de l’an de grâce 1960. Dans la France gaullienne qui commence à écouter du rock n’ roll sur des tourne-disques et dont les enfants partent à la guerre d’Algérie, ce 5 octobre est le jour de la sortie, sur les écrans de cinéma, d’un long métrage d’André Hunebelle, œuvre qui suscite immédiatement l’enthousiasme de la critique.. Lequel ?

Le Capitan affiche 

« Le Capitan » appartient à un genre alors très en vogue : celui des films « de cape et d’épée ».

 

Il n’y a pas (évidemment) de trucages numériques et les prises de vues ont été faites en décors extérieurs naturels, dans des paysages très jolis et parfaitement authentiques (à Monpazier, aux châteaux de Hautefort et de Biron en Dordogne, dans la forêt de Fontainebleau et au château de Val dans le Cantal) tandis que les cascades (combats à l’épée, murailles à gravir…) ont été réalisées sans trucage (et même parfois sans doublure ni sécurité – nous le verrons plus loin - : le genre de chose évidemment impensable aujourd’hui !). Les moyens déployés ont du reste été importants : pour la scène de combat finale, quarante escrimeurs sont ainsi mobilisés pendant trois jours et filmés par quatre caméras.

 

Il n’y a pas non plus de son surround-THX (la bande-son est encore en « mono » !) ni de 3D mais les spectateurs s’esbaudissent devant les deux chansons (dont une en duo !) interprétés par les acteurs et à la vue des couleurs en « Eastmancolor » et en « Dyaliscope » (honnêtement, j’ignore ce que recouvre ces modalités techniques).

 

Et quels acteurs (aujourd’hui tous décédés) ! Le film en réunit une pléiade, parmi lesquels :

-          Jean Marais : le héros (forcément) François de Capestang, bondissant, intrépide, honnête et droit et qui, l’épée à la main, défend le jeune roi de France Louis XIII contre les menées d’infâmes comploteurs. Athlétique, jamais doublé et en grande forme, l’acteur a déjà pourtant 47 ans.

-          Bourvil : son valet Cogolin, faire-valoir comique et émouvant et qui interprète deux chansons

-          Guy Delorme : (ci-dessous) indéboulonnable figure du « méchant » dans les films de l’époque (Les trois mousquetaires, Fantômas…), ici dans le rôle de Rinaldo, un spadassin sans scrupule

(mentionons également une fugace apparition de Paul Préboist dans un inhabituel rôle de vide-gousset)

 

Jean Marais CapitanVoici donc un grand film d’aventure bien français, plein de vieux châteaux, de gentilshommes galants et courageux, de princesses qui se pâment à la moindre contrariété, de jolis costumes, de robes scintillantes, de chapeaux à plumes, de bagarres, de bons sentiments, d’amour et d’action.

 

Il faut dire qu’Hunebelle a su ressusciter le souffle du roman éponyme paru plusieurs décennies auparavant. Lequel ?

 

Actionnons de nouveau notre machine à remonter le temps et franchissons un peu plus de 50 ans pour nous retrouver en… 1906. Cette année-là parait, en effet, le livre « Le Capitan » : un ouvrage écrit par un auteur aujourd’hui largement tombé dans l’oubli : Michel Zévaco. Né à Ajaccio en 1860, ce Corse, d’abord professeur de lettres, devient journaliste et se fait remarquer par de dangereuses tendances socialo-anarchistes qui lui coûtent deux séjours en prison dans les années 1890.

 

Assagi, Zévaco devient, à la Belle Epoque (= avant 1914), un célèbre feuilletoniste de journaux en publiant des romans de cape et d’épée découpés en épisodes (ex. Les Pardaillan - 1902) dans des quotidiens populaires à gros tirages. Si Zévaco se situe dans la veine d’un Alexandre Dumas, ses intrigues mettent en scène des personnages issus du peuple ou bien des aristocrates de petite noblesse (tandis que Dumas privilégie, à l’inverse, les classes bourgeoises et la haute aristocratie pour composer des personnages plus prestigieux). Jean-Paul Sartre en fut, notamment, un fervent admirateur : il estimait que Zévaco était « un auteur de génie (qui), sous l’influence de Hugo, avait inventé le roman de cape et d’épée… républicain (…) Ses héros (…) protégeaient par bonté d’âme des rois enfants ».

 

Parlons donc de ces « rois enfants » pour dire quelques mots de l’intrigue (assez touffue) du « Capitan », qui va nous conduire vers la chronique d’aujourd’hui.

 

L’intrigue du « Capitan » se déroule en 1617, à la cour du jeune roi Louis XIII (il a presque seize ans). Quoique le roi soit à cette date « juridiquement » majeur, le jeune Louis XIII ne règne pas, dans les faits, sur le royaume de France. Pourquoi ? C’est que, depuis 1610 (et la mort du bon roi Henri IV, assassiné par Ravaillac), sa mère, la reine Marie de Médicis exerce une « régence » : un pouvoir temporaire. Or, le « temporaire » dure… il dure… Il s’éternise et sert les intérêts d’un dénommé Concino Concini : un drôle de personnage dont Marie de Médicis a fait son « favori » et qui est devenu, dans les faits, une sorte de Premier Ministre. Concini est un Italien, il a un visage de traître et des méthodes brutales : il fait ainsi éliminer par ses tueurs à gage tous ceux qui s’opposent de près ou de loin à son ambition ultime. Et cette ambition est simple : renverser le roi Louis XIII !

 

Diantre.

 

Oui mais voilà, les tueurs de Concini, tentant d’assassiner une dénommée Gisèle d’Angoulême, croisent un jour, par hasard, la route d’un simple chevalier de province (François de Capestang) courageux et honnête, que ses talents de bretteur conduisent à occire proprement quelques-uns des sicaires conciniens. Impressionné par ses talents, Concini propose alors à Capestang de… conspirer avec lui en l’employant comme espion ! Injure suprême qui indigne l’âme bien trempée du héros, évidemment fidèle à son roi... La situation se dramatise nettement quand, quelque temps après, Concini fait kidnapper la belle Gisèle d’Angoulême (dont Capestang est précédemment tombé amoureux). Ce n’est pas tout, Concini en rajoute dans la forfaiture en faisant tuer le père de Béatrice de Beaufort (une amie de Gisèle) tout en faisant croire à cette jeune fille que son père n’est qu’emprisonné et pourrait être libéré si elle se montre « coopérative »…

 

Crimes, mensonges, menaces, traîtrises… Il suffit ! Tout est en place pour que le héros retrousse ses manches et mettent une bonne raclée à toute cette racaille afin de restaurer l’autorité légitime du jeune godelureau royal. Et c’est ce qui advient (naturellement).

 

« Quelle imagination, ce Zévaco ! » direz-vous… Et pourtant.

 

Qui sait aujourd’hui que ce Concini a réellement existé ? Qui connait la trajectoire incroyable de ce personnage, elle-même au-delà de la fiction échevelée de Zévaco ? Qui se rappelle que cet homme fut effectivement un des plus riches et exerça une influence auprès de la régente Marie de Médicis, très supérieure à sa condition pendant plusieurs années ? Qui sait le rôle et l’influence qu’exerça sa femme (Leonora Galigaï) auprès de la reine Marie de Médicis, femme d’Henri IV ? Qui se souvient de ce qu’il advient de ces deux personnages ?

 

Personne. Ou presque. Le nom de « Concini » est aujourd’hui quasiment tombé dans l’oubli.

 

C’est incroyable.

 

C’est que, au royaume des « infâmes » et des « éminences grises », Concini a, depuis, été remplacé par Richelieu, à la noirceur excessivement popularisée par les romans d’Alexandre Dumas. Ce dernier, en réalité, l’a fait pour des raisons purement romanesques puisque le susdit cardinal fit, au contraire, beaucoup pour la stabilité, l’organisation et l’influence internationale du royaume de France. Qu’importe : Richelieu reste, dans l’imaginaire collectif, le roi de la manigance et du pouvoir occulte, l’archétype du personnage de l’ombre qui prend les commandes réelles du royaume en lieu et place d’un roi sympathique mais faible. Ce n’est pas exactement la réalité. A l’inverse, le nom de Concini n’est aujourd’hui connu que de quelques érudits.

 

Vous allez désormais en faire partie !

 

Je vous invite donc à la lecture de cette passionnante chronique qui va nous entrainer, trois siècles en arrière, dans le Paris du XVIIème siècle, au château du Louvre (aujourd’hui détruit) et dans les arcanes des luttes de pouvoir au sein de la société aristocratique qui entoure le roi. Actionnons de nouveau notre machine à remonter le temps et enfonçons-nous encore davantage dans le passé, à la recherche d’une réalité encore plus passionnante que la fiction même si elle est, au final, assez éloigné des intrigues du roman de Zévaco.

 

Nous sommes maintenant en novembre 1600.

 

Henri IVA cette date, une flotte italienne de seize vaisseaux arrive à Marseille. Le vaisseau amiral de cette flotte transporte (apporte ?) en effet au roi de France Henri IV quelque chose qui va changer sa vie : sa future femme, Marie de Médicis, une femme de 27 ans (elle est née en 1573) et qui, à l’issue de tractations diplomatiques,  lui a été promise depuis déjà la fin décembre 1599 et qu’il attend depuis cette date. Revenons rapidement sur son parcours en ouvrant au passage quelques pages parfois croustillantes de l’histoire de France, ce qui nous permettra de voir comment les « petites » histoires rejoignent la « Grande ». Car Henri IV a toujours été épris des femmes. Passionnément. Grâce à sa correspondance (très fournie : 3 000 lettres  d’amour !), les historiens se sont efforcés de dénombrer les maîtresses de sa vie (1553 – 1610) : plus de 70...

 

1572

 

En 1572, tandis qu’il n’est encore que simple roi de Navarre, Henri, parce qu’il est apparenté de façon éloignée aux Capétiens de France, est d’abord marié une première fois avec Marguerite de Valois, sœur du roi de France Charles IX. Protestant, il épouse (sur le parvis de Notre-Dame de Paris) une catholique dans un but purement politique d’apaisement entre les deux partis religieux qui se livrent une guerre sanglante. Peine perdue. Dans une atmosphère de forte nervosité, trois jours après les noces, la fête dégénère en un massacre de 3 000 Protestants, le 24 août 1572, jour de la Saint Barthélémy…

 

Henri IV ne vit heureusement pas seulement dans une atmosphère de drame et de sang. Il accumule les liaisons et les conquêtes qui vont, évidemment, lui coûter cher. Car, pour toutes ces belles, Henri va dépenser sans compter son temps et son argent et, une fois monarque, va les couvrir de cadeaux, de privilèges, de fonctions, de prérogatives ou d’actifs divers générant des revenus sous forme d’impôts (car au final, vous l’avez compris, c’est toujours le bon peuple qui paie). Parmi tous ces amours, on dénombre de jeunes « tendrons faciles » mais, surtout, d’honnêtes femmes mariées (à des maris complaisants) de l’aristocratie, telle Diane d’Andoins (de 1583 à 1587).

 

1589

 

Vingt-deux ans plus tard, en 1589, Henri, toujours roi de Navarre, combat les ultra-catholiques de la Ligue en mettant le siège devant Paris en compagnie des troupes du roi de France Henri III. A cette occasion, le Béarnais et ses soldats établissent leurs quartiers dans le couvent des Bénédictines de Montmartre. Nullement étouffé par la religion mais séduit par les charmes de certaine moniale, Henri (il a 36 ans) utilise cette occasion pour attirer dans sa couche la dénommée Catherine de Beauvilliers (18 ans et des vœux de chasteté temporairement mis de côté). Ce n’est pas tout : quelques semaines plus tard, il récidive à l’abbaye des Clarisses de Longchamp avec Catherine de Verdun (20 ans). Quelque temps plus tard, il les remerciera (de leurs bons offices) en les faisant respectivement abbesse de Pont-aux-Dames (à l’est de Paris) et abbesse de Saint-Louis-de-Vernon (en Normandie). Une sorte de « promotion-bénitier », quoi…

 

Revenons plus sérieusement à la trajectoire politique d’ « Henri de Navarre », laquelle va s’accélérer cette année-là.

 

Car, de façon imprévue, après la mort des rois de France François II (en 1584) puis Henri III (en 1589), sans héritiers, Henri de Navarre devient, de jure, au terme des lois traditionnelles dynastiques, l’hériter de la couronne de France.

 

1593

 

Henri abjure officiellement le protestantisme le 25 juillet 1593. Il ceint la couronne de France en 1594 et devient « le bon roi Henri IV » : un monarque qui devient vite célèbre et apprécié pour sa décontraction, sa sympathique paillardise et ses amours extraconjugales pittoresques (et également détesté pour l’augmentation des impôts dont il accable le peuple).

 

A cette époque de sa vie, sa maîtresse attitrée est Gabrielle d’Estrées. Il en est sincèrement épris et songe à l’épouser, d’autant qu’il a un fils (César, né en 1594) avec elle. Rapidement, on annule le mariage de la belle (il faut une dispense religieuse). Mais pour ce qui est du roi, les choses sont plus compliquées : le pape Clément VIII est, en effet, peu désireux de voir un souverain s’affranchir gaillardement des sacrements de l’Eglise pour épouser une concubine et légitimer a posteriori un enfant naturel… Il refuse mordicus de donner ce consentement à cette manœuvre matrimoniale, malgré l’argument pourtant imparable d’Henri IV : l’absence d’héritier issu de son union légitime avec Marguerite de Valois. La situation n’avance pas.

 

1599

 

La mort subite de Gabrielle d’Estrées, en avril 1599, change cependant la donne. Le bon roi Henri se console rapidement de Gabrielle en prenant une nouvelle compagne : Henriette d’Entragues, marquise de Verneuil. Il en est (comme des autres) follement épris. En octobre 1599, il va même jusqu’à rédiger une promesse de mariage (avec une habile clause suspensive), valable à partir du moment où Henri IV obtiendrait, enfin, du souverain pontife l’annulation de son mariage avec Marguerite de Valois : « Nous, Henri Quatrième, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, promettons et jurons devant Dieu, en foi et parole de roi, à messire François de Balzac, sieur d’Entragues, chevalier de nos ordres, que nous donnant pour compagne demoiselle Catherine Henriette de Balzac, sa fille, au cas que dans six mois à commencer du premier jour du présent, elle devienne grosse et qu'elle accouche d'un fils, alors et à l'instant nous la prendrons à femme et légitime épouse, dont nous solenniserons le mariage publiquement et en face de notre Sainte Église, selon les solennités en tel cas requises et accoutumées (...). Aussitôt après que nous aurons obtenu de notre Saint Père le pape la dissolution du mariage entre nous et Madame Marguerite de France, avec permission de nous marier où bon nous semblera ». Pour ce qui est de l’annulation, c’est bientôt fait.

 

Mais Henriette accouche, hélas, d’un enfant mort-né et, contre toute attente de sa part, Henri IV et son entourage se mettent à réfléchir à une alliance conjugale autrement plus productive pour le royaume de France. Les savantes réflexions politico-matrimoniales aboutissant à écarter toute alliance avec l’Espagne, on s’avise que la demoiselle italienne Marie de Médicis (nièce du grand-duc Ferdinand de Toscane) est, elle, toujours célibataire. Après quelques négociations, il est décidé, fin 1599, que l’une épouserait l’autre et vice-versa. C’est une bonne affaire pour Henri IV : celui-ci est en effet endetté de plus d’1 million d’écus d’or envers… le défunt père de Marie de Médicis. Or, l’oncle de celle-ci a eu la bonne de doter sa nièce de… 600 000 écus d’or et qui vont donc venir en compensation des sommes dues à la famille Médicis !

 

Nous voici maintenant, donc, en fin de l’année 1600.

 

En grande pompe, Marie de Médicis, prend la mer de son Italie natale et cingle vers la Provence. Elle est loin d’être seule. Les quinze vaisseaux qui accompagnent sa propre galère emportent au total 2 000 Italiens qui, à un titre ou à un autre, entendent bien participer aux agapes et profiter des festivités qui s’annoncent grandioses. Les autorités françaises, elles, ont totalement sous-estimé cet afflux d’invités.

 

Et quels « invités »… Le niveau est très inégal et certains ressemblent davantage à des parasites... On trouve la cour de Toscane, l’entourage personnel de Marie et évidemment des représentants de la grande noblesse toscane et vénitienne. On trouve aussi des gens objectivement peu recommandables. Citons deux personnages parmi toute cette brochette. Ca tombe bien : ce sont ceux qui vont nous occuper…

 

Leonora ConciniAuprès de Marie de Médicis, on trouve d’abord Leonora Galigaï, sa suivante, sa confidente, sa « sœur de lait » (une expression qui désigne le fait qu’elles ont été élevées ensemble par la même nourrice : la propre mère de Leonora). Cette femme (elle a 32 ans et est donc plus âgée de 5 ans que Marie de Médicis) est apparemment assez laide : ses contemporains la décrivent (certainement perfidement) comme petite, trapue, au teint sombre et aux petits yeux vifs et hallucinés. Fille d’un menuisier et d’une blanchisseuse (employée comme nourrice par les Médicis) son prénom est en réalité Dianora et son nom de famille Dori (ou Dosi). Mais Marie de Médicis l’ayant toujours appelée « Leonora », c’est ce nom qui lui est resté.

 

Depuis son enfance, « Leonora » côtoie donc Marie de Médicis et exerce sur elle une influence notoire. Ses contemporains la haïssent pour cela. Ils la craignent aussi évidemment, tant son pouvoir sur la jeune héritière toscane, généralement décrite comme, à l’inverse, influençable et peu vive d’esprit, est avéré. Leonora inquiète également par son étrange comportement : elle a des sautes d’humeur, elle fait des crises de nerfs, elle ressent des sensations d’étranglement, d’étouffement et se met parfois à hurler soudainement de douleur. On considère aujourd’hui qu’elle aurait pu souffrir d’hystérie ou d’épilepsie. Mais à l’époque, naturellement, il n’y a point d’un tel diagnostic : seulement des médecins qui lui pratiquent les saignées, des apothicaires qui lui administrent des potions et des prêtres qui tentent de l’exorciser.

 

En 1599, Leonora a appris la nouvelle du futur mariage avec satisfaction. Fin 1600, quelque temps avant le départ, elle s’est fait officiellement adopter par la famille Galigaï, une très ancienne et prestigieuse famille italienne mentionnée par Dante lui-même : cette procédure lui permet de revendiquer désormais une appartenance nobiliaire à laquelle sa naissance originelle ne lui donnait pas droit.

 

Tout ce qui brille n’est pas or, loin de là, autour de Marie de Médicis. Et parmi la foultitude d’Italiens qui ont réussi à être du voyage, un homme, aussi, doit retenir notre attention : un dénommé Concino Concini, jeune homme hardi qui porte beau mais est en réalité un véritable gibier de potence.

 

Concini 1Issu de la famille noble des comtes de la Penna, Concini, en 1600, a autour de 25 ans (sa date de naissance n’est pas totalement avérée). Quoique son nom et sa fortune familiale lui aient d’abord permis de faire des études à Pise, Concini a exigé sa part de la fortune paternelle dès l’âge de 18 ans. Il l’a alors dépensée en « garces, en voluptés et autres friponneries » disent ses contemporains, semblant également au passage avoir contracté le « mal de Naples » (la syphilis, ou vérole, maladie vénérienne contagieuse et infectieuse qui est, à une époque où la pénicilline n’a a pas encore été découverte, ce que le SIDA est au XXIème siècle…) Concini a ensuite vécu d’expédients : garde du corps du cardinal de Lorraine, escroc, croupier, gigolo auprès d’homosexuels, comédien travesti… Cet aventurier sans scrupule est finalement parvenu à s’insinuer dans l’entourage du grand-duc Ferdinand de Médicis, qui le tolère et… a même approuvé son embarquement avec la suite des invités au mariage de Marie de Médicis.

 

Qui se ressemble s’assemble et, naturellement, durant la traversée, Concini approche Leonora Galigaï, entreprenant de la séduire avec beaucoup d’assiduité…

 

L’énorme cortège bigarré débarque à Marseille le 9 novembre 1600, devant des autorités françaises ahuries par ce nombre imprévu de convives et de voyageurs qui entreprennent de remonter le Rhône, en direction de Lyon où doit avoir lieu la cérémonie de mariage. Leonora, de son côté, est de plus en plus conquise par le charme de son compatriote qu’elle couvre de cadeaux.

 

Dès lors Concini ne perd pas de temps. A partir d’Avignon, il affiche ouvertement sa fraîche liaison avec Leonora. Et celle-ci obtient de Marie de Médicis, après quelques réticences, qu’elle l’autorise à se… fiancer avec Concini ! Les affaires vont vite pour l’entreprenant pisan.

 

Il n’est pas seul à être pressé : le 17 décembre 1600, à Lyon, le roi de France Henri IV rencontre officiellement et pour la première fois sa future, Marie de Médicis. Jovial et sympathique, le roi embrasse la promise et sa suivante comme du bon pain. Une messe est prévue à Lyon avant que le mariage ait lieu ensuite officiellement à Paris. Le jour même, le cardinal Aldobrandini célèbre donc son office mais, sans attendre, le soir même, Henri IV s’enferme gaillardement dans sa chambre avec sa nouvelle femme : il n’a cure d’une cérémonie ultérieure et consomme promptement le mariage. Cette façon cavalière n’est pas forcément du goût de la jeune épousée qui se plaindra ensuite de la mauvaise odeur de son nouveau mari. Mais qu’importe. Voilà une bonne chose de faite !

 

Après les transports de joie des premiers moments, le royal hyménée bute cependant immédiatement sur des dissensions entre les nouveaux époux… Car Henri IV est un roi bien informé et un politique habile : il est au courant de l’influence que Leonora Galigaï exerce sur la reine et de l’influence que, à son tour, l’aventurier Concini (à la très mauvaise réputation) exerce sur Leonora. ll s’oppose au mariage des deux tourtereaux (dont l’un est loin d’être un perdreau de l’année !) et refuse aussi que Leonora soit nommée « dame d’atour » de la reine : une position importante qui lui donnerait un accès privilégié à l’intimité du couple royal et potentiellement à diverses affaires d’état plutôt confidentielles. Pour ce poste, il faut, estime-t-il, que Leonora épouse un Français de bonne notoriété et non un individu de sac et de corde comme Concini.

 

Ce point-là également réglé de façon expéditive, Henri IV laisse Marie de Médicis partir pour Paris et, de son côté, s’en va… rejoindre  sa maîtresse Henriette d’Entragues. Le bon roi Henri IV est en effet un homme fidèle… à ses amours successives (et parfois simultanées !)

Et la suite ? La voilà...

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Par La Plume et le Rouleau - Publié dans : Personnalités célèbres
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Lundi 22 mars 2010 1 22 /03 /Mars /2010 01:04

Chèr(e)s ami(e)s et lecteur(trice)s de la Plume et du Rouleau,

 

Henri IV vient de se marier : une bonne chose de faite, il peut enfin aller rejoindre sa maîtresse... 

 

1601

 

Inutile de dire que le voyage de sa nouvelle épouse Marie de Médicis vers Paris, seule mais escortée de 2 000 cavaliers, se révèle morose. Arrivée au Louvre le 8 février 1601 (soit après presque deux mois de voyage !), qui est résidence royale, Marie de Médicis a le moral dans les bas de soie. Elle ne sait plus comment faire face aux crises d’hystérie de Leonora, lesquelles redoublent dans cette situation d’amours contrariées.

 

Pourtant, quoique psychopathe, Leonora comprend que, pour parvenir à épouser Concini, ce n’est pas à partir de Marie de Médicis qu’il faut tenter de fléchir le roi mais à l’aide de la maîtresse de celui-ci, dont l’influence sur le monarque est évidemment supérieure. Leonora Galigaï puis Concini lui-même lui rendent donc visite l’un après l’autre. Henriette d’Entragues semble croire qu’elle a plutôt à gagner à se concilier les grâces de la plus proche confidente de sa rivale légitime : elle intervient auprès d’Henri IV qui se laisse fléchir.

 

Le 5 avril 1601, Leonora Galigaï est officiellement nommée « dame d’atour » de la reine tandis que Concini est, lui, nommé « premier maître d’hôtel » de la reine. Le 12 juillet 1601, Leonora Dori-Galigaï épouse Concino Concini et les jeunes mariés, dotés personnellement par la reine,  s’installent donc au Louvre, dans l’appartement « de fonction » de Leonora situé au-dessus de celui de Marie de Médicis : un trois-pièces richement décoré.

 

Le 27 septembre 1601, le royaume est en liesse : un héritier au trône de France est né, le jeune Louis, futur « Louis XIII ». Pendant ce temps, l’ascension du couple infernal Concini s’enclenche.

 

Elle se traduit d’abord par un enrichissement rapide et important : grâce à leur position centrale dans la gestion des affaires privées royales, Concini et « la Galigaï » monnayent leur entregent en contrepartie de pots-de-vin et d’avantages en nature divers. Concussion, corruption, trafic d’influence : ces méthodes ne leur sont pas propres, à vrai dire. Elles sont de toutes les époques et de toutes les organisations sociales. Nous l’avons notamment vu dans la chronique de 2009 relative à Jacques Cœur (XVème siècle). Elles ne sont du reste évidemment pas absentes de nos sociétés modernes, démocratiques et soi-disant transparentes, loin de là. La caractéristique de cette époque, en revanche, c’est que ces pratiques ne sont ni interdites ni même contrôlées : il est permis de s’enrichir à titre personnel en profitant de la position sociale que l’on occupe, à condition de ne pas porter directement et ouvertement préjudice au Roi.

 

Concini 1A partir de 1601, les affaires du couple Concini prospèrent donc, joliment mais, encore, raisonnablement. Ils sont mariés sous le régime de la séparation de biens et, pour sa part, Leonora achète un hôtel particulier situé rue de Tournon à Paris (14 000 écus) et le château de Lésigny-en-Brie (100 000 écus y compris les travaux) grâce aux fortes sommes que la reine Marie de Médicis lui octroient. Ces biens matériels la rendent-elles heureuse ? Pas sûr, la pauvre femme reste affreusement tourmentée par ses crises pour le soin desquelles toutes les charlataneries sont bonnes : lait de nourrice qu’on lui recommande de téter, sacrifice d’un pigeon que l’on fait sur sa tête ( ! ) et nombreuses incantations visant à chasser les démons… Dans ce siècle encore marqué par de vives superstitions, ces diableries inquiètent fort.

 

Concini, de son côté, obtient de devenir « Premier Ecuyer de la Reine ». Ce poste qui lui permet désormais, à l’égal des « Princes du sang » (= biologiquement apparentés), de pénétrer à cheval ou en carrosse au Louvre : ce privilège rare scandalise et attise les rancœurs. Dés lors, même si, en 1608, en compagnie de la princesse de Condé, Henri IV accepte d’être le parrain de la fille Concini, le roi, pourtant, commence à évoquer son agacement et la possibilité de renvoyer les Concini au-delà des Alpes…

 

Car leur enrichissement l’étonne, un jour qu’il est invité dans leurs appartements. « Mais, lui dit Concino Concini en s’inclinant, non sans manière de provocation, il n’y a là que les dons de Votre Majesté… » Las, irrité, Henri IV ne se résout pourtant pas à une décision d’expulsion, peu désireux d’entamer cette pomme de discorde avec une épouse au caractère déjà impossible. Car l’influence des Italiens est désormais un sujet récurrent de désaccord conjugale. Elle l’est tellement que Marie de Médicis va même un jour jusqu’à gifler Henri IV avant que le bon conseiller Sully n’intervienne et apaise la situation en donnant un conseil de bons sens : « Renvoyez les Concini en Italie et Henriette d’Entragues au Canada ».

 

1613 - 1605

 

Renvoyer les Concini : plus facile à dire qu’à faire et, malheureux en mariage, Henri IV ne l’est pas davantage dans sa liaison extraconjugale avec Henriette d’Entragues : s’il a en effet eu 2 enfants avec elle (1601 et 1603) celle-ci, à partir de 1604, n’a pas hésité à… comploter contre son royal amant pour faire reconnaitre son fils aîné Gaston-Henri comme Dauphin au détriment du jeune Louis XIII. Sans succès évidemment. Henri IV lui en veut-il ? Non point. Avec Henriette d’Entragues comme, du reste, avec toutes les femmes, Henri IV est infiniment faible. Le chanoine Giovaninni l’écrit avec effarement : « Le roi est complètement enchainé par l’amour de cette femme. On raconterait cela à quelqu’un, cela passerait pour une fable ».

 

Lassé, de dépit, Henri IV veut prendre une nouvelle concubine probablement plus, disons, « malléable » (façon de parler…) : la jeune Jacqueline de Bueil qui a un peu moins de… 16 ans. Fidèle (si l’on peut dire) à son habitude, Henri IV cherche d’abord à marier Jacqueline de Bueil avant d’en faire son amante. Mais celle-ci est déjà promise à François de Bassompierre, marquis d’Haroué et ami d’Henri IV. Ce serait un mauvais coup à faire à cet ami. Le roi  le dissuade alors et lui assène son argument-massue : « Ventre saint-gris, n’aie point de regret ! Tu eusses été le plus grand cocu de France ! » Le choix de l’infortuné promis de Jacqueline fait alors l’objet de considérations tactiques : on choisit son propre cousin germain, le prince de Condé… plutôt porté sur les éphèbes et dont on espère dont qu’il sera peu regardant sur les royales escapades extraconjugales de sa future. Mauvais choix : nous verrons plus loin pourquoi.

 

Henri IV, toutefois, n’a pas que ces graves problèmes à régler. Il doit également se battre sur un autre front : Marie de Médicis ne cesse de l’aiguillonner pour être « sacrée ». Qu’est-ce à dire ?

 

En France, on le sait depuis la guerre de Cent ans, on a exclu que les femmes puissent monter directement sur le trône en tant que reine : on a exhumé pour cela, dans des conditions plus que contestables, une obscure loi de l’époque mérovingienne (dite des Francs « Saliens ») qui excluait pour les filles tout héritage de biens immobiliers. On a allègrement étendu ces dispositions à l’origine purement civiles au royaume de France et on a fixé la norme, une bonne fois pour toutes.

 

Intercesseur sur Terre des forces divines, roi « par la grâce de Dieu », possesseur de facultés surnaturelles (la guérison des « écrouelles » - tuberculose) et doté d’un prestige que lui confère la cérémonie religieuse du « sacre », le roi n’en demeure pas moins mortel. En cas de décès, la couronne n’est jamais vacante : « le roi est mort, vive le roi ! » : il y a toujours un héritier quelque part. Et quand celui-ci est trop jeune (la majorité a été fixée à 13 ans par l’ordonnance de 1347), un « conseil de régence » est nommé. La reine peut en faire partie mais rien n’est non plus garanti sur ce point.

 

Marie de Médicis, cependant, semble avoir la stature politique pour une telle responsabilité. Depuis 1603, le roi Henri IV (et surtout son conseiller Sully) a commencé à la former aux affaires publiques : elle est membre de droit du conseil du roi. Elle ne s’y rend en réalité quasiment jamais mais perfectionne sa formation au sein d’un « conseil de la reine » créé en 1605 et destiné à gérer son patrimoine personnel. Elle s’initie à la gestion, au droit, aux coutumes commerciales, à l’organisation administrative du royaume et acquiert des notions de finances publiques.

 

En 1609, le peintre Pourbus réalise un portrait de la Marie de Médicis revêtue d’un manteau à fleurs de lys : c’est la première fois dans l’histoire du royaume de France. Au-delà d’une simple épouse, au-delà de potentielles intrigues de couloirs ou d’alcôve, la reine Marie de Médicis a acquis, de fait, une stature d’état.

 

Et s’il advenait que celle-ci fut « sacrée » (ce qui n’a rien d’automatique dans les traditions monarchiques françaises) donc couronnée et ointe de l’huile ad hoc (et même si elle ne disposerait pour autant d’aucune faculté surnaturelle) la reine viendrait cependant à acquérir un prestige autrement supérieur… Et, en ces temps troublés, l’espérance de vie est faible, surtout pour un monarque tel qu’Henri IV, qui se dépense sans compter dans des activités de toutes sortes et qui va bientôt, de plus, partir une nouvelle fois à la guerre. Voyons cela.

 

1610

 

Pour une question de succession dans le duché de Luxembourg, Henri IV a levé une armée de 230 000 hommes L’affaire, en réalité, n’est pas uniquement politique : elle est aussi… sentimentale et concerne Jacqueline de Bueil ! En effet, son mari le prince de Condé, précisément choisi parce qu’on le disait efféminé, a, contre toute attente, très mal vécu d’être cocufié par son royal cousin Henri IV. Mécontent, il se met d’abord à maltraiter sa femme par mesure de rétorsion puis, bientôt, fou de rage, il l’emmène de force à Bruxelles (possession espagnole) où il l’emprisonne. L’Espagne, habilement, propose alors à Condé un marché : si Henri IV venait lui déclarer la guerre et à perdre la vie, elle appuierait les prétentions de Condé au trône de France. Car la famille de Condé est apparentée aux Bourbons et le prince est, derrière les enfants légitimes d’Henri IV et le futur Louis XIII, le prochain prétendant en ligne de succession !

 

D’un tempérament chevaleresque et alarmée par ces menaces, bien décidé à récupérer sa belle et à mettre la main sur le Luxembourg, Henri IV s’apprête à déclarer la guerre à l’Espagne (rappelons que l’empire des Habsbourg est un empire hispano-germanique) et doit rejoindre son armée le 19 mai 1610.

 

Henri IV assassinat-copie-1D’abord, Henri IV a longtemps résisté aux exigences de sacre de Marie de Médicis. Il cède maintenant. S’il venait à mourir, il est nécessaire d’assurer la stabilité de la couronne. Or, le prince de Condé, le prince de Conti et le comte de Soissons (les « princes du sang ») pourraient voir leurs appétits aiguisés en cas de « régence d’absence » et, a fortiori, de « régence de minorité » (du Dauphin).

 

Le 13 mai 1610, Marie de Médicis est officiellement sacrée reine à la basilique de Saint-Denis.

 

Le 14 mai 1610, le roi passe en carrosse rue de la Ferronnerie : un géant roux surgit de la foule et lui plonge un poignard dans le cœur. Ravaillac devint le régicide le plus célèbre de l’histoire de France.

 

Car Henri IV meurt dans des délais très brefs, malgré de dernières et tragiques paroles lénifiantes « Ce n’est rien… ». Nous ne nous étendrons pas sur les circonstances de sa mort ni sur d’éventuels complots à l’origine de celle-ci. Disons simplement que de nombreux ouvrages, érudits et inégalement convaincants, émettent diverses hypothèses sur les commanditaires éventuels  de cet assassinat.  Or donc, après Henri IV, qui ?

 

La descendance vivante du roi Henri IV se compose de :

-          6 enfants naturels non légitimés (non dynastes)

-          8 enfants naturels légitimés (avec Gabrielle d’Estrées, Henriette d’Entragues, Jacqueline de Bueil et Charlotte des Essarts) (non dynastes)

-          6 enfants légitimes (avec Marie de Médicis).

 

Au premier rang de ces derniers : le petit Louis, 8 ans et demi, futur « Louis XIII ». Ecartons donc d’un revers de main l’hypothèse fumeuse de la succession d’Henri IV au bénéfice éventuel de Concini. Ici, la fiction du « Capitan » de Michel Zévaco ne rejoint pas la réalité : Concini tire certes un maximum de profit financier de sa position privilégiée mais n’a, en réalité, aucune intention de devenir roi à la place du roi. Il n’a pour cela aucun argument juridique et aucun moyen militaire. La mort du roi Henri IV, cependant, sert sans nul doute ses intérêts. 

 

Car, dans la mesure où le Parlement de Paris (= la « Cour de Cassation / Conseil Constitutionnel » de l’époque, pour simplifier) proclame Marie de Médicis « régente » (entouré d’un conseil de 15 personnes), Concini et son épouse voient leur position considérablement renforcée. Plus que jamais, ils sont proches du pouvoir. 

 

En 1611, sur les conseil de Villeroy, chancelier aux Affaires Etrangères, Marie de Médicis renvoie Sully, le fidèle et avisé conseiller d’Henri IV. Elle se met à puiser largement dans les deux trésors royaux (celui de l’Arsenal et celui de la Bastille, constitués par Henri IV) pour notamment gratifier de pensions diverses de nombreux personnages de son entourage. Quand Henri IV consacrait environ 600 000 livres par an en nouvelles pensions, Marie en attribue 4 à 5 millions à partir de l’année 1611 (à rapporter à un budget annuel de 15 à 25 millions) ! Même si elles ont pour but d’« acheter » une paix sociale en constituant une « clientèle » autour de la reine et en réduisant la contestation politique, ces prébendes apparaissent financièrement très disproportionnées avec l’objectif avancé.

 

Pour Concini, les faits sont là : grâce à Marie de Médicis, Concini acquiert progressivement un statut et des privilèges sans rapport avec ses capacités ni sa naissance et qui font de lui, sur un plan pratique, un des hommes à l’évidence les plus puissants de France. Il est nommé « Premier Gentilhomme de la chambre » puis lieutenant général (= préfet) des villes de Péronne, Roye et Montdidier et gouverneur (= militaire) d’Amiens. Il achète bientôt le marquisat de la ville d’Ancre (nord de la France) : « Concini, marquis d’Ancre », c’est d’un chic. En 1613, il est nommé à cette distinction invraisemblable : Maréchal de France, lui qui n’a jamais été soldat pour le royaume de France ni même combattu sur un seul champ de bataille ! Dorénavant, pour s’adresser à Concini, il faut commencer par « Monseigneur » ou « Excellence »…

 

L’homme ne manque toutefois pas de discernement : c’est lui, notamment, qui repère un obscur évêque, un nommé Richelieu, pour lui donner des fonctions d’administration du royaume plus importantes… Mais Concini fait, aussi, augmenter les impôts (vit-on jamais, d’ailleurs, les impôts baisser, en France ?) de façon si brutale que le Parlement de Paris (dont les membres, pourtant, ne sont pas fiscalisés puisqu’ils appartiennent à la noblesse) va jusqu’à présenter des remontrances ! Trop c’est trop, même pour le peuple...

 

La révolte gronde donc parmi les classes populaires, accablées de taxes : on raconte que Concini est l’amant de la reine, des graffitis sont rédigés çà et là sur les murs de Paris sur ce thème. Il s’agit là de calomnies qu’aucun élément tangible n’est jamais venu étayer. Mais on ne prête qu’aux riches… Et Concini, trop flatté, ne dément pas.

 

Les princes de la haute aristocratie, eux, se sentent de plus en plus humiliés par cet arrogant personnage. Furieux, les grandes familles (Bouillon, Longueville, Mayenne, Condé) quittent alors Paris pour rassembler des troupes et entrer dans la capitale pour reprendre le pouvoir par les armes. On est là, d’une certaine manière, dans la protohistoire de « la Fronde », cette révolte multi-formes et multi-classes sociales qui se déroulera soixante-dix ans plus tard, à la mort de Louis XIII, sous une autre régence.

 

Concini doit manœuvrer et négocier. Il parvient à calmer le jeu, probablement contre espèces sonnantes et trébuchantes. A la suite de ce brillant succès face à la révolte nobiliaire, Marie de Médicis le nomme… lieutenant général de la Normandie ! Et elle fait… embastiller temporairement Condé (septembre 1615 – juin 1616), le propre cousin de feu Henri IV et prétendant au trône !

 


On le voit : à partir de 1615, Concini est alors au sommet de sa puissance financière et politique, même si son influence technique reste faible dans les grandes décisions qui sont prises. Concini est riche, il dispose d’une armée personnelle, il est soutenu par la reine Marie de Médicis. C’est l’apogée. Mais, vous le savez, « la roche Tarpéienne est proche du Capitole ».

 

1617

 

Une coalition « anti-Concini » se forme autour du jeune Louis XIII. Pourquoi ?

 

C’est, depuis 1613, l’adolescent, au titre de ses treize ans, devrait déjà régner. Treize ans, c’est jeune, oui. Mais c’est la loi du royaume. Or, il ne règne nullement. Marie de Médicis n’a pas l’intention de lui céder un pouce du pouvoir qu’elle exerce depuis mai 1610, date de la mort du roi régnant, feu Henri IV. Le Conseil de Régence (qui a une vocation temporaire) n’a pas été dissout. Pis, Louis XIII n’est même pas autorisé à y siéger et n’est, naturellement, informé de rien de ce qui concerne les affaires publiques ! Le jeune roi subit les rebuffades et les humiliations répétées de sa tyrannique mère, laquelle mène les affaires du royaume non sans habileté. Les Concini, eux, roulent carrosse.

 

Cette situation attriste, indigne et alarme les proches de Louis XIII, nobles de haut rang autant que grands serviteurs de l’Etat, qui réprouvent ces méthodes de monarchie bananière (pardonnez-moi ce néologisme totalement anachronique !) Le duc de Rohan écrit ainsi « Le mépris de la reine-mère envers son fils était inimaginable ». Pire, c’est le moment où Concini, de simple courtisan enrichi qu’il était, prend maintenant une dimension politique réelle en entrant au Conseil de la reine ! Pour Louis XIII, la situation politique a empiré : il est près d’être marginalisé.

 

Or, en avril 1617, Louis XIII n’a pas tout-à-fait 17 ans et aspire à prendre les responsabilités auxquelles sa naissance lui donne droit. II s’en ouvre à Charles d’Albert, duc de Luynes, alors âgé de 41 ans. Luynes est un gentilhomme des environs d’Aix auquel le jeune roi accorde sa confiance et qui fait partie de son entourage proche. Il l’apprécie, notamment parce que Luynes, amateur d’oiseaux, a su capter sa confiance en l’instruisant en matière d’ornithologie. Luynes ne peut que conseiller à Louis XIII la fermeté : ce n’est pourtant pas si facile, à 17 ans…

 

La décision, quoi qu’il en soit, prend forme : il est temps de rétablir les prérogatives de Louis XIII et de l’installer sur le trône. D’abord, il faut mettre un terme à la puissance de Concini, soutien infaillible de Marie de Médicis et qui est entouré d’une armée privée. On décide d’arrêter l’Italien, avec pour objectif de le juger. L’affaire n’est pas simple, cependant. On ne peut lancer une opération militaire d’ampleur sans publicité ni risque : la reine pourrait s’y opposer, mobiliser elle-même des troupes, Concini (qui a 40 gardes du corps et plusieurs milliers d’hommes de troupe personnels) pourrait se défendre, la confusion risquerait de s’emparer de Paris et, si l’opération échouait, la position du jeune roi risquerait d’être affaiblie pour longtemps.

 

Alors ?

 

Alors il faut donc procéder à ce que l’on appellerait aujourd’hui une « interpellation discrète » de Concini. Bien, mais s’il résiste, que faire ? Guichard Dégéant, baron de Modène et cousin de Luynes répond sans ambages à Louis XIII : « Le tuer ». Le jeune Louis XIII va-t-il franchir le Rubicon ? Va-t-il faire froidement assassiner un homme ? Va-t-il se dresser contre sa mère ? Va-t-il prendre le pouvoir (qui, cela étant, lui appartient en droit) ?

 

Il va plutôt choisir la manière douce : il fait dire à sa mère son « désir extrême de prendre les rênes du royaume ». C’est mou. Marie de Médicis rentre alors dans une colère fracassante et Concini ose même proférer des menaces de mort contre Luynes…

 

Mais au moins, les « conjurés » le savent désormais : toute évolution est impossible, seul un « acte de majesté » fort peut renverser la situation. Il faut donc frapper pour frapper les esprits. Alors on va chercher le capitaine de la Garde Royale, Nicolas de l’Hôpital, marquis de Vitry, homme fidèle et énergique. L’homme se rend à la convocation de Louis XIII qui lui dit « Monsieur, je vous donne l’ordre d’arrêter Concini ». Vitry est un garçon concret qui veut savoir jusqu’où il peut aller, avec cet ordre somme toute assez vague. « S’il se défend, que votre Majesté veut-elle que je fasse ? ». Après un instant d’hésitation, c’est Luynes qui répond à la place de Louis XIII : « Le roi entend qu’on le tue ».

 

C’est dit. Et l’arrestation est fixée au dimanche 23 avril 1617.

 

Concini a en effet l’habitude de se rendre tous les jours au palais royal du Louvre et, tout de même, il n’a pas l’outrecuidance d‘y pénétrer avec son armée privée. Il est en général simplement accompagné de quelques spadassins à sa solde, ses gardes du corps. Ce sera le moment d’agir prestement. Quelques informateurs mal intentionnés éventent le complot auprès de Concini ? Celui-ci s’en moque. Il se croit intouchable.

 Concini assassinat

Il a tort. Pourtant, le dimanche en question, Concini ne vient pas au château du Louvre : c’est raté. On remet l’affaire au lendemain, ce n’est qu’une question de temps.

 

Le lendemain, lundi 24 avril 1617, Vitry et ses hommes guettent donc de nouveau l’Italien : il arrive par la rue d’Autriche, comme à son habitude, au milieu des hommes qui le protègent. Louis XIII, pendant ce temps, joue au billard. Vitry, de son côté, dispose de 18 hommes. Il scrute la foule et a du mal à distinguer le « maréchal » d’Ancre. Enfin, on lui indique ! L’Italien est en train de marcher sans crainte : il est absorbé dans la lecture d’une lettre. Concini s’engage sur le Pont dormant (un premier pont non mobile qui est dans l’axe du Pont-levis du Louvre) : quelques dizaines de mètres le séparent de l’entrée du château, à partir de laquelle on ne pourra plus agir...

 

Vitry fend le groupe et saisit Concini par le bras : « Monsieur, le roi m’a demandé de me saisir de vous ! » Concini est pris au dépourvu : « A mé ? ». Les hommes de Vitry avancent, ceux de Concini commencent à s’agiter. Il y a un moment de flottement. La tension monte. L’Italien semble alors mettre la main à la garde de son épée. Les gardes du roi comprennent (ou veulent comprendre) que la parole de surprise de Concini est un appel à l’aide : « à moi ! ». Ils n’hésitent plus. En ce temps-là (contrairement à ce qu’on voit dans les films de cape et d’épée) on utilise moins la rapière que les pistolets. Cinq coups de feu claquent et trois atteignent Concini au visage, qui s’écroule. C’est la mêlée, le corps de l’Italien est alors lardé de coups d’épées tandis que les gardes de Concini refluent.

 

Louis XIII est alarmé par les coups de feu et court vers une fenêtre. D’Ornano, colonel de sa garde corse, l’informe : « Sire, c’est fait. ». Louis XIII ouvre grand la fenêtre et crie à Vitry « Grand merci à vous, à cette heure, je suis roi ! » puis il sort dans la cour et crie « Aux armes ! Aux armes, compagnons ! » La première phase du « coup d’état » légal de Louis XIII s’est parfaitement déroulée.

 

Les évènements sont de son côté. Louis XIII enchaîne rapidement : il envoie un message à sa mère Marie de Médicis pour l’informer qu’il met un terme à la régence et qu’il prend les affaires du royaume en main ! Elle répond en demandant à le voir ? Il fait rétorquer qu’il a à faire et envoie les hommes de sa garde personnelle pour remplacer ceux de celle de la reine : elle sera ainsi mieux gardée ! Au même moment, deux autres soldats viennent signifier à Leonora Concini que son mari est mort et qu’elle est consignée dans ses appartements. Prise de panique, Leonora rafle les bijoux qu’elle peut et les cachent puérilement sous son matelas : une cachette médiocre qui ne résiste pas à la fouille (le pillage plutôt) en règle des gardes qui se ruent dans sa chambre quelque temps plus tard. Leonora, quant à elle, est transférée dans une chambre haute du château.

 

Concino Concini, lui, est immédiatement enterré, à la hâte, dans le cimetière de l’église Saint-Germain-L’auxerrois tandis que la nouvelle de sa mort se répand dans Paris. Le pouvoir a changé de main et la haine trop longtemps contenue de la populace se déchaîne : le lendemain, on déterre le cadavre de Concini, on le mutile, on le découpe, on le dépèce dans une sanglante fureur puis on jette les quartiers au chien. De Concini, il ne reste plus rien.

 

Et Leonora ?

 

Leonora ConciniDès le 4 mai 1617, on la transfère à la Bastille puis, le 11, on l’emprisonne à la Conciergerie (Ile de la Cité) dans l’attente de son procès. Mais un procès pour quoi ? Détournement de fonds ? Corruption ? Abus de confiance ? Ces accusations n’ont rien d’évident et, plus dangereusement, pourraient se muer en une critique du règne de Marie de Médicis…

 

Louis XIII ne veut pas de scandale qui pourrait éclabousser la couronne, au prestige déjà écorné. On accusera donc Leonora de sorcellerie : n’a-t-elle pas eu recours à des exorcismes (ce qui tendrait à prouver qu’elle est possédée ?) et n’a-t-elle pas eu recours à diverses pratiques inquiétantes pour juguler les crises de douleur et de panique qui la prennent à intervalle réguliers ? Et au XVIIème siècle, on croit encore aux sorcières. Et le sort de celles-ci n’est guère enviable : c’est la mort.

 

Menacée par cette habile accusation, Leonora se défend avec intelligence et pertinence, et cela durant une quinzaine de journées d’audience durant lesquelles elle est littéralement harcelée :

 

  • Devant le manque d’éléments apportés par les juges, elle n’a aucun mal à réfuter l’accusation (très maladroite) d’avoir fomenté… l’assassinat d’Henri IV. Passons.
  • Elle argue aussi qu’elle n’est pas responsable des turpitudes de son mari
  • Elle rappelle utilement qu’elle a fidèlement servi Marie de Médicis depuis toujours et que, pour tous ces services, elle ne possède que ce que cette dernière lui a donné.
  • Et pour ce qui est de ses biens propres, acquis aux côtés de son mari, elle rappelle qu’elle possède simplement la ville d’Ancre et le château de Lésigny.
  • Quant aux accusations de sorcelleries, elle jure qu’elle ne s’est livrée à aucun commerce de ce type et les magistrats ne peuvent trouver de preuves de sa participation à de  quelconques sabbats. Elle n’a eu recours qu’à des drogues et des incantations habituellement utilisées par les femmes de sa condition et cela au vu et au su de tous.

On le voit : il est difficile de condamner Leonora pour des motifs objectivement valides. Mais l’objectivité n’a rien à faire dans cette affaire : seule compte la raison d’Etat. Louis XIII veut faire table du passé : il a fait tuer Concini, il a exilé sa mère Marie de Médicis au château de Blois. Alors, le 8 juillet 1617, le président de Verdun lit la sentence à Leonora : c’est la mort.

 

Désormais, Louis XIII est le maître du royaume. Ce sera certainement un roi plein d’hésitation et de scrupules, ce ne sera certainement pas un roi faible ou benoîtement cocu, comme les romans d’Alexandre Dumas le suggèrent faussement. Il mettra en place les débuts de la centralisation technocratique française et, avec Richelieu et lui, la France de Louis XIV leur devra beaucoup.

 

Quant à l’Italienne, le jour même, à cinq heures de l’après-midi, on lui lie les mains, on lui donne l’absolution, on la fait monter dans la charrette qui se dirige depuis la Conciergerie (l’actuel Quai des Orfèvres) en direction de la place de Grève (l’actuelle place de l’Hôtel de ville de Paris). En tant qu’aristocrate, elle va avoir le privilège d’être décapitée à la hache. La foule l’injurie. Elle surprend les chroniqueurs de l’époque par son calme et sa dignité et même Richelieu s’émouvra de l’exécution de cette femme. Elle n’aura même pas droit à une sépulture : son corps sera brûlé immédiatement sur un bûcher.

 

De Leonora Concini, il ne reste rien.

 

Et nous ? Que reste-t-il aujourd’hui, dans la mémoire collective, de cette époque de la régence de Marie de Médicis, de la minorité du jeune Louis XIII, de la puissance de Concini et de son assassinat ? Peu de choses convenons-en.

 

chateau du ValDu meurtre de Concini, maréchal d’Ancre, par Charles d’Albert, duc de Luynes, il reste évidemment le nom de la ville d’… Albert (code postal 80 300) dans la Somme une ville qui fut baptisée ainsi en 1620 en remplacement de son nom précédent : « Ancre » évidemment !

 

Il reste bien sûr le film « Le Capitan » dont nous avons parlé au début de cette chronique et dont le charme, soyons honnêtes, réside moins dans le rythme (un peu mou), dans les dialogues (souvent mièvres) ou dans le jeu des personnages (fort convenu) que dans tout ce qu’il fait ressurgir en nous de la nostalgie de notre enfance…

 

Evidemment, vu avec le recul depuis notre XXIème siècle, le film nous apparait fort convenu et caractéristique d’une société pré-soixante-huitarde : les convenances sont respectées, l’autorité du roi est préservée, les valets obéissent à leur maître, les hommes manient la rapière et occupent le centre de l’intrigue tandis que les femmes ne jouent que des rôles (très) périphériques, sont belles et se taisent. Brigitte Bardot fera voler tout cela en éclats…

 

Relatons une anecdote, cependant : A regarder « Le Capitan », on ne peut en effet rester de marbre devant le sourire du sympathique Jean Marais, bondissant et courageux, jamais avare de bravoure et dont la performance lors de l’ascension de la muraille du château de Val (à Lanobre dans le Cantal) suscite encore l’étonnement. C’est que, durant une dizaine de minutes, Jean Marais escalade en effet la façade extérieure de cette jolie forteresse (où sa belle est, évidemment, retenue prisonnière) en plantant des poignards dans les interstices des pierres. Grimpant en bottes de cuir et se hissant à la force des poignets, le héros va même manquer de tomber, suite à la défaillance mécanique de l’une de ses armes, dont la lame se rompt au niveau de la garde ! Séquence frisson…

Jean Marais ascension 1Jean Marais Ascension 2

 


Arrivé à une quinzaine de mètres au-dessus du sol, Jean Marais attrape finalement une corde, « pendule » un instant tel un varappeur puis, se tractant à la seule force de ses muscles vigoureux, grimpe les quatre ou cinq mètres de corde restants et atteint (enfin !) le parapet de la fenêtre. Ouf, quel suspense…

 

« Chiqué ! » crierez-vous !

 

Nenni, gentes dames et nobles messieurs ! Il n’y eut jamais oncques trucage. Et c’est le plus fort. Non doublé par aucun cascadeur et sans assurance (pas de corde de rappel ni de piton) Jean Marais a en effet escaladé tout seul, sans sécurité et réellement avec ses poignards, la muraille du château. Prenant des risques insensés à quinze à plus de mètre de hauteur, il s’était entouré des conseils avisés de l’alpiniste Pierre Kohlman : un garçon de 25 ans seulement mais déjà chevronné et qui périra l’année suivante, en 1961, de froid sur le « Pilier de Freney », près de Chamonix. 

 

Des vrais risques, pas de trucage et une fin heureuse. Franchement, on en redemande.

 

Et comme je sens que vous redemandez également des chroniques historiques, je continuerai à vous en écrire !

 

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Par La Plume et le Rouleau - Publié dans : Personnalités célèbres
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 01:20

Chers ami(e)s des Chroniques de la Plume et du Rouleau,

Pas si facile de réussir un « assassinat parfait »...  Et les lignes qui vont suivre vont vous montrer que, lorsque des tentatives échouent, elles peuvent être à l’origine de situations confuses, grotesques ou inattendues ou encore peuvent avoir des conséquences très éloignées du drame principal. Sans parler du fait que les assassins ne soient pas toujours ceux que l’on croit… à moins que ce ne soient les victimes !

 

Jetons donc (enfin) la clarté sur quelques ténébreuses affaires que nous déroulerons au fil des épisodes à venir. Il y en aura quatre :

 

- Une affaire explosive : en 1858 à Paris, on jette brutalement des bombes sur le cortège de l’empereur Napoléon III qui se rend à l’opéra ! L’auteur de l’attentat déteste-t-il l’art lyrique ou le régime impérial ?

- Une affaire à ne pas rater : en 1959 à Paris encore, on mitraille sans vergogne la voiture du sénateur de centre-gauche François Mitterrand ! Qui peut avoir des raisons de vouloir lui trouer la peau ?

- Une affaire qui roule : en 1977 en région parisienne toujours, on revolvérise la Citroën neuve du chanteur Claude François ! Les tireurs forcenés en veulent-ils aux chevrons de la voiture ou à la chetron du chanteur ?

- Une affaire pas très catholique : en 1981 sur la place Saint-Pierre de Rome, un canon vraiment peu canonique est pointé sur le pape Jean-Paul II : on tente d’expédier le souverain pontife ad patres ! Sur qui, et quand, la justice immanente va-t-elle réellement abattre sa Droite (forcément) terrible ?

 

Nous allons voir cela.

 

Commençons par nous retrouver en 1559 : à cette date, les émissaires du roi de France Henri II et du roi d’Espagne Philippe II signent la paix dite du Catteau-Cambrésis. L'Espagne gardera dorénavant, et jusqu'au début du XVIIIe siècle, une domination sur la mosaïque d'états, royaumes et duchés du nord de la péninsule italienne (sauf Gênes et Venise qui sont des républiques) et sur les états de Savoie et Piémont.

 

Trois siècles plus tard, en 1858, c’est l’Autriche-Hongrie, héritière de l’empire austro-hispanique des Habsbourg et de Charles Quint, qui domine le nord de l’Italie (Lombardie, Vénétie, Modène, Toscane). Le centre de l’Italie est sous l’autorité du pape lui : il en est ainsi depuis le Moyen Age. On a en effet un peu oublié aujourd’hui que, si le pape est un leader spirituel à l’action politique, il fut aussi, pendant dix siècles, de la fin du VIIIème siècle à la fin du XIXème siècle, un chef d’état à part entière, homologue des autres souverains d’Europe, mais aussi un chef militaire disposant de forces armées et le seigneur de terres où travaillaient des manants et sur lesquels marchands et bourgeois payaient taxes et péages pour circuler.  Et, au XIXème siècle, le pape n’a évidemment nul envie de renoncer à ce statut !

 

Or, au XIXème siècle, l’idée de « nation » est, d’une certaine manière, une idée neuve en Europe. Elle doit beaucoup en cela à la Révolution française. Par sa langue, par sa culture, l’on se sent désormais « citoyen » d’une communauté et non plus seulement « sujet » d’un monarque, lequel pourrait, à la suite d’un traité quelconque, vous échanger éventuellement avec une autre région.

 

Dans ce contexte, la situation de morcèlement qui caractérise la péninsule italienne devient intolérable pour nombre d’Italiens, ardents « patriotes » partisans de la réunification. Les états pontificaux, en coupant de pays du nord du sud (de l’Adriatique à la Méditerranée) constituent un verrou que les « patriotes » doivent forcément faire sauter s’ils veulent unifier le pays. Oseraient-ils faire la guerre au pape ? Certes oui ! Mais auraient-ils le moyen de la gagner ? Pas sûr car l’on n’attaque pas le pape impunément.

 

Le « Parti patriote modéré » de Camillo Cavour s’inscrit dans une logique politique au sein du royaume de Piémont-Sardaigne). A l’inverse, le remuant groupe « Jeune Italie » de Giuseppe Mazzini et de Giuseppe Garibaldi a fait le choix de méthodes plus radicales et musclées.

 

Pour faire avancer leurs projets, les « patriotes » italiens comptent, dans leur ensemble, sur l’appui du Français Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er et qui a été élu Président de la toute jeune « IIème république » mise en place en février 1848. Louis-Napoléon Bonaparte a en effet des idées sociales avancées et des positions en faveur du « principe des nationalités ».

 

Dès février 1848, des révoltes populaires éclatent en Italie du nord contre l’occupation autrichienne. Le roi de Piémont-Sardaigne, Charles-Albert, qui compte fédérer la rébellion, déclare, le 25 mars 1848, la guerre à l’Autriche avec 30 000 hommes. Au début, il est soutenu par le pape Pie IX qui lui alloue 7 500 soldats conduits par le général Durando. Mais, bientôt, Pie IX comprend que l’expulsion des Autrichiens pourrait avoir pour conséquence de fonder, non seulement, un royaume d’Italie « du nord » mais aussi bien un royaume… de toute l’Italie ! Le pape prend conscience que, si les Autrichiens étaient chassés, la pérennité de ses états serait, de fait, menacée. Au printemps 1848, Pie IX fait volte-face et retire son soutien à l’armée sarde.

 

Désemparés, affaiblis et désorganisés, les Sardes se font battre par les Autrichiens à Custoza (juillet 1848). C’est le début d’une période chaotique où les batailles s’enchainent et où, malgré quelques victoires italiennes, les Autrichiens prennent progressivement l’avantage. Début 1849, profitant de leurs succès, les Autrichiens, désireux de faire payer au pape sont appui initialement accordé aux Italiens, entrent dans… les états pontificaux et y installent un pouvoir corrompu et brutal à leur solde. Cela entraîne en retour de nouveaux soulèvements populaires tandis que, cette fois, Pie IX proteste contre les Autrichiens.

 

Le pape Pie IX est alors obligé de fuir de Rome. Pour la France, grande nation catholique dont l’électorat pèse lourd, l’humiliation du souverain pontife n’est pas tolérable. Louis-Napoléon Bonaparte envoie alors les troupes nécessaires pour que, par la force, le souverain pontife puisse être réinstallé au Château Saint-Ange début 1849. L’intervention de la France en février  1849 reste donc limitée à une restauration du statu quo ante : il n’est naturellement pas question de faire la guerre à l’Autriche, ni d’aider à l’unification de l’Italie.

 

Pendant, 10 ans jusqu’en 1858, la situation va rester très confuse : l’Italie reste partiellement occupée par les Autrichiens et des affrontements militaires y ont lieu de façon sporadique.

 

Pour les « patriotes » italiens, la déception et les attentes sont grandes. Louis-Napoléon Bonaparte, devenu empereur entre-temps (1852), n’a pas donné l’impulsion qu’ils attendaient à l’indépendance et à l’unification de l’Italie. Napoléon III a certes pris des contacts discrets avec Cavour, ministre du Piémont-Sardaigne et modéré mais, concrètement, rien n’a avancé. Au nord : le chaos et l’oppression autrichienne subsistent. Au centre : les états du pape demeurent. Au sud : le royaume de Sicile reste pauvre et faible.

 

Car Napoléon III est soucieux de ses bonnes relations avec les catholiques Français et avec le pape autant qu’avec l’Autriche : ce grand écart ne va pas pouvoir être tenu bien longtemps. D’aucuns sont résolus à le forcer, coûte que coûte, à prendre fait et cause pour l’unification de l’Italie : parmi eux, un dénommé Teobaldus Orsus Felice Orsini (on l’appellera Orsini, c’est plus simple).

 

Né en 1819, Orsini une âme de révolutionnaire patriote précoce et, dès l’âge de 18 ans, il rejoint la « Jeune Italie » de Mazzini. En 1845, il est condamné aux galères à perpétuité (on a le temps d’y mourir avant) pour avoir conspiré contre le gouvernement pontifical mais il est amnistié au bout d’un an. En 1848, il fait évidemment, le coup de feu contre les Autrichiens puis, en février 1849, contre les Français qui rétablissent le pape à Rome. Les années qui suivent le voient vivre dans la clandestinité et fomenter des complots et des insurrections qui, tous, échouent.

 

Arrêté en décembre 1855 par les Autrichiens, Orsini est emmené à Vienne puis emprisonné à la citadelle de Mantoue d’où il s’échappe le 30 mars 1856 pour rallier l’Angleterre : il y retrouve divers opposants italiens au sein d’une faune bigarrée alimentée par la tradition britannique consistant à donner asile à tous les opposants pourchassés pour leurs idées dans leur pays natal. Au milieu de ces réprouvés qui errent et organisent des complots de comptoir, Orsini est une véritable vedette : sa vie aventureuse émerveille et intrigue. Orsini en rajoute même, racontant ainsi que, en Italie, les femmes sortaient sur le seuil de leur porte pour le voir passer !

 

Au-delà de ces rodomontades, Orsini, qui ne parvient pas à prendre contact avec le modéré Cavour, développe une théorie simple : « L’Italie ne peut rien faire de durable sans l’intervention de la France républicaine ». Napoléon III constitue donc en lui-même un obstacle : « Qu’il disparaisse et ce sera la révolution en France et aussitôt, par contrecoup, la révolution en Italie ! » Dans l’esprit exalté de ces « patriotes », Napoléon II devient donc l’homme à abattre. Pour ce faire, Orsini décide de perpétrer un attentat à la bombe. Nous sommes maintenant à la fin de 1857. Orsini parvient à se procurer cinq machines infernales en fonte auprès d’un Anglais du nom d’Allsop puis recrute deux autres Italiens : des nommés de Rudio et Gomez. C’est avec eux qu’il veut commettre l’attentat.

 

Je vous passe les détails assez sinueux du convoyage des armes mais, pour simplifier, disons qu’Orsini parvient à capter la confiance d’Italiens absolument pas au courant du complot et qui acceptent de convoyer les bombes à Bruxelles puis à Paris : démontées, elles sont déclarées à la douane comme des « machines à gaz ». Piéri, lui, part de Birmingham pour Paris avec quatre pistolets. Orsini, pour sa part, quitte Londres le 7 décembre 1857 pour se rendre à Bruxelles puis Paris… avec un faux passeport sous le nom… d’Allsop. De son côté, il emporte 750 grammes de… poudre « fulminante » qui peut exploser à tout moment : et qu’il humecte donc réguliérement pour éviter tout échauffement (fatal) !

 

Orisini s’installe à Paris au 10 rue du Mont-Thabor (1er arrondissement) en louant une chambre meublée (un « garni ») au rez-de-chaussée. Il se présente aux concierges, les Morand, comme « Anglais » et « marchand de bière ». Il amène avec lui un domestique du nom de Swiney, qui n’est autre que le dénommé Gomez. Les deux hommes fourbissent leurs armes et Orsini-Allsop, désormais, fait sécher sa poudre afin qu’elle soit opérationnelle pour le jour de l’attentat. Celle-ci ne séchant pas assez rapidement, Orsini se place même avec elle devant sa cheminée, un thermomètre dans une main et une montre dans l’autre afin de mesurer les conditions exactes de temps et de chaleur nécessaires au séchage… mais pas trop !

 

L’attentat va avoir lieu le 14 janvier 1858 : ce soir-là, en effet, Napoléon III et l’impératrice Eugénie se rendent à l’opéra (le bâtiment n’existe plus aujourd’hui, ayant brûlé en 1873) situé 12 rue Le Peletier (9ème arrondissement) pour une représentation extraordinaire au bénéfice du chanteur Massol Le couple impérial est attendu à 20 h 00…

 

Il y a 4 conjurés : Orsini (deux petites bombes), Piéri (une grosse bombe) et Gomez (une grosse bombe) et Rudio (une petite bombe). Ils se répartissent les rôles : c’est Gomez qui lancera le premier engin et, à la faveur de la panique créée, les autres suivront. De 17 h 00 à 19 h 00, on règle les derniers détails et l’on débouche des bouteilles de vieux vin pour se donner du courage. A 19 h 00, on se sépare et chacun rejoint séparément le boulevard des Italiens (par lequel doit arriver le carrosse avant de tourner dans la rue Le Peletier) et la place qui lui est assignée.

 

Ce que les conjurés ne savent pas, c’est qu’une lettre anonyme mystérieuse a dénoncé leurs sombres desseins aux Autorités françaises dès leur départ d’Angleterre. Ce qu’ils ignorent également c’est que la police française a provisoirement perdu leurs traces…  Pas longtemps. A peine arrivés à l’entrée de la rue le Peletier, Piéri est reconnu (totalement par hasard) par un agent de police : il est immédiatement arrêté ! Les trois autres terroristes n’ont pas le temps de réfléchir aux conséquences de ce coup dur : le couple impérial arrive, l’heure est à l’action. Les trois hommes se placent devant l’opéra.

 

Une première voiture à cheval, précédée de lanciers à cheval, s’est engagée dans la rue Le Peletier. La seconde voiture est celle de Napoléon III et de sa femme Eugénie. Elle s’arrête maintenant devant le perron de l’opéra. Orsini saisit l’instant : Gomez puis Rudio puis lui lancent successivement chacun un engin explosif. Les deux premiers explosent en avant du carrosse (sous l’escorte de lanciers et sous les chevaux de l’attelage), la troisième explose sous la calèche elle-même, qui est renversée sous le choc.

 

Le souffle de la déflagration a volatilisé les vitres de la façade et éteint les réverbères de la rue désormais plongée dans le noir. C’est la confusion, la panique, le chaos, les cris, les appels au secours des victimes, les hennissements des chevaux déchiquetés, la terreur des survivants qui, affolés, piétinent les blessés, l’horreur du sang qui se répand sur les pavés.

 

La lumière revient avec peine. L’impératrice a été projetée à terre, elle est éclaboussée de sang mais n’est pas blessée. L’empereur est également indemne. Tous deux ont été protégés par le blindage du sol de leur véhicule. On les pressent de ne pas s’attarder et de paraître à l’opéra, dans leur loge : leur présence coupera court à d’éventuelles rumeurs. Ils y font une apparition courte avant de regagner leur domicile sous les vivats de la foule.

 

Le bilan est lourd : 156 blessés dont 21 femmes et 11 enfants. Sur ces 156 victimes, 12 mourront des suites de leurs blessures. Rudio s’éclipse et rentre chez lui. Gomez, en proie à la panique, se réfugie dans le restaurant italien Broggi, sur les lieux même de l’attentat ! Orsini est lui-même blessé à la tête : c’est la raison pour laquelle il n’a pu lancer son second projectile. Profitant de la confusion, il se débarrasse de sa bombe et de son pistolet. C’est un bon réflexe car, le voyant blessé, des passants s’empressent de lui porter secours et le portent chez un pharmacien de la rue Laffitte (parallèle à la rue Le Peletier). De là, après quelques soins, il commande une voiture qui l’emmène chez lui.

 

Pendant ce temps, la police interroge Piéri et remonte vite la trace de tous les conjurés. Rudio, qui loge dans le même hôtel que Piéri, est vite arrêté. Le personnel du restaurant où se trouve Gomez alerte les enquêteurs qui l’appréhendent. Grâce à Gomez (qui se faisait passer pour le domestique d’Orsini), la police arrête Orsini à son domicile de la rue du Mont-Thabor à 4 heures du matin. L’enquête a donc été menée tambour battant avec un peu de chance (il en faut) et beaucoup de célérité : c’est un succès.

 

L’attentat, par sa violence et son caractère à la fois spectaculaire et miraculeux (pour le couple impérial !) émeut l’opinion et c’est avec intérêt que celle-ci suit le déroulement du procès d’assises qui se déroule à partir du 25 février 1858. Les quatre criminels y jouent évidemment leur tête.

 

- Gomez choisit les excuses et le repentir avant de rappeler qu’il était aux ordres d’Orsini… puisqu’il en était d’ailleurs le domestique ! Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité et envoyé au bagne.

- Rudio invoque sa misère : c’est la pauvreté qui l’a conduit à accepter de s’associer au crime. Il est condamné à mort. Sur la demande de l’Impératrice, Napoléon III commue sa peine : il rejoint Gomez au bagne.

- Piéri s’embarque dans un discours confus auquel personne ne comprend rien. Il est condamné à mort.

 

Vient le tour d’Orsini, cerveau de l’attentat, qui fait montre d’une grande dignité. Parfaitement calme, il méprise ses complices et revendique son crime en explicitant les motivations. Son avocat, l’habile Jules Favre, parvient un instant à faire oublier l’horreur de l’explosion en se livrant à un vibrant plaidoyer en faveur de l’unité d’une Italie asservie et démembrée et à insister sur l’abnégation qui anime Orsini au bénéfice d’un idéal qui le dépasse. Il lit pour cela une lettre qu’Orsini, depuis sa prison, a adressé à Napoléon III et dont celui-ci, c’est inattendu, a autorisé la publication dans le Moniteur, organe officielle du régime impérial : « Que votre Majesté ne repousse pas le vœu suprême d’un patriote sur les marches de l’échafaud, qu’elle délivre ma partie et les bénédictions de 25 millions de citoyens la suivront dans la postérité. »

 

Peine perdue : Orsini est condamné à la guillotine. Dans les jours qui précèdent son exécution, il écrie encore une lettre à Napoléon III : il y adjure les Italiens de préférer l’union, le dévouement et l’abnégation au choix du terrorisme : cette lettre, Napoléon III la transmettra à Cavour.

 

Le 13 mars 1858, à 6 heures du matin, Orsini et Piéri sont réveillés et on leur coupe les cheveux et le col de chemise. Piéri a tellement peur qu’il claque des dents et Orsini, s’adressant à un gardien, demande : « Veuillez prier monsieur l’exécuteur de ne pas jeter ma tête dans le même panier que cet homme qui tremble » ! Lesdeux hommes sont exécutés devant la prison de la Roquette (soit au  après qu’Orsini, impassible, eut crié « Vive l’Italie ! Vive le France ! ». Le calme, le sang-froid et la dignité du patriote italien forcent l’admiration de tous les chroniqueurs présents.

 

C’est fait. Orsini est mort. Est-ce pour autant la fin de cette histoire ?

 

Non. Comme souvent, ce qui est réellement le plus intéressant, dans cet épisode, ne réside pas dans son déroulement mais plutôt dans ses conséquences : c’est toute la philosophie des Chroniques de la Plume et du Rouleau.

 

L’existence d’un attentat contre la personne de l’empereur donne, à court terme, l’occasion au régime de renforcer sa nature répressive. Le Ministère de l’Intérieur est confié à un militaire, le général Espinasse. Une loi de « sûreté générale » est votée et rapidement appliquée : elle est particulièrement radicale. Tout individu simplement « suspecté » peut se voir infligé une amende ou encore être placé en détention dans l’attente de son procès. Et s’il a fait, par le passé, l’objet d’une condamnation politique, il peut même être directement arrêté et exilé… sans procès ! La brutalité de ces mesures soulève l’indignation : elles traduisent le caractère extraordinairement répressif du régime tandis que Napoléon incarne celui qui, qu’il le veuille ou non, entrave l’unité italienne. Des manifestations ouvrières ont lieu au printemps 1858.

 

Napoléon III, pourtant, va donner à sa politique une orientation d’un grand courage et opérer un acte politique d’une grande habileté dont les répercussions à long terme vont être immenses. Il prend secrètement (et à l’insu de ses ministres) contact avec Cavour qu’il rencontre à Plombières (Vosges) le 20 juillet 1858.

 

Au terme de sept heures de tête-à-tête, Napoléon III et Cavour parviennent à un accord hardi (et sans le consentement de qui que ce soit d’autre) : la France promet d’envoyer des troupes françaises en Italie du nord au cas où l’Autriche commettrait un « geste agressif » (une condition assez facile à remplir et qui n’est donc qu’un prétexte), l’Italie du nord formerait un seul état (mettant au passage la main sur divers états pontificaux du nord !) dirigé par le roi Victor-Emmanuel II de Savoie ; le pape, lui, prendrait la tête d’une confédération rassemblant ce qui lui resterait de ses états pontificaux et du sud de l’Italie ; la France, elle, récupérerait le comté de Nice et la Savoie. Voilà pour le papier. Sur le terrain, évidemment, les choses vont être un peu différentes :

 

- Opposés aux Autrichiens en Italie, les Français remportent les victoires de Magenta et de Solferino (juin 1859) qui permettent au régime de retremper sa popularité dans des succès militaires et aux Parisiens d’avoir un boulevard et une avenue à ces noms

 

- En 1860, la France reçoit le Dauphiné / Savoie et Nice : les frontières de la France moderne sont définitivement tracées et, hormis la période 1871 – 1918 où l’Alsace et le Moselle seront allemandes, elles ne bougeront plus.

 

- En 1861, le Royaume d’Italie est proclamé par Victor-Emmanuel II avec une constitution libérale. A cette date, des troupes françaises stationnent encore dans Rome où elles sont pour mission de défendre le pape.

 

- Malgré des avancées chaotiques, l’unification de l’Italie est désormais inexorable (Florence est annexée en 1865 et la Vénétie passe définitivement dans les mains de l’Italie en 1866). Napoléon III, certainement consciemment, a contribué à ce processus aux dépens des états pontificaux qui sont progressivement annexés par les « Patriotes » au grand dam des catholiques français.

 

- En 1870, le pape ne règne plus que sur la seule ville de Rome. C’est alors que survient la guerre franco-prussienne qui voit, avec la défaite de Sedan le 2 septembre 1870, la chute du régime impérial et la proclamation de la (Troisième) république (4 septembre 1870). Le nouveau gouvernement républicain rapatrie alors les troupes françaises qui évacuent définitivement Rome.

 

- Le pape est désormais privé de toute puissance temporelle : furibard, il excommunie derechef le roi Victor-Emmanuel et interdit désormais aux catholiques (italiens et français) de participer à la vie politique des gouvernements républicains (la république est considéré comme « non expedit » = « ne convient pas »). L’Italie, elle, gagne alors également ses frontières modernes qui, non plus, ne bougeront plus jusqu’à aujourd’hui.

 

- La France a, à l’évidence, joué un rôle décisif dans l’unité italienne : les troupes de Garibaldi ne l’oublient pas et, durant l’automne 1870, participent aux combats qui se livrent contre les troupes prussiennes. 

 

Le geste d’Orsini, à court terme, lui aura coûté sa tête. A plus long terme, cette tentative ratée d’assassinat, grâce à une conjonction de faits ultérieurs, aura eu une portée immense, politique et géographique : c’est là toute la magie de la découverte de l’histoire, où l’on voit que des faits isolés et ponctuels peuvent avoir des répercussions inattendues sur une durée infiniment plus longue…

 

Et il n’y a pas que ceux qui sont au pouvoir qui sont menacés : ceux qui y aspirent le sont parfois tout autant : nous allons nous en convaincre avec une autre odyssée véritablement tragi-comique : celle de François Mitterrand. 

D’une seule accélération de notre machine à remonter le temps, transportons-nous maintenant exactement un siècle plus tard : en 1959 tout rond. Les années 50 - 60 : une époque où les femmes vraiment élégantes ne sortent pas sans chapeau, où les enfants du baby-boom entrent dans l’adolescence, où les ¾ des appartements n’ont pas l’eau courante mais où l’on commence à aspirer à consommer davantage et, aussi, durant laquelle le « maintien de l’ordre » en Algérie fait rage…

Bonne journée à toutes et à tous.                    

 

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Par La Plume et le Rouleau - Publié dans : Crimes & affaires judiciaires
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 01:15

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

 

En 1981, lorsque le candidat François Mitterrand fut (à la troisième tentative) désigné par le peuple pour devenir le quatrième président de la Vème république (succédant à Valéry Giscard d’Estaing), il n’y eut que ceux qui n’avaient guère de culture historique et politique qui crurent que c’était la première fois que la Gauche allait être au pouvoir en France et que c’était la première fois que François Mitterrand exerçait un poste important.

 

Car, loin d’être un débutant, François Mitterrand était, au contraire, un vieux renard de la politique, qui avait été de nombreuses fois ministre dans les années 50 : un vieux renard qui avait su, grâce à son habileté manœuvrière, éviter de nombreux coups de fusil. Et pas à blanc. Voyons cela.

 

Né en 1916 à Jarnac, Mitterrand fait ses classes dans l’agitation politique aux côtés des étudiants de l’Action Française : un mouvement royaliste antiparlementaire (dont les chefs seront excommuniés en 1926) qui participe notamment aux violentes manifestations du 6 février 1934. Mobilisé en 1939, il est blessé en 1940 et fait prisonnier en Allemagne. Il s'en échappe et regagne la France, désormais divisée en 2 et dont la zone sud (« libre ») est placée sous l’administration du gouvernement dit « de Vichy » (où il est installé). ll travaille alors à la « Légion des combattants et volontaires de la Révolution Nationale », puis au « Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre ». Il est ainsi directement décoré de la « francisque » par le maréchal Pétain. Autour de  1942-1943, il rejoint les rangs de la Résistance. Il est élu député de la Nièvre en 1946 et commence alors sa carrière politique en devenant, en 1947, à 31 ans, le plus jeune ministre de France (dans le gouvernement Ramadier).

 

C’est la France de la « IVème république ».

 

A la tête d’une petite formation qui se donne comme « centriste », l’UDSR (Union Démocrate et Socialiste de la Résistance) mais qui est surtout, dans les faits, « centrale », Mitterrand sait se rendre indispensable pour aider à constituer toutes les coalitions dites de « Troisième force » (celles qui sont ni de droite ni de gauche mais totalement opportunistes).

 

Sous la IVème république, rappelons pour simplifier que le Président de la république n’a aucun pouvoir, que le chef du gouvernement est appelé Président du Conseil et qu’il tient sa confiance de députés élus à la « proportionnelle » pure. Conclusion : de multiples partis sont constamment en train de négocier entre eux afin de trouver une majorité qui va soutenir (ou renverser) le gouvernement. Durée moyenne d’un gouvernement : 6 mois… Parfois six semaines. Parfois deux jours.  Dans ce chaos institutionnalisé, François Mitterrand est comme un poisson dans l’eau : il est membre de 11 gouvernements à des postes divers dont celui, des Anciens Combattants, de l’Outre-Mer… Il s’affiche ouvertement en faveur de l’autonomie de la Tunisie dès 1952 (elle sera indépendante en 1956) : une position qui n’est pas majoritaire à l’époque. Il critique également la répression au Maroc et en Indochine.

 

Pourtant, quand il devient ministre de l’Intérieur en 1954, il adopte la position inverse à propos de l’Algérie (qui est alors un département et non un simple « protectorat ») : « L’Algérie : c’est la France et le seul dialogue : c’est la guerre » dit-il en novembre 1954, tout juste après les débuts de l’insurrection, dans un discours devant les députés.

 

Ce sera effectivement la guerre, menée de 1954 à 1958 par les multiples gouvernements de gauche et centre-gauche et, spécialement, par le socialiste Guy Mollet qui pourtant, dès le départ, avait dit que cette guerre serait « imbécile et sans issue ».

 

Toutefois, Mitterrand change d’avis sur la question à partir de 1958, quand il est élu sénateur. Lui qui s’est opposé depuis toujours au général De Gaulle ne peut, évidemment, se retrouver d’accord avec ce dernier. De Gaulle, en effet, dans les premiers temps de sa prise de pouvoir, se positionne, à l’image de la majorité des Français, en faveur du maintien du statu quo en Algérie (le 6 juin 1958 : « Vive l’Algérie Française ! »). Mitterrand prend alors le contre-pied de ses positions précédentes et se prononce au contraire en faveur de négociations  avec les représentants du FLN (Front de Libération National) indépendantiste. Il refuse de voter en faveur du général De Gaulle, qui revient au pouvoir dans un premier temps en tant que Président du Conseil.

 

Cette volte-face idéologique déconcerte. Certains éléments de la droite colonialiste lui vouent maintenant une haine tenace. A gauche, l’on n’est guère plus amène pour Mitterrand et globalement méfiant à son encontre. La gauche française est divisée (en fut-il jamais autrement ?) et, en 1958, certains membres de la SFIO (l’ancêtre du Parti Socialiste actuel) la quitte pour fonder le PSA : Parti Socialiste Autonome. Mitterrand veut y adhérer : ses fondateurs s’y opposent et refusent son adhésion !

 

C’est dans ce contexte troublé (et, reconnaissons-le, assez confus) que prend place la sombre histoire dite de « l’Observatoire ». Précisons d’abord ce qu’est « l’observatoire de Paris » et où il se trouve.

 

L’Observatoire royal de Paris a été créé en 1667 (règne de Louis XIV) pour procéder à des recherches sur la mécanique céleste, l’astronomie de position et l’amélioration les cartes destinées à la navigation. Le bâtiment abrite le « méridien de Paris » : un axe Pôle nord – Pôle sud passant par la capitale (du monde) mais qui sera ultérieurement supplanté par le méridien de Greenwich.

 

Je vous passe le reste de l’histoire de cette noble institution pour vous indiquer que (c’est ce qui nous intéresse) le bâtiment est situé 61 avenue de… l’Observatoire (on s’en doute) dans le XIVème arrondissement de Paris et que son vaste square abrite (le croirait-on ?) pas moins de 100 arbres de 15 essences, des massifs de fleurs et de larges pelouses... Ce square (on dit aussi « les jardins de l’Observatoire)», aménagé en 1867, est lui-même contigu au jardin du Luxembourg, bien connu des étudiants de l’université Paris II.

 

Bon. Refermons cette parenthèse astronomico-horticole et passons à l’action. Il va y en avoir.

 

Nous sommes maintenant en octobre 1959. L’époque est à la violence. François Mitterrand est maintenant sénateur de la Nièvre et, il le sait, il a de nombreux ennemis (en fut-il d’ailleurs jamais autrement ?). C’est alors qu’il reçoit un jour la visite inattendue d’un ancien résistant, ancien député gaulliste dégoûté et désormais député « poujadiste » : un dénommé Robert Pesquet.

 

Le « poujadisme », rappelons-le, est ce courant électoral populiste, antifiscal et protestataire de petits commerçants, artisans et classes moyennes : un courant qui se structure, le temps de l’élection législative de 1956, autour de Pierre Poujade. Résultat : 12 % en 1956 et le plus jeune des députés jamais élus : un certain Jean-Marie le Pen. Cet électorat, évidemment, est dans son ensemble opposé à la décolonisation, reflétant assez bien le sentiment général des Français autant que la structure socio-économique des Pieds-Noirs d’Algérie, commerçants, artisans et agriculteurs en majorité peu fortunés.

 

Pesquet fait une révélation à Mitterrand : il lui avoue qu’on l’a payé (Pesquet) pour l’assassiner (Mitterrand) ! Mais Pesquet avoue ses scrupules « Je suis un ultra, lui dit-il, mais je ne suis pas un salaud ».  François Mitterrand croit-il Pesquet ? Difficile à dire. En tout cas, il ne prévient pas la police. Quelque temps plus tard, Pesquet recontacte Mitterrand. Il lui explique la façon dont l’attentat va se dérouler et les deux hommes mettent au point la façon dont la victime va pouvoir sauver sa vie tout en faisant croire qu’il a été abattu.

 

Le 15 octobre 1959 au soir, François Mitterrand dîne donc seul à la brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain, non loin de Saint-Germain-des-Prés (à l’endroit même où l’opposant marocain Ben Barka sera lui-même kidnappé quelques années plus tard). Puis il prend sa voiture (une Peugeot 403) pour rentrer chez lui (rue Guynemer, dans le 6ème arrondissement). S’apercevant effectivement qu’il est suivi par une voiture. Mitterrand gare alors son véhicule dans les jardins du square de l’Observatoire, quitte son véhicule, saute une haie et se dissimule dans la nuit, à plat ventre sur le gazon.

 

Bien lui en prend car, arrivant alors, le véhicule qui l’a filé lâche sur sa voiture une rafale de pistolet-mitrailleur ! Le gazon des jardins de l’observatoire n’est pas toujours un lieu de tout repos.

 

La tentative de meurtre d’un sénateur provoque une grosse émotion. Dès le lendemain, François Mitterrand donne une conférence de presse et stigmatise les « criminels ». La CGT, le Parti Communiste Français lui apportent leur soutien. La presse, indignée par ces méthodes, souligne la perspicacité de Mitterrand et sa rapidité de réaction qui lui ont permis d’échapper à la mort. Mitterrand a le beau rôle. Il est la victime des ultras de l’Algérie française (des « bandes fascistes », éructe le journal communiste L’Humanité), il est la vedette des média et le héros de la gauche.

 

Pas longtemps.

 

Quelques jours plus tard, Pesquet donne une interview au journal royaliste Rivarol : il avoue qu’il est l’auteur de l’attentat contre François Mitterrand, il explique qu’il conduisait la voiture aux côtés de deux comparses dont un nommé Abel Dahuron, auteur des coups de feu), il raconte surtout que, en réalité, cet attentat était… une mystification montée avec Mitterrand lui-même et destinée à lui faire de la publicité personnelle pour redorer un peu son blason !

 

La preuve ? Il la fournit avec deux lettres postées avant l’attentat (tampon de la Poste faisant foi sur la date) et ouvertes devant un huissier : elles racontent exactement à l’avance comment l’attentat s’est effectivement produit et quelle fut la réaction de François Mitterrand.

 

Dans les rangs de la gauche, c’est la consternation. Les journaux font leurs gros titres du « faux attentat » apparemment monté de toute pièce contre François Mitterrand avec sa complicité plus ou moins éclairée. Les chansonniers caricaturent Mitterrand en arroseur arrosé : ils moquent le « faux-fuyant de l’Observatoire ». Hier acclamé en héros, Mitterrand est maintenant traîné dans la boue comme le dernier des traîtres et le plus infâme des imposteurs. La justice s’en mêle. Désormais convaincu que Mitterrand est le propre instigateur de sa pseudo-agression, le Parquet demande au Sénat la levée de son immunité parlementaire afin de le poursuivre pour « injure à magistrat », non mais ! Pesquet, lui, est également poursuivi en compagnie de ses comparses. Son témoignage accable Mitterrand, bien qu’il apparaisse à bien des égards incohérent.

 

Mitterrand, lui, observe une réserve prudente qui joue contre lui. Il réplique mollement aux critiques et se disant au contraire victime de cette manipulation (ce qui n’est, à tout le moins, guère glorieux). Persuadé que les gaullistes sont derrière cette histoire abracadabrantesque, il menace (pur bluff) de divulguer des documents trahissant la participation du Premier ministre Michel Debré dans un attentat commis en 1957 en Algérie contre le général Salan (l’affaire dite « du bazooka » : encore plus obscure !)

 

La loi d’amnistie de 1966 sur les « évènements » d’Algérie mettra finalement un terme à cette drôle d’histoire qui aura agité les journaux, laissé perplexe le citoyen et causé un tort considérable à l’image de marque de François Mitterrand.

 

François Mitterrand fut-il réellement, à l’origine de la manipulation dite du « faux attentat de l’Observatoire ? » le 15 octobre 1959 ? On l’a cru. On n’en est plus sûr. On ne sait toujours pas aujourd’hui qui fut le commanditaire (Pesquet ayant successivement désigné les gaullistes, les poujadistes, les extrémistes de droite) mais il semble bien, au final, que Mitterrand fut tombé dans un piège. Son erreur fut, à l’époque, de ne pas avertir la police de son contact avec Pesquet, sans doute parce qu’il avait, aussi, quelque bonne raison de ne pas faire confiance à celle-ci.

 

« Déshonorer un adversaire politique, c’est le seul assassinat qui soit payant pour ceux qui le haïssent. Dans cette bataille ignoble, tuer n’est rien, salir est tout ». Nous parlons là de politique car en matière crapuleuse, c’est exactement l’inverse : nous allons le voir en franchissant vingt ans d’un seul bon (on est souple et vigoureux, à vingt ans) pour nous retrouver maintenant à la fin des années 70…

 

Etre une star peut être exaltant. C’est toutefois aussi une situation qui recèle des dangers non négligeables. La liste est longue de tous ceux qui, ayant accédé à la notoriété, subissent les sollicitations ou les menaces de nombre d’importuns plus ou moins bien intentionnés. Le chanteur français Claude François (1938 – 1978) va en faire la spectaculaire expérience.

 

Bonne journée à toutes et à tous.                    

 

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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 01:10

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

 


Nous sommes en 1977.

 

L’année précédente, Claude François la star intergalactique 100 % franco-franchouillarde avait déjà échappé à la mort lors d’un attentat de l’IRA au Hilton de Londres : c’était une passante qui avait encaissé la déflagration à sa place. Mais cet attentat terroriste n’était pas, à ce moment, dirigé spécifiquement contre notre Clo-clo national (dont les nationalistes irlandais n’avait cure). En 1977, au contraire, les choses vont être bien différentes. En apparence…

 

Cette année-là… en juin 1977, Valéry Giscard d’Estaing est président de la république française, Jimmy Carter est président des Etats-Unis, Léonid Brejnev est président du Soviet Suprême et Jacques Chirac devient maire de Paris. La Française Françoise Claustre est libérée après deux ans de détention par les rebelles tchadiens d’Issen Habré, la fièvre du « disco » ravage la France et, à Paris, le « gang de la Banlieue sud » (la « BS » disent les policiers) sème la terreur dans le triangle Ivry-Vitry -Villejuif.

 

1977 : Waow, quelle année, cette année-là !...

 

Le « gang de la banlieue sud » est en fait une bande plus ou moins structurée de braqueurs sans peur et sans scrupules. Gitans sédentarisés et voyous divers parqués durant leur adolescence en maisons de redressement, ils ont quitté leurs « blousons noirs » pour entrer de plain pied dans le banditisme dur. Ils sont regroupés autour de Guy Neumeyer (dit « le dingue ») et ont comme patronymes des sobriquets pittoresques comme : « Galoche », « Bigoudis », « Riton », « Bébé », « le Gros Denis » ou « Pouquit »… Ce sont des braqueurs d’un nouveau genre : pas de « parrain » véritable, pas d’activité structurée pérenne (jeux, proxénétisme). Pas de vision de long terme, quoi. Mais des méthodes expéditives, des braquages qui sont autant de raids menés sur des agences de banlieue mal défendues où ils frappent sans vergogne les employés de banque à coups de crosse. Que la police arrive ? Qu’importe, loin de la traditionnelle « loi du Milieu » qui limite strictement les cas où les voyous « à l’ancienne » tirent sur les flics, les gars de la « BS » ouvrent le feu sans hésitation.

 

Fin 1976, ils attaquent par exemple des convoyeurs de fonds devant la banque Worms, en plein Paris, rue des Mathurins : la fusillade fait trois blessés dont un passant. Février 1977, ils attaquent le Crédit agricole de Villeneuve-la-Guyard (c’est dans l’Yonne, faut le savoir…) et découpe 120 coffres au chalumeau. La même année à Paris, de façon plus subtile, ils creusent un tunnel depuis les quais pour percer 123 coffres de la Société Générale située sur l’île Saint-Louis. Ca et là, ils enchainent braquages, coups de main et coups de flingues.

 

Leur route va croiser celle de Claude François, l’idole des adolescentes qui est alors au faîte de sa gloire. Nous sommes dans la nuit du 25 au 26 juin 1977. Le chanteur a enregistré une émission pour la TV et a dîné à Paris. Il est tard. Il rentre chez lui en compagnie de quatre amis : non pas à son domicile parisien du 46 boulevard Exelmans mais à Dannemois (Essonne) où il possède, depuis 1964, un ancien moulin qu’il a joliment restauré. Pour ce faire, il prend l’A6 à partir de la porte d’Orléans, dans sa Mercédès.

 

C’est à ce moment qu’il s’aperçoit qu’une Citroën CX le suit.

 

Bientôt, elle talonne dangereusement son véhicule. Puis elle slalome et le double. Irrité, le chanteur la dépasse à son tour. La poursuite commence alors et les dépassements réciproques s’enchainent, jusqu’à ce que Claude François emprunte la sortie de Milly-le-forêt et, forcément ralentisse. La CX est toujours derrière lui. C’est alors que ses occupants ouvrent le feu. Et pas un peu : un déluge de tirs s’abat sur la Mercédès. Sept balles touchent la carrosserie, un projectile frappe la lunette arrière et un autre touche même un pneu !

 

Dans la Mercédès, c’est la panique. Sur les chapeaux de roues (crevées), Claude François arrive enfin à son domicile tandis que la CX prend la fuite et disparait dans la nuit. C’est la fin de ce que le chanteur va nommer « la poursuite sauvage » ! I Claude François en est convaincu : il ne s’agit pas là de l’agression fortuite d’automobilistes hargneux : on l’a suivi, on l’a fait ralentir, on a attendu le moment propice, on a voulu l’assassiner, c’est sûr ! « Ils semblaient s’acharner sur l’habitacle, dans l’intention évidente de toucher un passager » dit-il. Il en profite au passage pour déplorer l’insécurité qui règne car, de toutes façons : « Cette région est bourrée de loulous et de gangsters ! » Et vlan pour Michel Bonnet, successeur de Michel Poniatowski au poste de Ministre de l’Intérieur : que fait donc la police ?

 

Quelles années, ces années 70 !…

 

La police, mise sur le coup, mène l’enquête. Quand quatre jours plus tard, une bagarre éclate dans un restaurant de l’Essonne, un truand nommé Pierre Dieudonné est arrêté. Il est le frère d’un des caïds du « gang de la Banlieue sud » et on le trouve en possession d’un revolver « 38 spécial ». Surprise, les analyses balistiques confirment que cette arme est l’une de celle qui a tiré sur la voiture de Claude François quelques jours auparavant. Mais Pierre Dieudonné nie : il a acheté cette arme à « un inconnu », dit-il, précisément après l’agression du chanteur.

 

Faute de preuve convaincante. Les choses en restent là. Pour les nombreux fans du chanteur comme pour celui-ci, il n’en restera pas moins une certitude : un soir de juin 1977, le gang de la Banlieue sud avait tenté d’assassiner la vedette…

 

Une certitude, vraiment ?

 

Le temps a fait son œuvre et le fameux gang a progressivement perdu de la vitesse, notamment à la suite de l’incarcération ou de la mort (souvent à l’issue de règlements de comptes internes !) de ses principaux leaders. D’autres membres, encore, se sont « rangés » des affaires. C’est ainsi que l’un d’entre eux s’est exprimé aux journalistes (Le Parisien / Aujourd’hui en France, juillet 2009, article qui a, notamment, servi pour la rédaction de cette chronique) à propos de l’« affaire Claude François ». Alors, lui ont demandé ceux-ci : la nuit du 25 au 26 juin 1977, une tentative d’assassinat délibérée, vraiment ?

 

« Non, répond l’ex-gangster : les gars ne savaient pas que c’était lui : ils étaient bourrés ! »

 

Décidément, la réalité des choses est rarement conforme à leur apparence première.

 

C’est aussi ce que l’on pourrait penser à propos d’un épisode ultra-médiatisé de la vie d’un individu lui-même ultra-médiatisé mais sur laquelle la clarté totale fut loin d’être faite et dont les prolongements eux-mêmes, inattendus et lointains, pourraient nous plonger dans la perplexité. Cet individu ? Le pape Jean-Paul II. L’épisode ? L’attentat contre sa personne du 16 octobre 1981.

 

Bonne journée à toutes et à tous.                    

 

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