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clio-statue-2.jpgLa PLUME ? Celle dont je me sers pour vous écrire ces chroniques... Le ROULEAU ? Celui de la muse antique CLIO, sur lequel est écrite l'HISTOIRE de l'humanité... 

Tandis que la tyrannie des média tente de noyer les citoyens sous un déluge de "news" et menace de les transformer en consommateurs sans mémoire, je vous invte à : 

   - (re)découvrir des épisodes historiques, souvent étonnants mais parfois oubliés, à travers PRES DE 200 CHRONIQUES  

 - (re)placer ces moments d'Histoire en perspective avec l'actualité pour en décrypter la résonance immédiate

La Gauche française a toujours rejeté l'ELECTION PRESIDENTIELLE au suffrage universel direct... jusqu'à ce qu'un président socialiste soit élu (1981) ! Décryptons l'évènement du mois en retrouvant une chronique écrite en 2007 mais qui n'a rien perdu, loin de là, de sa brûlante actualité... 

Merci de vos commentaires et bonne lecture !

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Tout le CONTENU de ce blog est GRATUIT : vous n'y trouverez AUCUN article PAYANT, c'est sa philosopohie. Pour autant, merci de ne pas piller sans vergogne son contenu...

Car ces chroniques sont toutes des créations originales, fruit de lectures, recherches, compilations et synthèses personnelles. Les informations sont vérifiées et les sources utilisées sont généralement citées. Les photos et dessins de ce blog ont été trouvés en libre accès sur le Web ou appartiennent à l'auteur. Si vous constatez qu'un texte ou qu'une illustration ne respecte pas la législation sur la propriété intellectuelle : utilisez le formulaire "Contact" ci-dessous afin de m'aider à respecter les droits d'auteur des autres !

 

Lundi 31 juillet 2000 1 31 /07 /Juil /2000 12:45

Mes Chers Amis,

Aujourd'hui c'est le 31 juillet.

 

Ce jour de juillet 1914, le 31, il fait chaud, très chaud. L'atmosphère est suffocante et les esprits, eux-mêmes, sont échauffés. Il y a tout juste un mois, l'archiduc  François- Ferdinand, neveu de l'empereur François-Joseph et héritier du trône de l'Empire Austro-Hongrois, a été assassiné à Sarajevo par deux terroristes serbes. Et les pays d'Europe saisissent l'occasion pour s'apprêter à vider leurs nombreuses querelles. C'est la "marche à la guerre" de 1914, en quelques semaines, l'Europe va s'embraser.

 

Il est 21 h 30, non loin des "grands boulevards" à Paris, un homme se promène aux alentours du "Café du Croissant", au 146 rue Montmartre (2ème). Il regarde la devanture. Comme il fait chaud, les vitres ont été ouvertes et les convives ne sont séparés de la rue que par de simples rideaux d'un tissu léger, tendu aux fenêtres.

La rue résonne de cris, de manifestations. L'homme regarde le restaurant. A quelques centimètres, derrière le rideau, quelques hommes sont attablés et bavardent. L'un d'eux est dos à la fenêtre. il ne voit pas ce qui se passe dans la rue.

En une seconde, le drame bascule. Notre mystérieux personnage sort un revolver Smith et Wesson de sa poche, écarte vivement le rideau et, à bout portant, abat d'une balle dans la tête l'homme assis dans le restaurant et qui lui fait dos.

Des cris, tout de suite. On allonge la victime sur la table. On pratique un massage cardiaque. Il respire encore, en raison d'une vigueur excepti
onnelle. Mais après quelques minutes, on doit se rendre à l'évidence :

Jaurès est mort.

Son assassin, Raoul Villain est arrêté
immédiatement.

Qu'a fait Jaurès pour mériter une telle agression ? Rien d'autre, pourtant, que de ne pas inciter à la guerre, de rechercher la conciliation et d'appeler à la négociation pour éviter un conflit. Mais l'heure n'est pas à l'apaisement. La France veut sa revanche sur l'Allemagne qui, elle, veut étendre son empire. Tout appel à la paix est considéré comme une traîtrise.

Pour un nationaliste exalté comme Raoul Villain, Jaurès est un traître.
Et comme il est plus facile à abattre que Guillaume II, c'est sur lui que Villain va tirer.

La Première Guerre Mondiale achevée, le 29 mars 1919 s'ouvre le procès de Villain, en cour d'assises. Il est accusé de meurtre avec préméditation. Il ne le nie pas. Il n'a naturellement pas fait la guerre.

Raoul Villain est certes déséquilibré et a un lourd passif familial
: sa mère a été internée, son père est devenu fou à trop boire d'absinthe (interdite à la vente en 1915). Est-ce son système de défense ?

Non. 

Villain revendique entièrement son geste, qu'il qualifie de patriotique : Jaurès, c'était le renoncement devant l'Allemagne, le pacifisme fuyard. A quoi auraient donc servi les 1,3 million de morts français sur les 5 millions au total qu'aura fait le premier conflit mondial ?

Le système d'accusation de la partie civile sera politique. On a tué un symbole de la paix, on a tué le plus populaire représentant des intérêts du peuple, on a tué Jaurés.

Or, le jury n'est quasiment pas composé de travailleur ni de salarié mais plutôt de bourgeois conservateurs.

Le jury n'est pas convaincu par les plaidoiries des parties civiles ni du Mionistère Public.

A la question "l'homicide a-t-il été volontaire ?", le jury répond... "NON"... En contradiction flagrante avec les déclarations même de l'accusé !

A la question "y a-t-il eu préméditation ?", c'est encore "NON" !

Et Raoul Villain, qui ne s'y attendait sans doute pas lui-même, l'assassin de Jean Jaurès, est acquitté !!!

Le Ciel aurait-il abandonné les justes ? La justice des hommes bafouerait-elle la justice céleste ? Bref, tout foutrait-il le camp ?

Raoul Villain est l'exemple même du scandale judiciaire à l'envers. Là où d'autres furent condamnés sans preuve, lui échappe à la justice malgré son forfait. Ecoeurant, non ?

Raoul Villain, acquitté, part alors parcourir l'Europe. Il finit par se fixer en Espagne. En 1933, il achète une maison dans l'ile d'Ibiza. Une région tranquille où il n'y a pas encore les hôtels, les nights-clubs et les filles faciles d'aujourd'hui. Il y passera la fin de sa vie.

Sa courte vie, en fait.

Car en 1936 débute la Guerre Civile d'Espagne. Le 13 septembre, les Républicains prennent le contrôle de l'ile. Immédiatement, ils se dirigent vers la maison de Villain, dont ils connaissent l'identité. Sans sommation, ils l'abattent.

22 ans après, la Justice (un peu expéditive, reconnaissons-le) avait rattrapé Villain
.

Vous en doutiez ?

Bonne journée à tous.

D'autres assassinats célèbres ? Retrouvez celui de Gandhi, de Kennedy ou d'Indira Gandhi

D'autres procès controversés ? (Re) découvrez celui de Seznec !

La Plume et le Rouleau (c) 2000

Par La Plume et le Rouleau - Publié dans : Crimes & affaires judiciaires
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Dimanche 30 juillet 2000 7 30 /07 /Juil /2000 14:49

Mes Chers Amis,

C'est la saint Amour aujourd'hui. Saint Amour est une bourgade du Jura. Quant à la 
côte d'Amour, ce n'est pas un morceau de l'anatomie de Claudia Schiffer mais le nom donné par les Pouvoirs Publics pour faire affluer les touristes sur la côte de la Baule (c'est réussi).

Pour célébrer la Saint Amour, plutôt que de vous sortir des platitudes, je vais me livrer à un exercice tout aussi difficile que détestable et inhabituel : celui de plagiaire. Cette chronique se réduirai-t-elle à un vulgaire article du Reader's Digest ? Non, je tiens en fait surtout à vous faire partager l'émotion de la lecture des "Récits fantastiques" de Théophile Gautier et pour cela, en demandant pardon par avance aux mânes de l'écrivain, je résumerai ci-après la nouvelle "Aria Marcella, souvenir de Pompéi".

L'oeuvre date de 1830 environ et est inspirée d'une anecdote vraie
(le musée de Naples). A cette époque, une éducation bourgeoise qui se respecte implique pour les jeunes gens un tour d'Europe passant par les ruines de Pompéi (récemment découvertes à l'époque) afin de redécouvrir la culture classique. A l'occasion de ce voyage touristique, le héros va vivre une bien étrange aventure....
 

C'est un peu long mais je ne puis faire plus court au risque de dénaturer (un peu plus) l'oeuvre. Croyez-moi, cela vaut le coup car le texte contient ô combien de formules qui pourraient aisément peupler ces lignes.


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"Trois jeunes gens (Octavien, Max et Fabio), trois amis qui avaient fait ensemble le voyage d'Italie, visitaient l'année dernière le musée des Studii, à Naples, où l'on a réuni les différents objets antiques exhumés des fouilles de Pompéi et d'Herculanum. Ils s'étaient répandus à travers les salles et regardaient les mosaïques, les bronzes et quand l'un d'eux avait fait une rencontre curieuse, il appelait ses compagnons avec des cris de joie, au grand scandale des Anglais taciturnes et des bourgeois posés occupés à feuilleter leur livret.


Le plus jeune des trois, arrêté devant une vitrine, paraissait ne pas entendre les exclamations de ses camarades, absorbé qu'il était dans la contemplation d'un morceau de cendre noire coagulée portant une empreinte creuse : on eût dit un fragment de moule de statue, brisé par la fonte ; l’œil exercé d'un artiste y eût aisément reconnu la coupe d'un sein
admirable. L'on sait, et le moindre guide du voyageur vous l'indique, que cette lave, refroidie autour du corps d'une femme, en a gardé le contour charmant. Grâce au caprice de l'éruption qui a détruit quatre villes, cette noble forme, tombée en poussière depuis deux mille ans bientôt, est parvenue jusqu'à nous.

La rondeur d'une gorge a traversé les siècles lorsque tant d'empires disparus n'ont pas laissé de trace !
"Allons, Octavien, dit Max, ne t'arrête pas ainsi des heures entières à chaque armoire, ou nous allons manquer l'heure du chemin de fer, et nous ne verrons pas Pompéi aujourd'hui. "
 

Les trois amis descendirent à la station de Pompéi, en riant entre eux du mélange d'antique et de moderne que présentent naturellement à l'esprit ces mots : "Station de Pompéi".  Il faisait une de ces heureuses journées si communes à Naples. La ville ressuscitée, ayant secoué un coin de son linceul de cendre, ressortait avec ses mille détails sous un jour aveuglant.


L'aspect de Pompéi est des plus surprenants ; ce brusque saut de dix-neuf siècles en arrière étonne même les natures les plus prosaïques ; aussi, lorsque les trois amis virent ces rues où les formes d'une existence évanouie sont conservées intactes, éprouvèrent-ils une impression aussi étrange que profonde. Octavien regardait d'un oeil effaré ces ornières de char creusées dans le pavage cyclopéen des rues et qui paraissent dater d'hier tant l'empreinte en est fraîche ; ces inscriptions tracées en lettres rouges sur les parois des murailles : affiches de spectacle, demandes de location, formules votives, enseignes, annonces de toutes sortes ; ces fontaines à peine taries, ce forum surpris au milieu d'une réparation par la catastrophe, ces boutiques où ne manque que le marchand ; ces cabarets où se voit encore sur le marbre la tache circulaire laissée par la tasse des buveurs.

-- Rien n'est nouveau sous le soleil, dit Fabio

-- Peut-être y a-t-il du nouveau sous la lune ! continua Octavien en souriant avec une ironie
mélancolique.

Ils arrivèrent ainsi à la villa d'Arrius Diomèdes une des habitations les plus considérables de Pompéi. Leur guide les promena dans le salon d'été, la basilique, sur la terrasse de marbre blanc et la salle de bain, qui reçut tant de corps charmants évanouis comme des ombres...

"C'est ici, dit le guide, que l'on trouva, parmi dix-sept squelettes, celui de la dame dont l'empreinte se voit au musée de Naples. Elle avait des anneaux d'or, et les lambeaux de sa fine tunique adhéraient encore aux cendres tassées qui ont gardé sa forme."

Les phrases banales du guide causèrent une vive émotion à Octavien. Cette catastrophe, effacée par vingt siècles d'oubli, le touchait comme un malheur tout récent ; la mort d'une maîtresse ou d'un ami ne l'eût pas affligé davantage, et une larme en  retard de deux mille ans tomba, pendant que Max et Fabio avaient le dos tourné.

"Assez d'archéologie comme cela ! s'écria Fabio, ces souvenirs classiques me creusent l'estomac. Allons dîner ! "

Le jour était tombé et la nuit était venue, nuit sereine et transparente, plus claire, à coup sûr, que le plein midi de Londres. "Il me revient des strophes d'ode" dit Max.

"Garde-les pour toi, s'écrièrent Octavien et Fabio, rien n'est indigeste comme le latin à table !"

La conversation entre jeunes gens ne tarda pas à tourner sur les femmes.

Fabio ne faisait cas que de la beauté et de la jeunesse, une paysanne lui plaisait autant qu'une duchesse, pourvu qu'elle fût belle. Max, moins artiste que Fabio, n'aimait que les entreprises difficiles, les résistances à vaincre, les vertus à séduire. Pour Octavien, il avouait que la réalité ne le séduisait guère : trop de détails prosaïques et rebutants, trop de pères radoteurs et décorés, de mères coquettes, de cousins rougeauds, de tantes ridicules... Aussi s'était-il épris tour à tour d'une passion impossible et folle pour tous les grands types féminins : Hélène, Sémiramis, Aspasie, Cléopâtre..

Max et Fabio se retirèrent dans leur chambre, et ne tardèrent pas à s'endormir. Octavien, ne voulant pas troubler par une ivresse grossière l'ivresse poétique qui bouillonnait dans son cerveau, sortit à pas lents pour rafraîchir son front et calmer sa pensée à l'air de la nuit.

Ses pieds, sans qu'il en eût conscience, le portèrent dans la ville morte et il s'engagea au hasard dans les décombres. La lune illuminait de sa lueur blanche les maisons pâles, divisant les rues en tranches de lumière argentée et d'ombre bleuâtre. Ce jour nocturne, dissimulait la dégradation des édifices et l'on ne remarquait pas, comme à la clarté crue du soleil, les colonnes tronquées, les façades sillonnées de lézardes et les toits effondrés par l'éruption. Les génies taciturnes de la nuit semblaient avoir réparé la cité fossile pour quelque représentation d'une vie fantastique.

Quelquefois même Octavien crut voir se glisser de vagues formes humaines dans l'ombre, mais elles s'évanouissaient dès qu'elles atteignaient la portion éclairée. De sourds chuchotements, une rumeur indéfinie, voltigeaient dans le silence. Octavien éprouvait une espèce d'angoisse. Il retourna deux ou trois fois la tête ; il ne se sentait plus seul comme tout à l'heure dans la ville déserte. La solitude et l'ombre s'étaient peuplées d'êtres invisibles.

En passant devant une maison qu'il avait remarquée pendant le jour et sur laquelle la lune donnait en plein, il la vit, dans un état d'intégrité parfaite, alors qu'il était sûr d'avoir vu cette maison le jour même dans un fâcheux état de ruine. Les habitations voisines avaient le même aspect récent et neuf ; pas une pierre, pas une brique, pas une écaille de peinture ne manquaient aux parois luisantes des façades. Tous les historiens s'étaient trompés: l'éruption n'avait pas eu lieu, ou bien l'aiguille du temps avait reculé de vingt heures séculaires sur le cadran de l'éternité.

Octavien se demanda s'il dormait tout debout et marchait dans un rêve mais il fut obligé de reconnaître qu'il n'était ni endormi ni fou.

Un changement singulier avait eu lieu dans l'atmosphère ; de vagues teintes roses se mêlaient aux  lueurs azurées de la lune ; le ciel s'éclaircissait sur les bords ; on eût dit que le jour allait paraître. Octavien tira sa montre ; elle marquait minuit. Et cependant ; le soleil se levait.

Un prodige inconcevable faisait revenir à lui, du fond du passé, une ville détruite avec ses habitants disparus. Un homme vêtu à l'antique venait de sortir d'une maison voisine. Il passa à côté d'Octavien sans le voir. C'était un esclave ; il n'y avait pas à s'y tromper.

Des bruits de roues se firent entendre, et un char antique, traîné par des boeufs blancs et chargé de légumes, s'engagea dans la rue. Des paysans campaniens parurent aussi, poussant devant eux des ânes chargés d'outres de vin. La vie se peuplait graduellement comme un tableau qu'un changement d'éclairage anime de personnages invisibles jusque-là.

Octavien, mal convaincu encore, cherchait à se prouver qu'il n'était pas le jouet d'une hallucination. Ne comprenant rien à ce qui lui arrivait, une idée subite traversa son âme : la femme dont il avait admiré l'empreinte au musée de Naples devait être vivante, puisque l'éruption du Vésuve n'avait pas encore eut lieu. Il pouvait donc la retrouver, la voir, lui parler... Rien ne devait être impossible à un amour qui avait eu la force de faire reculer le temps, et passer deux fois la même heure dans le sablier de
l'éternité.

Un jeune homme qu'il croisa le salua :

"Advena, salve"

Rien n'était plus naturel qu'un habitant s'exprimât en latin, et pourtant Octavien tressaillit en entendant cette langue morte dans une bouche vivante. C'est alors qu'il se félicita d'avoir été fort en thème  et répondit d'une façon intelligible, mais avec un accent parisien qui fit sourire le jeune homme.

"Il te sera peut-être plus facile de parler grec, dit le Pompéien ; je sais aussi cette langue,
car j'ai fait mes études à Athènes

-- Je sais encore moins de grec que de latin, répondit Octavien ; je suis du pays des Gaulois, de Paris, de Lutèce.

" Je me nomme Rufus Holconius, et ma maison est la tienne, dit le jeune homme ; à moins que tu ne préfères la liberté de la taverne. - Par Pollux ! ajouta-t-il en jetant les yeux sur une inscription rouge tracée à l'angle d'une rue, tu arrives à propos, l'on donne une pièce de Plaute au théâtre ; c'est une curieuse et bouffonne comédie qui t'amusera. Suis-moi, c'est bientôt. Je te ferai placer au banc des hôtes et des étrangers. "

La pièce n'était pas encore commencée ; Puis bientôt le rideau s'abîma dans les profondeurs de l'orchestre et le Prologue, après avoir salué l'assistance et demandé les applaudissements, commença une argumentation bouffonne.

Mais Octavien n'écoutait plus et ne regardait plus. Dans la travée des femmes, il venait d'apercevoir une créature d'une beauté merveilleuse. Elle était brune et pâle ; ses cheveux ondés et crespelés, noirs comme ceux de la Nuit, se relevaient légèrement vers les tempes, à la mode grecque, et dans son visage d'un ton mat brillaient des yeux sombres et doux, chargés d'une indéfinissable expression de tristesse voluptueuse et d'ennui passionné. Ses bras étaient nus jusqu'à l'épaule, et de la pointe de ses seins orgueilleux, soulevant sa tunique d'un rose mauve, partaient deux plis qu'on aurait pu croire fouillés dans le marbre par Phidias ou Cléomène.

Une voix lui cria au fond du coeur que cette femme était bien la femme étouffée par la cendre du Vésuve à la villa d'Arrius Diomèdes. Par quel prodige la voyait-il vivante, assistant à la représentation de Plaute ? Il ne chercha pas à se l'expliquer ; d'ailleurs, comment était-il là lui-même ?

En la regardant, il sentit s'évanouir comme des ombres légères les souvenirs de toutes les femmes qu'il avait cru aimer, et son âme redevenir vierge de toute émotion antérieure. Le passé disparut.

Cependant la belle Pompéienne, le menton appuyé sur la paume de la main, lançait sur Octavien, tout en ayant l'air de s'occuper de la scène, le regard velouté de ses yeux nocturnes. Elle se pencha vers l'oreille d'une fille assise à son côté.

La représentation s'acheva. A peine Octavien eut-il atteint la porte, qu'une main se posa sur son bras, et qu'une voix féminine lui dit d'un ton bas :

" Ma maîtresse vous aime, suivez- moi. "

Elle fit passer Octavien par des chemins détournés, coupant les rues en posant légèrement le pied sur les pierres espacées qui relient les trottoirs et entre lesquelles roulent les roues des chars. Ils arrivèrent à une porte dérobée, qui s'ouvrit et se ferma aussitôt.

Il fut remis aux mains des esclaves baigneurs, revêtu d'une tunique blanche, puis conduit dans une autre salle. Au fond de la salle, sur un biclinium ou lit à deux places, était accoudée Arria Marcella dans une pose voluptueuse et sereine qui rappelait la femme couchée de Phidias sur le fronton du Parthénon ; ses chaussures, brodées de perles, gisaient au bas du lit, et son beau pied nu, plus pur et plus blanc que le marbre, s'allongeait au bout d'une légère couverture de byssus jetée sur elle, sa poitrine laissée à demi découverte par le pli négligé d'un peplum de couleur paille.

Une petite table à pieds de griffons était dressée près du lit à deux places, chargée de différents mets servis dans des plats d'argent et d'or. Tout paraissait indiquer qu'on attendait un hôte.

Arria Marcella fit signe à Octavien de s'étendre à côté d'elle sur le biclinium et de prendre part au repas ; le jeune homme, à demi fou de surprise et d'amour, prit au hasard quelques bouchées sur les plats. Arria ne mangeait pas, mais portait à ses lèvres un vase rempli d'un vin d'une pourpre sombre comme du sang figé ; à mesure qu'elle buvait, une imperceptible vapeur rose montait à ses joues pâles, de son coeur qui n'avait pas battu depuis tant d'années ; cependant son bras nu, qu'Octavien effleura en soulevant sa coupe, était froid comme le marbre d'une tombe.

" Lorsque tu t'es arrêté à contempler le morceau de boue durcie qui conserve ma forme et que ta pensée s'est élancée ardemment vers moi, mon âme l'a senti dans ce monde où je flotte invisible pour les yeux grossiers ; la croyance fait le dieu et l'amour fait la femme. On n'est véritablement morte que quand on n'est plus aimée ; ton désir m'a rendu la vie, la puissante évocation de ton coeur a supprimé les distances qui nous séparaient. "

Rien ne meurt, tout existe toujours ; nulle force ne peut anéantir ce qui fut une fois. Toute action, toute parole, toute forme, toute pensée tombée dans l'océan universel des choses y produit des cercles qui vont s'élargissant jusqu'aux confins de l'éternité. La figuration matérielle ne disparaît que pour les regards vulgaires, et les spectres qui s'en détachent peuplent l'infini.

"C'était toi que j'attendais, dit Octavien. Et ce frêle vestige conservé par la curiosité des hommes m'a par son secret magnétisme mis en rapport avec ton âme. Je ne sais si tu es un rêve ou une réalité, un fantôme ou une femme, si je serre un nuage sur ma poitrine abusée, si je suis le jouet d'un vil prestige de sorcellerie, mais ce que je sais bien, c'est que tu seras mon premier et mon dernier amour."

"Qu'Eros, fils d'Aphrodite, entende ta promesse, dit Arria Marcella en inclinant sa tête sur l'épaule de son amant qui la souleva avec une étreinte passionnée. Oh ! serre-moi sur ta jeune poitrine, enveloppe-moi de ta tiède haleine, j'ai froid d'être restée si longtemps sans amour. " Et les cheveux  d'Arria se répandaient comme un fleuve noir sur l'oreiller bleu.

Tout à coup les anneaux d'airain de la portière qui fermait la chambre glissèrent sur leur tringle, et un vieillard d'aspect sévère parut sur le seuil. Une petite croix de bois noir pendait à son col et ne laissait aucun doute sur sa croyance : il appartenait à la secte, toute récente alors, des disciples du Nazaréen. Arria Marcella cacha sa figure sous un pli de son manteau tandis qu'Octavien regardait avec fixité le personnage fâcheux qui entrait ainsi brusquement dans son bonheur.

"Arria, Arria, dit le personnage austère d'un ton de reproche, le temps de ta vie n'a-t-il pas suffi à tes déportements, et faut-il que tes infâmes amours empiètent sur les siècles qui ne t'appartiennent pas ? Ne peux-tu laisser les vivants dans leur sphère, ta cendre n'est donc pas encore refroidie depuis le jour où tu mourus sans repentir sous la pluie de feu du volcan ? Deux mille ans de mort ne t'ont donc pas calmée, et tes bras voraces attirent sur ta poitrine de marbre, vide de cœur, les pauvres insensés enivrés par tes philtres."

-- Arrius, grâce, mon père, ne m'accablez pas, au nom de cette religion morose qui ne fut jamais la mienne ; moi, je crois à nos anciens dieux qui aimaient la vie, la jeunesse, la beauté, le plaisir ; ne me replongez pas dans le pâle néant. Laissez-moi jouir de cette existence que l'amour m'a rendue.

-- Tais-toi, impie. Laisse aller cet homme enchaîné par tes impures séductions ; ne l'attire plus hors du cercle de sa vie que Dieu a mesurée et toi, jeune chrétien, abandonne cette larve qui te semblerait plus hideuse qu'Empouse et Phorkyas, si tu la pouvais voir telle qu'elle est".

Arria, les yeux étincelants, les narines dilatées, les lèvres frémissantes, entourait le corps d'Octavien de ses beaux bras de statue, froids, durs et rigides comme le marbre.


"Allons, malheureuse, reprit le vieillard" et il prononça une formule d'exorcisme qui fit tomber des joues d'Arria les teintes pourprées que le vin noir du vase y avait fait monter.

En ce moment, la cloche lointaine d'un des villages qui bordent la mer ou des hameaux perdus dans les plis de la montagne fit entendre les premières volées de la Salutation angélique.

A ce son, un soupir d'agonie sortit de la poitrine brisée de la jeune femme. Octavien sentit se desserrer les bras qui l'entouraient ; les draperies qui la couvraient se replièrent sur elles-mêmes, comme si les contours qui les soutenaient se fussent affaissés, et le malheureux promeneur nocturne ne vit plus à côté de lui, sur le lit du festin, qu'une pincée de cendres mêlée de quelques ossements calcinés parmi lesquels brillaient des bracelets et des bijoux d'or, tels qu'on les dut découvrir en déblayant la maison d'Arrius Diomèdes.

Octavien poussa un cri terrible et perdit connaissance.

Le soleil se levait.

Après avoir dormi d'un sommeil appesanti par les libations de la veille, Max et Fabio se réveillèrent en sursaut, et leur premier soin fut d'appeler leur compagnon ; Ne recevant pas de réponse, ils entrèrent dans la chambre de leur ami, et virent que le lit n'avait pas été défait. Les deux amis parcoururent toutes les rues, carrefours, places et ruelles de Pompéi, entrèrent dans toutes les maisons curieuses où ils supposèrent qu'Octavien pouvait être occupé à copier une peinture ou à relever une inscription, et finirent par le trouver évanoui sur la mosaïque disjointe d'une petite chambre à demi écroulée. Ils eurent beaucoup de peine à le faire revenir à lui, et quand il eut repris connaissance, il ne donna pas d'autre explication, sinon qu'il avait eu la fantaisie de voir Pompéi au clair de la lune, et qu'il avait été pris d'une syncope qui, sans doute, n'aurait pas de suite.

La petite bande retourna à Naples.

A dater de cette visite à Pompéi, Octavien fut en proie à une mélancolie morne, que la bonne humeur et les plaisanteries de ses compagnons aggravaient plutôt qu'elles ne soulageaient ; l'image d'Arria Marcella le poursuivait toujours, et le triste dénouement de sa bonne fortune fantastique n'en détruisait pas le charme.

Il retourna par la suite secrètement à Pompéi et se promena, comme la première fois, dans les ruines, au clair de lune, le cœur palpitant d'un espoir insensé, mais l'hallucination ne se renouvela pas. Il n'entendit que des piaulements d'oiseaux de nuit effrayés ; il ne rencontra plus Rufus Holconius, personne ne vint pas lui mettre une main fluette sur le bras ; Arria Marcella resta obstinément dans la poussière.

En désespoir de cause, Octavien s'est marié dernièrement à une jeune et charmante Anglaise, qui est folle de lui. Il est parfait pour sa femme ; cependant Ellen, avec cet instinct du cœur que rien ne trompe, sent que son mari est amoureux d'une autre ; mais de qui ? C'est ce que l'espionnage le plus actif n'a pu lui apprendre. Octavien n'entretient pas de danseuse ; dans le monde, il n'adresse aux femmes que des galanteries banales ; il a même répondu très froidement aux avances marquées d'une princesse russe, célèbre par sa beauté et sa coquetterie. Un tiroir secret, ouvert pendant l'absence de son mari, n'a fourni aucune preuve d'infidélité aux soupçons d'Ellen.

Mais comment pourrait-elle s'aviser d'être jalouse de Marcella, fille d'Arrius Diomèdes, affranchi de Tibère ?"

Par Théophile Gautier et avec la modeste contribution de votre serviteur..

Bonne journée à tous.

Vous aimez Théophile Gautier ? Découvrez alors les turpitudes de son héroïne Clarimonde !

Vous aimez la Rome antique ? Découvrez les turpitudes de ses banquets ou bien les conquêtes de César.

La Plume et le Rouleau © 2000

Par La Plume et le Rouleau - Publié dans : Littérature & divers
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Vendredi 28 juillet 2000 5 28 /07 /Juil /2000 13:00

Mes Chers Amis,

L'un des lecteurs, assidu de la première heure, va convoler en justes (?) noces prochainement. Ce n'est pas l'habitude de faire dans la personnalisation mais foin de maniaquerie, bousculons les traditions et refusons de sombrer dans le fétichisme. Intéressons-nous donc aujourd'hui, toujours à travers le prisme de l'histoire à l'hyménée.

Je vous épargnerai les grosses blagues lourdingues genre : "Chéri, tu préfères une femme jolie ou une femme intelligente?" "Ni l'une, ni l'autre, mon Amour, c'est toi que je préfère !" (j'en vois quand même qui rigolent dans le fond...) et ne jouerai pas les rabat-joies tel Marcel Achard qui nous dit que : "(le seul) mariage qui rend un homme heureux, c'est celui de sa fille ..." (pas trop fort, dans le fond, les rires !...)

Certains pensent que le mariage a quelque chose de magique...
Pourquoi ne le penserait-on pas en voyant une jeune femme se présenter à la porte de l'église pour se marier. Accompagnée à l'entrée d'un type d'au moins vingt à trente ans de plus qu'elle qui ne lui porte qu'un amour platonique, elle ressort une heure plus tard (Abracadra !) au bras d'un jeune godelureau fort amoureux et plein de bonnes intentions. Magique, non ?

Mariage rime aujourd'hui avec monogamie et consentement mutuel. Il rime aussi, malgré la déchristianisation (relative) de la société, avec sacrement religieux. Comment en est-on arrivé là ?

Sur le premier, notons la justification de l'écrivain MARK TWAIN. Faisant une conférence dans l'Utah, il eut une grande discussion avec un mormon sur la polygamie. Le mormon le défia : "Pouvez-vous me citer un seul passage de la Bible interdisant la polygamie?


Mark Twain lui répliqua : "Il est dit dans la Bible : "Nul ne peut servir deux maîtres à la fois"


Plus sérieusement, notons que le droit romain ne faisait pas intervenir la religion : "Consensus facit nuptias" disait l'adage antique et le mariage était un acte exclusivement privé, ne faisant pas intervenir d'autorités religieuses et très peu d'autorités publiques.

Le droit germain, qui va le supplanter avec l'écroulement de l'Empire, est radicalement opposé. Le mariage constitue d'abord un moyen de sauvegarde, de développement et de transmission d'un patrimoine familial : c'est avant tout un affaire d'alliances d'intérêts entre familles dans laquelle l'avis des mariés n'a aucune place. Les deux traditions vont peu ou prou cohabiter et, jusqu'au IX-Xème siècle, l'Eglise n'intervient quasiment pas.

L'écroulement de l'empire Carolingien (Charlemagne meurt en 814) offre à l'Eglise l'occasion de se placer sur la question
. Alors que le pouvoir politique et que l'autorité publique foutent le camp, l'Eglise, organisée, omniprésente, structurée, cohérente, rassemblée autour d'un corpus idéologique bien établi et défini se présente comme la seule force centripète réelle (centripète, cela s'oppose à centrifuge).

Les prêtres, appelés à résoudre des litiges de type patrimoniaux (successions...) vont alors exercer une fonction de juge
qui va leur permettre d'établir leurs vues sur la question. Le réforme grégorienne du XIème siècle et la renaissance du droit romain fera le reste. L'objectif ultime reste le maintien de la paix sociale c-a-d la légitimation d'une union qui ne pourra plus ensuite être contestée (pour des motifs financier ou patrimoniaux et jamais pour des raisons sentimentales, naturellement).

Et l'Eglise (je vous passe les controverses théologiques) va affirmer alors des principes
en rupture totale avec les traditions et qui imprègnent depuis lors toute notre conception, y compris laïque de la question. Elle se donne le droit de vérifier l'absence d'empêchement (essentiellement la consanguinité), de s'assurer qu'il n'y a pas eu rapt de la jeune fille (pour éviter les "vendettas" et les contestations) et ensuite de faire prévaloir l'accord mutuel des époux. Donné, cet accord est alors totalement indissoluble (on appelle les textes sacrés à la rescousse pour cela). Ce n'est plus le père qui remet l'épouse à l'époux mais le prêtre qui s'immisce, parle au nom de Dieu et sacralise l'acte.

Dangereuse pour l'ordre social, cette nouvelle conception place cependant l'Eglise au centre de l'organisation de la société et, curieusement, libère alors l'individu. Les cas seront nombreux dans lesquelles l'Eglise se rangera résolument aux côtés d'époux mariés contre le gré de leurs familles respectives.

De cette volonté de stabilité sociale découle logiquement la monogamie : une pratique qui sera imposée aux rois de France qui ne pourront jamais légitimer leurs enfants adultérins (ex. Louis XIV et les enfants de la Montespan, Louis XV et ceux de la Pompadour, surnommée par ceux-ci "Maman putain" !...) ni disloquer le patrimoine. Notre droit civil en garde encore les traces puisque ce n'est que tardivement que les enfants illégitimes (nés hors mariage) furent autorisés à hériter et encore plus récemment que la jurisprudence a autorisé les enfants non reconnus à le faire aussi.

Tout cela est fort didactique, n'est-ce pas ? J'espère avoir contribué à votre culture sans vous avoir toutefois assommé.

Pour l'heure, je rappellerai l'évidence citée par Sacha Guitry : "Pour se marier, il faut un témoin, comme pour un accident ou un duel."

Bonne journée à tous.

 

La Plume et le Rouleau © 2000

Par La Plume et le Rouleau - Publié dans : Littérature & divers
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Lundi 3 juillet 2000 1 03 /07 /Juil /2000 20:46

Mes Chers Amis, c'est la Sainte Lydie


Saint Lydie, je ne sais pas qui sait. Mais je connais la Lydie :


La Lydie est une contrée d'Asie Mineure riveraine de la mer Egée et bordée au sud par le fleuve Méandre. Sa capitale était Sardes. Selon Hérodote, elle a eu pour souverains légendaires Tmolos et Omphale, et pour rois historiques vingt-deux rois de la dynastie des Héraclides et quatre rois de la dynastie des Mermnades. Le plus célèbre de ces rois est bien sûr Crésus (règne de - 560 à - 546 avant JC).

Les Lydiens inventèrent la monnaie
. Ils semblent avoir eu un goût et un talent prononcés pour le commerce ainsi qu'un amour immodéré de l'or, au point de prostituer leurs propres filles. Le mont Tmolos (contenant de l'or) et le fleuve Pactole (qui coulait et entrainait le métal en aval) alimentaient en métal précieux le trésor lydien. Ce sont, dit-on, les Lydiens qui inventèrent la teinture des étoffes. Les Grecs leur enseignèrent la culture de la vigne, de l'olivier et du figuier.

Ca fait pas mal de choses pour briller en société lors de votre dîner de samedi soir, mmmh ?

Parler d'argent n'a jamais été le fort des français, sauf pour se plaindre qu'ils n'en gagnent pas assez.

Parlons de pauvreté, alors, et évoquons Diogène, assis dans son tonneau, une lampe à la main (ci-dessous une illustration de Jean-Léon Gérôme). Diogène est un philosophe dit "cynique", il méprise les biens et les désirs terrestres.

Plutarque nous raconte ....

Lorsqu'Alexandre le Grand fut choisi pour commander les armées grecques qui devaient conquérir l'Iran, tous les gens accoururent pour le féliciter, sauf le philosophe athénien Diogène qui vivait en Corinthe. Ce fut Alexandre qui se rendit chez lui. Diogène était alors étendu au soleil et, parmi les qualités dominantes qui faisaient sa célébrité et que lui même prônait, la fierté de l'âme et l'indépendance de l'esprit l'emportaient sur les autres.
 

Aperçevant un groupe de gens qui venaient vers lui, il se souleva néanmoins et s'aperçut qu'Alexandre le Grand se dirigeait dans sa direction, avec une allure majestueuse et en grandes pompes. Diogène ne lui accorda pas plus d'attention qu'aux autres et ne se départit pas de son calme. Alexandre le salua respectueusement et lui dit: "Dis-nous si tu as besoin de quelque chose que je puisse satisfaire".

 

 Diogène dit alors: "Je recevais la lumière du soleil et toi tu m'as fais de l'ombre. Alors, écarte-toi".

Les compagnons d'Alexandre crurent que c'étaient là les paroles d'un fou et se dirent qu'il s'agissait là d'un homme ignorant qui ne sait pas saisir la chance qui s'offre à lui. Cependant, Alexandre comprit son infériorité, dans sa recherche de la gloire et des conquêtes par rapport à l'indépendance d'esprit de Diogène. Il médita et, sur le chemin du retour et, entendant ses compagnons critiquer Diogène, il leur dit: "En vérité, si je n'étais pas Alexandre, j'aurai aimé être Diogène".

Et vous ? Bonne journée à tous...


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