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clio-statue-2.jpgLa PLUME ? Celle dont je me sers pour vous écrire ces chroniques... Le ROULEAU ? Celui de la muse antique CLIO, sur lequel est écrite l'HISTOIRE de l'humanité... 

Tandis que la tyrannie des média tente de noyer les citoyens sous un déluge de "news" et menace de les transformer en consommateurs sans mémoire, je vous invte à : 

   - (re)découvrir des épisodes historiques, souvent étonnants mais parfois oubliés, à travers PRES DE 200 CHRONIQUES  

 - (re)placer ces moments d'Histoire en perspective avec l'actualité pour en décrypter la résonance immédiate

La Gauche française a toujours rejeté l'ELECTION PRESIDENTIELLE au suffrage universel direct... jusqu'à ce qu'un président socialiste soit élu (1981) ! Décryptons l'évènement du mois en retrouvant une chronique écrite en 2007 mais qui n'a rien perdu, loin de là, de sa brûlante actualité... 

Merci de vos commentaires et bonne lecture !

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Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 01:00

Chèr(e)s ami(e)s et abonné(e)s des Chroniques de la Plume et du Rouleau,

 

Patnheon-1.jpgLe 6 avril 2011, le nom du poète martiniquais et chantre de la « négritude » Aimé Césaire était gravé sur une plaque, solennellement déposée au Panthéon, à Paris, en présence du Président de la République Nicolas Sarkozy. Cependant, contrairement à d’autres personnages ayant reçu avant lui un tel honneur, tel Alexandre Dumas (son prédécesseur à être honoré d’une entrée dans ce monument) ou Mirabeau (« panthéonisé » dans la ferveur puis « dépanthéonisé » dans la fureur), les restes du poète martiniquais n’ont pas été physiquement transférés dans l’auguste et dernière demeure réservée à ceux auxquels la Patrie se veut « reconnaissante » : ils sont restés en Martinique.

 

La « panthéonisation » de Césaire, c’est donc celle de son âme, non celle de son corps. Sans doute parce que la première, quoiqu’immatérielle, nous apparait paradoxalement moins périssable que le second… Allez comprendre.

 

Parmi les « panthéonisés », nous avons autrefois évoqué dans ces colonnes Mirabeau, Voltaire, Alexandre Dumas ou encore André Malraux. Ce n’est cependant pas d’eux dont nous allons parler aujourd’hui mais d’un autre de leurs compagnons de cénotaphe : Emile Zola.

 

D’Emile Zola, beaucoup d’entre vous connaissent la vie : nous n’y reviendrons que très brièvement et grâce à quelques fulgurances qui nous permettront d’embrasser l’étonnant destin de ce personnage.

 

Zola 1Emile Zola est né en 1840 d’un père italien, ingénieur civil autrefois officier dans l’armée italienne, et d’une mère française (il ne sera naturalisé Français qu’en 1862, à l’âge de 22 ans) de 24 ans ( !) la cadette de son époux. Ayant perdu son père à l’âge de 7 ans, Emile, enfant unique, est alors élevé par sa mère et sa grand-mère dans des conditions matérielles difficiles.

 

Ayant raté son bac par deux fois, Zola connait une jeunesse désargentée et quasi-miséreuse à Paris : des conditions qui vont l’amener à côtoyer une population aussi peu fortunée que lui et à arpenter les rues de Paris durant ses périodes de chômage, de doutes, d’errances, de « galère » dirions-nous aujourd’hui. Il lui arrive de jeûner, faute de pouvoir se payer un repas et de rester chez lui au lit, ayant vendu certains de ses vêtements pour survivre. Zola va évidemment s’inspirer de son vécu dans ses œuvres littéraires futures.

 

A partir de 1862, il a enfin un emploi stable aux librairies Hachette et peut alors se consacrer à l’activité qu’il ambitionne : l’écriture. Il rédige et fait publier des contes, des romans-feuilletons et des articles où il s’oppose vigoureusement à un Second Empire qu’il critique comme répressif et livré à l’influence excessive de la religion. Paradoxalement, et à l’instar de nombreux opposants politiques (ce qu’il n’est pas ouvertement), c’est l’assouplissement de la censure et l’« ouverture » politique de Napoléon III à partir de 1868 qui va lui permettre se faire connaître sa plume.

 

La parution de L’Assommoir en 1877 (sixième tome de sa saga-fleuve Les Rougon-Macquart) lance définitivement la carrière de Zola. Désormais, celui-ci enchaine les romans où il décrit avec précision la société de son temps et la vie de ses contemporains, les vices de ceux-ci, leurs tares, leurs espoirs, leurs douleurs, dans toutes les couches de la société. Il évoque, entre autres, les prêtres (La faute de l’abbé Mouret, 1875), la classe politique et son usage des prostituées (Nana, 1880), le monde de la mode et de la « grande distribution » (Au bonheur des dames, 1883)  les ouvriers des mines (Germinal, 1885), les paysans (La terre, 1887), le monde de la finance parisienne (L’argent, 1891) ou encore la guerre Franco-prussienne de 1870 et la Commune de Paris de 1871 (La débâcle). Il ne se fait donc pas que des amis : on lui reproche la crudité de son propos, la trivialité des sujets traités (l’alcoolisme, la prostitution, la déchéance matérielle et morale) et, évidemment, la supposée vulgarité des sentiments et comportements dépeints (l’avidité, l’égoïsme, l’orgueil, la cupidité, l’obscurantisme…) Pour une société qui se veut bien-pensante et ordonnée, Zola est évidemment un trublion dont les écrits irritent comme du poil-à-gratter.

 

Dreyfus-degradation.jpgBeaucoup d’entre vous connaissent donc les œuvres du style « naturaliste » créé par Zola. Puissantes, massives, titanesques, elles écrasent de leur poids le modeste potache de classe de Quatrième, qui, à l’époque du prêt-à-consommer/jeter culturel, télévisuel et informatique, reste incrédule et abasourdi par la capacité d’un écrivain à décrire un magasin de fromages (Le ventre de Paris, 1873) pendant quatre bonnes pages bien tassées qui vous allèchent tout d’abord avant de vous donner bientôt la nausée (un passage dont il faudra ensuite faire le commentaire…).

 

En 1888, Zola est décoré de la légion d’honneur : il a 48 ans. Malgré de nombreuses critiques, le succès de Zola est maintenant installé. C’est l’apogée du consensus à son égard. Cela va durer un peu moins de dix ans. En 1897, c’est le début de l’Affaire Dreyfus et la France se déchire : Dreyfus est-il traître ou est-ce un autre, et qui ? Pourquoi les preuves de la culpabilité ne sont-elles pas rendues publiques ? Peut-on légitimement douter de la justice militaire ? Et cela sans porter atteinte à la réputation de l’armée ? Ne vaut-il pas mieux étouffer toute erreur, quitte à maintenir un innocent en prison ? Dans l’hexagone, toujours prompt aux polémiques, on s’empoigne autant verbalement que physiquement.

 

Et Zola, à son tour, entre dans la mêlée en signant dans le journal L’Aurore, le 13 janvier 1898, un brûlot incendiaire ad nominem ("J'accuse") qui lui vaudra, en juillet, une condamnation en justice pour diffamation et un exil volontaire en Angleterre jusqu’en juin 1899.

 

La vie de Zola, dans la mémoire collective, c’est donc la rédaction de romans et l’engagement comme « dreyfusard ».

 

Mais d’Emile Zola, en revanche, peu d’entre vous connaissent les questions, incertitudes, débats, controverses, polémiques et empoignades que suscitèrent les circonstances de… sa mort et de ses obsèques. Et c’est pourquoi nous allons nous y attarder.

 

Plus que la vie, c’est surtout la mort d’Emile Zola qui va ici nous préoccuper.

 

Emile-Combes.JPGL’été 1902, à Médan (Yvelines, où l'écrivain a une résidence secondaire), est paisible pour Emile Zola. Début août 1902, il a achevé Vérité, roman qui fait une transposition de l’Affaire Dreyfus dans le domaine de la lutte pour la laïcité, contre le cléricalisme et l’antisémitisme. Après Fécondité (où Zola fustige le malthusianisme) et Travail (où il s’indigne contre le clivage de la société en classes sociales), Vérité est censé être le troisième tome d’une série de quatre textes qui devront être réunis sont le titre évocateur des Quatre Evangiles.

 

Il faut dire que, si Zola n’est pas directement de ce combat-là, la lutte fait rage par ailleurs. Depuis juin, le « petit père » Emile Combes est à la fois Président du Conseil (= Premier ministre, dans une IIIème république dont le Président n’exerce aucune attribution opérationnelle) et en même temps ministre des Cultes (de nos jours, cette fonction est exercée par le ministre de l’Intérieur).

 

Partisan déterminé de la laïcisation de la société, Combes s’attaque frontalement aux congrégations, ces communautés religieuses formées de moines (« frères ») et de moniales (« soeurs »). Certaines de ces communautés existent depuis plusieurs siècles et suivent une règle interne dépourvue de contrôle extérieur. Elles assurent aussi souvent un enseignement scolaire privé. Pour certaines, elles n’ont pas pris, volontairement ou non, la peine de se mettre en conformité avec la récente loi sur les associations (juillet 1901) qui impose à toute association, nouvelle ou ancienne, de se déclarer administrativement et déposant ses statuts à la préfecture.

  

Expulsion-Chartreux.jpgDans une veine résolument anticléricale, le Président du Conseil Emile Combes applique la loi dans toute sa rigueur : toute communauté non déclarée administrativement doit être dissoute. Pour celles qui remplissent leurs formulaires d’immatriculation, Combes, avec un militantisme laïc évident, fait examiner les demandes de façon résolument restrictive. Résultat : en six mois, entre les congrégations interdites et celles qui sont refusées, 2 500 communautés sont dissoutes et leurs membres sont expulsés des locaux qu’ils occupaient, désormais fermés. Cette politique de nettoyage culminera avec la loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905), fondement de la laïcisation de la société que nous connaissons aujourd’hui.

 

Zola, lui, a assez donné dans les combats politiques. Du moins par un engagement militant direct.

 

Il se consacre désormais uniquement à l’écriture, son style « naturaliste » autrefois moqué étant solidement ancré dans le paysage littéraire français. Il lui faut maintenant boucler le dernier tome des Quatre Evangiles, lequel s’intitulera Justice où il entend s’attaquer à ce que nous appellerions aujourd’hui l’ultranationalisme, porteur selon lui d’une agressivité qui ne peut que conduire les nations à l’affrontement et au désastre général. Zola entend faire de la France la « chevalière du droit et de la Liberté » dans les batailles qu’il juge inévitable dans les domaines idéologique, intellectuel, scientifique, économique. Zola est un idéaliste convaincu de la mission séculaire et immanente d’une France à l’avant-garde du progrès de l’humanité, dans le cadre d’une coopération internationale renforcée (il évoque déjà la notion d’« arbitrage »).

 

Zola AlexandrineZola, c’est donc, déjà, un précurseur de la notion de « Défense » (on parle alors du ministère « de la Guerre ») et le visionnaire d’un monde où tout engagement de la force ne se ferait qu’à l’issue d’un dialogue international. Ses idées préfigurent le monde multipolaire d’aujourd’hui où, cahin-caha et souvent dans la confusion, les nations tentent de s’organiser à travers l’ONU pour résoudre comme elles peuvent les crises internationales qui secouent le « village mondial ».

 

Attention donnée aux questions sociales (« socialisme »), solidarité nationale, coopération internationale, égalité des droits entre hommes et femmes, laïcité… : Zola aurait toute sa place au XXIème siècle, tant les combats d’aujourd’hui ressemblent à ses géniales intuitions d’hier.

 

Mais Zola n’est pas seulement romancier : à 62 ans, il projette maintenant de se lancer dans les pièces de théâtre où l’on ne viendrait pas pour s’amuser de l’éternel trio le mari-la femme-l’amant mais où l’on viendrait voir l’évocation des grandes questions sociales et politiques qui le passionnent (La France en marche). Ce serait presque du théâtre grec antique, à bien y réfléchir. Il a aussi écrit, cet été 1902, un livret d’opéra : Sylvanire ou Paris en amour, terriblement plus classique puisqu’il s’agit d’amours contrariées qui s’achèvent en drame.

 

En cet été 1902, Zola fourmille donc d’idées et d’occupations. S’il séjourne à Médan avec son épouse Alexandrine (ci-dessus), il se rend aussi également, chaque jour, à 16 heures (et à bicyclette) dans le village voisin de Verneuil où il retrouve sa maîtresse Jeanne Rozerot, une jeune femme qu’il avait d’abord engagée comme lingère et avec laquelle il a une liaison depuis14 ans, ainsi que deux enfants, Denise et Jacques. Alexandrine n’est évidemment pas conviée à ces entretiens quotidiens dans une maison où Zola a installé ce « deuxième bureau » ! Après des scènes conjugales à répétition, Alexandrine a fini par se résigner.

 

Zola-Jeanne-Rozerot.jpgVie à la campagne, épouse, maîtresse, enfants, exercice physique et travail intellectuel : pour Zola, la vie s’écoule donc, simple et tranquille (comme dirait Verlaine)…

 

Nous voici maintenant en septembre 1902. Le dimanche 28, Emile Zola et Alexandrine repartent vers Paris et leur domicile situé 21 bis rue de Bruxelles (non loin de Montmartre et tout près du Moulin Rouge quoique la numérotation ait changé de nos jours).

 

Il fait frais en de début d’automne et, pour réchauffer l’appartement, rien de tel qu’une bonne flambée. Le domestique, Jules Delahalle, homme dévoué aux Zola de longue date, décide de s’acquitter de cette tâche en les attendant. Dans l’après-midi, il fait un feu de petits boulets de charbon dans la cheminée de la chambre à coucher. Hélas, il constate que la cheminée est partiellement obstruée et que de la fumée refoule dans la chambre : il ferme alors la trappe et laisse le feu s’éteindre en ouvrant la fenêtre.

 

Quand les Zola arrivent, Emile décide donc qu’on appellera les fumistes (= ce sont les ramoneurs, quoique certains soient certainement éventuellement aussi des fainéants et des dilettantes…) le lendemain.

 

La soirée passe. On ferme les fenêtres et on se couche. Les époux Zola s’endorment.

 

Pendant la nuit, Alexandrine se sent incommodée et se réveille. Elle se lève péniblement du lit et réveille Emile, qui n’est pas bien non plus. Elle lui propose de réveiller les domestiques. Emile ne s’inquiète pas. Il s’assoit sur une chaise et explique à sa femme que, pour lui, ils sont victimes d’une simple indigestion. « Demain, nous seront guéris » la rassure-t-il. 

 

Mais, le lendemain, les domestiques, inquiets, n’entendent aucun bruit dans la chambre à coucher, fermée de l’intérieur. A 9 h 30, ils donnent l’alerte et on décide d’enfoncer la porte. Les Zola sont trouvés inanimés, Emile gisant à terre et Alexandrine étendue sur son lit. Elle respire encore. Pas lui. On aère la pièce. On pratique sur l’une et l’autre une respiration artificielle à l’aide de traction sur les bras.

 

Zola-mort.jpgAlexandrine est apparemment sauvée : elle est transportée à l’hôpital. Emile Zola, lui, ne peut être ranimé. Il est officiellement déclaré mort par les médecins, ce lundi 29 septembre 1902, à 10 h du matin.

 

La police et les médecins font rapidement une simple et tragique constatation : certains boulets de charbon se consument encore dans la cheminée fermée. Les Zola ont donc été intoxiqués par l’oxyde de carbone dégagé par un feu mal éteint dans une cheminée obstruée qui donnait sur une pièce fermée. Si Alexandrine Zola a survécu, c’est qu’elle s’est évanouie sur son lit, surélevé à 1 mètre du sol alors qu’Emile est tombé à terre. Or, c’est précisément au sol que stagnent les émanations toxiques, plus lourdes que l’air.

 

Quoiqu’il en soit, Zola est mort et la nouvelle suscite l’émotion. Les proches des Zola affluent au domicile ainsi qu’Alfred Dreyfus. L’information fait évidemment la « une » des journaux. Chacun a sa manière de traiter l’évènement car, vivant ou mort, Zola suscite toujours la même polémique. L’Aurore (centre-gauche radicale), le journal de Georges Clemenceau qui avait publié la fameuse tribune de Zola (déballant les turpitudes de certains hauts gradés de l’Etat-major français lors de l’Affaire Dreyfus) en 1898, arbore un liseré noir. Il exige « Zola au Panthéon ! ». Le Figaro (droite modérée), sentencieux, estime qu’il n’y a désormais plus de « grands auteurs ». La Libre Parole (nationaliste et antisémite) se gausse : « Un fait divers naturaliste : Zola asphyxié ». La Croix (catholique conservateur) suggère perfidement que Zola pourrait s’être suicidé (le suicide est à l’époque condamné par l’Eglise).

 

Lorsque la date des obsèques est fixée (au lundi 6 octobre 1902 après-midi), les journaux continuent de s’agiter, notamment en raison de la future présence (ou de l’absence, on ne sait pas encore) d’Alfred Dreyfus (gracié mais non encore ni réhabilité ni réintégré dans l’armée). L’armée est naturellement attendue pour rendre les honneurs militaires au défunt. L’Intransigeant (nationaliste et laïc) s’indigne ainsi (numéro 8118) au matin du 6 octobre de ce que « ce seront les soldats que Zola a si injurieusement traités qui se verront chargés de repousser les assauts donnés à son cercueil » qu’il prévoit de la part des factions nationalistes. Et le journal conclut, non sans jubilation, que Zola devrait plutôt être enterré, non dans la fosse commune mais, carrément dans la fosse d’aisance !

 

Zola-Pantheon.jpgPourtant, nous relate le modéré Le Temps dans ses numéros des 6 et 7 octobre 1902, grâce à un « service d’ordre [qui] était très rigoureux », « rien de grave n’a troublé les obsèques d’Emile Zola » au cimetière de Montmartre. Il se félicite que « tout s’est bien passé », que « le grand romancier a reçu des hommages éclatants » pour « sa vie de labeur et de volonté ». Il rappelle qu’une telle lutte contre l’esprit de corps, les juridictions spéciales et la raison d’état n’a pu être couronnée de succès que grâce à « l’air de la liberté que l’on respire [en France] ». La Ligue des Droits de l’Homme est présente ainsi qu'une délégation de mineurs du Nord et des délégations syndicales. La palme de la grandiloquence revient cependant à Anatole France, chargé de la longue oraison funèbre sur l’insistance d’Alfred Dreyfus : « Il a honoré sa patrie et le monde par une œuvre immense et un grand acte ».

 

Les polémiques et les déchaînements de passion vont-ils s’arrêter ?

 

On peut le penser car, pendant quelque temps, on ne va plus parler de Zola ni de Dreyfus. Il faut dire que, désormais, on s’empoigne (tout autant) sur un autre sujet qui (comme toujours) coupe la France en deux : la question de la séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905).  

 

L’agitation, pourtant, va finir par reprendre.

 

Car le 13 juillet 1906, une loi vote la réintégration de Dreyfus dans l’armée. Le même jour, un projet de loi est présenté pour le transfert de la dépouille de Zola au Panthéon. Et, de nouveau, surgissent de violentes protestations et polémiques : L’Action Française (monarchiste) fustige ainsi les honneurs additionnels rendus à l’« insulteur de la France, le métèque vénitien » qu’est Zola. Après 5 mois d’agitation, la loi est définitivement votée le 11 décembre suivant.

 

Prudemment, les Pouvoirs Publics temporisent alors. Ils attendent en effet plus d’un an pour, en mars 1908, ouvrir un crédit de 35 000 francs pour les frais de panthéonisation (le nationaliste Maurice Barrès estime, lui, sur ce sujet, qu’« il n’y aura jamais meilleure occasion de… faire des économies » !) La translation a finalement lieu le 3 juin 1908, en début de soirée, ce qui ne décourage pas les insultes et les quolibets sur le passage du corbillard. La cérémonie officielle se tient le lendemain.

 

L’agitation se calme-t-elle ? Non point.

 

Zola-coup-de-feu-sur-Dreyfus.jpgAlfred Dreyfus est évidemment présent à la cérémonie. Il n’est plus militaire d’active, ayant fait valoir ses droits à la retraite en 1907. Il va pourtant cristalliser, encore et toujours, le ressentiment et l’hostilité : à la fin de la cérémonie, Grégory, un journaliste du journal Le Gaulois (antidreyfusard et mondain) lui tire dessus de deux coups de revolver qui le blessent légèrement à l’avant-bras. Pour ce geste qualifié sobrement par L’Action Française de « très francais », l’homme sera traduit en Cour d’Assises en septembre 1908 et… acquitté.

 

De nos jours, l’histoire a définitivement rendu justice à Dreyfus et Zola est entré lui-même dans la mémoire collective, moins (il faut le reconnaître) en raison de son engagement en faveur du capitaine injustement condamné qu’en raison de la somme littéraire qu’il a laissée derrière lui, remarquable tableau d’une France de la fin du XIXème siècle, décrite et décortiquée dans tous les aspects, des plus globaux aux plus intimes.

 

Il n’y a donc plus de polémique concernant Zola. Mais il subsiste des incertitudes.

 

Sur quoi ?

 

Rappelons l’émotion qui saisit l’opinion le 29 septembre 1902 à l’annonce de la mort de l’écrivain. Or, nous le savons, lors de la survenance d’un tel évènement pour une personnalité connue, l’imagination fiévreuse s’empare en général d’un public à la fois avide et méfiant et dont l’imagination galope et échafaude mille hypothèses : les morts de Hitler, JF Kennedy, Marylin Monroe, Bruce Lee, Nicolas Ceausescu, Yasser Arafat ou encore Oussama ben Laden (désolé pour cet inventaire à la Prévert) en sont l’illustration. On s’interroge donc sur la mort de Zola : est-elle naturelle ? Et s’il s’agissait d’un suicide (l’hypothèse, soulevée, est rapidement écartée) ? Voire d’un accident  ? Et pourquoi pas d’un crime ? On sait la haine dont Zola faisait l’objet de la part d’éléments particulièrement excités. Mais par qui un assassinat éventuel aurait-il été opéré ? Et comment ?

 

Le jour même du décès de Zola, une instruction judiciaire est donc ouverte pour faire la lumière sur cette affaire plutôt… fumeuse. Elle est confiée au magistrat Joseph Bourrouillou. Le commissaire Cornette, lui, voit d’emblée dans les causes du décès un malheureux accident.

 

L’autopsie, pratiquée le lendemain 30 septembre 1902, conclut bien à une asphyxie. Le suicide (jamais corroboré par la survivante) ou l’intoxication alimentaire sont donc rapidement écartés.

 

Zola-Tombe.jpgAsphyxie… Asphyxie… C’est vite dit. Vérifions tout de même de façon objective. C’est ce qu’on fait quelques jours plus tard. Comme il n’y a évidemment aucun volontaire, on utilise des petits animaux qu’on laisse enfumer une nuit. Deux oiseaux en réchappent mais, globalement, la mort par asphyxie est validée.

 

Etape suivante : asphyxie accidentelle ou intentionnelle ? On observe la cheminée : elle avait apparemment fonctionné parfaitement jusque-là puisqu’un feu avait allumé en juin. Depuis, elle n’avait plus été allumée (c’est quand on utilise les cheminées qu’elles se bouchent, obstruées par la suie et la pluie qui refoule les émanations et les particules) : la cheminée se serait donc bouchée… pendant l’été, alors qu’elle n’avait pas fonctionné ? Le doute s’installe : on aurait assassiné Zola ?

 

Pourtant, les faits sont têtus : le tirage de la cheminée est mauvais, le tirage ne permettait pas l’évacuation des émanations des boulettes de charbon qui se consumaient quand les pompiers sont entrés, après reconstitution, des cobayes sont morts. Le 13 janvier 1903, après 4 mois d’enquête et malgré une certaine perplexité générale, le juge Bourrouillou referme le dossier : la thèse de l’accident est confirmée.

 

On en reste là pendant cinquante ans.

 

En 1953, un journaliste de Libération, Jean Bedel, reçoit l’étrange confession d’un dénommé Pierre Hacquin. Celui-ci est un ancien militant nationaliste de l’entre-deux-guerres. Il était notamment membre de la Ligue des Patriotes, parti nationaliste fondé en 1882 par le poète Paul Déroulède et qui, après diverses fortunes, interdiction, scission et refondation, avait soutenu le général Boulanger (1886) puis l’antidreyfusisme. En 1902, la Ligue des Patriotes, violemment antiallemande, revancharde et antiparlementaire avait connu un vif succès politique sur la circonscription parisienne lors des élections législatives.

 

Voilà pour le tableau d’ensemble. Mais que dit Hacquin ? Bedel met les révélations de Hacquin en scène dans un article sans ambigüité, en dépit de son mode interrogatif : " Zola a-t-il été assassiné ? "  Hacquin y raconte que, en 1928, l’une de ses connaissances, Henri Buronfosse, à la veille de sa mort (il était né en 1874 et mourut en 1928) lui avait avoué avoir perpétré l’assassinat de Zola.

 

Buronfosse était en effet « fumiste ». N’allez pas en déduire qu’il s’agissait d’un dilettante… Buronfosse était ramoneur, membre de la Ligue des Patriotes, ultranationaliste et furieusement antisémite. A Hacquin, il avoue avoir délibérément obstrué le haut de la cheminée des Zola, sur le toit puis, le lendemain, être remonté pour faire discrètement disparaître les traces de son forfait : un crime parfait, quoi…

 

La thèse est plausible. Elle souffre certainement de diverses faiblesses, à commencer par les aveux attribués à une personne... décédée ! Elle implique aussi la complicité du domestique des Zola, pour ce qui concerne l’accès au toit : une option considérée comme très peu vraisemblable compte tenu de la fidélité avérée de Jules Delahalle. Mais, diront plusieurs historiens durant les décennies suivantes, l’hypothèse du crime est loin d’être exclue, notamment parce que, pour un ramoneur qui a l’habitude de circuler sur les toits, celui-ci n’a pas nécessairement besoin d’y accéder par les voies habituelles…

 

Pour les chercheurs Alain Pagès et Owen Morgan ainsi que pour l’historien et enseignant Henri Mitterrand, l’affaire est donc entendue : éléments d’enquête à l’appui sur la personnalité de Buronfosse et nantis d’un faisceau d’indices concordants, ils sont aujourd’hui persuadés que Zola fut bel et bien victime, sinon d’un complot, au moins d’un acte de malveillance qui ne réussit que trop bien.

 

Alors, Zola assassiné ? Pas 100 % prouvé mais loin d’être impossible. Le débat ne peut définitivement être clos et la mort du grand écrivain, comme sa vie, continue donc d’être marquée par des opinions divergentes et tranchées. Zola est réellement mort comme il avait vécu : sous le signe de la polémique.

 

Bonne journée à tous et à toutes.         

 

Faites un retour sur l'Affaire Dreyfus pour en découvrir le vrai traître. Prenez connaissance de la controverse à propos de la mort de Napoléon 1er. Re-lisez les débats qui concernèrent la mort étrange de JF Kennedy ou de Martin Luther King.

 

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Par La Plume et le Rouleau - Publié dans : Personnalités célèbres - Communauté : Virtuoses & cie
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Mercredi 4 mai 2011 3 04 /05 /Mai /2011 10:00

This chronicle is the English version (mainly dedicated to an international audience) of the chronicle published in French on the mainly French-history oriented blog “La plume et le rouleau”. Thank you for being lenient towards the translation!

 

Dear readers of the Chronicles of the Quill and the Roll,

 

We will today have a glance on a very badly knowned period of the American history: a time placed just after the First World War.

 

How many among you remember (or simply know) that, at this time, the United States were shaken by a intense social protest movement ? Amost nobody. That is why we will, today, talk about that while celebrating a tragic date

 

« Here's to you Nicolas and Bart’

Rest forever here in our hearts

The last and final moment is yours

That agony is your triumph… »


This song was composed in 1971 by Ennio Morricone and was the original soundtrack of a movie. It remains probably the most chart-topper of the folk singer Joan Baez. Everybody knows it. I am sure that you already hum it.

 

But what does it refer to?

 

It refers to the fact that, 75 years ago, on August 23rd, 1927 in the sinister jail of Charlestown (Massachusetts), Nicola (without s!) Sacco et Bartolomeo (without h!) Vanzetti were executed on the electric chair.

 Sacco-et-Vanzetti-2.jpg

Who were these two men, how and why were they here, and, as always, what conclusion can we draw from this true story?

 

At the very beginning, it is the story of two young Italian men, naturally attracted by the « American dream », by a an opened society where everybody has the opportunity to try his luck and by the economic growth of a country where everything has to be built. We are there at the beginning of the 20th century.

 

Nicola Sacco (left) was born in 1892 at Torremagiore, in the south of Italy. His father is not impoverished. Anyway he cannot establish all his sons, practically: buying lands for them.

 

Then, Nicola takes the boat for America. Landed at Boston, he first does various jobs before finally being hired as a worker in a shoes factory. There, he follows lessons, out of his working hours, in order to become skilled worker. Last, to make a little extra on the side, he also works as a night watchman. Serious, hard-worker, good catholic, he gets married soon and start a family: a beginning of an upward social mobility.

 

Ellis-Island-immigrants-1.jpgBartolomeo Vanzetti (right), for his side, is coming from the north of Italy, from Villafalletto where he was born in 1888 in a middle-class family. He is a hard-working pupil and obtains a basic-school leaving certification (at 12). But he will not have the opportunity to continue his studies. His father wants him to work an to get money immediately. Also badly affected by the death of his mother, he decides to embark, at 20 in 1908, for the United States. In love with freedom and independence, he then does multiple jobs that does not give him any real financial ease. He never travels without two books: “The Divine Comedy” (of the Italian poet and writer Dante Alighieri) and “The life of Jesus” (of the anticlerical-oriented French writer Ernest Renan).

 

The two men are filled with libertarian ideal, they are in love with liberty, the strongly believe in the opportunities offered by the New World. Quickly they both become deeply disillusioned when arriving in the United States. It has to be said that, in the middle of the 1880’s, the immigrants going to the USA come from European countries hardly hit by an economic downturn. These immigrants are no longer Anglo-Saxon people, Protestants and graduated. They mainly come from the poorest agricultural regions of got rid out of home by the endemic poverty and the violence. Passing by Ellis Island, the number of these immigrants therefore rapidly inflates up to 800 000 (!) for the sole year 1914.

 

This labour force is not very particular when it comes to wages and to working conditions: therefore, these immigrants quickly find a place in the job market. Converse to that, as far as the society is concerned, things are more difficult. These immigrants hardly fit into the existing American society.

 Ellis-Island-immigrants-2.jpg

Indeed, at the end of the XIXth century, some violent labour and wages disputes arise in the United States. For the Anglo-Saxons people, these disputes are due to the « new immigration », an immigration which, according to them, does not fit with what is called the « americanity ». « Americanity », anyway, is a concept which is hard to translate and more over to understand by an European mind.

 

The rising of anarchist and protest trends runs counter to a public opinion devoted to the fundamental idea of an America united by the value that have founded it : an chance for each one even, as the same time, the society is merciless for all. The Polish Jews are accused to propagate the Bolshevism since the Italians are regarded as strike causers. In short, every « red » is under suspicion for wanting to sap the foundations of the Union.

 

On the eve of the First World War, there is therefore a real crackdown against the strikes : the clashes between striking workers and private militias indeed make 20 dead people in the Rockfeller factories in April 1904. At the same time, the methods used by the unions harden: brutal attempt on the life of the mayor of Seattle, of the billionaires JP Morgan or John D. Rockfeller, bombing of the General Attorney’s home of Washington, Palmer and at the corner of the street between Wall Street and Broad Street !

 

Faced with the social injustice, deeply pained by his change of personal environment, Sacco, now 21 years old, joins the hard wing of the protest trade unions: the anarchist movement, ready to the revolutionary terrorism and to the direct action. There, he meets Vanzetti one year later.

 

Here is it for the picture.

 

April 15th, 1920,, in the little town of South Braintree (Massachusetts), in the middle of the main street, two criminals kill two men with guns. The two victims (named Parmenter and Berardelli) are respectively cashier and guard at the Slater & Morril shoe factory and they are conveying the wages of the salary men: USD 16 000 $. The gangsters then run away aboard of a black Buick.

 

Sacco-et-Vanzetti-Manifestations.jpgOn May 4th, 1920, the police put Sacco and Vanzetti under arrest at the time while they were going to the garage to take delivery of a car belonging to a man named Boda. This car is a… black Buick. The police think that the tyre marks of the two vehicles are equivalent. The police also note that Sacco et Vanzetti carry rifles. The two Italians, however, multiply the lies and the contradictory alibis. They are finally charged for the double crime.

 

The trial will take place one late later : from May 31 st, 1921 to July 14th, 1921.

 

It is not, converse to what was often reported, a mockery of a trial. Anyway, on the basis of fragile presumptions and in a very hostile state of mind of the public toward all the lies of the two accused, these are finally judged guilty and are sentenced to the death penalty.

 

As it is usual in the United States, the Defense has some rather wide possibilities of recourses and appeals. Then, a long and hardly bearable time of waiting begins. It will length, for Sacco et Vanzetti, nearly 6 years.

 

In the meantime, the pros also try to mobilize forces. The defence mainly relies on the activism of some European Communist parties. Anyway, many writers and various intellectuals participate to support the cause of the two Italians: John Dos Passos (US), Anatole France (France), Modigliani (Italy), Herbert G. Wells (US), Jean Rostand and Joseph Caillaux (France). The point is to condemn the use of the death penalty and its application to a demeanour belief: the protesters are convinced that, in reality, Sacco and Vanzetti were convicted because they were anarchist, poor and from Italian roots, challenging by that the white America and the rich, puritan, scornful and law-and-order minded WASP.

 

kemmlerchaise.jpgThe accused, anyway, keep on denying. They do not deny their very opinion and friendship but only the crime for which they have been judged guilty. Their loneliness is terribly difficult to bear. Each of them will be examined and treated in a psychiatric hospital (1923 for Sacco, 1925 for Vanzetti). Sacco will get rid of it thanks to the reading and to the study of the English language. Vanzetti will use the manual work and the writing of a huge number of letters.

 

With the time going on and considering, the forces mobilized for them, the two convicted men begin to believe the possibility of a reviewing of their sentence. And suddenly this reviewing appears closer than ever ! In November 1925, a Portuguese immigrant aged 23, Celestino Madeiros, sentenced to the death penalty for the murder of a cashier and jailed at Charlestown too, make a confession: he has participated to the attack of South Braintree. He the clears Sacco and Vanzetti!

 

An appeal is made behind the Supreme Court of the State of Massachusetts. On April 5th, 1927, Judge Thayer, president of this Supreme Court, passes his sentence: the new the existing of some new testimonies does not justify a new trial. Four years later, the sentence is confirmed: the death.

 

The sole opportunity then remains the pardon of the Governor Fuller, of the State of New York, to save the two sentenced men. One thing to note: this governor is, at this date, candidate to be vice-president of the United States…

 

Governor Fuller, then, meets Sacco and Vanzetti on July 22nd, 1927, without any problem. Le day after, Vanzetti writes in a postmail: « I do not believe that such a man will make us burn for a cas like ours. » But, on August 3rd, 1927, Fuller refuses the pardon. Three weeks later, Sacco and Vanzetti are executed.

 

saccoetvanzetti.jpgThese two unfortunate men are nowadays part of a kind of mythology of which we have to seek and to understand the roots. Since their guilt was never formally proved (and, on the contrary, because their innocence is today almost 100 % demonstrated thanks to the modern technology of the electronic microscopy), Sacco and Vanzetti, more than others, were used to specific aims.

 

They were sentenced by a puritan America, reactionary and protectionist, embodied by the Presidents Calvin, Harding and Coolidge, of the interwar period, who represented the WASP frightened to see the arrival of new immigrants : it was then a necessity to strike hard to state firmly the American values toward the protests. It was was is called the “native reaction” (where the “natives” are not the Indians but the cow-boys…).

 

The defenders of the two accused, for their part, were various communist and anarchist groups and parties whose methods and ideology were not frankly better than those they intend to oppose in the frame of the class struggle. It has been at the origin of the historical anti-capitalism and anti-American state of mind widely shared by the European intellectuals and middle-class people. This feeling strongly resurged during the protest of 1968, the Vietnam war (1964 – 1975) and the Irak war (2003 - ?...).

 

Beware then of the misuse of the symbols and let’s stay at the level of the reasons for which Michael Dukakis, governor of the Massachusetts in 1977, decided, this very year, to celebrate, each August 23, the « Sacco & Vanzetti day »: « (to have) the courage to oppose to the forces of the intolerance, of the fear and of the hate and to unify for the triumph of the reason, of the impartiality and of the wisdom that our judiciary system needs ».

 

It still really needs them more than ever… since such an injustice would need never to happen…

 

Have a nice day.

Par La Plume et le Rouleau - Publié dans : Crimes & affaires judiciaires
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Dimanche 10 avril 2011 7 10 /04 /Avr /2011 01:10

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau, amateurs et amoureux de Paris,

 

C’est à une promenade dans les rues et ruelles d’un Paris disparu que je vous invite aujourd’hui, dans les pas (assez involontaires) de la reine Marie-Antoinette (1755 – 1793).

 

Paris ! « Création miraculeuse où même la rue la plus calme foisonne d’aventures » : (Graham Robb in Une histoire de Paris par ceux qui l’ont fait, Flammarion, 2010)… C’est l’une d’entre elles, avec comme héroïne principale l’épouse de Louis XVI, que je vous invite à revivre : une odyssée urbaine épique où il y aura des descriptions, des croquis, de l’action, du drame, du suspense et de l’adrénaline. Et tout cela dans une zone très étroite de Paris : un espace compris entre le château des Tuileries, l’hospice des Incurables et le quartier du Doyenné…

 

Voyons, où est-ce ?

 

Un palais dans le jardin des Tuileries ? Vous n’avez vu là que des arbres. L’hospice des Incurables ? Il n’est mentionné sur aucune carte. Le quartier du Doyenné ? Il ne figure sur aucun guide…

 

Ne cherchez plus : ces endroits ont aujourd’hui disparu. Ils ont été démolis ou renommés et sont (presque) oubliés. Et c’est pourquoi nous allons les redécouvrir, les localiser et faire, magiquement, revivre sous nos yeux (éblouis) un Paris de nos jours invisible !

 

En 1774, Louis XV meurt et son petit-fils Louis XVI monte sur le trône. Marie-Antoinette devient elle-même reine de France.

 

marieantoinette.jpgElle ne s’installe pas pour autant à Paris : le siège du pouvoir autant que la résidence royale restent à Versailles. Elle fait cependant connaissance avec la ville dans le cadre de ses escapades de plus en plus nombreuses dans la capitale, où elle se rend notamment (et nuitamment) à l’opéra. L’opéra n’est évidemment pas celui que nous connaissons : la troupe et les spectacles sont, à l’époque, installés dans le Palais des Tuileries. Le Palais est à l’époque également utilisé par divers courtisans auxquels on a accordé un logement gracieux. Son nom rappelle que, avant sa construction (à partir de 1564), plusieurs fabriques de tuiles étaient installées à cet endroit.

 

Si l’on ne dénie pas à Marie-Antoinette le droit de passer ses nuits aux spectacles des Tuileries, l’on s’avise tout de même qu’elle ferait mieux de passer, d’abord, son temps dans la couche royale afin de préparer la succession du royaume. C’est ce qu’elle fait à partir de 1778 avec quatre enfants au total :

- Marie-Thérèse (1778 – 1851) appelée plus tard « Madame Royale » ;

- Louis-Joseph (1781 – 1789) dont le décès, en juin 1789, va lourdement affecter le roi à une période de l’histoire pourtant cruciale

- Louis-Charles (1785 – 1795) abusivement appelé « Louis XVII » et dont nous avons par ailleurs évoqué la vie d’infortune et les tribulations des restes

- Sophie (1786 – 1787) décédée en bas âge (11 mois)

 

Dire que Marie-Antoinette ne fut jamais populaire est un truisme et une litote : tout fut bon pour la critiquer sévèrement et elle-même ne sut jamais adopter les attitudes qui auraient été susceptibles de lui attirer de la sympathie. Immature et influençable, elle ne sut jamais « communiquer » (dirions-nous aujourd’hui) et, de méfiance en rancœur, finira par s’attirer une haine forcément excessive de la part de la population parisienne, soucieuse de cristalliser ses colères. Ce n’est toutefois pas le propos de cette chronique.

 

En 1785, Marie-Antoinette est prise malgré elle dans l’incroyable « affaire du collier ». Il s’agit d’une escroquerie audacieuse montée par une aristocrate déchue, la « comtesse » Jeanne de la Motte, qui utilise son nom et la cupidité du cardinal de Rohan pour se procurer un fabuleux collier auprès des bijoutiers Böhmer et Bassange, qui ne seront évidemment jamais payés. Dans l’esprit du peuple, cette arnaque n’a pu fonctionner que parce que les goûts de luxe de Marie-Antoinette sont de notoriété publique. Le torchon commence donc à brûler entre la monarchie et le peuple, à l’heure où le royaume traverse une crise financière et sociale sans précédent.

 

louis16france.jpgComposée d’une quarantaine de « provinces » (métropoles, diocèses, duchés, baronnies, gouvernements, états, élections, généralités,  bailliages, intendance, pays, parlements...) jouissant de particularismes (« privilèges ») administratifs, judiciaires ou fiscaux, la France est cimentée depuis treize siècles par une monarchie de droit divin. En 1788 : la France connait des difficultés financières graves. Les seuls intérêts de la dette (300 millions de livres) et le train de vie de la Cour (36 millions) absorbent la moitié du budget de l'Etat (dépenses : 600 millions de livres / recettes : 500 millions) !

 

Des réformes urgentes et drastiques sont donc nécessaires (= taxer tous les revenus de tous les sujets du royaume) mais Louis XVI, confronté à l'opposition intransigeante de la noblesse (350 000 membres) et du clergé (150 000) n'ose pas les imposer. « Pas imposer », c’est donc le cas de le dire ! Louis XVI décide alors de convoquer les Etats généraux du royaume pour le 1er mai 1789. Le processus qui débouchera sur la chute de la monarchie est enclenché.

 

1789 est une « année sans pareil » (Michel Winock) : Dès mai 1789,le Tiers état exige le vote « par tête » et non « par ordre » : c’est le ferment du principe démocratique, que Louis XVI finira par accepter au cours de l’été.

 

Dans l’intervalle, un drame frappe la famille royale au mois de juin 1789 : le dauphin Louis meurt à l’âge de 8 ans et Louis XVI et Marie-Antoinette en sont, évidemment, cruellement affectés.

 

L’agenda politique, cependant, n’attend pas et, du 12 au 14 juillet 1789 : Paris connait des troubles populaires, la forteresse de la Bastille (prison et dépôt de munitions) est assiégée et envahie. Une milice populaire est créée (la « Garde Nationale ») dont le commandement est donnée au populaire et original marquis de La Fayette, héros de la lutte aux côtés des « insurgents » américains. Des troubles secouent également les provinces. On craint l'anarchie : c'est la « Grande peur ».

 

Declaration-droits.jpg4 août 1789 : Des nobles libéraux, le duc d'Aiguillon et le vicomte de Noailles, proposent la suppression des privilèges, l'égalité fiscale et la suppression (avec compensation) des droits (= taxes) seigneuriaux, toutes dispositions votées dans la nuit. Le 26 août 1789, c’est la proclamation de la « Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ».

 

Le mois de septembre 1789 est une période caractérisée par de violentes émeutes dans le pays, difficilement maîtrisées. La colère parisienne, par exemple, se cristallise sur la localisation à Versailles de la famille royale (alors que, à Paris, siège la toute jeune « Assemblée constituante »). Alors, le 5 octobre 1789, c’est en quelque sorte  le premier « Paris – Versailles » pédestre et de masse ! Dans un contexte de difficultés d’approvisionnement en denrées alimentaires, des milliers de femmes se dirigent vers le château de Versailles et réclament que la famille royale (« le boulanger, la boulangère et le petit mitron ») réside désormais dans Paris. Cédant à la pression populaire, Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants acceptent et, dès le lendemain, déménagent vers Paris pour loger au… Palais des Tuileries !

 

Le Palais des Tuileries est, dans les faits, une bâtisse étroite (une quinzaine de mètres de large) et longue (200 m environ) vieillotte, mal commode et peu prestigieuse.

 

Comme vous le voyez sur la chouette photo comparative que je vous ai fabriquée grâce aux sites Google Maps et  Narbolibris.com, le Palais des Tuileries est située à l’ouest de l’actuelle esplanade du Louvre, à l’endroit où l’actuelle avenue du général Lemonnier sépare celle-ci du jardin des Tuileries.

 

Prenons un instant pour observer la topographie des lieux et en noter les points principaux, forts utiles pour la suite de l’histoire :

Tuileries Louvre anciens vs actuels   

- En 1790, la rue de Rivoli n’existe pas encore (quand bien même c’eut été le cas, elle n’eut évidemment pas porté ce nom, symbole d’une victoire de Bonaparte qui ne sera remportée qu’en 1797). Le principal axe de l’ouest vers l’est de Paris est, à l’époque, la rue Saint-honoré

 

- Le Palais des Tuileries n’ouvre pas vers l’ouest (et le jardin) mais vers l’est et vers le « carrousel » (l'endroit où l’on fait tourner les chevaux) : c’est l’origine de l’actuelle place du même nom.

 

- Observez ce qui est aujourd’hui l’esplanade du Louvre et la Grande Pyramide. En 1790, le Palais des Tuileries est séparé du vieux Louvre (l’actuel musée, où l’on voit les impressionnantes fondations) par le « quartier du Doyenné » : un quartier compliqué et nauséabond, constitué de ruelles tortueuses et sordides qui serpentent entre d’infâmes masures. Le plan d’époque lui-même renonce à en rendre compte complètement. C’est un cloaque obscur et dangereux qui dispose toutefois de deux églises (Saint Nicolas et Saint Thomas) Il est traversé du nord au sud par trois « axes » moins fangeux que les autres : la rue Saint-Nicaise (Bonaparte y fera l’objet d’un attentat à l’explosif le 24 décembre 1800), la rue Saint Thomas du Louvre et la rue Fromenteau.

 

Que reste-t-il de ce quartier insalubre et misérable aujourd’hui ? Rien et, franchement, on a du mal à imaginer un tel quartier à la vue d’une esplanade actuelle de pierre lisse, sobre, glacée et bien rangée au milieu d’un édifice impeccable de proportions...

 

Pyramide et Tuileries vers S OuestMais revenons à Louis XVI et Marie-Antoinette et au Palais des Tuileries aujourd’hui disparu (il se situerait à l’ouest de la pyramide).

 

C’est la Garde Nationale, dirigée par La Fayette, qui est en charge de la sécurité du lieu. La vie de château (de Versailles) est bien terminée pour une famille royale et un monarque qui sont, concrètement, en résidence surveillée. Le pouvoir politique, lui, est désormais dans les mains de l’Assemblée constituante, laquelle travaille d’arrache-pied et tous azimuts.

 

1790 est en effet une année marquée par une fièvre intense de réformes : les anciennes régions et les frontières intérieures sont abolies au profit de 83 départements créés ex nihilo. On unifie le système des poids et mesures avec la mise en place d'un système fondée sur le « mètre » linéaire et, le 14 juillet 1790, on célèbre la « fête de la Fédération », à l’origine de la fête nationale actuelle (et non la prise de la Bastille, comme d’aucuns le croient ordinairement).

 

Au-delà de ces mesures, importantes mais, somme toute, périphériques, la question centrale reste celle de la future « Constitution », destinée à matérialiser un changement de régime auquel Louis XVI, forcément, tente de s’opposer. 

 

Il est notamment hostile au contrôle que le gouvernement tente d'imposer à l'Eglise à travers une « constitution civile du clergé » (votée le 12 juillet 1790), moderne version d’un gallicanisme qui puise ses racines dans le Moyen Age, affranchissant le clergé de France de l’autorité du pape. Il n’est pas le seul : les heurts violents qui ont lieu montrent que les Français sont majoritairement défavorables à cette « constitution » dont, finalement, Louis XVI finit par signer le décret d’application le 26 décembre 1790

 

Louis XVI le voit : son pouvoir lui échappe progressivement tandis que, prisonnier aux Tuileries, il est contraint de valider des réformes auxquelles il est opposé.

 

Comment peut-il réagir ?

 

Comme toujours, Louis XVI hésite. Confiné dans son palais, il est l’objet d’influences contradictoires au sein d’un entourage qui l’exhorte à recourir à l’aide des monarchies européennes. Au premier rang de celles-ci, évidemment, on évoque l’empire d’Autriche que l’on croit désireux d’aider Marie-Antoinette. Rien n’est moins sûr et, dans les faits, Louis XVI a beau se plaindre aux gouvernements espagnol et autrichien, ceux-ci atermoient et ne montrent aucune volonté de lui venir en aide par la force. Joseph II, empereur d’Autriche et frère de Marie-Antoinette, est mort le 20 février 1790 et son successeur Léopold II, également frère de Marie-Antoinette, ne manifeste aucun empressement.

 

Que faire ?

 

Louis XVI n’a pas l’autorité suffisante sur une armée très divisée et n’entend pas déclencher une guerre civile.

 

Doit-il accompagner le mouvement et adhérer aux idées qui animent la majeure partie de l’élite sociale : une monarchie constitutionnelle ? Vue d’aujourd’hui, cette solution semble la plus pragmatique. Mais elle ferait de Louis XVI le fossoyeur de treize siècles de monarchie de droit divin en faveur d’un système à l'anglaise : un monarque dépossédé de ses prérogatives face à une assemblée élue par les grands barons du royaume. Pour Louis XVI, une telle… révolution est impensable.

 

Progressivement, une troisième voie va être envisagée : une option qui, vue avec le recul, nous apparait aujourd’hui sans queue ni tête, fatalement vouée à l’échec et sûrement contreproductive. Pourtant, l’entourage du roi le convainc qu’il s’agit de la meilleure solution : il faut fuir ! Fuir pour quoi faire ? Pour se retrancher dans une place forte inexpugnable d’où l’on pourra préparer la reconquête du royaume. Dans ces conditions, se persuade-on, les puissances étrangères se verront forcées d’agir…

 

Plusieurs plans sont échafaudés durant 1790 mais aucun n’est mis à exécution. Ils sont préparés par deux personnages-clés : le comte Axel de Fersen, un séduisant suédois de 36 ans qui a combattu aux côtés de la France durant la Guerre d’Indépendance d’Amérique et qui fait partie des intimes de la reine Marie-Antoinette, le marquis de Bouillé, solide général de 52 ans qui commande l’armée de Meuse-Sarre-Moselle.

 

Fuir n’est pourtant pas si facile. Car outre la Garde Nationale, qui surveille le bâtiment des Tuileries sous la direction de La Fayette, le peuple parisien entend garder l’œil sur la famille royale.

 

Ainsi, le 18 avril 1791, une foule énorme s’attroupe pour empêcher Louis XVI de quitter les Tuileries lorsque le roi décide de se rendre au château de Saint-Cloud (situé dans l’actuel parc de Saint-Cloud mais qui n’existe plus non plus de nos jours, décidément !) Malgré ses efforts, et ne voulant pas provoquer l’affrontement avec la populace, La Fayette décide de ne pas faire dégager le passage par la force et Louis XVI et Marie-Antoinette rebroussent chemin.

 

Pour autant, on s’approche de la date fatidique du départ, fixée pour le 20 juin 1791 au soir.

 

La famille royale bénéficie d’une certaine liberté de mouvement dans le jardin des Tuileries et le palais des Tuileries, lui, est un vrai labyrinthe de portes discrètes et d’escaliers dérobés. En fuir semble simple ?

 

Palais des TuileriesCertainement pas. Le palais royal des Tuileries est une zone parcourue en permanence par des dizaines de quidams : valets, gardes, courtisans mais aussi policiers, militaires, avocats, fonctionnaires divers. Dans le contexte révolutionnaire marqué par une suspicion grandissante, le nombre de gens qui traînent dans ce palais pour des raisons mal éclaircies s’est encore accru et divers hommes en armes couchent partout, à même le sol. Par ailleurs, personnage public soumis à une stricte étiquette, le roi ne peut faire un geste, du lever au coucher, sans être accompagné d’un personnel nombreux qui observe, depuis toujours, le moindre de ses comportements.

 

Il faudra donc attendre la nuit, ce 20 juin 1791, après le coucher officiel du roi, pour s’évader des Tuileries. La nuit : cet aspect des choses jouera un rôle important dans les tribulations qui vont suivre, en raison d’une problématique inattendue qui va s’ensuivre.

 

A ce point du récit, avez-vous lu Une histoire de Paris par ceux qui l’ont fait, de Graham Robb (Flammarion 2010), ouvrage dont je vous parlais au début de cette chronique ?

 

Si ce n’est pas le cas, plongez-vous dans la lecture de cet auteur britannique amoureux de notre capitale. Il narre une petite vingtaine d’historiettes dans un français délicieux, d’une recherche et d’une précision rares.

 

Si vous l’avez lu, vous comprendrez que c’est l’une de ces histoires, qui concerne précisément Marie-Antoinette, que je vais reprendre ici en la complétant d’explications, de schémas et de cartes spécialement confectionnées par votre serviteur, hélas absentes du livre de Robb. Ces cartes vont vous permettre, comme pour le drame de la rue Royale, de mieux visualiser les royales péripéties auxquelles, je l’espère, vous songerez si, d’aventure, vos promenades parisiennes vous conduisaient aux Tuileries et au Louvre.

 

Mais revenons au soir du 20 juin 1791.

 

La mise en œuvre de la fuite n’est pas aisée. Le roi exige en effet de rester groupés et impose un départ collectif pour dix personnes au total :

 

- Le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette

- Les deux enfants : Marie-Thérèse et le dauphin Louis-Charles

- La sœur de Louis XVI, Elisabeth (« Madame Royale »)

- La gouvernante des enfants, Madame Louise-Elisabeth de Croÿ de Tourzel

- Deux femmes de chambre (on ne va pas partir sans du personnel, quoi ?)

- Trois gardes du corps dont M. de Malden, spécialement attaché à la personne de la reine.

 

Et, en plus, il faut se charger des bagages jugés indispensables (diamants, bassine et cuvette en argent pour la reine…) Or, une fuite est une manœuvre qui, par nature, doit se faire avec discrétion et rapidité. Tout contretemps peut être fatal à la suite de l’opération…

 

Simplifions la description de l’opération : c’est par là

 

Par La Plume et le Rouleau - Publié dans : Personnalités célèbres
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Dimanche 10 avril 2011 7 10 /04 /Avr /2011 01:05

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau, amateurs et amoureux de Paris,

 

Au soir du 20 juin 1791, le roi et sa famille décident de fuir le château des Tuileries.

 

Le plan est simple.

 

Montage rue de l echelleTout d’abord, il est prévu de sortir discrètement du Palais des Tuileries et de rejoindre une voiture à cheval dite « citadine » qui stationnera à une station de fiacres située non loin de là, à l’angle de la rue de l’Echelle et de la rue Saint-honoré (à cette place, comme le vous le voyez sur la photo prise par votre serviteur et où le Louvre est au fond, il y a aujourd’hui, il y a une station de… Vélib’ : toujours la force musculaire, le fouet en moins !). Ci-dessous, plan historique marqué d'un point rouge. 

 

Rappelons à cet égard que, la rue de Rivoli n’existant pas encore, la rue Saint-honoré est à l’époque le principal axe ouest-est de la capitale. Le suédois Axel de Fersen sera aux commandes de ce véhicule : il sera déguisé en cocher. Il parle en effet parfaitement français, connait même l’argot parisien et saura donc très bien, grâce au tabac à priser dont il s’est muni, prendre des manières « peuple » pour faire illusion auprès des autres conducteurs de fiacres de la rue.

 

Alors, chargé de tous les passagers, Fersen se dirigera au nord-est de Paris, vers la barrière Saint-Martin (l’actuelle rotonde de la Villette) pour changer de véhicule et prendre une « berline » mieux taillée pour une longue route. Cette berline, Axel de Fersen l’a achetée (à ses frais !) à la baronne russe Korff et a laissé les armoiries de celles-ci sur les portières : ses occupants se feront donc passer pour le personnel de la baronne.

 

Une fois sorti de Paris en direction du nord-est, le véhicule recevra le renfort de troupes fidèles au roi, supervisées par le marquis de Bouillé et qui l’accompagneront en sécurité vers sa destination finale : la place forte de Montmédy (département de la Meuse) proche à la fois du Luxembourg et des Pays-Bas.

 

Alexandre Dumas fait, dans « La comtesse de Charny », le récit poignant et dramatique de cette fuite. On sait suffisamment combien cet immense écrivain prit de liberté avec la véracité historique pour n’accorder à son récit qu’un œil averti…

 

Au vrai, Louis XVI a porté un intérêt scrupuleux au déroulement et au minutage du plan. Tous les protagonistes ont été, dirions-nous aujourd’hui, soigneusement « briefés ». Il est prévu que l’on se divise en quatre groupes.

 

Premier départ : la gouvernante Madame de Tourzel sort du Palais des Tuileries avec les deux enfants et débouche sur le carrousel. Prenant à gauche, elle longe les écuries (où sont logés les chevaux que l’on fait tourner, précisément, à l’emplacement de l’actuelle place du Carrousel) puis emprunte sur une centaine de mètres la rue du carrousel, fait un léger crochet à nouveau à gauche et enfile la rue de l’Echelle jusqu’à l’angle de la rue Saint-honoré. Le trajet est court (de l’ordre de 450 mètres) et ne présente aucune difficulté d’orientation particulière. Madame de Tourzel retrouve la citadine d’Axel de Fersen, comme prévu, dans laquelle elle s’installe.

 

Pour ne pas donner l’éveil, la citadine… part immédiatement. En fait, elle fait un trajet en rectangle : elle prend la rue Saint-honoré vers l’est, tourne à droite au Louvre et le contourne, puis revient vers l’ouest par les quais, tourne encore à droite, longe les Tuileries pour revenir finalement se positionner à son point de départ, rue de l’Echelle. Les femmes de chambre, elles, sortent également du Palais mais prennent un autre chemin : elles rejoindront la berline un peu plus tard et plus loin sur la route.

 

Quarante-cinq minutes plus tard, la sœur de Louis XVI, Madame Elisabeth, sort à son tour du palais et, sans difficultés, rejoint également la citadine.

 

Il est maintenant 23 h 30 (plus tard que prévu car La Fayette, dont les troupes ont la charge de la garde du monarque et du bâtiment) s’est attardé inhabituellement. Le roi et la reine se couchent officiellement. Le personnel quitte ses appartements. La fuite proprement dite peut commencer. Un peu après minuit (nous sommes désormais le 21 juin 1791), c’est d’abord Louis XVI qui part. Pour s’éclipser discrètement des Tuileries où un personnel nombreux vaque en permanence à des obligations multiples, il faut déjouer la surveillance des gardes de l’entrée.

 

On a embauché récemment un valet du nom de Durand, à la physionomie très proche de celle du roi : grand et bedonnant. Les gardes se sont habitués à sa dégaine et à le voir entrer et sortir des Tuileries. Or, si le serviteur est bien entré, ce jour-là au Palais, c’est une autre personne qui, nonchalamment, avec son costume, descend maintenant les marches et sort tranquillement vers le carrousel : vous l’avez compris, c’est Louis XVI lui-même.

 

Comparaison trajet Louis XVI Marie AntoinetteIl y a un instant d’émotion car, quelques mètres après avoir passé les gardes, la boucle du soulier de ce valet se détache soudain, tintant sur le pavé… Le garde va-t-il interpeller l’homme ou se rapprocher de lui ? Avec beaucoup de sang-froid, Louis XVI s’agenouille, la réajuste puis repart tranquillement : une performance notable quand on songe au fait qu’un monarque est forcément peu au fait de ce genre de manipulation vestimentaire dont ses valets lui épargnent, en général, le détail. Mais quand on sait, comme l’habile Louis XVI, démonter des serrures, on sait aussi remettre une boucle de chaussure… Louis XVI rejoint alors, lui aussi sans encombre, la citadine garée rue de l’Echelle, sous le regard indifférent des gardes de faction.

 

Ouf. C’était la séquence « adrénaline »…

 

Les deux autres gardes du corps également  « évadés » (François-Melchior de Moustiers et François de Valory), il ne reste maintenant plus au palais que la reine Marie-Antoinette, accompagnée de son garde du corps M. de Malden (et non pas d’Isidore de Charny, comme le romance Alexandre Dumas).

 

Par précaution, la reine n’emprunte pas, à l’intérieur du bâtiment, le même itinéraire que son mari. Alors que Louis XVI est sorti par l’entrée principale, Marie-Antoinette effectue un périple compliqué dans les couloirs du palais pour sortir par une porte située plus au sud et qui débouche dans une petite cour appelée « cour des princes », laquelle donne elle-même sur le carrousel. Une fois dans la cour, c’est simple : elle n’a plus qu’à la traverser en prenant vers la gauche (c’est-à-dire vers le nord) pour, comme les autres avant elle, rejoindre la rue de l’Echelle. Elle doit être à la voiture vers 00 h 20.

 

Marie-Antoinette et son garde du corps M. de Malden, comme le reste des fugitifs, se sont habillés de façon à ne pas être reconnus par les nombreuses personnes qui circulent dans ce que l’historien André Castelot qualifie de véritable « caravansérail ».

 

A ce stade du récit, il est important de rappeler quelques considérations simples mais rarement présentes à l’esprit :

 

- Marie-Antoinette est la reine, elle n’a pas l’habitude d’être contredite dans ses choix et ses décisions

- Elle est désormais seule, hormis son garde du corps : c’est une situation nouvelle pour quelqu’un qui, au quotidien, est entouré d’un personnel nombreux qui prévient ses moindres désirs

- Elle va devoir effectuer un trajet de près de 500 mètres, de nuit, vers des lieux qu’elle ne connait pas : une reine ne se déplace en effet évidemment jamais à pied dans les rues de Paris, elle n’a jamais eu besoin de trouver son chemin, elle ignore même comment est le quartier autour du palais où elle réside, qui y habite ni dans quelles conditions. Marie-Antoinette n’a donc aucune idée de la topographie des lieux qui l’environnent…

- A l’issue de plusieurs jours de préparatifs, d’une longue journée d’attente et de plusieurs minutes où elle n’a plus personne auprès d’elle, elle est par conséquent dans une situation de stress qu’elle n’a jamais connu.

 

Ces éléments expliquent facilement les évènements à peine croyables qui vont s’ensuivre.

 

La cour du Palais des Tuileries dispose de plusieurs entrées (des « guichets » comme l’on dit à l’époque) qui donnent (vers le sud) sur les quais de la Seine. C’est là que, soudain, se produit un évènement inattendu qui va totalement déstabiliser Marie-Antoinette. Au moment même où son garde du corps et elle-même s’apprête à traverser la cour en tournant à gauche, un carrosse transportant La Fayette débouche derrière elle, franchissant une des entrées en provenance des quais de la Seine.

 

Pourquoi La Fayette (qui était présent au coucher officiel des souverains) est-il revenu aux Tuileries ? On l’ignore. Toujours est-il que le fracas produit par son véhicule et ses chevaux effraient Marie-Antoinette et M. de Malden, qui se plaquent contre le porche. Et dans sa frayeur et sa fureur (elle a reconnu La Fayette, qu’elle déteste), Marie-Antoinette envoie un coup de canne dans le cabriolet au passage de celui-ci !

 

Pont Royal a travers les sièclesCe geste inconsidéré, qui en dit long sur l’état de nervosité de la souveraine, aurait parfaitement pu lui être fatal. Il passe en fait inaperçu des occupants du véhicule qui se garent un peu plus loin dans la cour. C’est alors que, cédant à une impulsion irraisonnée, Marie-Antoinette, au lieu de rester cachés ou bien de revenir dans le palais, franchit au contraire le guichet par où La Fayette est entré. Elle s’enfuit donc vers la Seine… dans la direction opposée à celle qu’elle devrait prendre ! Et Malden lui emboîte le pas !

 

« Inconcevable » (comme s’indignera le marquis de Bouillé dans ses mémoires à propos de la supposée ignorance de M. de Malden) car absurde. Et pourtant véridique.

 

Il s’agit là, pour Malden et Marie-Antoinette, à l’évidence, d’une fuite éperdue d’où toute rationalité et tout sens de l’orientation sont absents. Car, en face d’eux, il y a un pont : le Pont Royal. Que reste-il de ce pont de nos jours ? Tout, car il est toujours là ! Construit en 1689, il est d’ailleurs, aujourd’hui, le troisième plus ancien pont de la capitale et, pour l’anecdote, les 20 000 coureurs à pied des « Vingt kilomètres de Paris » (en octobre de chaque année) le franchissent au kilomètre n° 17. Ils le font, croyez-moi, dans la sueur et dans l’effort, et ils ont du mérite car…

 

Mais bon, revenons à Marie-Antoinette, probablement elle aussi dans la sueur et dans l’effort mais certainement pas dans la sérénité. Elle franchit le pont Royal, sans réfléchir ni se rendre compte qu’elle se rue dans le sens inverse du trajet logique ! Débouchant sur la rive gauche, elle continue même tout droit, enfilant sans hésitation la rue dit « du bac ». La rue du bac existe bien sûr encore de nos jours : elle tire son nom de l’existence d’un bac, mis en place en 1539 afin de transporter (en l’absence du pont qui ne sera construit que 150 ans plus tard), les pierres nécessaires, précisément, à l’édification du Palais des Tuileries.

 

Evidemment, Marie-Antoinette et son guide, tout comme les passants d’aujourd’hui, n’ont cure de ces digressions historiques autant qu’urbanistiques : ils foncent tout droit, remontant cette artère qui, à mesure que l’on s’éloigne de la Seine, est de moins éclairée. Ils sont convaincus que, sur la gauche, ils vont voir bientôt la citadine d’Axel de Fersen qui les attendra.

 

Mais de citadine, naturellement : point.

 

Comme vous l’observerez sur les magnifiques images dont je vous gratifie, ce quartier de la rue du bac n’est, en 1791, pas très différent de ce qu’il est de nos jours. Simplement, il n’est pas encore bouleversé par la trouée que le baron Haussmann fera sur la rive gauche de Paris, près d’un siècle plus tard, au milieu du XIXème siècle, sous le nom de « Boulevard Saint-germain », destiné à être la réplique, au sud, des « Grands boulevards » du nord dont nous avons parlé précédemment (une sorte de premier « périphérique », en quelque sorte…).

 

Comparaison quartier rue du bacIl est à noter, par exemple, que l’actuel Boulevard Saint-germain emprunte globalement le tracé d’une ancienne rue appelée rue Saint-Dominique qui a disparu mais dont le nom a été donné à une nouvelle rue, tracée ex nihilo à travers champs. Les rues de Verneuil, de Grenelle, de Varenne, de Babylone et de Sèvres sont en revanche restées telles quelles, de même que la rue des Saints-pères (où se trouvait autrefois l’Ecole Nationale d’Administration). Sa parallèle, la rue Saint-guillaume (où se trouve Sciences-Po) a, en revanche, également été crée de toutes pièces. C’est assez amusant à observer, pour ceux qui connaissent bien ce quartier. Quant à la rue de Bourbon (au nom très royal), son tracé a subsisté mais elle a été renommé « rue de Lille », c’est plus neutre (le Parti Socialiste y a aujourd’hui son siège)…

 

D’une façon générale, ce qui est aujourd’hui l’extrémité ouest du Quartier latin parisien est, en 1791, une zone très verdoyante où l’on trouve des petits hôtels particuliers et des couvents. L’écrivain Graham Robb a fait le calcul que, en marchant à 6 km/h (un pas que l’on peut tout de même juger un peu vif pour une personne encombrée de robes et de jupons et probablement chaussée d’escarpins, même si elle est talonnée par… la peur), Marie-Antoinette atteint ce qui constitue, à l’époque, la périphérie de la ville : la rue de Varennes (où se trouve aujourd’hui l’hôtel Matignon…).

 

A cet endroit, le paysage est surtout celui de champs, séparés par des chemins, l’endroit n’est plus éclairé et on y trouve le lugubre hospice dit « des incurables » où l’on enferme les fous. A sa place, de nos jours, se trouve la chapelle Notre-Dame de la Médaille miraculeuse, face au magasin du Bon Marché (celui qui inspira Zola pour son roman Au bonheur des dames).

 

Parvenus à cet endroit, là, le doute ne devrait logiquement plus être possible pour la reine et son garde : se trompant manifestement d’itinéraire, ils devraient choisir de revenir sur leurs pas. Mais les deux marcheurs s’entêtent : ils pensent avoir dépassé par mégarde le croisement où doit les attendre la citadine d’Axel de Fersen. A la hauteur des Incurables, ils rebroussent donc chemin mais, au lieu de redescendre la rue du bac vers le pont Royal, ils décident, quelques dizaines de mètres après, de… bifurquer à droite ! Un peu au hasard il faut l’avouer.

 

Trajet Marie-Antoinette 2

  

Marie-Antoinette et Malden sont désormais embarqués dans une galère pas possible : tournent-ils rue de la Planche ou rue de Grenelle ? On l’ignore (et eux aussi ! C’est la raison pour laquelle le tracé est en pointillé). Toujours est-il que la reine et son guide entament alors une course effrénée au hasard des rues et, par chance, retombent sur la rue des Saints-pères, qu’ils prennent vers la gauche, c'est-à-dire vers la Seine (on peut imaginer qu’ils ont été guidés par les lumières puisque, du côté sud, la perspective est moins éclairée).

 

Marie-Antoinette et Malden débouchent donc sur les quais de la Seine. Sur la rive d’en face, un peu à droite : le Louvre. Sur la gauche : les Tuileries et, évidemment, le Pont royal par lequel ils sont arrivés tout à l’heure. Ouf ! Ils longent donc le quai vers la gauche et repassent le pont pour traverser la Seine et arrivent à proximité de la porte du château des Tuileries par laquelle ils étaient sortis tout à l’heure.

 

La galère semble se terminer…

 

C’est du moins ce que croit le duo. La reine et Malden s’adressent alors à la sentinelle qui est en faction au bout du pont pour lui demander tout bonnement comment rejoindre la rue de l’Echelle, laquelle se situe de l’autre côté du château des Tuileries ! Sur la base de la réponse du garde, trois possibilités s’ouvrent alors aux fuyards : passer à gauche, au milieu ou à droite.

 

Passer à gauche du château, c’est prendre un chemin (l’actuelle avenue du général Lemonnier) qui passe à au bord du jardin et au pied de la façade : pas vraiment discret…

 

Revenir dans la cour du château, truffée de gardes et de personnel, pour la traverser : c’est naturellement exclu.

 

Contourner le château par la droite et bifurquer tout de suite à gauche par le quartier du Doyenné, situé entre les Tuileries et le vieux Louvre : ni Malden ni la reine ne connaissent (évidemment) ce trajet mais c’est cette option qu’ils choisissent.

 

Pyramide et Tuileries vers S OuestLe duo des deux galériens de la course d’orientation se lance alors dans une nouvelle et invraisemblable marche à travers les ruelles, venelles, chemins, impasses et fossés qui constituent ce quartier. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Rien : cet inextricable labyrinthe sordide et jonché d’ordures est à la place exacte de ce qui est aujourd’hui la… cour du Louvre et sa grande pyramide de verre ! Impossible d’imaginer aujourd’hui qu’il y eut un jour, là, une cour des miracles nauséabonde propre à abriter toute une racaille de coupe-jarrets.

 

Ils se perdent, reviennent sur leurs pas, avancent, tâtonnent dans l’obscurité (cette zone n’est évidemment pas éclairée !). Une fois de plus ils sont perdus. Une église sonne. Mais laquelle ? Il y en a au moins deux dans le coin ?

 

Impossible de se repérer, de s’orienter parmi ces baraquements, ces abris précaires, ce bidonville pourtant aux portes (mais oui) du château du roi…

 

Heureusement, la zone est tout de même d’une superficie raisonnable : un hectare, de l’ordre de 2 à 3 terrains de football. Enfin, les lumières les guidant certainement, ils rejoignent la rue Saint-honoré, qu’ils remontent vers la gauche, vers l’ouest. Et là, ils la voient enfin, la citadine d’Axel de Fersen, garée à l’angle de la rue de l’Echelle ! Ils devaient initialement y arriver vers 00 h 20, il est en fait… 1 h 50 du matin !

 

A l’intérieur du véhicule, les occupants sont morts d’inquiétude. Le roi, oubliant le protocole, étreint la reine et l’embrasse « Que je suis content de vous voir » lui dit-il.

 Trajet Marie-Antoinette vs actuel

Mais le périple des évadés a désormais déjà 1 h et demi de retard : ils ne la rattraperont jamais et, pire, les délais et incidents s’accumuleront jusqu’à leur arrestation, le soir même (car, passé minuit, nous sommes déjà le 21 juin !) à 23 h 00 à Varennes-en-Argonne, sur la route qui mène vers Verdun.

 

Par sa fuite, le roi a décidé de son divorce avec son peuple. Louis XVI ne pourra désormais plus rétablir la confiance ni offrir d’alternative politique crédible. Sa famille et lui seront désormais confinés et étroitement surveillés aux Tuileries, jusqu’à ce que, un jour d’aout 1792, le château soit incendié et la monarchie renversée.

 

Quand à Marie-Antoinette, elle sera elle-même emprisonnée sur l’Ile de la Cité (à la Conciergerie) puis exécutée place de la Révolution (actuelle place de la Concorde), non loin de la rue Royale où avait eu lieu le drame qui avait suivi son mariage, non loin aussi du Palais des Tuileries d’où elle avait tenté de s’enfuir, non loin aussi de ce quartier du Doyenné dans lequel sa fuite éperdue l’avait égarée.

 

Paris, décidément, ne porta jamais chance à Marie-Antoinette.

 

Bonne journée à toutes et à tous.

 

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Par La Plume et le Rouleau - Publié dans : Personnalités célèbres
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Vendredi 25 mars 2011 5 25 /03 /Mars /2011 01:00

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau, amateurs et amoureux de Paris,

 

Paris est une ville animée par le souffle de 2000 ans d’histoire, d’invasions, de batailles et de révolutions, constituée de bâtiments construits, démolis, reconstruits, détruits, aménagés et réaménagés, qui se succèdent ou s’empilent dans des quartiers qui ont souvent mystérieusement conservé la structure des champs médiévaux auxquels ils se sont substitués et qui ont gardé le tracé des berges (devenues des quais) autant que celui des routes et des chemins (devenus des boulevards et des rues).

 

C’est d’une de ces aventures dont nous allons parler ici (et, rassurez-vous, il n’y aura plus de phrase de 5 lignes par la suite), laquelle se situe dans zone très (trop) étroite de Paris : un espace compris entre la place Louis XV et la rue Royale.

 

Dans ce drame, Marie-Antoinette et Louis XVI n'ont aucune responsabilité. pourtant, ils en sont malgré eux à l'origine.

 

marieantoinette.jpgDe son vrai nom Maria Antonia Josépha Johanna de Habsbourg-Lorraine, Marie-Antoinette « d'Autriche » puis « de France » est née à Vienne le 2 novembre 1755, est le quinzième (!) et avant-dernier enfant de l’empereur germanique François 1er de Lorraine et de l’archiduchesse d’Autriche Marie-Thérèse. Dans ce cadre, Marie-Antoinette est promise au futur souverain de France : le « dauphin » Louis (futur Louis « XVI »). Après avoir officiellement renoncé à ses droits sur les couronnes dépendant de la maison d’Autriche le 17 avril 1770, elle est emmenée vers Paris. Elle a moins de 15 ans.

 

En 1770, Paris est une ville bruyante, sale et tortueuse, populeuse et engorgée, qui s’est développée de façon anarchique autour de quelques grands axes ponctués par des édifices religieux ou des bâtiments administratifs ou militaires. Il n’y a pas eu d’urbanisme ordonné et, à Paris, rares sont les boulevards rectilignes, nombreuses sont les rues dont la largeur n’est pas la même sur toute leur longueur et innombrables sont les ruelles, venelles et passages nauséabonds, isolés, fangeux où se cachent de dangereux coupe-jarrets.

 

Paris reste habitée par quelques grandes familles aristocratiques qui y ont un hôtel particulier mais elle n’est plus, depuis Louis XIV, la capitale du pouvoir royal, désormais transféré à Versailles. Le vieux Louvre n’est plus utilisé, il est en partie démoli. Le seul « palais » qui existe alors est celui des Tuileries, aujourd’hui difficile à imaginer puisque, à son endroit, de nos jours, il n’y a… plus rien !  Nous en reparlerons plus tard.

 

Paris, d’une façon générale, est une ville peuplée de boutiquiers, d’ouvriers, d’artisans et de tout un petit peuple affairé qui commerce et travaille. Paris est une fourmilière industrieuse, laborieuse et où l’on vit de façon bien souvent miséreuse : c’est une ville prompte à la révolte, à l’indignation, au coup de sang populaire et où il règne un fort esprit d’indépendance. Rien d’étonnant à ce que le pouvoir royal s’en méfie…

 

Lorsque, au mois d’avril 1770, Marie-Antoinette, arrive en France, en provenance de Vienne, elle n’a donc aucune raison de loger à Paris : dans l’attente de la cérémonie de son mariage, elle est installée au château de la Muette. Situé dans l’actuel très chic XVIème arrondissement de Paris, à proximité du bois de Boulogne, le château (qui a, depuis, été rasé et a été remplacé au début du XXème siècle par le bâtiment qui abrite actuellement le siège de l’OCDE) est, à l’époque, en pleine campagne : un endroit idéal pour être au calme.

 

louis16france.jpgLe 16 mai 1770, l’adolescente de 15 ans épouse le dauphin Louis (futur Louis XVI) à Versailles, résidence royale officielle. Son époux, lui, n’a pas 16 ans. On l’aura compris : l’union entre ces deux jeunes gens, quasiment encore des enfants, n’est pas un mariage d’amour mais un outil de diplomatie et de politique étrangère. La cérémonie a lieu au château de Versailles. Elle est, hélas, largement gâchée par plusieurs orages.

 

Comme il est important que le bon peuple puisse également participer aux réjouissances royales, on décide de procéder à une grande fête populaire. Les festivités destinées à la populace sont prévues, elles, pour le 30 mai 1770 et, durant les semaines qui les précèdent, les projets fleurissent.

 

On propose un bal champêtre sur le bas des Champs-Elysées (à l’époque dénommée « route de Saint-Germain ») et aussi des courses de chevaux inspirées des courses de chars antiques. Mais le lieu est mal commode, humide, forestier et peu éclairé. On imagine alors des joutes aquatiques (comme en Italie) sur la Seine entre jouteurs montés à la proue de « gondoles, poissons et monstres marins ». Pour donner un caractère festif, on suggère aussi un vaste déploiement de marchands et de forains, bateleurs, jongleurs et danseurs à travers la ville de Paris dont les principales rues et places seraient illuminées.

 

Hélas, tout cela est bien coûteux et les finances de la ville de Paris sont au plus bas.

 

Les échevins (= l’équipe municipale) parisiens décident alors, plus simplement, la tenue d’une grande foire commerciale sur les « boulevards nord », c’est-à-dire les voies de circulation bordées d’arbres qui vont du chantier de l’église de la Madeleine (en construction depuis 1763 - elle ne sera achevée qu’en 1777) jusqu’à la « porte Saint-Denis » (aujourd’hui boulevard Sébastopol). Trois cents lanternes à réverbère y seront accrochées car l’endroit est, d’ordinaire, mal éclairé.

 

Ces « boulevards nord » parisiens sont ce que l’on nomme aujourd’hui les « grands boulevards », rationalisés et bordés d’immeubles homogènes depuis le baron Haussmann et ses travaux des années 1855 - 65 : le très chic boulevard des Capucines avec ses magasins de luxe, le boulevard des Italiens avec ses banques, ses cinémas et ses restaurants, le boulevard Poissonnière, déjà plus populaire, et le boulevard de Bonne nouvelle, avec ses magasins bon marché.

 

Il y a 230 ans, en 1770, ces voies sont de simples chemins de terre non pavés qui marquent la… limite de Paris ! Au-delà, vers le nord, c’est déjà la campagne : des champs à perte de vue, jusque vers les collines de Montmartre, d’où surgissent çà et là quelques rares hôtels particuliers isolés, parfois des monastères, quelques fois des granges… Pourquoi est-ce la limite de Paris ? Parce qu’il y avait là, jusqu’à Louis XIV, une enceinte de fortifications que le Roi-soleil a fait démolir…

 

Essayez de vous imaginer cela en vous y promenant à pied. Personnellement, j’y parviens à peine…

 

Et pour ce qui est du spectacle, l’équipe municipale choisit la place Louis XV (l’actuelle… place de la Concorde). Il s’agit d’un espace (non pavé) de presque huit hectares où vont se rassembler trois à quatre cent mille personnes afin d’y admirer un feu d’artifice, clou de la soirée qui sera tiré par… Ruggieri, évidemment !

 

Oyez braves gens et réjouissez-vous ! Le 30 mai 1770 est décrété jour chômé et, pour bien en marquer l’importance, on tire le canon à six heures du matin. On mobilise naturellement nombre de gens d’armes pour assurer l’ordre : 280 gardes municipaux surveillent la place Louis XV, où l’on a mis des tonneaux en perce et où l’on distribue gratuitement du pain, de la viande et du saucisson à des buffets où se ruent les pauvres, que 40 gardes peinent à contenir. C’est la fête, l’abondance et l’enthousiasme.

 

Le Lieutenant de police (= Ministre de l’Intérieur) Sartine (personnage bien connu des lecteurs des œuvres de l’écrivain Jean-François Parot – cf ci-après) a, par prudence, interdit toute navigation fluviale sur la zone. Il a aussi interdit toute construction d’estrade sur la place, susceptible de s’écrouler sous le poids de l’allégresse. Ce n’est cependant pas lui qui est en charge de la sécurité globale de cet évènement.

 

Les responsabilités de l’organisation ont été confiées au prévôt (responsable élu) des marchands de Paris Armand-Jérôme Bignon et, sur le terrain, au commandant de la garde de Paris (une milice municipale) du nom de Lelaboureur de Blérenval. Médiocrement payés, mal formés et encadrés par des officiers peu aguerris, les hommes de la garde municipale sont d’une qualité douteuse et régulièrement sanctionnés pour vol, escroquerie, paresse, violences ou ivrogneries sur la propre voie publique qu’ils sont censés surveiller ! Des individus de ce calibre ne sont, à l’évidence, pas prêts à gérer un évènement de cette importance. Leur quotidien est surtout composé de tâches de police simples : chasser les mendiants, interpeller les prostituées trop hardies, faire dégager promptement certains axes et conduire les prisonniers au supplice…

 

Parce qu’un court croquis vaut mieux qu’un long discours (dixit Napoléon), je vous ai déniché sur Gallica un plan de la place de la Concorde datant de 1761 (donc 9 ans avant la date qui nous occupe) : rien n’a fondamentalement changé de 1761 à 1770, hormis le fait qu’on a érigé, depuis 1763, une statue de Louis XV au milieu de la place (là où se trouve, de nos jours, l’obélisque de Louxor).

Place Louis XV Plan

Ce plan, je l’ai annoté afin de vous permettre de bien avoir en tête la topographie du lieu et de mieux visualiser le théâtre de la tragédie qui va avoir lieu. Rien que pour vous...

 

ð      A l’ouest, la place donne sur la « route de Saint-Germain » (aujourd’hui la partie basse de l’avenue des Champs-Elysées) : un chemin forestier non éclairé, dépourvu d’attractions et vers lequel la foule n’a aucune raison de se rendre

 

ð      Au sud, l’actuel pont de la Concorde n’existe pas (on le construira à partir de 1778 seulement) : c’est de cet endroit, dos à la Seine, que sera tiré le feu d’artifice

 

ð      Au sud-est, le « quai de la Conférence » (aujourd’hui la « voie Georges Pompidou ») est engorgé par de nombreux fiacres et voitures qui y stationnent après avoir déposé leurs passagers fortunés sur la place

 

ð      Du côté est, la place est bordée par un large fossé et par une balustrade en pierre : ce fossé sépare la place du jardin des Tuileries (il est comblé de nos jours). Si l’on veut franchir ce fossé, il faut emprunter un pont « tournant » (amovible) qui, en l’espèce, a été fermé : il n’y a donc aucune issue vers le jardin des Tuileries

 

ð      Au nord-est, la future rue de Rivoli (qui portera un jour le nom de la victoire italienne du général Bonaparte) n’a pas encore été percée : là où se trouve aujourd’hui l’entrée de la station de métro « Concorde », il y a la partie nord du mur en pierre qui sépare la place du jardin des Tuileries

 

ð      Finalement, pour se rendre sur la place et en partir, il n’y a qu’une seule issue : la rue Royale (elle porte toujours ce nom).

 

Hélas, si cette rue est carrossable et pavée dans sa première partie (200 m environ jusqu’à la rue du faubourg Saint-honoré, laquelle est alors le principal axe de pénétration est-ouest de la capitale), elle est ensuite encombrée par des poutres, des pierres et divers matériaux destinés à la construction de l’église de la Madeleine, située un peu plus loin. Et cette partie du chantier est évidemment peu ou pas éclairée.

 

A ce stade, une question se pose : avez-vous lu Le fantôme de la rue Royale de Jean-François Parot (2003 et coll. 10/18), thriller historique appartenant à une série que son succès a conduit à être portée à la télévision (Les aventures de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet) ?

 

Rue Royale Place Concorde1Que votre réponse soit oui ou non, reportez-vous aux premières pages de cet excellent opus pour avoir une idée romanesque et dramatique des évènements que je vais vous décrire de façon plus académique.

 

A la nuit tombée, en ce 30 mai 1770, le feu d’artifice est lancé. Il est malheureusement de médiocre qualité : le bouquet final s’enflamme trop tôt et part en plein milieu des autres tirs. En sus, il met le feu à l’estrade depuis laquelle il est tiré : un temple de l’Hymen (mariage) en stuc et en toiles peintes qui prend très vite feu. Les pompiers doivent maintenant intervenir et, de fait, le spectacle tourne court, dans une certaine déception.

 

On illumine alors rapidement la place (elle était restée dans le noir) et la foule se dirige maintenant vers la seule issue possible : la rue Royale qui, si on la prend du sud vers le nord, se rétrécit ainsi bigrement en un dangereux goulet d’étranglement. Il s’agit pour les trois à quatre cent mille spectateurs, d’aller maintenant vers l’actuel boulevard de la Madeleine pour y profiter des animations offertes par les étalages de la foire qui y est installée.

 

Or, en face deux voitures-pompes s’avancent en sens inverse, se dirigeant vers la place Louis XV pour y éteindre le feu du temple de l’Hymen. Des carrosses s’y engagent également et la foule est de plus en plus nombreuse et compacte sur un espace qui se rétrécit.

 

L’énorme poussée conduit les premiers spectateurs à trébucher sur les poutres du chantier de la Madeleine. Ils tombent à terre, bientôt piétinés. On tente de reculer mais la pression est énorme, certains spectateurs sont étouffés debout. D’autres escaladent les carrosses, montent sur les chevaux qui, bientôt, s’écroulent. On crie, on hurle dans l’obscurité, on essaie de survivre dans une cohue indescriptible en montant sur n’importe quel point surélevé, tas de pierre, rebord, muret ou en se rencognant dans une éventuelle porte cochère.

 

Sur la place, à l’entrée de la rue Royale, le reste de la foule n’a pas conscience du drame qui se joue deux cents mètres plus loin et accentue sa poussée. Le major de Bar s’avise alors de ce qui se passe. Péniblement, il parvient à faire rappeler des gardes postés sur les boulevards, lesquels arrivent vers la place Louis XV par les deux rues parallèles à la rue Royale : à l’ouest, la rue de la Bonne-Morue (aujourd’hui rue Boissy d’Anglas, c’est plus chic !) et à l’est, la rue de l’Orangerie (actuelle rue Saint-Florentin, du nom de l’hôtel particulier du duc du même nom, aujourd’hui siège du ministère de la Marine). Les gardes parviennent à se rejoindre et à bloquer la foule à l’entrée de la rue Royale. Celle-ci reflue alors et se disperse sur la place.

 

Rue Royale, c’est le chaos, la mêlée dont il faut extirper les corps enchevêtrés, certains morts et d’autres à peine vivants. On administre aux rescapés de l’eau-de-vie, de l’eau de mélisse, du vinaigre et de l’eau fraîche.

Rue Royale Place Concorde2 

Pour transporter les blessés, on doit réquisitionner, de force, des carrosses dont les propriétaires ne sont par ailleurs pas toujours d’accord !

 

On dénombre alors les cadavres : cent-trente deux officiellement. La victime la plus jeune a six ans et la plus âgée en a soixante-quinze. Sans surprise, ce sont des femmes et des plus de cinquante ans, appartenant aux classes peu favorisées, qui ont été majoritairement écrasées. Aucun aristocrate ou personne possédant du personnel n’a été touché : il semble que les laquais et serviteurs musclés aient rempli leur office en protégeant leurs maîtres. On transporte les morts dans le cimetière du village de la Ville-l’Evêque : une bourgade à l’époque à l’extérieur de Paris et dont l’église se trouvait à l’emplacement de l’actuel… square Louis XVI, au 90 boulevard Haussmann (IXème arrondissement en 2011) ! Là encore, on a du mal à s’imaginer, aujourd’hui, que cette artère typiquement parisienne fut un jour un village au milieu des champs…

 

Le nombre global des blessés, lui, est beaucoup plus flou : les estimations varient de six mille ( ! ) à huit cents. Le chiffrage le plus réaliste devrait tourner autour de mille à mille cinq cents. Il est vrai que les rumeurs les plus folles se mettent à courir la capitale, colportant les chiffres les plus extravagants.

 

Marie-Antoinette et son mari le dauphin se montrent profondément attristés par la tragédie et, dans les jours qui suivent, le futur louis XVI fait don de l’argent de poche qui lui est versé par son grand-père le roi Louis XV (deux mille écus par mois) pour les victimes. Il fait remettre l’argent au lieutenant de police Sartine, homme scrupuleux et dévoué, à l’intégrité irréprochable.

 

Ne pouvant demeurer en reste devant la royale générosité, les princes du sang (= la famille royale), la dauphine Marie-Antoinette, l’archevêque de Paris et divers membres du clergé versent également une contribution aux fins d’aider financièrement les familles endeuillées qui ont perdu un proche. Cette soudaine manne aiguise derechef les appétits d’escrocs qui tentent de déclarer un décès lié à la « presse de la rue Royale » ou de se faire reconnaître comme membre de la famille d’une victime ! Des ordres sont rapidement donnés pour démasquer les resquilleurs et pour que les curés, du haut de leur chaire, soulignent clairement aux fidèles la générosité de leurs majestés.

 

Dans une population crédule et pétrie de superstitions, des interrogations demeurent : faut-il voir dans ce drame un signe immanent d’avertissement ou d’une malédiction divine de l’épouse royale (on s’avise que, le jour de la naissance de Marie-Antoinette, un terrible tremblement de terre a par ailleurs ravagé Lisbonne) ? Ou bien faut-il chercher là le signe d’un complot d’assassins (on évoque la présence de mystérieux hommes masqués) ? La tragédie a-t-elle été délibérément provoquée par de vulgaires bandits (certaines aristocrates s’étant fait voler leurs bijoux dans la cohue…) ? Ou, tout simplement, s’agit-il là de la simple conséquence de la fatale impréparation de l’évènement et de l’incompétence de Bignon, prévôt des marchands et de Lelaboureur, commandant de la garde municipale ?

 

Car d’aucuns pointent rapidement les graves lacunes de la gestion de l’évènement : pont tournant fermé, faible nombre de gardes, par ailleurs mal placés, mauvaise évaluation générale de la foule, des risques potentiels, de l’éclairage… Pour déterminer les causes exactes du drame, le Parlement de Paris (= Tribunal chargé de faire appliquer les décrets royaux au niveau municipal) décide de procéder à des auditions. C’est donc une sorte de commission d’enquête avant l’heure, destinée à dégager les responsabilités.

 

Et au bout d’un mois, le verdict tombe : la catastrophe est due… « à l’impétuosité du peuple » ! Qui n’avait qu’à mieux se tenir, non mais… Bien qu’on reconnaisse que Bignon et Lelaboureur n’ont pas été très bons sur ce coup-là, aucune sanction n’est prise à leur encontre. En représailles, cependant, les compétences de la police municipale sont sévèrement restreintes. Désormais, dans Paris, toute fête ou manifestation sera supervisée par le Lieutenant de police (Ministre de l’Intérieur) royal : le pouvoir central a désormais mis la main sur Paris. Quelque soit le gouvernement futur (royal, impérial ou républicain) il faudra attendre… deux siècles (1977 !) pour que Paris ne soit plus administrée par un préfet mais par un maire élu (ce sera Jacques Chirac).

 

Ce sera la première (mais pas la dernière fois) que Paris portera malheur à Marie-Antoinette

 

Bonne journée à toutes et à tous.

 

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Par La Plume et le Rouleau - Publié dans : Civilisation, vie politique, société
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