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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1617 : CONCINI, Marie de MEDICIS et... le CAPITAN (1)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 22 Mars 2010, 01:05am

Catégories : #Personnalités célèbres

Chèr(e)s ami(e)s et fidèles lecteur(trice)s des Chroniques de la Plume et du Rouleau, 


C’est à nouveau à un voyage dans le temps auquel je vous convie aujourd’hui avec, comme à l’habitude, divers clins d’œil à notre époque, voire notre enfance. Exceptionnellement, le sujet traité n’aura pas de résonance directe dans l’actualité la plus immédiate. Encore que… Avec l’Histoire, on ne sait jamais…

 

Actionnons notre machine à remonter le temps et franchissons 50 ans pour nous retrouver tout d’abord le 5 octobre de l’an de grâce 1960. Dans la France gaullienne qui commence à écouter du rock n’ roll sur des tourne-disques et dont les enfants partent à la guerre d’Algérie, ce 5 octobre est le jour de la sortie, sur les écrans de cinéma, d’un long métrage d’André Hunebelle, œuvre qui suscite immédiatement l’enthousiasme de la critique..

Le Capitan affiche 

« Le Capitan » appartient à un genre alors très en vogue : celui des films « de cape et d’épée ».

 

Il n’y a pas (évidemment) de trucages numériques et les prises de vues ont été faites en décors extérieurs naturels, dans des paysages très jolis et parfaitement authentiques (à Monpazier, aux châteaux de Hautefort et de Biron en Dordogne, dans la forêt de Fontainebleau et au château de Val dans le Cantal) tandis que les cascades (combats à l’épée, murailles à gravir…) ont été réalisées sans trucage (et même parfois sans doublure ni sécurité – nous le verrons plus loin - : le genre de chose évidemment impensable aujourd’hui !). Les moyens déployés ont du reste été importants : pour la scène de combat finale, quarante escrimeurs sont ainsi mobilisés pendant trois jours et filmés par quatre caméras.

 

Il n’y a pas non plus de son surround-THX (la bande-son est encore en « mono » !) ni de 3D mais les spectateurs s’esbaudissent devant les deux chansons (dont une en duo !) interprétés par les acteurs et à la vue des couleurs en « Eastmancolor » et en « Dyaliscope » (honnêtement, j’ignore ce que recouvre ces modalités techniques).

 

Et quels acteurs (aujourd’hui tous décédés) ! Le film en réunit une pléiade, parmi lesquels :

-          Jean Marais : le héros (forcément) François de Capestang, bondissant, intrépide, honnête et droit et qui, l’épée à la main, défend le jeune roi de France Louis XIII contre les menées d’infâmes comploteurs. Athlétique, jamais doublé et en grande forme, l’acteur a déjà pourtant 47 ans.

-          Bourvil : son valet Cogolin, faire-valoir comique et émouvant et qui interprète deux chansons

-          Guy Delorme : (ci-dessous) indéboulonnable figure du « méchant » dans les films de l’époque (Les trois mousquetaires, Fantômas…), ici dans le rôle de Rinaldo, un spadassin sans scrupule

(mentionons également une fugace apparition de Paul Préboist dans un inhabituel rôle de vide-gousset) 

Jean Marais Capitan

Voici donc un grand film d’aventure bien français, plein de vieux châteaux, de gentilshommes galants et courageux, de princesses qui se pâment à la moindre contrariété, de jolis costumes, de robes scintillantes, de chapeaux à plumes, de bagarres, de bons sentiments, d’amour et d’action.

 

Il faut dire qu’Hunebelle a su ressusciter le souffle du roman éponyme paru plusieurs décennies auparavant. Lequel ?

 

Actionnons de nouveau notre machine à remonter le temps et franchissons un peu plus de 50 ans pour nous retrouver en… 1906. Cette année-là parait, en effet, le livre « Le Capitan » : un ouvrage écrit par un auteur aujourd’hui largement tombé dans l’oubli : Michel Zévaco. Né à Ajaccio en 1860, ce Corse, d’abord professeur de lettres, devient journaliste et se fait remarquer par de dangereuses tendances socialo-anarchistes qui lui coûtent deux séjours en prison dans les années 1890.

 

Assagi, Zévaco devient, à la Belle Epoque (= avant 1914), un célèbre feuilletoniste de journaux en publiant des romans de cape et d’épée découpés en épisodes (ex. Les Pardaillan - 1902) dans des quotidiens populaires à gros tirages. Si Zévaco se situe dans la veine d’un Alexandre Dumas, ses intrigues mettent en scène des personnages issus du peuple ou bien des aristocrates de petite noblesse (tandis que Dumas privilégie, à l’inverse, les classes bourgeoises et la haute aristocratie pour composer des personnages plus prestigieux). Jean-Paul Sartre en fut, notamment, un fervent admirateur : il estimait que Zévaco était « un auteur de génie (qui), sous l’influence de Hugo, avait inventé le roman de cape et d’épée… républicain (…) Ses héros (…) protégeaient par bonté d’âme des rois enfants ».

 

Parlons donc de ces « rois enfants » pour dire quelques mots de l’intrigue (assez touffue) du « Capitan », qui va nous conduire vers la chronique d’aujourd’hui.

 

L’intrigue du « Capitan » se déroule en 1617, à la cour du jeune roi Louis XIII (il a presque seize ans). Quoique le roi soit à cette date « juridiquement » majeur, le jeune Louis XIII ne règne pas, dans les faits, sur le royaume de France. Pourquoi ? C’est que, depuis 1610 (et la mort du bon roi Henri IV, assassiné par Ravaillac), sa mère, la reine Marie de Médicis exerce une « régence » : un pouvoir temporaire. Or, le « temporaire » dure… il dure… Il s’éternise et sert les intérêts d’un dénommé Concino Concini : un drôle de personnage dont Marie de Médicis a fait son « favori » et qui est devenu, dans les faits, une sorte de Premier Ministre. Concini est un Italien, il a un visage de traître et des méthodes brutales : il fait ainsi éliminer par ses tueurs à gage tous ceux qui s’opposent de près ou de loin à son ambition ultime. Et cette ambition est simple : renverser le roi Louis XIII !

 

Diantre.

 

Oui mais voilà, les tueurs de Concini, tentant d’assassiner une dénommée Gisèle d’Angoulême, croisent un jour, par hasard, la route d’un simple chevalier de province (François de Capestang) courageux et honnête, que ses talents de bretteur conduisent à occire proprement quelques-uns des sicaires conciniens. Impressionné par ses talents, Concini propose alors à Capestang de… conspirer avec lui en l’employant comme espion ! Injure suprême qui indigne l’âme bien trempée du héros, évidemment fidèle à son roi... La situation se dramatise nettement quand, quelque temps après, Concini fait kidnapper la belle Gisèle d’Angoulême (dont Capestang est précédemment tombé amoureux). Ce n’est pas tout, Concini en rajoute dans la forfaiture en faisant tuer le père de Béatrice de Beaufort (une amie de Gisèle) tout en faisant croire à cette jeune fille que son père n’est qu’emprisonné et pourrait être libéré si elle se montre « coopérative »…

 

Crimes, mensonges, menaces, traîtrises… Il suffit ! Tout est en place pour que le héros retrousse ses manches et mettent une bonne raclée à toute cette racaille afin de restaurer l’autorité légitime du jeune godelureau royal. Et c’est ce qui advient (naturellement).

 

« Quelle imagination, ce Zévaco ! » direz-vous… Et pourtant.

 

Qui sait aujourd’hui que ce Concini a réellement existé ? Qui connait la trajectoire incroyable de ce personnage, elle-même au-delà de la fiction échevelée de Zévaco ? Qui se rappelle que cet homme fut effectivement un des plus riches et exerça une influence auprès de la régente Marie de Médicis, très supérieure à sa condition pendant plusieurs années ? Qui sait le rôle et l’influence qu’exerça sa femme (Leonora Galigaï) auprès de la reine Marie de Médicis, femme d’Henri IV ? Qui se souvient de ce qu’il advient de ces deux personnages ?

 

Personne. Ou presque. Le nom de « Concini » est aujourd’hui quasiment tombé dans l’oubli.

 

C’est incroyable.

 

C’est que, au royaume des « infâmes » et des « éminences grises », Concini a, depuis, été remplacé par Richelieu, à la noirceur excessivement popularisée par les romans d’Alexandre Dumas. Ce dernier, en réalité, l’a fait pour des raisons purement romanesques puisque le susdit cardinal fit, au contraire, beaucoup pour la stabilité, l’organisation et l’influence internationale du royaume de France. Qu’importe : Richelieu reste, dans l’imaginaire collectif, le roi de la manigance et du pouvoir occulte, l’archétype du personnage de l’ombre qui prend les commandes réelles du royaume en lieu et place d’un roi sympathique mais faible. Ce n’est pas exactement la réalité. A l’inverse, le nom de Concini n’est aujourd’hui connu que de quelques érudits.

 

Vous allez désormais en faire partie !

 

Je vous invite donc à la lecture de cette passionnante chronique qui va nous entrainer, trois siècles en arrière, dans le Paris du XVIIème siècle, au château du Louvre (aujourd’hui détruit) et dans les arcanes des luttes de pouvoir au sein de la société aristocratique qui entoure le roi. Actionnons de nouveau notre machine à remonter le temps et enfonçons-nous encore davantage dans le passé, à la recherche d’une réalité encore plus passionnante que la fiction même si elle est, au final, assez éloigné des intrigues du roman de Zévaco.

 

Nous sommes maintenant en novembre 1600. 

Henri IV

A cette date, une flotte italienne de seize vaisseaux arrive à Marseille. Le vaisseau amiral de cette flotte transporte (apporte ?) en effet au roi de France Henri IV quelque chose qui va changer sa vie : sa future femme, Marie de Médicis, une femme de 27 ans (elle est née en 1573) et qui, à l’issue de tractations diplomatiques,  lui a été promise depuis déjà la fin décembre 1599 et qu’il attend depuis cette date. Revenons rapidement sur son parcours en ouvrant au passage quelques pages parfois croustillantes de l’histoire de France, ce qui nous permettra de voir comment les « petites » histoires rejoignent la « Grande ». Car Henri IV a toujours été épris des femmes. Passionnément. Grâce à sa correspondance (très fournie : 3 000 lettres  d’amour !), les historiens se sont efforcés de dénombrer les maîtresses de sa vie (1553 – 1610) : plus de 70...

 

1572

 

En 1572, tandis qu’il n’est encore que simple roi de Navarre, Henri, parce qu’il est apparenté de façon éloignée aux Capétiens de France, est d’abord marié une première fois avec Marguerite de Valois, sœur du roi de France Charles IX. Protestant, il épouse (sur le parvis de Notre-Dame de Paris) une catholique dans un but purement politique d’apaisement entre les deux partis religieux qui se livrent une guerre sanglante. Peine perdue. Dans une atmosphère de forte nervosité, trois jours après les noces, la fête dégénère en un massacre de 3 000 Protestants, le 24 août 1572, jour de la Saint Barthélémy…

 

Henri IV ne vit heureusement pas seulement dans une atmosphère de drame et de sang. Il accumule les liaisons et les conquêtes qui vont, évidemment, lui coûter cher. Car, pour toutes ces belles, Henri va dépenser sans compter son temps et son argent et, une fois monarque, va les couvrir de cadeaux, de privilèges, de fonctions, de prérogatives ou d’actifs divers générant des revenus sous forme d’impôts (car au final, vous l’avez compris, c’est toujours le bon peuple qui paie). Parmi tous ces amours, on dénombre de jeunes « tendrons faciles » mais, surtout, d’honnêtes femmes mariées (à des maris complaisants) de l’aristocratie, telle Diane d’Andoins (de 1583 à 1587).

 

1589

 

 Vingt-deux ans plus tard, en 1589, Henri, toujours roi de Navarre, combat les ultra-catholiques de la Ligue en mettant le siège devant Paris en compagnie des troupes du roi de France Henri III. A cette occasion, le Béarnais et ses soldats établissent leurs quartiers dans le couvent des Bénédictines de Montmartre. Nullement étouffé par la religion mais séduit par les charmes de certaine moniale, Henri (il a 36 ans) utilise cette occasion pour attirer dans sa couche la dénommée Catherine de Beauvilliers (18 ans et des vœux de chasteté temporairement mis de côté). Ce n’est pas tout : quelques semaines plus tard, il récidive à l’abbaye des Clarisses de Longchamp avec Catherine de Verdun (20 ans). Quelque temps plus tard, il les remerciera (de leurs bons offices) en les faisant respectivement abbesse de Pont-aux-Dames (à l’est de Paris) et abbesse de Saint-Louis-de-Vernon (en Normandie). Une sorte de « promotion-bénitier », quoi…

 

Revenons plus sérieusement àla trajectoire politique d’ « Henri de Navarre », laquelle va s’accélérer cette année-là.

 

Car, de façon imprévue, après la mort des rois de France François II (en 1584) puis Henri III (en 1589), sans héritiers, Henri de Navarre devient, de jure, au terme des lois traditionnelles dynastiques, l’hériter de la couronne de France.

 

1593

 

Henri abjure officiellement le protestantisme le 25 juillet 1593. Il ceint la couronne de France en 1594 et devient « le bon roi Henri IV » : un monarque qui devient vite célèbre et apprécié pour sa décontraction, sa sympathique paillardise et ses amours extraconjugales pittoresques (et également détesté pour l’augmentation des impôts dont il accable le peuple).

 

A cette époque de sa vie, sa maîtresse attitrée est Gabrielle d’Estrées. Il en est sincèrement épris et songe à l’épouser, d’autant qu’il a un fils (César, né en 1594) avec elle. Rapidement, on annule le mariage de la belle (il faut une dispense religieuse). Mais pour ce qui est du roi, les choses sont plus compliquées : le pape Clément VIII est, en effet, peu désireux de voir un souverain s’affranchir gaillardement des sacrements de l’Eglise pour épouser une concubine et légitimer a posteriori un enfant naturel… Il refuse mordicus de donner ce consentement à cette manœuvre matrimoniale, malgré l’argument pourtant imparable d’Henri IV : l’absence d’héritier issu de son union légitime avec Marguerite de Valois. La situation n’avance pas.

 

1599

 

La mort subite de Gabrielle d’Estrées, en avril 1599, change cependant la donne. Le bon roi Henri se console rapidement de Gabrielle en prenant une nouvelle compagne : Henriette d’Entragues, marquise de Verneuil. Il en est (comme des autres) follement épris. En octobre 1599, il va même jusqu’à rédiger une promesse de mariage (avec une habile clause suspensive), valable à partir du moment où Henri IV obtiendrait, enfin, du souverain pontife l’annulation de son mariage avec Marguerite de Valois : « Nous, Henri Quatrième, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, promettons et jurons devant Dieu, en foi et parole de roi, à messire François de Balzac, sieur d’Entragues, chevalier de nos ordres, que nous donnant pour compagne demoiselle Catherine Henriette de Balzac, sa fille, au cas que dans six mois à commencer du premier jour du présent, elle devienne grosse et qu'elle accouche d'un fils, alors et à l'instant nous la prendrons à femme et légitime épouse, dont nous solenniserons le mariage publiquement et en face de notre Sainte Église, selon les solennités en tel cas requises et accoutumées (...). Aussitôt après que nous aurons obtenu de notre Saint Père le pape la dissolution du mariage entre nous et Madame Marguerite de France, avec permission de nous marier où bon nous semblera ». Pour ce qui est de l’annulation, c’est bientôt fait.

 

Mais Henriette accouche, hélas, d’un enfant mort-né et, contre toute attente de sa part, Henri IV et son entourage se mettent à réfléchir à une alliance conjugale autrement plus productive pour le royaume de France. Les savantes réflexions politico-matrimoniales aboutissant à écarter toute alliance avec l’Espagne, on s’avise que la demoiselle italienne Marie de Médicis (nièce du grand-duc Ferdinand de Toscane) est, elle, toujours célibataire. Après quelques négociations, il est décidé, fin 1599, que l’une épouserait l’autre et vice-versa. C’est une bonne affaire pour Henri IV : celui-ci est en effet endetté de plus d’1 million d’écus d’or envers… le défunt père de Marie de Médicis. Or, l’oncle de celle-ci a eu la bonne de doter sa nièce de… 600 000 écus d’or et qui vont donc venir en compensation des sommes dues à la famille Médicis !

 

Nous voici maintenant, donc, en fin de l’année 1600.

 

En grande pompe, Marie de Médicis, prend la mer de son Italie natale et cingle vers la Provence. Elle est loin d’être seule. Les quinze vaisseaux qui accompagnent sa propre galère emportent au total 2 000 Italiens qui, à un titre ou à un autre, entendent bien participer aux agapes et profiter des festivités qui s’annoncent grandioses. Les autorités françaises, elles, ont totalement sous-estimé cet afflux d’invités.

 

Et quels « invités »… Le niveau est très inégal et certains ressemblent davantage à des parasites... On trouve la cour de Toscane, l’entourage personnel de Marie et évidemment des représentants de la grande noblesse toscane et vénitienne. On trouve aussi des gens objectivement peu recommandables. Citons deux personnages parmi toute cette brochette. Ca tombe bien : ce sont ceux qui vont nous occuper… 

Leonora Concini

Auprès de Marie de Médicis, on trouve d’abord Leonora Galigaï, sa suivante, sa confidente, sa « sœur de lait » (une expression qui désigne le fait qu’elles ont été élevées ensemble par la même nourrice : la propre mère de Leonora). Cette femme (elle a 32 ans et est donc plus âgée de 5 ans que Marie de Médicis) est apparemment assez laide : ses contemporains la décrivent (certainement perfidement) comme petite, trapue, au teint sombre et aux petits yeux vifs et hallucinés. Fille d’un menuisier et d’une blanchisseuse (employée comme nourrice par les Médicis) son prénom est en réalité Dianora et son nom de famille Dori (ou Dosi). Mais Marie de Médicis l’ayant toujours appelée « Leonora », c’est ce nom qui lui est resté.

Depuis son enfance, « Leonora » côtoie donc Marie de Médicis et exerce sur elle une influence notoire. Ses contemporains la haïssent pour cela. Ils la craignent aussi évidemment, tant son pouvoir sur la jeune héritière toscane, généralement décrite comme, à l’inverse, influençable et peu vive d’esprit, est avéré. Leonora inquiète également par son étrange comportement : elle a des sautes d’humeur, elle fait des crises de nerfs, elle ressent des sensations d’étranglement, d’étouffement et se met parfois à hurler soudainement de douleur. On considère aujourd’hui qu’elle aurait pu souffrir d’hystérie ou d’épilepsie. Mais à l’époque, naturellement, il n’y a point d’un tel diagnostic : seulement des médecins qui lui pratiquent les saignées, des apothicaires qui lui administrent des potions et des prêtres qui tentent de l’exorciser.

 

En 1599, Leonora a appris la nouvelle du futur mariage avec satisfaction. Fin 1600, quelque temps avant le départ, elle s’est fait officiellement adopter par la famille Galigaï, une très ancienne et prestigieuse famille italienne mentionnée par Dante lui-même : cette procédure lui permet de revendiquer désormais une appartenance nobiliaire à laquelle sa naissance originelle ne lui donnait pas droit.

 

Tout ce qui brille n’est pas or, loin de là, autour de Marie de Médicis. Et parmi la foultitude d’Italiens qui ont réussi à être du voyage, un homme, aussi, doit retenir notre attention : un dénommé Concino Concini, jeune homme hardi qui porte beau mais est en réalité un véritable gibier de potence. 

Concini 1

Issu de la famille noble des comtes de la Penna, Concini, en 1600, a autour de 25 ans (sa date de naissance n’est pas totalement avérée). Quoique son nom et sa fortune familiale lui aient d’abord permis de faire des études à Pise, Concini a exigé sa part de la fortune paternelle dès l’âge de 18 ans. Il l’a alors dépensée en « garces, en voluptés et autres friponneries » disent ses contemporains, semblant également au passage avoir contracté le « mal de Naples » (la syphilis, ou vérole, maladie vénérienne contagieuse et infectieuse qui est, à une époque où la pénicilline n’a a pas encore été découverte, ce que le SIDA est au XXIème siècle…) Concini a ensuite vécu d’expédients : garde du corps du cardinal de Lorraine, escroc, croupier, gigolo auprès d’homosexuels, comédien travesti… Cet aventurier sans scrupule est finalement parvenu à s’insinuer dans l’entourage du grand-duc Ferdinand de Médicis, qui le tolère et… a même approuvé son embarquement avec la suite des invités au mariage de Marie de Médicis.

 

Qui se ressemble s’assemble et, naturellement, durant la traversée, Concini approche Leonora Galigaï, entreprenant de la séduire avec beaucoup d’assiduité…

 

L’énorme cortège bigarré débarque à Marseille le 9 novembre 1600, devant des autorités françaises ahuries par ce nombre imprévu de convives et de voyageurs qui entreprennent de remonter le Rhône, en direction de Lyon où doit avoir lieu la cérémonie de mariage. Leonora, de son côté, est de plus en plus conquise par le charme de son compatriote qu’elle couvre de cadeaux.

 

Dès lors Concini ne perd pas de temps. A partir d’Avignon, il affiche ouvertement sa fraîche liaison avec Leonora. Et celle-ci obtient de Marie de Médicis, après quelques réticences, qu’elle l’autorise à se… fiancer avec Concini ! Les affaires vont vite pour l’entreprenant pisan.

 

Il n’est pas seul à être pressé : le 17 décembre 1600, à Lyon, le roi de France Henri IV rencontre officiellement et pour la première fois sa future, Marie de Médicis. Jovial et sympathique, le roi embrasse la promise et sa suivante comme du bon pain. Une messe est prévue à Lyon avant que le mariage ait lieu ensuite officiellement à Paris. Le jour même, le cardinal Aldobrandini célèbre donc son office mais, sans attendre, le soir même, Henri IV s’enferme gaillardement dans sa chambre avec sa nouvelle femme : il n’a cure d’une cérémonie ultérieure et consomme promptement le mariage. Cette façon cavalière n’est pas forcément du goût de la jeune épousée qui se plaindra ensuite de la mauvaise odeur de son nouveau mari. Mais qu’importe. Voilà une bonne chose de faite !

 

Après les transports de joie des premiers moments, le royal hyménée bute cependant immédiatement sur des dissensions entre les nouveaux époux… Car Henri IV est un roi bien informé et un politique habile : il est au courant de l’influence que Leonora Galigaï exerce sur la reine et de l’influence que, à son tour, l’aventurier Concini (à la très mauvaise réputation) exerce sur Leonora. ll s’oppose au mariage des deux tourtereaux (dont l’un est loin d’être un perdreau de l’année !) et refuse aussi que Leonora soit nommée « dame d’atour » de la reine : une position importante qui lui donnerait un accès privilégié à l’intimité du couple royal et potentiellement à diverses affaires d’état plutôt confidentielles. Pour ce poste, il faut, estime-t-il, que Leonora épouse un Français de bonne notoriété et non un individu de sac et de corde comme Concini.

 

Ce point-là également réglé de façon expéditive, Henri IV laisse Marie de Médicis partir pour Paris et, de son côté, s’en va… rejoindre  sa maîtresse Henriette d’Entragues. Le bon roi Henri IV est en effet un homme fidèle… à ses amours successives (et parfois simultanées !)

Et la suite ? La voilà...

La Plume et le Rouleau © 2010 Tous droits réservés.

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dano 11/09/2010 14:14


eh bien moi je relis pour la deuxième fois et avec toujours autant d'émotion " la Galigai" de eve de Castro. Comment ne pas etre émue et ne pas tomber sous le charme de ces deux femmes qui auront
vécu tant d'amour, une si belle ascension et connu une chute si effroyable?


Marc Lefrançois 21/04/2010 11:27


Article vraiment bien documenté... bravo!


Hervé 25/04/2010 18:02



Merci de vos lecture attentive et de vos encouragements


A bientôt pour la prochaine chronique...



Alix 29/03/2010 19:23


Je viens de lire avec plaisir l'histoire de Marie de Médicis et de Concini.
C'est toujours un plaisir de visiter votre blog et de renouer avec une Histoire parfois oubliée ; j'y reviendrai bientôt.
Merci à vous pour tout ce travail de mémoire dont vous nous faites largement profiter...
Amicalement.


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