Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1905 : L'INVENTION DE LA LAÏCITE A LA FRANCAISE (2)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 1 Mai 2008, 00:10am

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,


1789 – 1801 : SPOLIATION, NATIONALISATION, CONCORDAT…

Les principes de la Révolution de 1789 s’inscrivent dans le droit fil de ces idées philosophiques. La Révolution remplace un homme fautif (« pécheur ») par essence et qui ne peut être racheté que par la rédemption octroyée par l’Eglise, par un individu émancipé et raisonnable qui construit un destin collectif sur la base d’idées librement débattues et validées par un suffrage électoral.

Au départ, les révolutionnaires, tous baptisés, n’ont pas pour objectif d’abattre la religion. D’ailleurs, une bonne partie des membres du Tiers Etat de 1789 est issue du clergé et un tiers des constituants est constitué de prêtres ! Mais la confrontation Eglise / Etat est inévitable. Elle est inévitable idéologiquement. Elle est aussi inévitable financièrement car la Révolution a besoin d’argent, de beaucoup d’argent pour mener la guerre contre les puissances monarchiques européennes qui veulent l’écraser afin de rétablir l’autorité du roi Louis XVI.

Août 1789 :

L’« Assemblée Constituante » décrète l’abolition de la Dîme (l’impôt versé au clergé à hauteur de 10 % des revenus) : il n’y a plus d’impôt à verser au clergé. Le 2 novembre 1789, elle décide que les biens du clergé sont « mis à la disposition de la nation » (le clergé possède environ 1/3 des surfaces foncières en France). Le 13 février 1790, les ordres religieux sont dissouts et l’Etat met, de force, la main sur l’ensemble des biens de l’Eglise : une spoliation en règle.

Pendant quatorze siècles, l’Eglise avait appuyé son pouvoir sur celui de la couronne. Avec le changement de régime politique et l’éventualité d’une monarchie parlementaire, elle court donc un risque important : celui d’une perte d’influence consécutive à la désacralisation du pouvoir politique. Opposé à la république pour des raison autant doctrinales que d’opportunité, le pape Pie VI fulmine donc contre la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Il fustige « cette liberté absolue qui non seulement assure le droit de n’être point inquiété sur ses opinions religieuses, mais qui accord encore cette licence de penser, d’écrire (…) en matière de religion tout ce que peut suggérer l’imagination la plus déréglée : droit monstrueux qui paraît cependant résulter (…) de la liberté naturelle à tous les hommes ». L’Eglise manque là une opportunité capitale : plutôt que de pousser au parlementarisme pour conserver son influence, elle se raidit pour des raisons idéologiques et rejette par avance les réformes politiques des Révolutionnaires.

1790 : Après la spoliation vient la « nationalisation »  : en contrepartie de ce hold-up manifeste, l’Assemblée révolutionnaire décide (toujours sans concertation) la « Constitution civile du clergé » : les prêtres deviennent fonctionnaires, le nombre des diocèses est réduit de 105 à 83, les curés et les évêques sont désormais élus au suffrage universel des paroissiens (comme dans les premiers temps du christianisme !) Qui a dit qu’en France, on ne savait pas faire des réformes ?

Certains prêtres se rallient à ce schéma : ce seront les prêtres « jureurs » (ils jurent fidélité à la constitution). D’autres ecclésiastiques se rebellent, soutenus en cela par le pape Pie VI qui, en 1791, condamne par deux fois cette constitution comme « hérétique », « sacrilège » et « schismatique ». Cette position intransigeante confirme les révolutionnaires dans l’idée que l’Eglise est fondamentalement opposée à la démocratie.

1793 : La crise s’aggrave quand la « Terreur » persécute les gens de religion. En 1795, la terreur finie, le Directoire proclame un concept inédit : la « séparation de l’Eglise et de l’Etat ». Loin de vouloir contrôler les cultes en finançant l’Eglise, la constitution de 1795 proclame au contraire (art. 354) : « (…) Nul ne peut être forcé de contribuer aux dépenses d’un culte. La république n’en salarie aucun ».

Napoléon Bonaparte, arrivé au pouvoir en 1799, a une double préoccupation : faire la paix avec le nouveau pape (Pie VII) qui est lui aussi hostile à la république et ramener la paix civile en France tout en contrôlant les prêches des curés. Bonaparte n’ignore pas que la contre-révolution a pu prospérer en utilisant notamment l’attachement réel de la population à ses prêtres et ses paroisses et en exploitant les outrances des divers gouvernements républicains. Alors, pour calmer le jeu : rien de tel qu’un bon accord politico-financier.

1801 : Ce sera le « Concordat » entre l’Eglise et l’Etat : une nouvelle « nationalisation » du clergé dont les prêtres sont désormais salariés par la république. En contrepartie de cette aubaine financière, les préfets ont un droit de regard sur la nomination des évêques par le Saint-Siège. En pratique, l’Eglise de France est bien assujettie administrativement, fonctionnellement et financièrement à l’autorité de l’Etat.

En 1808 : Napoléon crée le « Consistoire central » regroupant tous les Juifs de France (Nicolas Sarkozy, deux siècles plus tard, fera la même chose avec le Conseil National du culte Musulman).

 

XIXEMME SIECLE : DES SOUVERAINS PONTIFES REBELLES AU MODERNISME


La situation calmée sur le plan politique, les différents papes reprennent l’offensive sur le terrain idéologique, ne cessant de fulminer contre l’émergence des nouveaux courants de pensées du XIXème siècle. Cette attitude va peser lourd dans le processus de laïcisation future de la société française. En 1832, le pape Grégoire XVI réprouve en effet ouvertement la liberté de conscience dans l’encyclique Mirari Vos : « Cette maxime fausse et absurde, ou plutôt ce délire (…) : erreur des plus contagieuses, à laquelle ouvre la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l’Eglise et de l’Etat, va se répandant de toutes parts ».

1864 : le pape Pie IX (pape de 1846 à 1878) publie deux encycliques : Quanta Cura et le Syllabus.

Dans ce dernier, le pape fait la liste des 80 « principales erreurs de notre temps » et condamne notamment le socialisme, le rationalisme, le gallicanisme (des églises nationales non contrôlées par le Vatican) mais aussi la liberté religieuse, le libéralisme en général et la « civilisation moderne » avec lequel le pape ne peut ni « se réconcilier » ni « transiger ». La 2ème erreur est ainsi de penser que « La raison humaine, considérée sans aucun rapport à Dieu, est l'unique arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal ». Quant à la 15ème erreur, c’est celle où l’on considère que « Il est libre à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura réputée vraie d'après la lumière de la raison ».

La nécessaire distinction par la religion du bien et du mal… La critique des sociétés modernes… : Nicolas Sarkozy (ou sa « plume »…) aurait-il puisé son inspiration dans le très conservateur Syllabus de Pie IX pour son discours du Latran du 20 décembre 2007 ? On ne peut à l’évidence l’exclure, tant la démonstration est frappante. Voilà, par exemple, à quoi sert de connaître l’histoire lorsque l’on veut pleinement juger du présent…

1870 : Le second Empire s’écroule, suite à la défaite de Sedan face à la Prusse. L’arrivée des républicains au pouvoir législatif en 1877 va marquer une inflexion très nette de l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis de l’Eglise.


1878 : « LE CLÉRICALISME, VOILÁ L’ENNEMI ! » (Léon Gambetta).  

 

Léon Gambetta dénonce à l’assemblée les abus de pouvoir de la religion dans l’espace public.

Dans son discours du Latran du 20 décembre 2007, le président de la république Nicolas Sarkozy rappelle que « la république maintient les congrégations dans une forme de tutelle (…) en n’accordant aucune valeur universitaires aux diplômes de théologie ». Cherchons la source de cette défiance dans l’histoire…

A la fin du XIXème siècle, de n’est pas tant l’influence les curés mais la place des nombreux ordres religieux (Jésuites, Franciscains, Maristes, Lazaristes, Capucins, Bénédictins, Dominicains, Chartreux, Assomptionnistes, Cisterciens, Carmes et Carmélites, Eudistes, Maristes, Marianistes, Spiritains, Sulpiciens, Théatins… : plus de 100 « congrégations » dont je vous ai sélectionné les noms les plus pittoresques) qui pose problème aux partisans d’une laïcisation de l’espace public républicain.

Le nombre des vocations religieuses a explosé en cinquante ans :

 

en 1830

 en 1880

écart

Prêtres et curés (« séculiers)

37 000

56 000

X 1,5

Moines et religieuses (« réguliers »)

40 000

160 000

X 4

Les « bonnes sœurs » composent à cette époque la majeure partie du personnel aide-soignant des hôpitaux de Paris : il n’y a à cette époque quasiment pas d’infirmières « laïques ». En 1878, on décide la laïcisation progressive des hôpitaux de Paris avec le recrutement d’infirmières et le remplacement progressif des religieuses, renvoyées vers leurs monastères : cette réforme ne sera achevée qu’en 1891.

Structurées de façon opaque, ces « congrégations » vivent en marge de la société civile et ne sont ni répertoriées, ni déclarées, ni contrôlées comptablement ou fiscalement. Ses membres échappent au service militaire. Leurs dirigeants ne sont soumis à aucune tutelle étatique (contrairement aux évêques). Leur patrimoine n’est pas connu avec exactitude (il n’y a pas d’impôt sur le revenu, à cette époque) et elles occupent parfois des lieux (couvents, monastères, prieurés) sans autre droit ni titre que l’ancienneté.

Surtout, elles dominent l’enseignement primaire et secondaire sans contrôle administratif. Elles encadrent la jeunesse avec les cours de catéchisme, jalonnent la préadolescence par les patronages et sont présentes de façon écrasante dans l’enseignement supérieur. Or, disent les républicains, à quoi bon confier nos enfants à ceux qui ont renoncé au monde et dont le chef (le pape) mène sans relâche la guerre aux idées modernes ? Ce n’est pas aux espérances de l’au-delà qu’il faut former les futurs citoyens mais à leurs devoirs du monde d’aujourd’hui…

1879 : JULES FERRY, UN HOMME QUI A LA VOCATION… DE LA LAÏCITÉ


En matière scolaire, les choses vont aller vite.

1879 : Dès le mois de mars, le nouveau Président du Conseil, JULES FERRY, déclenche l’offensive


Les jurys d’examen universitaires sont désormais composés uniquement de laïcs, alors qu’auparavant des ecclésiastiques y siégeaient également. Dans les semaines qui suivent, Ferry prend un second décret : il impose aux congrégations de légaliser leur situation : en pratique, demander une autorisation administrative pour valider leur existence. Il menace notamment les Jésuites (qui est de loin l’ordre numériquement le plus important) d’expulsion des lieux qu’ils occupent s’ils n’obéissent pas sous trois mois.


La presse catholique s’indigne. Ces ordres, dit-elle, existent depuis des siècles : ils prient, éduquent la jeunesse et secourent les pauvres. Pourquoi leur imposer aujourd’hui des contraintes administratives, sinon dans des buts à l’évidence vexatoires ? Elle dénonce une oppression délibérée des consciences, un acharnement contre les religieux, une déchristianisation rampante. Jules Ferry devient leur bête noire : un homme qui s’est marié juste civilement !

Le gouvernement temporise alors quelques mois Mais à partir de mars 1880, Jules Ferry décide d’employer la force : cette année-là, 261 couvents sont fermés et 5 643 jésuites expulsés des locaux qu’ils occupent ! Deux cents magistrats catholiques démissionnent de leur charge pour ne pas avoir à appliquer ces décrets qu’ils jugent indignes.

Dans la foulée, Jules Ferry met en place une laïcisation de l’enseignement primaire qu’il ouvre notamment aux jeunes filles.

1880 : Dans un autre registre, le dimanche férié est supprimé. Il devient un jour désacralisé, travaillé comme les autres et seul un accord du patron permet à celui-ci d’accorder (ou non) un jour de repos (celui qu’il désire) hebdomadaire à ses ouvriers. Le droit du travail n’existe pas encore. En ce cas particulier, si l’Eglise se scandalise de cette disposition imputable selon elle à la recherche effrénée du profit, ce n’est pas tant au bénéfice des travailleurs que des paroissiens qui, de fait, sont contraints de manquer la messe ! (Le dimanche férié sera rétabli en 1907).


Juin 1881 : l’enseignement primaire public est déclaré par la loi « gratuit ». Mars 1882, il est déclaré « laïc » (il a vocation à être assuré exclusivement par des laïcs formés dans des « écoles normales » créées dès 1879 et non plus par des religieux ou des prêtres) et est rendu « obligatoire » pour tous les enfants jusqu’à 12 ans.


1882 : Le pape et le Vatican ripostent. Que la religion se mêle de programmes scolaires n’étonne, à l’époque, personne. Et, cette année-là, le Vatican met « à l’Index » (dans la liste des livres interdits) quatre manuels d’instruction civique et morale de Paul Bert, Madame Gréville, Jules Steeg et Gabriel Compayré. En 1883, le curé de Castelmayran (Tarn-et-Garonne) brûle même six exemplaires du « Compayré » dans la sacristie, entouré d’enfants récitant des prières. 

Novembre 1883 : Même s’il prône la modération, Jules Ferry écrit aux instituteurs une circulaire fondatrice : « L’instruction religieuse appartient à l’Eglise et aux familles. L’instruction morale à l’Ecole ».

Entre-temps, le rouleau compresseur républicain continue de séculariser tout sur son passage…

1884 : MOINS DE PRIÈRES, PLUS DE BAGARRES

1884 : La loi Naquet rétablit le divorce (il avait été autrefois autorisé par Napoléon). Les députés conservateurs se scandalisent de la désacralisation de cette institution religieuse : le mariage ne serait-il plus un sacrement mais un vulgaire contrat ? En 1884, on supprime aussi les prières collectives imposées aux députés et sénateurs lors de l’ouverture des sessions parlementaires (des cérémonies destinées à faire retomber l’action du Saint-Esprit sur le Législateur ?) Signalons par parenthèse que, 120 ans plus tard, aux Etats-Unis cette pratique sera remise à l’ordre du jour par le président américain George W. Bush dans le strict cadre de chaque conseil des ministres… No comment.

Janvier 1885 : L’Eglise Saint-Geneviève redevient… le Panthéon (les grands hommes y reposent).

Le processus de laïcisation conduit parfois à des drames où le comique côtoie le tragique, tel ce fait divers survenu le 6 avril 1886 à Châteauvillain (Isère), près de Bourgoin. Dans cette ville est implantée une usine de confection de soie où travaillent près de 350 ouvrières. Sous la direction d’un chef d’entreprise pétri tout à la fois de convictions catholiques fortes et de souci social (M. Giraud) et d’un directeur (Jules Fischer), l’usine emploie des filles jeunes et célibataires, encadrées par quatre nonnes et deux prêtres : le curé Guillaud et le vicaire Revol. Elles y travaillent, elles y vivent et elles rentrent le samedi dans leurs familles car elles disposent, privilège pour l’époque, d’un jour de congés : le jour du Seigneur, évidemment.


Dans cette usine est installée une chapelle. En vertu du Concordat de 1801, l’Etat entretient certes les édifices de culte… pour autant qu’ils soient déclarés et autorisés ! Ce n’est pas le cas pour cette église implantée dans une usine de façon « sauvage » : en avril 1886, le préfet de l’Isère ordonne « la fermeture immédiate, comme lieu de culte non autorisé, de la chapelle ouverte illégalement ». Jules Fischer refuse.


Cette banale affaire va susciter les passions. Le commissaire, après une première tentative infructueuse pour mettre les scellés sur la porte de l’édifice, se rend devant la grille de l’usine, le 6 avril 1886, escorté cette fois d’une dizaine de militaires. A peine est-il arrivé que les cloches se mettent à sonner à toute volée et que les ouvrières surgissent des ateliers, armées de bâtons et d’outils de jardinage ! Pas question de fermer leur chapelle !


Le directeur Jules Fischer, à la stupéfaction des représentants de la loi, brandit un revolver et crie : « Le premier qui entre, je lui brûle la cervelle ! » ; C’est pourtant ce que font deux gendarmes qui font sauter la serrure d’une porte latérale et se ruent dans la cour. Fischer tire. Le gendarme Bonnieu riposte (avec son arme de service, comme l’on dit). Fischer s’écroule. Bonnieu se jette alors sur lui pour le maîtriser. C’est là qu’une ouvrière du nom d’Henriette Bonnevie (ça ne s’invente pas) se précipite sur Bonnieu et lui déverse sur la tête le contenu (nauséabond) d’un pot de chambre !


Aveuglé par les excréments, craignant d’avoir été agressé au vitriol (assez courant à cette époque), le représentant de la maréchaussée continue de tirer et blesse mortellement Henriette Bonnevie tandis que les ouvrières se précipitent maintenant sur les représentants de la loi, les agonisant de coups de bâtons ! Les militaires mettent alors le sabre au clair ! Impressionnée, la foule recule tandis que les gendarmes empoignent les ouvrières les plus énervées, lesquelles les insultent, se débattent et leur arrachent leurs galons ! Hop ! Direction : la prison !  Force reste donc à la loi. Non mais.


Dans le procès pour « résistance à main armée aux forces de l’ordre » qui va s’ensuivre, les uns parleront d’« émeute cléricale préparée de longue main » (Gustave Naquet) tandis que les autres s’indigneront de l’ « agression inouïe (des gendarmes contre un lieu de culte), indigne d’un peuple civilisé » (Albert de Mun).

Mais, en attendant, Henriette Bonnevie, elle, est morte. Pour sa chapelle.


1886 : Quoiqu’il en soit, la sécularisation progressive de la société se poursuit. La « loi Goblet » impose que, dans un délai de 5 ans (pour les instituteurs et au fur et à mesure des remplacement de postes pour les institutrices) tous les enseignants congréganistes (religieux des congrégations) soient remplacés par des laïcs. 


A cette période, on s’interroge. Faut-il maintenir le régime du Concordat de 1801 signé entre Bonaparte et le pape Pie VII ? L’Etat républicain doit-il continuer à verser de l’argent pour entretenir les églises et payer des prêtres pour la plupart hostiles à la république contre laquelle les papes n’ont cessé de fulminer depuis l’origine ? 


Pour l’heure, rien ne pousse à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Jules Ferry, tout laïc qu’il est, entend maintenir le Concordat de 1801 qui est, selon lui, gage de la paix civile : « Pour les Bretons, par exemple, la suppression du budget des cultes est la forme matérielle et palpable de la persécution » dit-il  en 1885. Pour d’autres, tel Paul Bert, le maintien de cette tutelle administrative et financière permet de contrôler le culte et ses ministres : « L’Eglise, rayée du budget de l’Etat (…), laissée absolument libre, retrouverait bientôt une richesse personnelle (…) et une influence politique ». Bref : tout le monde est bien d’accord pour ne rien changer du système napoléonien certes imparfait mais incontestablement pragmatique.


Même s’il prône la modération, Jules Ferry écrit aux instituteurs une circulaire fondatrice : « L’instruction religieuse appartient à l’Eglise et aux familles. L’instruction morale à l’Ecole ».

Que la religion se mêle de programmes scolaires n’étonne, à l’époque, personne. Et, cette année-là, le Vatican met « à l’Index » (dans la liste des livres interdits) quatre manuels d’instruction civique et morale de Paul Bert, Madame Gréville, Jules Steeg et Gabriel Compayré. En 1883, le curé de Castelmayran (Tarn-et-Garonne) brûle même six exemplaires du « Compayré » dans la sacristie, entouré d’enfants récitant des prières.

Les crucifix doivent donc être officiellement retirés des salles de classe. La mesure (en réalité déjà obligatoire depuis 1880) suscite une vive opposition et divers échauffourées le plus souvent consécutives à des provocations de part et d’autres. Ainsi Ferdinand Hérold, préfet de Paris, avait-il appliqué la mesure dans les écoles de la capitale dès 1880 et son action avait-elle conduit à plusieurs bagarres. En 1881, le maire de Grenoble avait poussé le zèle jusqu’à remplacer les crucifix par des bustes de Marianne, symbole de la république. Mais ce n’était rien à côté de l’initiative particulièrement brutale du maire de Gières (Isère) qui, toujours en 1881, avait carrément jeté un crucifix dans la fosse d’aisance attenante à l’école... avant d’être révoqué !

Car Jules Ferry et le gouvernement, au contraire, cherchent à calmer le jeu et font preuve de pragmatisme : ils conseillent aux maires et aux préfets de laisser les ornements religieux dans les écoles existantes mais de simplement veiller à ce que les nouvelles écoles (qui se construisent un peu partout) n’en soient pas pourvus. Ils suggèrent aussi de procéder au décrochage lorsque les classes sont repeintes ou pendant les vacances…

Il faut dire que la « querelle du crucifix » n’est pas le seul motif de heurt.

Car alors que les républicains veulent faire de l’école un lieu de « neutralité confessionnelle », les catholiques y voient à l’inverse le développement d’un enseignement « athée » d’où Dieu est banni et redoutent une décadence consécutive à l’enseignement d’une simple « morale » civique. ». Jules Ferry refond donc la pédagogie et donne une place éminente à la morale civique et à l’histoire (quel grand homme…) On étudie les Gaulois (peuple païen) auxquels on attribue l’origine fondatrice de la nation (« nos ancêtres ») plutôt qu’aux Francs, christianisés seulement à partir du baptême de leur chef Clovis (496)… Le message est clair : la conscience nationale ne se confond pas exclusivement avec le christianisme.


A suivre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Articles récents