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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1905 : L'INVENTION DE LA LAÏCITE A LA FRANCAISE (4)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 1 Mai 2008, 00:05am

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

A PARTIR DE 1906, UNE PRATIQUE PRESIDENTIELLE DÉSORMAIS STRICTEMENT LAÏQUE

Sous la république, le Chef de l’Etat (le Président de la république) et le chef du gouvernement (le Président du Conseil sous les IIIème et IVème république) se doivent, par leur comportement, de respecter la séparation de l’Eglise et de l’Etat instaurée à partir de 1905. Comment le font-ils ? Strictement. Et cela d’autant plus que ces deux fonctions vont être longtemps occupées par des républicains dont la religiosité ne sera pas la qualité principale.

Ainsi, en mars 1918, alors que la Première Guerre mondiale s’éternise depuis 4 ans et que, à ce moment, personne n’y entrevoit d’issue victorieuse, le cardinal Andrieu, archevêque de bordeaux, écrit-il au Président du Conseil Georges Clemenceau. Il lui demande d ‘organiser une « prière officielle » pour appeler Dieu à la rescousse en faveur de la victoire française. Il argue pour cela du soutien que le Tout-Puissant avait accordé en 496 à la bataille de Tolbiac en faveur de Clovis, en 1214 à la bataille de Bouvines en faveur de Philippe Auguste ou encore en 1429 à Orléans en faveur de Jeanne d’Arc. Sans succès auprès du « Tigre » qui annote sobrement la missive d’un « pas de réponse » manuscrit et fait classer le courrier…

Trois mois plus tard, en juin 1918, le cardinal Luçon, archevêque de Reims renouvelle sa demande. Clemenceau répond vertement : « Le pouvoir que le gouvernement détient lui vient uniquement de la loi (sous entendu : pas du Ciel, NdA). Vous  comprendrez qu’il ne m’est donc pas permis d’en organiser la subversion » !

Mais le clergé ne renonce pas. Une fois arrivée l’armistice de novembre 1918, il s’agit cette fois de remercier le Ciel de la victoire obtenue (même sans prière collective, d’ailleurs) et, en mars 1919, le cardinal Mercier, archevêque de Malines, demande aux autorités politiques de « présider un acte de religion ». Clemenceau s’y oppose de nouveau, rappelant que les citoyens, en tant que tels ont « le plein exercice d’une complète liberté » mais que pour ce qui est des représentants officiels de la république, la question est exclue.

1918 : L’Alsace et la Lorraine sont de retour dans la Mère Patrie. Le Concordat de 1801 y est évidemment en vigueur puisque, en 1905, ces provinces étaient sujettes du Reich allemand. Va-t-on l’imposer outre-Vosges ? Prudemment, on y renonce.


1921 : La France restaure ses relations diplomatiques avec le Vatican

A partir de 1947 et jusqu’en 1958, la « Quatrième république » fonctionne quasiment comme la « Troisième » : même instabilité gouvernementale, même impuissance à prendre des décisions et, au final, discrédit identique vis-à-vis du peuple…Le Président Edouard Herriot, quant à lui, républicain convaincu fait transformer en bureaux la chapelle du bâtiment de l’Elysée ! Laïcité oblige pour cet anticlérical convaincu.

1958 : DE GAULLE, UN CHRETIEN PRATIQUANT AU POUVOIR


Avec le général De Gaulle (1958 – 1969), « la France eut à sa tête un Président de la république chrétien pratiquant, c’était une première » (Michel Tauriac et Philippe De Gaulle, « De Gaulle mon père », 2004). Car le général De Gaulle est un croyant authentique et fervent, dont le père avait été lui-même professeur dans les écoles privées catholiques et dont l’un des oncles est lui-même prêtre. Quant à sa mère « elle portait à la patrie une passion intransigeante à l’égal de sa piété religieuse » nous dit le général dans ses « Mémoires de guerre ».

Charles De Gaulle s’est efforcé toute sa vie de ne jamais rater l’office dominical. Il va faire de même durant son mandat. En revanche, s’il redonne à la chapelle de l’Elysée sa fonction d’origine (en achetant le matériel sur ses deniers personnels, précisons-le), il entend ne manifester sa religion dans aucune cérémonie officielle. Invitant privativement des prêtres à déjeuner à l’Elysée, il les conviera à réciter le bénédicité mais, lorsque ce sera le cas de cardinaux lors d’un dîner officiel, il s’en abstiendra toujours. Idem pour la messe. Charles De Gaulle communie lorsqu’il s’y rend à titre privé mais, quand il assiste à une célébration en tant que Chef de l’Etat (obsèques ou autre), il s’en abstient (il s’abstient aussi de chanter durant les offices, mais c’est… parce qu’il chante faux !)

Deux exceptions à noter : le voyage en URSS en juin 1966 à l’invitation de Leonid Brejnev (où il fut semble-t-il mis en situation de devoir communier malgré lui) et le voyage de juillet 1967 au Canada (« Vive le Québec libre ! ») où, de toute façon,  il n’était plus à une provocation près…

 

En 2005, lors du débat sur la « constitution européenne », certains ont déploré l’absence de référence aux racines chrétiennes de l’Europe et encore moins à Dieu. Qu’en est-il dans la constitution française actuelle ?

Parlons en effet de l’une des œuvres majeures du général De Gaulle : la mise en œuvre de la « Cinquième république » à travers la rédaction d’une constitution qui sera approuvée massivement par referendum le 28 septembre 1958. De référence à Dieu ? Point. Lisons le premier article.

Art. 1. - La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.

La religion n’est donc plus mentionnée plus que pour indiquer qu’aucune discrimination ne sera faite entre les citoyens quant à elle. On aurait pu s’attendre à plus de la part d’un croyant comme Charles De Gaulle. On ne pouvait s’attendre à moins de la part d’un tel Chef d’Etat.
 

D’une manière générale, la question de la laïcité s’est donc apaisée. La religion est désormais dévolue à la sphère privée. Les pouvoirs publics ne s’en mêlent plus.

 

Les mandats de Georges Pompidou (1969 – 1974), de Valéry Giscard d’Estaing (1974 – 1981) ne seront marqués d’aucune résurgence polémique.

 

En 1983, le socialiste François Mitterrand (1981 – 1995) doit faire passer à ses électeurs la pilule de la « rigueur » (mise en œuvre par le Premier Ministre Laurent Fabius) : il redore son blason « de gauche » en cherchant querelle à l’école « privée », largement d’obédience catholique, à laquelle il est prévu de retirer l’essentiel de subventions versées au titre de la Loi Falloux (qui date de 1850…).

 

La mobilisation est énorme et réunit plusieurs millions de manifestants à travers la France : une réaction probablement très au-delà de ce que François Mitterrand avait prévu. Son Ministre de l’Education, Robert Savary, sert de fusible : il est limogé tandis que son projet de loi est retiré dans l’humiliation.

 

C’est en 1996 que la question de la laïcité refait surface dans le cadre d’une de ces épiphénomènes complètement secondaires où se cristallise à merveille l’éternel psychodrame franco-français… Jacques Chirac est alors président de la république depuis un an. En janvier 1996, il s’est rendu au Vatican et y a rappeler « les origines chrétiennes de la France ». C’était historiquement incontestable et, du reste, nul ne s’en était ému.

 

Au printemps 1996, il est alors décrété par le Ministère de la Culture que l’on va fêter en septembre 1996  l’anniversaire du baptême de Clovis. Cela tombe bien : le pape Jean-Paul II sera en visite en France à ce moment-là. Il s’agira d’une action purement commémorative : ni la date (496) ni le lieu (Reims) ne sont en effet certains. Qu’importe, c’est le symbole de la naissance de la nation française que l’on veut là mettre en exergue. Et la querelle de symboles, les Français adorent cela ! Ils vont s’empoigner avec délice et vigueur...

 

Cela a au moins le mérite de ressusciter l’intérêt pour Clovis, auquel les manuels scolaires n’accordaient jusque-là guère plus de trois ou quatre lignes : une vingtaine de livres paraissent mais aussi des dizaines d’articles et de chroniques tandis que le citoyen assiste, étonné, à une « controverse nationale autour d’un personnage hors d’âge et de propos » (Laurent Theis, L’Histoire, n° 331).

 

Certains protestent : on cherche, disent-ils, à enraciner dans le christianisme les origines et l’identité de la France par la seule conversion d’un « chef de bande bigame et meurtrier » (Michel Rouche). Le Comité Laïcité République dénonce « un instrument de propagande vaticane ». D’autres font assaut d’humour : « A qui profite le chrême ? » se demande Dominique Jamet tandis que Le Nouvel Obs craint un « détournement de fonts » (= baptismaux) ! Le Tribunal administratif est même saisi d’une demande visant à annuler le financement sur fonds publics de la construction du podium sur lequel le pape devra prononcer son homélie…

 

On n’en demandait pas tant sur un sujet pourtant aussi secondaire.

 

Car le Ministère de l’Education nationale le rappelle : il ne s’agit pas de porter atteinte à la laïcité, il s’agit simplement de commémorer un évènement historique qui a une dimension religieuse. D’ailleurs, fait-on observer, l’état soviétique pourtant officiellement athée n’avait-il pas, en 1988, célébré en grande pompe, le millénaire du baptême de saint Vladimir ? Franchement, si les communistes se mettent à célébrer les baptêmes, il y a de la place en France pour une messe, non ?

 

Après cet accès de fièvre, tout rentrera dans l’ordre. L’Eglise de France financera elle-même le podium du pape qui officiera, le 22 septembre 1996, à une messe à laquelle le président Jacques Chirac n’assistera pas… Le débat s’apaisa.

 

A peine si la question de l’évocation des « racines chrétiennes de l’Europe » dans la « Constitution Européenne » de 2005 (de toutes façons rejetée par la France) fut-elle évoquée (tant d’autres griefs étaient retenus contre ce texte !)

 

Il fallait attendre 2008 pour que la cicatrice jamais refermée se rouvre.

 

Quelle semble aujourd’hui la conviction de Nicolas Sarkozy ?
 

« Ma conviction profonde, j’en ai fait part notamment dans ce livre d’entretiens que j’ai publiés sur la république, les religions et l’espérance » 

(Nicolas Sarkozy, discours au Latran, 20 décembre 2007)

On pourrait dire qu’elle est celle d’un « croyant ostentatoire » : une vraie rupture. Lors de la réception au Latran du 20 décembre 2007, le Président Nicolas Sarkozy a ainsi demandé expressément à pouvoir communier si une messe était célébrée : cela lui fut refusé en raison de son état de divorcé-concubin. L'amant ou le sacrement, il faut choisir…

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