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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1900 : Bienvenüe dans le METRO ! (3)

Publié par Sho dan sur 15 Septembre 2012, 00:00am

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

 

Poursuivons notre évocation du métro en chanson avec :

 

Premier Métro par Lise Médini

Dans les wagons de première classe (1965) Henri Tachan

La vache dans le métro (1967) par Pierre Louki

Métro par Anne et Gilles

La jeune fille du métro (1972) par Renaud

Le joueur d'accordéon (1974) par Yves Simon

Le métro (1977) par Philippe Cosquer

Les chauves-souris du métro (1977) par Pierre Rapsat

 

Cette année 1977, le groupe de rock français Téléphone, dans son album Anna, nous livre une chanson entièrement dédiée au métro (mais pas pour le célébrer) : Métro, c’est trop et l’évoque très brièvement dans le célèbre et contestataire tube Hygiaphone, qui lance la notoriété du groupe (« Donne-moi plutôt un p’tit ticket doré pour aller m’balader… »)

 

En 1982, on l’a dit au début de cette chronique, le jingle « Tic-tac-toc… T’as le ticket chic, t’as le ticket choc » déferle sur nos TV dans le cadre de la publicité pour le métro (« Prenez la deuxième voiture ») : la chanson complète est l’œuvre d’Isabelle Dumont et de Germinal Tenas.

 

Metro 

Dans la foulée, on voit l’éclosion d’un groupe de musiciens inédit. Ce ne sont désormais pas seulement des artistes qui vont parler du métro (tel Jean Guidoni avec Le voyage en 1980. Non, c’est carrément une bande de… conducteurs de métro qui, sous la houlette du leader Jean-Michel Grandjean, se réunissent pour pousser la chansonnette sous le nom de scène de … « Service Public » (évidemment). Comme Grandjean a l’humour de le dire : Service Public est le groupe de musique le plus… underground ! 

 

Pendant une bonne dizaine d’années, ces garçons motivés composeront une petite huitaine de titres (un rendement faible mais, après tout, ils n’ont pas non plus que ça à faire : qui c’est qui conduit les rames, pendant qu’ils brament, hein ?) qui fleurent bon le syndicalisme à l’ancienne et l’amour de la capitale : Métromambo (1985), Nostradabus (1985), Privatisation (1987), Dans le métro (1988), Egales, égaux (1991) Fulgence Bienvenüe et Mai 1936 (2000).

 

Les années 90 voient les titres relatifs au métro continuer de paraitre régulièrement : La carte orange de Jean Guidoni en 1990 (un titre qui renvoie à une époque déjà révolue puisqu’il n’y a plus de « carte orange » mais uniquement maintenant des « pass navigo »), Bercy Madeleine et Le Métro (1992) de Pierre Perret, Obsolète (1996) de MC Solaar, Le métropolitain (1998) de Philippe Val, Métropolitain (1998) de Superflu, Le métropolitain (1998) de Zoazoo… Et les années 2000 ne seront pas en reste même si, franchement, aucune ne me vient spontanément à l’esprit, preuve que, décidément, les chansons du métro ne portent plus la même charge émotionnelle qu’autrefois.

 

Le métro, quoiqu’il en soit, est décidément, indissociable de Paris.

 

Et inversement

 

Et c’est pourquoi les cinéastes le considèrent comme un décor incontournable, dès qu’il s’agit de parler de la capitale.

 

-oOo-

 

Les films dont le titre évoque le métro… alors qu’on ne le voit pas !

 

La fascination du Septième art pour le métro parisien ne se dément pas.

 

Je vous rappelle au passage que le terme « Septième art » est une expression proposée en 1919 par Ricciotto Canudo pour désigner l'art cinématographique, suite au classement du philosophe Hegel qui, dans son Esthétique, distingue seulement six arts : l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la danse, la poésie.


Bon, pour ce qui est des œuvres cinématographiques qui ont, de près ou de loin, un rapport avec le métro, on peut les classer sommairement en cinq grandes catégories.

 

La première concerne les œuvres dont le titre accroche le spectateur par un titre parlant du métro alors que le film ne traite pas du sujet.

 

Paradoxal, non ?

 

C’est le cas, par exemple, du Dernier métro (1980) de François Truffaut. Catherine Deneuve, Gérard Depardieu et Jean Poiret ne nous y décrivent pas la vie du métro sous l'Occupation mais celle du… Théâtre Montmartre, dont le directeur Lucas Steiner, israélite d'origine allemande, se cache dans les caves. Derrière ce titre-prétexte, c’est bien de planches et non de traverses dont il est question.

 

Le paradoxe est encore plus criant avec Zazie dans le métro (1960) de Louis Malle. Car non seulement Zazie arrive dans Paris… en train mais encore l’objectif du film est-il surtout de montrer la vie des quartiers de la capitale (aujourd’hui terriblement désuète) avec quelques personnages pittoresques et vaguement surréalistes (Philippe Noiret). Finalement, le seul moment où l’on montre le métro, c’est de l’extérieur, quand Zazie tente (sans succès) d’entrer dans la station « Bastille », fermée… pour cause de grève ! Dans ce film, finalement, Zazie ne mettra jamais les pieds dans le métro.

 

C’est n’importe quoi, quand on y réfléchit…

 

-oOo-

 

Les films dont le titre n’évoque pas le métro alors que, l’essentiel de l’intrigue s’y déroule directement ou indirectement…

 

C’est le paradoxe inverse.

 

La grosse caisse (1965) d’Alex Joffré est de ceux-là : Bourvil y incarne le chef de la station de métro « Quai de la râpée » qui s’évertue maladroitement à monter un plan pour s'emparer de la caisse (on paie beaucoup en liquide à l'époque).

 

Et dans Les portes de la nuit (1946) de Marcel Carné, le jeune résistant Diego (Yves Montand) s’éprend, lui, le temps d’une nuit dans les tunnels du métro, de la belle Malou (Nathalie Nattier), mariée à un collaborateur.

  

-oOo-

  

 

Les films dont le titre ou le propos n’évoque pas le métro mais dont tout ou partie du scénario se situe à Paris, ce qui nécessite donc quelques plans dans le réseau ferré souterrain.

 

Ce sont les plus nombreux car, pour mieux rendre l’ambiance unique de la capitale, rien de tel que quelques images du réseau ferré souterrain (ce n’est cependant pas absolument automatique, certains films comme l’excellent Minuit à Paris – 2011 - de Woody Allen ne comportant, bizarrement, aucune scène de ce genre).

 

Pour ces films-là, qui contribuent autant à la promotion de la capitale qu’à celle de son moyen de transport le plus célèbre, la RATP fait des efforts considérables. Elle accorde un soin particulier à aider les cinéastes à tourner dans le métro (mais aussi en bus, en tramways, ce qui n’est cependant pas le sujet immédiat de cette chronique), le plus souvent la nuit et en fournissant du matériel ferroviaire d’époque.

 

La ligne la plus prisée des cinéastes est la ligne 6 (de « Etoile » à « Nation » via « Denfert-Rochereau »).

   

Parmi les films récents comportant des scènes tournées dans le métro (et outre ceux mentionnés ci-dessus), citons, pêle-mêle et non exhaustivement :

 

Charade (1963)

Le samouraï (1967)

L’ami américain (1977)

Mauvais sang (1986)

Une époque formidable (1991)

Les rois mages (2001)

Mesrine (2008)

Les femmes de l’ombre (2008) de Jean-Paul Salomé, qui nous offre une spectaculaire fusillade (inventée) entre résistantes et collaboratrices à la station Concorde. On pourra aussi citer Julie et Julia (2009), Ca commence par la fin (2009), The tourist (2010) et bien d’autres…

 

Et A bout portant (2010), me direz-vous ? Voilà en effet un film spectaculaire avec de nombreux plans, scènes d’action, courses-poursuites endiablées et fusillades nourries, tourné en partie dans les couloirs du métro (« Chatelet-les-Halles », « Auber »). Or, les prises de vues n’y dépassent, hélas, pas deux ou trois secondes de plan fixe et, quoique leur succession rapide donne au film un rythme haletant et moderne, le métro parisien, en lui-même, n’y gagne pas en visibilité.

 

La RATP, pourtant, fait de gros efforts pour favoriser les tournages. S’il n’est pas possible de tourner in situ (dans un wagon « privatisé » pour l’occasion, par exemple ou sur un quai désert) la RATP aide les cinéastes à recréer l’atmosphère ad hoc : si le cinéma ne peut pas aller au métro, c’est le métro qui va au cinéma.

 

Metro - Studio Porte des Lilas

Comment ? Par la mise à disposition d’une station désaffectée au trafic depuis 1939 et désormais dédiée spécifiquement aux tournages : une station-studio, en quelque sorte, située Porte des lilas (nord de Paris).

 

Dans cette station authentique de 75 mètres de long se tournent, en moyenne, 5 films par an (à comparer à une moyenne de 50 à 70 productions annuelles sur l’ensemble du réseau métro-bus-tramway-RER). On la personnalise en y changeant le nom au gré du scénario : c’est ainsi que « Porte des lilas » est transformé en « Concorde » pour les besoins de Les femmes de l’ombre, en « Opéra » pour A bout portant et en « Abbesses » pour Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001). On place ensuite les panneaux publicitaires adéquats et on fait circuler la rame de l’époque correspondante (la RATP fournit pour cela les conducteurs, électriciens et personnels de maintenance qui se divertissent assez de ce « Lilaswood » du 9-3)…

 

Et, en plus, ça rapporte à la RATP : 15 000 à 18 000 euro la journée, chiffre d’affaires total annuel : 200 000 ! Que demande le peuple ? De pouvoir visiter cette station très spéciale. Eh bien, c’est même faisable durant les journées du patrimoine.

RATP : c’est possible...

 

Mais parlons maintenant de l’endroit où a été tournée, d’un point de vue purement personnel, la scène la plus marquante mettant le métro en scène au cinéma.

 

Souvenez-vous…

 

En 1975, Henri Verneuil tourne Peur sur la ville. Le film comporte une séquence restée dans la mémoire collective (au moins d’une génération : la mienne !) : le commissaire Letellier (énergique Jean-Paul Belmondo) y poursuit un bandit en n’hésitant pas à… grimper sur le toit du métro de la ligne 6 (celle qui relie l’Etoile à la place de la Nation via la place Denfert-Rochereau) lors du passage sur le pont de Bir-Hakeim, depuis lequel on voit (merveilleusement) la tour Eiffel.

Metro - Peur sur la ville - Belmondo 1

Rappelons brièvement ce moment épique pour en souligner tout à la fois le caractère emblématique d’une époque, ses anachronismes et en même temps son réalisme qui force l’admiration.

 

Voyons cela.

 

L’argument du film est simple : tout en tentant de mettre hors d’état de nuire un tueur en série qui terrorise la capitale, Bébel, le héros bondissant aux biceps d’acier, s’emploie aussi à mettre la main au collet d’autres malfrats. Comme ce commissaire est très au-dessus du niveau moyen de ses collègues, il utilise des méthodes pas toujours autorisées par les procédures et emploie les techniques les plus modernes. Ainsi utilise-t-il un téléphone « portable » (innovation technologique à peine concevable à l’époque) embarqué dans sa voiture.

 

Recevant un coup de fil boulevard Haussmann (face aux Galeries Lafayette) lui indiquant qu’un des gangsters qu’il recherche a été repéré dans le métro, Belmondo se gare le long du trottoir (franchement, si vous voyez une place pour se garer à cet endroit, vous me faites signe) et descend à pied les escaliers qui mènent à la station du RER « Auber » (où il entre sans ticket mais, bon, c’est Belmondo).

 

Là, changement de plan : si les escaliers sont bien ceux d’« Auber », le quai sur lequel débouche Belmondo, lui, est celui du métro… « Charles-De-Gaulle-Etoile », sur la ligne 6 ! Ce « faux raccord » passe évidemment inaperçu pour les non-initiés. Car l’essentiel n’est pas là mais dans l’innovation qui va suivre. C’est Belmondo lui-même qui a suggéré que l’on modifie le scénario : il a proposé que, pour la poursuite, le bandit soit à l’intérieur du métro tandis que son poursuivant reste, lui, à l’extérieur. Sur le toit par exemple, ce qui serait assez original.

 

Pour le moins… Et Belmondo, qui a le sens du spectacle, n’hésite pas à payer de sa personne.

 

Metro - Peur sur la ville - Belmondo 2

 

Car, en dehors de quelques plans un peu secondaires tournés en studios, l’essentiel de l’action est tourné in situ et Belmondo (qui n’utilise pas de cascadeur) va prendre des risques très significatifs. Le tournage a lieu de nuit pour les scènes à l’intérieur des tunnels : l’acteur y court sur le toit des wagons lorsque le métro passe dans une station (le plafond y est plus haut, ci-dessus) avant de s’aplatir lorsque le métro s’enfonce dans le tunnel. Un mauvais calcul et c’est la décapitation assurée.

 

Le point d’orgue de la séquence est atteint quand le métro débouche à l’air libre et franchit la Seine sur le pont de Bir-Hakeim, venant de la station « Passy » (sens nord-sud). Là (en plein jour) Belmondo se redresse et se met debout quelques secondes sur le toit du convoi qui roule à la vitesse de 60 km/h (contre 80 km/h, normalement). C’est impressionnant, c’est du jamais vu auparavant et c’est réalisé sans sécurité, ni trucage, ni doublure (Bébel tenant à faire toutes les cascades lui-même).

 

Chapeau, monsieur Belmondo... Aujourd’hui, plus personne ne prendrait de tels risques.

 

Personnellement, je pense à cette scène à chaque fois que je prends ce trajet : je crois d’ailleurs avoir désormais repéré l’endroit où étaient placées les caméras (notamment un immeuble sur la rive sud, qui possède une terrasse).

 

-oOo-

 

Les films qui n’ont rien mais alors rien à voir avec le métro, ni de près ni de loin, dont l’intrigue ne se situe absolument pas dans cet univers, mais qui, bizarrement, l’évoquent…

 

Où suis-je allé chercher cela ?

 

Imaginez quatre hommes (Mario, Jo, Luigi et Bimba, aux parcours personnels sur lequel il vaut mieux jeter un voile pudique) échoués, ensablés dans un village pouilleux d'Amérique centrale nommé Las Piedras, qu’ils rêvent de quitter sans en avoir les moyens financiers. Pour en sortir, ils vont accepter de prendre l’énorme risque de convoyer, au péril de leur vie, un chargement de nitroglycérine sur cinq cents kilomètres de routes défoncées. S’ils réussissent : à eux les dollars, la fortune et la belle vie. Mais au moindre chaos, à la moindre erreur : Boum !... C’est Le salaire de la peur (1953) d’Henri-Georges Clouzot, palme d'or au festival de Cannes de la même année.

 

Metro - Ticket - le salaire de la peur

 

Eh bien, dans ce film-culte, je me suis amusé à noter l’évocation du métro parisien. Sur le mur de sa chambre, Mario (Yves Montand) a en effet dessiné une entrée de métro style Hector Guimard et a épinglé ce qu’il considère comme « le trésor », dit-il. Il le montre à Jo (Charles Vanel) avec une quasi-religiosité : c’est un ticket de métro usagé marqué « Pigalle ». Ca c’est Paris ! Et les deux titis parisiens, égarés dans ce bled du bout du monde, de manipuler le bout de carton avec émotion et nostalgie…

 

-oOo-

Enfin (enfin !) des films dont le titre et le propos parlent tous deux du métro et qui y sont tournés quasiment intégralement.

 

La totale.

 

Metro - Subway - Affiche

Ils sont rares et, pour tout dire, je n’en ai recensé qu’un seul, Subway (1985) de Luc Besson, avec une pléiade de « tronches » du cinéma : Christophe Lambert (rigolard et facétieux), Isabelle Adjani (belle et lasse), Jean-Pierre Bacri (nerveux et brouillon), Michel Galabru (truculent et malin), Jean-Hugues Anglade (marginal et débrouillard), Jean Réno (silencieux, sauf à la batterie), Richard Bohringer (trop serviable), Jean Bouise (bonnasse)… C’est le deuxième long métrage de Luc Besson, qui embauchera certains de ces acteurs dans ses opus suivants.

 

Rappelons-en brièvement le propos. Après avoir dérobé des documents compromettants, Fred (Christophe Lambert), sympathique cambrioleur au caractère imprévisible, se trouve poursuivi par les hommes de main de sa victime. Il se réfugie alors dans le métro parisien.

 

Au fil des négociations ambiguës avec sa victime Helena (Isabelle Adjani, rebelle aux brimades et au snobisme d’un mari brutal et âpre au gain), Fred entraine le spectateur dans un monde souterrain, étrange et inconnu : celui du métro. Pas celui des techniciens et du personnel de la RATP. Non, celui des marginaux, des fuyards, des asociaux, des personnages troubles et glauques qui vivotent de petits métiers, de débrouilles, de recels et de trafics et qui ont investi des couloirs oubliés, des zones « techniques » désaffectées où ils vivent, dorment, errent loin du regard du reste du monde.

 

Subway est un film atypique dont les qualités cinématographiques, malgré 11 nominations aux Oscar (dont 3 récompenses) ont, à mon avis, été injustement sous-évaluées. Peut-être le vois-je de l’œil trop bienveillant des souvenirs de jeunesse ? Qu’importe, Subway n’est pas un film comme les autres, c’est un OVNI du Septième art.

 

Metro - Subway - Roller cascade 1

 

Le scénario est certes pauvre. Ce n’est pas là l’essentiel. Subway est une fable poétique au déroulé imprévisible : la trame, les lieux, les personnages, le jeu des acteurs, les angles des prises de vue, les musiques, les cascades, tout est inédit et innovant dans ce film.

 

L’univers de Besson n’est pas forcément rationnel (comment peut-on garder allumé un néon qui n’a pas de source d’électricité ?) Mais il est onirique et donc crédible. Dans cet univers parallèle de quais, de couloirs et d’escalators gris éclairés par des néons agressifs, personne ne s’étonne de voir déambuler un visiteur en smoking, de rencontrer une femme en robe de soirée chamarrée, d’apercevoir un vendeur de fleurs fraîches, d’écouter une troupe de musiciens qui jouent leur mélodie (en sous-sol, forcément, ah ! ah !) sans public, de découvrir une salle de musculation et une fête d’anniversaire ou encore de croiser un (insaisissable) délinquant en patins à roulettes qui ouvre nuitamment les bars des stations pour s’y servir un café... D’une certaine façon, il y a du Marcel Carné dans Luc Besson (du moins, à l’époque).

 

Dans Subway, les plans-séquence sont relativement longs mais sont dynamisés par un usage intensif (et donc moderne à cette date) du travelling, ce qui tranche avec le cinéma de l’époque où les caméras sont fixes mais où le rythme est donné par une accélération des plans. Cela permet de détailler longuement (et assez facilement pour les habitués) les lieux du tournage, parmi lesquels :

 

- la salle centrale de « Chatelet-les-Halles » (où se trouve le PC de la police, que l’on retrouve d’ailleurs dans A bout portant en 2010 !) traversée en courant par Fred

 

- le long couloir de « Chatelet-les-Halles » qui fait accéder aux lignes 11 et 14 (avec son double et immense tapis roulant) où le « roller » - Jean-Hugues Anglade - arrache son sac à main à une voyageuse

 

- l’immense station « Auber » (et son double tapis roulant) menant aux ascenseurs qui montent vers la station « Opéra » d’où Fred, poursuivi par la police, s’éclipse en déverrouillant une porte : une porte qui existe effectivement dans la réalité, mais que je ne l’ai personnellement jamais trouvée ouverte !

 

- la station « Charles-De-Gaulle-Etoile » (et ses escalators qui permettent la jonction entre la ligne 1 du métro et la ligne A du RER). Là, le « roller », poursuivi par une escouade de policiers en képis et chemisettes bleu ciel (toute une époque) emprunte les escaliers mécaniques qui descendent au RER. Pour aller plus vite, il se jette entre deux escalators et glisse, comme sur un toboggan (ci-dessus), à toute vitesse, moitié sur les fesses moitié sur ses roulettes, jusqu’en bas. Là, d’un rétablissement, il se remet sur ses roues, enfile le couloir d’en-face puis, au bout de 50 mètres, prend un virage serré à droite, débouche sur un quai et, d’un bond, il franchit les voies, sous le regard ébahi du conducteur de la rame qui stationne, et atterrit sur le quai opposé ! Fin de la poursuite, inédite et spectaculaire. Et qui appelle quelques remarques anecdotiques pour être mieux comprise...

 

Metro - Subway - Roller cascade 2

 

D’abord, dans la réalité, il n’est pas vraiment possible de faire du toboggan entre des escalators (il y a des petites pyramides en métal disposées à l’endroit d’une glissade éventuelle sur le postérieur) : il a donc fallu aménager les lieux pour l’occasion pour que le cascadeur ne se blesse pas.

 

Ensuite, au bas des escalators concernés, il y a certes un long couloir en face. Mais ce couloir mène au RER A et il n’y a aucune sortie sur la droite, seulement un mur… Il s’agit donc là, naturellement, d’un « faux raccord » car les prises de vue montrent deux couloirs différents et le quai duquel le « roller » prend son élan pour franchir les voies appartient en fait à… la ligne 6 (encore elle !). Elle est facilement reconnaissable car, au départ de « Charles-De-Gaulle-Etoile », elle ne comporte qu’une seule voie (le métro fait une boucle et repart dans l’autre sens) : c’est plus étroit et donc a été moins difficile à franchir d’un bond par le cascadeur en roller Thierry Penot, au mérite duquel cette anecdote n’enlève évidemment rien.

 

Mais je vous concède qu’il faut avoir visionné la scène de nombreuses fois et être en même temps un habitué des lieux pour comprendre la supercherie.

 

Sacré Luc Besson, toujours prêt à nous mettre dans le (Grand) bleu…

 

-oOo-

 

Terminus

 

Nous voici maintenant parvenus au terme de notre ligne de métro autant que des lignes de cette chronique.

 

Si le métro continue de se transformer (bornes électroniques d’accès aux quais, rames sans conducteurs, publicité omniprésente, extension des lignes existantes…), il est à la fois pétri de permanence et objet d’évolutions. Globalement, malgré tout, la première l’emporte sur les secondes. Certes, des aménagements ont lieu à la marge, des stations sont rénovées (pas toujours embellies…) mais, d’une façon générale, la structure des couloirs, des quais et des liaisons, établie par Fulgence Bienvenüe il y a plus d’un siècle, reste la même.

 

L’homme, lui, est relativement (et injustement) tombé dans l’oubli de nos jours. Fut-il d’ailleurs jamais un héros pour ses contemporains ? Rien n’est moins sûr…

 

Le 3 aout 1936, Fulgence Bienvenüe mourut à l’âge de 84 ans à son domicile parisien et fut inhumé le 7 suivant, au cimetière du Père-Lachaise… dans la plus stricte intimité. Aucun ministre ne vint s’incliner sur la tombe de celui dont l’invention, pourtant, l’avait certainement convoyé au moins une fois dans sa vie ! Bienvenüe subissait là la concurrence posthume d’un autre précurseur plus spectaculaire : Louis Blériot (le premier à avoir traversé la Manche en 1911), inhumé la veille en grande pompe aux Invalides en présence des représentants du gouvernement.

 

Pourtant, aujourd’hui, grâce à Bienvenüe, 1.4 milliard de voyageurs effectuent 3 milliards de déplacements par an sur un réseau où aucune station n’est distante d’une autre de plus de 500 mètres.

 

Sans commentaire.

 

  1. journée à tous et à toutes.

 

La Plume et le Rouleau © 2012 Tous droits réservés.

Bande annonce de "Peur sur la ville" (19875) avec Belmondo sur le toit du métro, sans trucage !

Dans "Subway" (1985) Jean_Hugues Anglade fonce dans les couloirs en rollers...

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dottelonde 15/12/2013 15:54


Bojour Monsieur,


Je pépare actuellement un travail partique encadré (TPE, qui compte pour le bac) sur "Le métro parisien vu par les artistes". Je suis tombée dans le cours de mes recherches sur votre article que
je trouve pationnant et bourré d'informations. Si par hasard vous connaissez d'autres réferences sur le sujet je vous serais très reconnaissante de me les envoyées. Merci à vous.


Dottelonde Esther

Sho dan 19/12/2013 17:38



Merci de vos encouragements et de votre enthousiasme. La revue L'Histoire a publié 3 articles que vous pourrez trouver partiellement sur le site www.histoire.presse.fr :











Le métro de Fulgence Bienvenüe (numéro 101)


 


 


 




Le Paris fantastique des architectes (numéro 136)


 


 


 





Paris-Métro-Travaux (numéro 217)


Et si vous passez par le formulaire "Contact" de mon blog, je vous adresserai un fichier ppt avec des photos amusantes
prises dans des stations de métro avec un oeil artistique et humoristique.


Bon courage et tenez-moi au courant de la note que vous aurez eue !



 


 


 






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