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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1905 : Alexandre JACOB et Arsène LUPIN, gentlemen cambrioleurs (1)

Publié par Sho dan sur 1 Septembre 2011, 00:10am

Catégories : #Crimes & affaires judiciaires

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

Nous sommes le 1er avril 1899 à Marseille.

La scène que je vais avoir le plaisir de vous décrire aurait pu être inventée par un écrivain imaginatif pour les besoins d’une fiction. Elle aurait aussi pu être, en elle-même, un canular : sa date et sa localisation se prêtant, à bien y réfléchir, à quelque farce énôôôrme du côté de la Canebière. Quant aux motivations des principaux acteurs, enfin, elles auraient pu susciter l’indignation légitime des honnêtes gens ainsi que de la compassion pour la victime de la part des commentateurs divers...

Tout cela : il ne fut rien. Authentique de bout en bout, l’épisode déchaîna la stupeur puis l’admiration et, finalement, une cascade de rire. Nous allons voir comment et pour quelles conséquences.

Rue du Petit St Jean

Retrouvons-nous donc le 1er avril 1899 à Marseille, rue du Petit-Saint-Jean. Il y a, dans cette rue, un bijoutier qui est un « commissionnaire » du Mont-de-piété : son métier est de collecter, évaluer et stocker les bijoux qui ont été laissés en gage par des particuliers impécunieux, en contrepartie d’une somme d’argent immédiate, à rembourser sans échéance fixe.

Ce jour-là, de façon inattendue, l’homme reçoit la visite de quatre hommes : un commissaire de police (gibus sur la tête et écharpe tricolore en travers de la poitrine), flanqué de deux agents et d’un secrétaire, jeune homme sans doute débutant qui prend scrupuleusement des notes et qui exhibe la commission rogatoire (un mandat du juge d’instruction pour, en l’occurrence, procéder à une perquisition).

Le bijoutier s’alarme : que lui veut-on ?

Le commissaire le prévient : il est en fait soupçonné de recel de bijoux volés… Le bijoutier se récrie et proteste de son honnêteté ! Mais le commissaire est intraitable : sa mission à lui est de procéder au recensement de l’ensemble du stock. Le bijoutier n’aura quà se débrouiller avec le juge. Alors on ouvre les coffres, les vitrines et les casiers. On sort tout et on compte, on recense, on décrit. Et, pendant trois heures, le secrétaire noircit du papier officiel sur lequel s’étale un procès-verbal complet. Les bijoux sont placés dans des boites, soigneusement recouvertes d’impressionnants scellés et mis sous la protection des policiers à titre de pièces à conviction.

Et, l’ouvrage achevé, l’humiliation continue : la police « embarque » le bijoutier, menottes aux poignets, en direction du Palais de justice de Marseille (place Daviel, dans la vieille ville) et du bureau du procureur. Effondré, le prévenu est conduit à l’intérieur et placé sur un banc, à côté du bureau du procureur. Il a pour consigne d’attendre celui-ci. Alors il attend.

Il attend.

Il attend mais rien ne se passe…

C’est maintenant l’heure de la fermeture et le concierge, par hasard, découvre l’homme. Que fait-il là ? Il attend le procureur. Et il explique son cas… Le concierge donne alors l’alerte pour que la police se saisisse de cet homme qui, à l’évidence, n’a plus toute sa raison (bien qu’il proteste – comme toujours en pareil cas – qu’il n’est pas fou). Un inspecteur (un vrai) l’interroge et finit par comprendre tout : ce bijoutier vient d’être la victime d’un bande de malfrats d’une audace inouïe qui, sans arme ni violence, lui ont dérobé toute sa marchandise (400 000 francs) grâce à un canular parfaitement organisé !

Alexandre Jacob

Il vaut mieux être ridicule que mort et la presse se gausse à qui mieux-mieux de ce fait divers d’un genre nouveau. La police, elle, rit moins. Que des bandits commettent des vols, il n’y a là rien que de très habituel. Qu’ils ridiculisent leur victime, admettons encore. Mais qu’ils le fassent en se faisant passer eux-mêmes pour des représentants des forces de l’ordre, voilà qui ajoute le sarcasme au forfait. Si les voyous n’ont même plus le respect de l’uniforme, où va-t-on ? Les agents de la force publique peuvent-ils accepter de se faire tourner en ridicule de cette façon ?

Hélas : oui… !

Oui, jusqu’en avril 1903, date à laquelle un certain Alexandre Jacob (celui qui tenait le rôle du secrétaire méticuleux) et sa bande sont arrêtés après… plus de 150 cambriolages en France et même à l’étranger : des vols réalisés dans des conditions d’ingéniosité étonnantes. De cette réalité, la fiction romanesque finira par s’emparer et prendre le pas sur l’historicité des aventures du personnage originel, aujourd’hui méconnu.

C’est (entre autres) pour cette raison que nous allons nous intéresser à tout cela.

D’abord en évoquant Alexandre Jacob, usant pour cela de références sérieuses, tant les sites qui l’évoquent sur le net sont souvent entachés de lourdes erreurs et / ou versent dans des digressions idéologiques outrancières et hors de propos. Ensuite en rappelant l’actualité politique et sociale du tournant des XIXème – XXème siècles, afin de bien comprendre pourquoi l’ « affaire Alexandre Jacob » eut, à l’époque, tant de retentissement.

Arsene Lupin mosaique

Enfin en (re)découvrant un héros littéraire qui, enraciné originellement dans ce faits divers judiciaire et, au-delà, dans une Belle Epoque aux difficiles problématiques diplomatiques, eut pourtant une fortune imprévue à travers les décades suivantes. Ce héros, vous le connaissez car, si ses aventures ne sont, hélas, plus guère lues aujourd’hui, elles furent, en revanche, souvent portées (très inégalement) à l’écran. Ce gentleman-cambrioleur qui, lorsqu’il « détrousse une femme, lui fait porter des fleurs » (1971, Jacques Dutronc) c’est, vous l’avez reconnu : Arsène Lupin. Et c’est non sans une certaine jubilation que je vais vous parler aujourd’hui, parmi d’autres choses toutes aussi passionnantes, de mon héros littéraire préféré. Désuet, Arsène Lupin ? Certainement (et délicieusement). Dépassé ? Certainement pas… Passionnant ? Plus qu’on ne le croit.

Pour plus de détails sur ces personnages, je vous renvoie aux excellents travaux de l’historien Jean-Marc Berlière (L’Histoire n° 127) et de l’écrivain André-François Ruaud (DLM éditions) dont la lecture m’a tellement passionné que j’ai décidé, à mon tour, de vous faire partager cet enthousiasme à travers une chronique inédite les synthétisant avec mes propres recherches.

Retrouvons-nous en… 1879, une année qui va avoir le double mérite de servir de point de départ à cette chronique et de marquer un tournant dans l’histoire de la république : le genre de tournant non immédiatement perceptible par les contemporains mais que les historiens que vous êtes savent repérer d’un coup d’œil...

Cette année-là… La France connait en effet, depuis 9 ans, le régime parlementaire et démocratique dit de la « Troisième république » bâtie sur les ruines d’un Second Empire aboli (4 septembre 1870) après la désastreuse défaite militaire à Sedan face à la Prusse. Or, il se trouve que les élections législatives de 1877 avaient donné une majorité de députés de centre-gauche, laïque et réformiste face à un président de la république élu par la majorité parlementaire précédente, en 1873 : le maréchal de Mac-Mahon. C’était donc la première « cohabitation » entre des députés « radicaux-socialistes » bourgeois et modernes et un président autoritaire, fondamentalement monarchiste, par ailleurs auréolé des succès remportés lors de la guerre de Crimée (Mer noire, 1853 - 1856) avec les victoires de Malakoff et de Sébastopol (septembre 1855). 

A partir de 1877, Mac-Mahon, évidemment, regimbe et entrave comme il peut les envies de réforme de la majorité républicaine. Alors Léon Gambetta le menace : il lui faudra bientôt « se soumettre ou se démettre ».

Or, en janvier 1879, les élections au Sénat donnent, encore, la majorité aux républicains. Ceux-ci sont désormais maîtres à la fois du Sénat et de la Chambre des Députés (= l’Assemblée nationale). Et, le 30 janvier 1879, quoique de mauvais gré, Mac-Mahon, légaliste et fair-play, finit par démissionner. Son successeur Jules Grévy fait alors le choix de, quoiqu’il arrive, ne jamais entrer en conflit avec les députés, qui sont l’expression réelle et authentique de la volonté populaire : la république parlementaire est née, avec ses qualités et ses défauts. Que reste-t-il de Mac-Mahon et de ses victoires militaires, aujourd’hui, à Paris ? Une avenue (Mac-Mahon), un boulevard (Sébastopol) et des stations de métro (Crimée, Réaumur-Sébastopol, Malakoff). Que reste-t-il de cette démission ? La fondation d’une ère de vastes réformes qui modèle encore aujourd’hui très largement notre vision de la société et du pouvoir politique. 

julesferry.jpg

Car à partir de février 1879, c’est Waddington qui devient Président du Conseil (= Premier ministre et chef de l’Exécutif). Si ce personnage au nom de sport de raquette n’est pas franchement resté dans la mémoire collective, celui qu’il choisit comme ministre de l’Instruction publique (= l’Education) va, lui, être promu à une gloire républicaine sans égale : ce sera Jules Ferry. Ferry va engager une vaste réforme de l’école : réforme destinée à en faire le creuset de la formation des futurs citoyens de la république (Ferry a peur du « socialisme »), réforme marquée par une laïcité militante (Ferry est un anticlérical convaincu). Dès 1879, on met donc en place des écoles « normales » destinées à former les futurs instituteurs et institutrices (cette parité, elle-même, est une révolution) de la future école primaire « laïque, gratuite et obligatoire » qui sera définitivement fondée par les lois de 1881 et 1882.

Promouvoir la laïcité et faire reculer la religion, lutter contre les révolutionnaires potentiels et privilégier l’avènement d’une classe moyenne modérée propriétaire et paisible : tout le programme des républicains de cette fin de XIXème siècle est là. On voit combien les mentalités d’aujourd’hui sont imprégnées des ambitions novatrices de cette époque.

En 1879, c’est à Marseille, la « cité phocéenne » que naît, en septembre, un enfant nommé Alexandre au sein d’une famille d’origine alsacienne qui s’y était établie autour de 1850, les Jacob. Attiré par l’aventure, le jeune Alexandre s’engage d’abord comme mousse à l’âge de onze ans (1890) : un bien jeune âge pour une vie si dure.

Pendant que Jacob navigue et côtoie la brutalité des adultes, la France, elle, durant les années 90 (du XIXème siècle !) est en proie à un certain nombre de troubles (essentiellement à Paris, reconnaissons-le).

Que se passe-t-il ?

A partir de 1891, le pays est secoué par une violente contestation sociale qui prend, c’est nouveau, un tour radical inédit. Cette contestation se situe dans un contexte simultané de ralentissement économique et d’aspiration à davantage de justice sociale en faveur des plus pauvres, une aspiration attisée par l’arrivée au pouvoir des Républicains. Diverses forces tentent alors de s’organiser sous formes d’associations, de syndicats, de coopératives, de mouvements, de journaux (La révolte) ou de réseaux divers.

Elles protestent contre une république modérée et bourgeoise qui favorise, dans les faits, une société dominée par les classes possédantes et la rente au détriment de l’investissement productif (et donc redistributif via les salaires). Pour ces « socialistes », ces « libertaires », ces « communistes », ces « autogestionnaires », ces « mutualistes » et autres « collectivistes », la « gauche » républicaine de la IIIème république ne va pas assez loin : il ne faut pas réformer, il faut révolutionner, renverser l’ordre social, donner « à chacun selon ses besoins » en tirant « de chacun selon ses capacités »…

Je vous épargne de longs développements sur la façon dont ces courants revendicatifs se rassemblent, se répartissent, se scindent, se croisent, se divisent, se subdivisent, se déclinent et, souvent, se rejettent les uns les autres dans d’interminables querelles idéologiques fratricides. Disons, pour simplifier, que le débat réforme / révolution est éternel et que, du fin fond du système démocratique, il refait périodiquement surface.

A l’époque actuelle, on en trouve trace dans les actes terroristes qui secouèrent l’Europe dans les années 1970 / 1980 : ces exactions (enlèvements, attentats, assassinats…) furent le fait de mouvements radicaux qualifiés « d’extrême-gauche » (le mot « extrême » étant destiné à marquer, sémantiquement, la différence entre la gauche « de réforme » ou « de gouvernement » politiquement fréquentable et… le reste). La « bande à (Andreas) Baader » et la « Rote Arme Fraktion » (Fraction Armée Rouge, Allemagne), les « Brigate Rosse » (Brigades rouges, Italie) et autres « Action Directe » (France) furent issues de la même mouvance. Rejetant en bloc un système parlementaire jugé confiscatoire de la voix et des intérêts du peuple, ces groupes armés avaient décidé de passer à des actions violentes, seul issue pour faire triompher leurs idées.

Déjà, un siècle auparavant, au début des années 1890, cette voie radicale avait déjà été choisie par divers individus. Lesquels ?

Par exemple… 

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Ravachol !

Ce n’est pas (seulement) une insulte du capitaine Haddock (Les bijoux de la Castafiore), c’est surtout le surnom de Claudius Koenigstein : celui que d’aucuns vont surnommer le « Christ de l’anarchie » tant il va symboliser à lui seul l’idéologie en question et le martyr pour la cause.

Miséreux, marginal et révolté contre les excès du capitalisme, l’indifférence de la société bourgeoise et la brutalité des méthodes policières, Ravachol commet d’abord divers meurtres crapuleux (durant l’année 1891) avant d’opérer deux attentats à l’explosif à Paris (136 boulevard Saint-germain et 39 rue de Clichy) durant le mois de mars 1892, pour des motifs purement idéologiques. Ces forfaits ne font que des blessés mais leur méthode sème la terreur et mobilise la police. Arrêté spectaculairement le 30 mars 1892 au restaurant Véry (24 boulevard de Magenta à Paris), Ravachol est rapidement traduit en justice et guillotiné (non pour ses attentats mais pour ses meurtres) le 11 juillet 1892. Son exécution le transforme en symbole et en martyr.

Vaillant est arrêté : si son geste n’a fait aucune victime, il a fait (au sens propre et figuré) beaucoup de bruit. Vaillant le revendique : il a clairement voulu venger Ravachol ! Les républicains bourgeois et modérés prennent peur : ils votent dans l’urgence, en décembre 1893, des lois renforçant la répression des idéologies révolutionnaires. Les anarchistes s’indignent immédiatement contre ces trois lois qu’ils qualifient de « scélérates » et qui punissent l’apologie des idées révolutionnaires, permettent l’arrestation des simples sympathisants (même non soupçonnés de violence !) et autorisent l’interdiction pure et simple des journaux anarchistes (ces lois ne seront abrogées… qu'un siècle plus tard, en 1992 !)

Auguste Vaillant, lui, est condamné à mort : une peine d’une injustice objective profonde puisque Vaillant n’avait jamais tué qui que ce soit. Hélas pour Vaillant, les Pouvoirs Publics sont plus féroces contre ceux qui tentent de saper leurs fondements que contre les simples crapules qui assassinent les citoyens mais sont (seulement) expédiées au bagne. Sollicité, comme le veut la constitution, le président de la république, Sadi Carnot, étudie la grâce de Vaillant... mais la refuse. Vaillant est guillotiné le 5 février 1894.

Alors, l’indignation en plus, l’agitation continue : le dénommé Emile Henry (persévérant, voire récidiviste…) pose une bombe le 12 février 1894 au café Terminus (près de la gare Saint-Lazare, à Paris) : une vingtaine de blessés. Arrêté, il est traduit en justice où il peut exprimer ses idées. Il faut dire que l’homme n’est pas un illettré, loin de là : éduqué et instruit, il a même été admissible à Polytechnique (qui mène à tout, on le voit bien !). Pourquoi un garçon si sérieux a-t-il « mal tourné » ?

Henry répond à cela en théorisant sans problème son engagement : «  J’avais vécu dans les milieux entièrement imbus de la morale actuelle (…) On m'avait dit que [la] vie était facile et largement ouverte aux intelligents et aux énergiques, et l'expérience me montra que seuls les cyniques et rampants peuvent se faire bonne place au banquet. (…) On m'avait dit que les institutions sociales étaient basées sur la justice et l'égalité, et je ne constatais autour de moi que mensonges et fourberies. L'usinier [l’industriel] qui édifiait une fortune colossale sur le travail de ses ouvriers, qui, eux, manquaient de tout, était un monsieur honnête. Le député, le ministre dont les mains étaient toujours ouvertes aux pots-de-vin, étaient dévoués au bien public. (…) Tout ce que je vis me révolta, et mon esprit s'attacha à la critique de l'organisation sociale. Cette critique a été trop souvent faite pour que je la recommence. Il me suffira de dire que je devins l'ennemi d'une société que je jugeais criminelle. »

Henry est guillotiné le 21 mai 1894. 

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Après lui cependant, l’activisme anarchiste ne se calme toujours pas : le 24 juin 1894, un Italien du nom de Santo Hiéronimus (ou Geronimo) Caserio s’en prend, à Lyon, au président Sadi Carnot qu’il poignarde dans le ventre. Sur le manche du couteau est gravé un mot : « Vaillant ! ». Le refus de la grâce de ce dernier par Sadi Carnot, quatre mois auparavant, est ainsi expié dans le sang… Caserio, lui aussi, va assumer son geste et crier son désespoir et sa révolte devant la Cour d’assises. Lui aussi sera exécuté : le 13 août 1894.

1894, c’est, finalement, l’année où la situation se calme en France : elle se calme, du moins, sur le plan de la contestation sociale violente car, au registre des faits divers, c’est maintenant l’ « affaire Dreyfus » qui va mobiliser l’opinion et la presse…

Alors, revenons à Alexandre Jacob.

A seize ans, en 1895, après 5 ans de vie de mousse et de matelot, désormais aguerri mais déjà désabusé quant à la nature humaine, Alexandre Jacob revient à Marseille. Il y découvre l’idéologie anarchiste et la façon dont elle a fait la « une » de la presse durant les années où il était absent de France. Ces idées le séduisent et il s’adonne à la lecture de journaux tels que La Révolte ou L’indicateur. De même que l’on trouve aujourd’hui sur internet de quoi fabriquer des explosifs, Jacob déniche dans cette dernière brochure de quoi fabriquer une bombe, engin qui y est joliment qualifié de d’objet de « rénovation sociale » !...

Avec l’enthousiasme de sa jeunesse, Jacob se lance dans la fabrication de l’engin en se procurant les composants nécessaires. Las, celui qui lui fournit le matériel est en fait un « indic » à la solde de la police, laquelle truffe les milieux anarchistes de « moutons » divers. Jacob est arrêté. Il a 17 ans. Il est condamné à 6 mois de prison et incarcéré.

A sa sortie, il cherche du travail. Il en trouve (chez un typographe, puis un pharmacien…) mais, à chaque fois, la police dénonce son passé judiciaire (pourtant bien léger) à ses employeurs et il est licencié. La raison de cette persécution délibérée ? Elle est simple : la « police spéciale des chemins de fer » (c’est sous ce nom improbable que se dissimule la police politique de la IIIème république) veut forcer Alexandre Jacob à devenir indicateur au sein des milieux anarchistes et, tout en l’empêchant de gagner sa vie, elle lui propose de le rétribuer pour ses bons offices. Jacob est même arrêté une nouvelle fois. Il réussit toutefois à être acquitté, le juge le relâchant après avoir constaté que la maréchaussée lui avait en fait grossièrement tendu un traquenard sans motif réel (= une « provocation »).

Qui a dit que la justice n’était pas indépendante ?

Indigné par les inégalités sociales qu’il constate et soumis à un harcèlement policier inique, Jacob se révolte pour de bon. Comme les anarchistes, il décide de partir en guerre contre la société de son époque. Mais pas par tous les moyens. Jacob n’a pas une âme d’assassin. Ce n’est pas un meurtrier, c’est un malin. Il a compris que, pour réellement nuire au système, il faut le frapper au cœur, c’est-à-dire au… portefeuille. C’est décidé, Jacob va devenir cambrioleur professionnel...

Si les exploits de Jacob débutent en fanfare avec la spectaculaire et hilarante escroquerie du bijoutier de la rue du Petit-Saint-Jean, à Marseille le 1er avril 1899 (un vol auquel, semble-t-il, son propre père participa !), la suite des opérations s’avère plus délicate.

Nous allons la découvrir ci-après…  

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