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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1905 : L'INVENTION DE LA LAÏCITE A LA FRANCAISE (5)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 1 Mai 2008, 00:03am

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Chèr(e)s ami(e)s et abonné(e)s de la Plume et du Rouleau,

 

LA « LAÏCITE POSITIVE » SARKOZIENNE : ARCHAÏSME, MODERNITÉ, CHANCE OU BOÎTE DE PANDORE ?

« Dès lors, la laïcité s’affirme comme une nécessité et, oserais-je le dire, une chance. (…) C’est pourquoi j’appelle de mes vœux une laïcité positive qui (…) ne considère pas que les religions sont un danger mais plutôt un atout »

(Nicolas Sarkozy, discours au Latran, 20 décembre 2007)

Le projet de Nicolas Sarkozy vise à l’évidence à une réintroduction de la religion dans l’espace public, officielle, encadrée et contrôlée. Cela semble à première vue louable. Cela donnerait notamment de la place à la spiritualité dans une société qui en manque cruellement. Après tout, ainsi que le dit le jésuite Paul Valadier : « L’Etat reconnaît les syndicats, les mouvements de jeunesse, les groupes de pression, pourquoi pas les religions ? » La France apparait en effet particulièrement intransigeante avec la religion, comme on le voit ci-dessous. 

 PPays

Séparation

Enseignement religieux à l’école

Financement des ministres du culte

  Belgique

OUI – 1831

OUI (option)

Par l’Etat

    Autriche

OUI – 1867

OUI (option)

Par les fidèles

    France

OUI - 1905

NON

Par les fidèles

  Allemagne

OUI - 1919

OUI (Obligatoire)

Par l’Etat

   Italie

OUI – 1948

OUI (option)

Par les fidèles

   Portugal

OUI – 1978

OUI (option)

Par l’Etat

   Espagne

OUI - 1980

OUI (option)

Par l’Etat (catho) / par les fidèles (autres)

   Pays-Bas

OUI – 1983

OUI (option)

Par les fidèles

   Pologne

OUI - 1995

OUI (option)

Par les fidèles

   Suède

OUI – 2000

OUI (option)

Par l’Etat

   Danemark

NON

OUI (option)

Par l’Etat (luther) / par les fidèles (autres)

  Angleterre

NON

OUI (Obligatoire)

Par l’Etat

  Grèce

NON

OUI (Obligatoire)

Par l’Etat (orthod) / par les fidèles (autres)

Cette réintroduction réduirait donc, en France, à néant la neutralité actuelle qui est la position de l’Etat républicain vis-à-vis des religions.

Or, comment donner le droit de participer à la vie publique, législative et judiciaire à des religions qui n’auraient jamais expérimenté le principe de séparation entre les pouvoirs temporels et spirituels (contrairement au christianisme, on l’a vu) ?


Comment dialoguer avec celles qui sont dépourvues d’autorité spirituelle centrale (contrairement au christianisme dont le pape est un rempart contre les forces centrifuges), ce qui ouvre la porte à tous les schismes, sectes, déviances, tendances, hérésies et extrémismes qui se targuent tous d’incarner la « vraie » foi ?

La réintroduction de la religion dans l’espace public aurait toutes les chances de mener aux dérives que l’on constate… au Royaume-Uni. Le 7 février 2008, l’archevêque protestant de Cantorbéry Rowan Williams a en effet spectaculairement défendu l’application (qu’il juge « inévitable ») de la… CHARIA islamique dans le droit anglais !

Cette position a provoqué un tollé Outre-manche. Et pourtant, à l’analyse, une telle dérive était prévisible :
ü    dans un pays où il existe une religion d’Etat dont le chef de l’Etat (le roi ou la reine) est le chef, matérialisant là l’imbrication du religieux, du politique et du social dont notre république fait l’économie
ü dans un pays où existent déjà des tribunaux civils juifs orthodoxes (sans statut légal mais tolérés)
ü dans un pays où le premier tribunal civil islamique a vu le jour en 1982, à Leytonstone, avant que les mosquées Londres et Birmingham n’en ouvrent à leur tour... Dans ces tribunaux, précisément, « la charia est utilisée (…) pour régler des problèmes essentiellement matrimoniaux. Cela fait gagner du temps et est moins coûteux que la justice civile » dit Abdul Karim, rédacteur en chef du Bangla Mirror, journal britannique londonien destiné à un lectorat issu du Bangladesh (Le Monde, 12 février 2008) ! D’ailleurs, en 2006, un sondage a révélé que 40 % des musulmans anglais était favorable à l’instauration de la Charia (Le Monde, 8 février 2008).


Qu’adviendrait-il, en France, si chaque religion devait alors faire des propositions dans des domaines tels que :

- les repas à l’école (végétarien pour les Indous, casher pour les Juifs, sans porc pour les Musulmans et j’en passe ?)

le contenu des manuels scolaires (on sait les difficultés actuelles des professeurs de Sciences Naturelles à faire leurs cours sur le corps humain ou l’évolution des espèces dans certains quartiers ?...)

les fêtes religieuses fériées en droit du travail (les Musulmans disposant de jours fériés pour l’ « Aïd el Fitr », les Juifs pour « Hanoukka », les chrétiens pour Noël…)

ou la tenue vestimentaire dans les services publics (le tchador autorisé aux guichets de la Poste ou encore l’obligation de faire soigner une musulmane par un médecin femme à l’hôpital public) ? Etc...

Ceci poserait à l’évidence plus de problèmes qu’il n’en résoudrait et, loin de favoriser l’ « espérance » et le dialogue interconfessionnel chers à Nicolas Sarkozy, pousserait au contraire à la cristallisation communautaire.

Mais il y a pire. 

Car, sur le plan pratique, d’aucuns ont pointé le risque (et la difficulté) pour l’Etat français de s’embarquer dans une définition de ce qu’est, au juste, « une religion » ?…

Les témoins de Jéhovah, par exemple, sont déjà enregistrés en France comme « association culturelle » - et non « cultuelle ». Ils y aspirent ouvertement.

Comme eux ou comme l’ « Eglise de l’Unification » (du « révérend » Moon), l’Eglise de Scientologie pourrait ainsi légitimement revendiquer le statut officiel de « religion ». La « Scientologie » (mouvement fondée en 1954 aux Etats-Unis par un auteur de science-fiction, Ron Hubbard, décédé en 1986, revendique en effet "des millions de membres et 6.000 églises" dans 159 pays : une performance au moins égale au judaïsme !

La Scientologie, du reste, a déjà obtenu le droit de célébrer des mariages religieux (dans les pays on reconnaît leur validité, ce qui n’est pas le cas de la France, rappelons-le). C’est le cas :
ü   en Amériques (Etats-Unis, Mexique, Venezuela)
ü   en Afrique (Zimbabwe, Afrique du Sud, Tanzanie)
ü en Asie (Australie, Inde, Taiwan) et, plus inquiétant…
ü au cœur même de l’Europe : Suède, Italie, Portugal et, depuis la fin 2007, en Espagne la reconnaissent comme religion officielle !


La première tentative de traduction concrète de la fumeuse « laïcité positive » sarkozienne a conduit début février 2008 la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie à considérer qu’il fallait désormais «sévir a posteriori en cas d'actes répréhensibles avérés et non juger les croyances a priori ». « Si certains ont une conception de la laïcité qui est l'intolérance à l'égard de certaines croyances, ce n'est pas la mienne », a-t-elle affirmé. Cette affirmation est apparemment louable, juridiquement fondée mais inquiétante sur le fond. Car elle est évidemment en contradiction totale avec le travail de la « Mission Interministérielle de VIgilance et de LUtte contre les DErives Sectaires » (« Miviludes ») qui, selon un principe préventif, publie chaque année un rapport dressant la liste des mouvements soupçonnés d'abriter des sectes. Et pour l'UNADFI (association de défense des victimes des sectes), cette inflexion constitue une « victoire du lobby sectaire ».

La Scientologie s’est ainsi ouvertement félicitée des propos prêtés le 21 février 2008 à Emmanuelle Mignon (directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy) dans l’hebdomadaire VSD : elle s’y interrogeait sur la pertinence de la présence de la Scientologie au nombre des sectes… Ces propos contestés ont aussitôt amené le Président de la république à intervenir pour fustiger au contraire les « dérives sectaires » et le Premier Ministre François Fillon a, lui, annoncé qu’il allait « renforcer » les moyens de la « Miviludes »

C’est bien un minimum : le rapport 2007 de la Miviludes publié le jeudi 3 avril 2008 consacre en effet un chapitre à la « stratégie d'influence de la mouvance sectaire à l'international », notamment auprès de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) où la Scientologie, les Raéliens et les Témoins de Jéhovah  viennent y dénoncer la lutte contre les dérives sectaires au nom des… atteintes à la liberté religieuse !

A l’évidence : la boîte de Pandore est prête à s’ouvrir…

Car les enjeux de la laïcité n’opposent désormais plus les « laïcards » aux croyants ni les républicains aux « calotins » dans une France uni-confessionnelle désormais révolue. Avec la nécessité de mettre désormais toutes les religions à égalité, la république risque fort : non pas de ne plus reconnaître personne mais d’avoir au contraire à reconnaître tout le monde !

Alors le président Nicolas Sarkozy nous le dit, le 20 décembre 2007, avec justesse, « la laïcité s’affirme comme une nécessité ». Mais quelle sorte de laïcité ?

 

Sûrement pas celle qui consiste à instrumentaliser la religion en croyant la contrôler au motif que l’on finance des églises, des mosquées ou des temples avec l’argent du contribuable ou bien encore parce que l’on fait surveiller tous les prêches par les Renseignements Généraux. La réintroduction de la religion dans l’espace publique est plus que jamais hautement périlleuse, à commencer pour les religions « historiques » elles-mêmes qui auraient tout à perdre à la floraison de cultes en tous genres, lesquels auraient désormais pignon sur rue.


Alors, A LA LOI DE 1905 : NE TOUCHONS RIEN !

Si la France a certes besoin de réformes, certaines sont autrement plus importantes, plus stratégiques et plus positives que le fumeux concept de laïcité du même nom inventé (pour des motifs de circonstances ?) par notre bouillant président de la République.

Bonne journée à toutes et à tous.

La Plume et le Rouleau (c) 2008

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