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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1959 : Observons FRANCOIS MITTERRAND rue de l'Observatoire...

Publié par La Plume et le Rouleau sur 7 Décembre 2009, 01:15am

Catégories : #Personnalités célèbres

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

 

En 1981, lorsque le candidat François Mitterrand fut (à la troisième tentative) désigné par le peuple pour devenir le quatrième président de la Vème république (succédant à Valéry Giscard d’Estaing), il n’y eut que ceux qui n’avaient guère de culture historique et politique qui crurent que c’était la première fois que la Gauche allait être au pouvoir en France et que c’était la première fois que François Mitterrand exerçait un poste important.

 

Car, loin d’être un débutant, François Mitterrand était, au contraire, un vieux renard de la politique, qui avait été de nombreuses fois ministre dans les années 50 : un vieux renard qui avait su, grâce à son habileté manœuvrière, éviter de nombreux coups de fusil. Et pas à blanc. Voyons cela.

 

Né en 1916 à Jarnac, Mitterrand fait ses classes dans l’agitation politique aux côtés des étudiants de l’Action Française : un mouvement royaliste antiparlementaire (dont les chefs seront excommuniés en 1926) qui participe notamment aux violentes manifestations du 6 février 1934. Mobilisé en 1939, il est blessé en 1940 et fait prisonnier en Allemagne. Il s'en échappe et regagne la France, désormais divisée en 2 et dont la zone sud (« libre ») est placée sous l’administration du gouvernement dit « de Vichy » (où il est installé). ll travaille alors à la « Légion des combattants et volontaires de la Révolution Nationale », puis au « Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre ». Il est ainsi directement décoré de la « francisque » par le maréchal Pétain. Autour de  1942-1943, il rejoint les rangs de la Résistance. Il est élu député de la Nièvre en 1946 et commence alors sa carrière politique en devenant, en 1947, à 31 ans, le plus jeune ministre de France (dans le gouvernement Ramadier).

 

C’est la France de la « IVème république ».

 

A la tête d’une petite formation qui se donne comme « centriste », l’UDSR (Union Démocrate et Socialiste de la Résistance) mais qui est surtout, dans les faits, « centrale », Mitterrand sait se rendre indispensable pour aider à constituer toutes les coalitions dites de « Troisième force » (celles qui sont ni de droite ni de gauche mais totalement opportunistes).

 

Sous la IVème république, rappelons pour simplifier que le Président de la république n’a aucun pouvoir, que le chef du gouvernement est appelé Président du Conseil et qu’il tient sa confiance de députés élus à la « proportionnelle » pure. Conclusion : de multiples partis sont constamment en train de négocier entre eux afin de trouver une majorité qui va soutenir (ou renverser) le gouvernement. Durée moyenne d’un gouvernement : 6 mois… Parfois six semaines. Parfois deux jours.  Dans ce chaos institutionnalisé, François Mitterrand est comme un poisson dans l’eau : il est membre de 11 gouvernements à des postes divers dont celui, des Anciens Combattants, de l’Outre-Mer… Il s’affiche ouvertement en faveur de l’autonomie de la Tunisie dès 1952 (elle sera indépendante en 1956) : une position qui n’est pas majoritaire à l’époque. Il critique également la répression au Maroc et en Indochine.

 

Pourtant, quand il devient ministre de l’Intérieur en 1954, il adopte la position inverse à propos de l’Algérie (qui est alors un département et non un simple « protectorat ») : « L’Algérie : c’est la France et le seul dialogue : c’est la guerre » dit-il en novembre 1954, tout juste après les débuts de l’insurrection, dans un discours devant les députés.

 

Ce sera effectivement la guerre, menée de 1954 à 1958 par les multiples gouvernements de gauche et centre-gauche et, spécialement, par le socialiste Guy Mollet qui pourtant, dès le départ, avait dit que cette guerre serait « imbécile et sans issue ».

 

Toutefois, Mitterrand change d’avis sur la question à partir de 1958, quand il est élu sénateur. Lui qui s’est opposé depuis toujours au général De Gaulle ne peut, évidemment, se retrouver d’accord avec ce dernier. De Gaulle, en effet, dans les premiers temps de sa prise de pouvoir, se positionne, à l’image de la majorité des Français, en faveur du maintien du statu quo en Algérie (le 6 juin 1958 : « Vive l’Algérie Française ! »). Mitterrand prend alors le contre-pied de ses positions précédentes et se prononce au contraire en faveur de négociations  avec les représentants du FLN (Front de Libération National) indépendantiste. Il refuse de voter en faveur du général De Gaulle, qui revient au pouvoir dans un premier temps en tant que Président du Conseil.

 

Cette volte-face idéologique déconcerte. Certains éléments de la droite colonialiste lui vouent maintenant une haine tenace. A gauche, l’on n’est guère plus amène pour Mitterrand et globalement méfiant à son encontre. La gauche française est divisée (en fut-il jamais autrement ?) et, en 1958, certains membres de la SFIO (l’ancêtre du Parti Socialiste actuel) la quitte pour fonder le PSA : Parti Socialiste Autonome. Mitterrand veut y adhérer : ses fondateurs s’y opposent et refusent son adhésion !

 

C’est dans ce contexte troublé (et, reconnaissons-le, assez confus) que prend place la sombre histoire dite de « l’Observatoire ». Précisons d’abord ce qu’est « l’observatoire de Paris » et où il se trouve.

 

L’Observatoire royal de Paris a été créé en 1667 (règne de Louis XIV) pour procéder à des recherches sur la mécanique céleste, l’astronomie de position et l’amélioration les cartes destinées à la navigation. Le bâtiment abrite le « méridien de Paris » : un axe Pôle nord – Pôle sud passant par la capitale (du monde) mais qui sera ultérieurement supplanté par le méridien de Greenwich.

 

Je vous passe le reste de l’histoire de cette noble institution pour vous indiquer que (c’est ce qui nous intéresse) le bâtiment est situé 61 avenue de… l’Observatoire (on s’en doute) dans le XIVème arrondissement de Paris et que son vaste square abrite (le croirait-on ?) pas moins de 100 arbres de 15 essences, des massifs de fleurs et de larges pelouses... Ce square (on dit aussi « les jardins de l’Observatoire)», aménagé en 1867, est lui-même contigu au jardin du Luxembourg, bien connu des étudiants de l’université Paris II.

 

Bon. Refermons cette parenthèse astronomico-horticole et passons à l’action. Il va y en avoir.

 

Nous sommes maintenant en octobre 1959. L’époque est à la violence. François Mitterrand est maintenant sénateur de la Nièvre et, il le sait, il a de nombreux ennemis (en fut-il d’ailleurs jamais autrement ?). C’est alors qu’il reçoit un jour la visite inattendue d’un ancien résistant, ancien député gaulliste dégoûté et désormais député « poujadiste » : un dénommé Robert Pesquet.

 

Le « poujadisme », rappelons-le, est ce courant électoral populiste, antifiscal et protestataire de petits commerçants, artisans et classes moyennes : un courant qui se structure, le temps de l’élection législative de 1956, autour de Pierre Poujade. Résultat : 12 % en 1956 et le plus jeune des députés jamais élus : un certain Jean-Marie le Pen. Cet électorat, évidemment, est dans son ensemble opposé à la décolonisation, reflétant assez bien le sentiment général des Français autant que la structure socio-économique des Pieds-Noirs d’Algérie, commerçants, artisans et agriculteurs en majorité peu fortunés.

 

Pesquet fait une révélation à Mitterrand : il lui avoue qu’on l’a payé (Pesquet) pour l’assassiner (Mitterrand) ! Mais Pesquet avoue ses scrupules « Je suis un ultra, lui dit-il, mais je ne suis pas un salaud ».  François Mitterrand croit-il Pesquet ? Difficile à dire. En tout cas, il ne prévient pas la police. Quelque temps plus tard, Pesquet recontacte Mitterrand. Il lui explique la façon dont l’attentat va se dérouler et les deux hommes mettent au point la façon dont la victime va pouvoir sauver sa vie tout en faisant croire qu’il a été abattu.

 

Le 15 octobre 1959 au soir, François Mitterrand dîne donc seul à la brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain, non loin de Saint-Germain-des-Prés (à l’endroit même où l’opposant marocain Ben Barka sera lui-même kidnappé quelques années plus tard). Puis il prend sa voiture (une Peugeot 403) pour rentrer chez lui (rue Guynemer, dans le 6ème arrondissement). S’apercevant effectivement qu’il est suivi par une voiture. Mitterrand gare alors son véhicule dans les jardins du square de l’Observatoire, quitte son véhicule, saute une haie et se dissimule dans la nuit, à plat ventre sur le gazon.

 

Bien lui en prend car, arrivant alors, le véhicule qui l’a filé lâche sur sa voiture une rafale de pistolet-mitrailleur ! Le gazon des jardins de l’observatoire n’est pas toujours un lieu de tout repos.

 

La tentative de meurtre d’un sénateur provoque une grosse émotion. Dès le lendemain, François Mitterrand donne une conférence de presse et stigmatise les « criminels ». La CGT, le Parti Communiste Français lui apportent leur soutien. La presse, indignée par ces méthodes, souligne la perspicacité de Mitterrand et sa rapidité de réaction qui lui ont permis d’échapper à la mort. Mitterrand a le beau rôle. Il est la victime des ultras de l’Algérie française (des « bandes fascistes », éructe le journal communiste L’Humanité), il est la vedette des média et le héros de la gauche.

 

Pas longtemps.

 

Quelques jours plus tard, Pesquet donne une interview au journal royaliste Rivarol : il avoue qu’il est l’auteur de l’attentat contre François Mitterrand, il explique qu’il conduisait la voiture aux côtés de deux comparses dont un nommé Abel Dahuron, auteur des coups de feu), il raconte surtout que, en réalité, cet attentat était… une mystification montée avec Mitterrand lui-même et destinée à lui faire de la publicité personnelle pour redorer un peu son blason !

 

La preuve ? Il la fournit avec deux lettres postées avant l’attentat (tampon de la Poste faisant foi sur la date) et ouvertes devant un huissier : elles racontent exactement à l’avance comment l’attentat s’est effectivement produit et quelle fut la réaction de François Mitterrand.

 

Dans les rangs de la gauche, c’est la consternation. Les journaux font leurs gros titres du « faux attentat » apparemment monté de toute pièce contre François Mitterrand avec sa complicité plus ou moins éclairée. Les chansonniers caricaturent Mitterrand en arroseur arrosé : ils moquent le « faux-fuyant de l’Observatoire ». Hier acclamé en héros, Mitterrand est maintenant traîné dans la boue comme le dernier des traîtres et le plus infâme des imposteurs. La justice s’en mêle. Désormais convaincu que Mitterrand est le propre instigateur de sa pseudo-agression, le Parquet demande au Sénat la levée de son immunité parlementaire afin de le poursuivre pour « injure à magistrat », non mais ! Pesquet, lui, est également poursuivi en compagnie de ses comparses. Son témoignage accable Mitterrand, bien qu’il apparaisse à bien des égards incohérent.

 

Mitterrand, lui, observe une réserve prudente qui joue contre lui. Il réplique mollement aux critiques et se disant au contraire victime de cette manipulation (ce qui n’est, à tout le moins, guère glorieux). Persuadé que les gaullistes sont derrière cette histoire abracadabrantesque, il menace (pur bluff) de divulguer des documents trahissant la participation du Premier ministre Michel Debré dans un attentat commis en 1957 en Algérie contre le général Salan (l’affaire dite « du bazooka » : encore plus obscure !)

 

La loi d’amnistie de 1966 sur les « évènements » d’Algérie mettra finalement un terme à cette drôle d’histoire qui aura agité les journaux, laissé perplexe le citoyen et causé un tort considérable à l’image de marque de François Mitterrand.

 

François Mitterrand fut-il réellement, à l’origine de la manipulation dite du « faux attentat de l’Observatoire ? » le 15 octobre 1959 ? On l’a cru. On n’en est plus sûr. On ne sait toujours pas aujourd’hui qui fut le commanditaire (Pesquet ayant successivement désigné les gaullistes, les poujadistes, les extrémistes de droite) mais il semble bien, au final, que Mitterrand fut tombé dans un piège. Son erreur fut, à l’époque, de ne pas avertir la police de son contact avec Pesquet, sans doute parce qu’il avait, aussi, quelque bonne raison de ne pas faire confiance à celle-ci.

 

« Déshonorer un adversaire politique, c’est le seul assassinat qui soit payant pour ceux qui le haïssent. Dans cette bataille ignoble, tuer n’est rien, salir est tout ». Nous parlons là de politique car en matière crapuleuse, c’est exactement l’inverse : nous allons le voir en franchissant vingt ans d’un seul bon (on est souple et vigoureux, à vingt ans) pour nous retrouver maintenant à la fin des années 70…

 

Etre une star peut être exaltant. C’est toutefois aussi une situation qui recèle des dangers non négligeables. La liste est longue de tous ceux qui, ayant accédé à la notoriété, subissent les sollicitations ou les menaces de nombre d’importuns plus ou moins bien intentionnés. Le chanteur français Claude François (1938 – 1978) va en faire la spectaculaire expérience.

 

Bonne journée à toutes et à tous.

 

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Commenter cet article

FUZELIER 06/07/2010 15:41


Bravo pour vos recherches , Monsieur , ou, Madame , me permettez-vous d'en faire profiter quelques personnes , merci
par avance , pour votre réponse .
Marie-Victoria Fuzelier .


La Plume et le Rouleau 06/07/2010 17:55



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