Partager l'article ! 1977 : CLAUDE FRANCOIS, un chanteur canardé: Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau, ...
Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,
Nous sommes en 1977.
L’année précédente, Claude François la star intergalactique 100 % franco-franchouillarde avait déjà échappé à la mort lors d’un attentat de l’IRA au Hilton de Londres : c’était une passante qui avait encaissé la déflagration à sa place. Mais cet attentat terroriste n’était pas, à ce moment, dirigé spécifiquement contre notre Clo-clo national (dont les nationalistes irlandais n’avait cure). En 1977, au contraire, les choses vont être bien différentes. En apparence…
Cette année-là… en juin 1977, Valéry Giscard d’Estaing est président de la république française, Jimmy Carter est président des Etats-Unis, Léonid Brejnev est président du Soviet Suprême et Jacques Chirac devient maire de Paris. La Française Françoise Claustre est libérée après deux ans de détention par les rebelles tchadiens d’Issen Habré, la fièvre du « disco » ravage la France et, à Paris, le « gang de la Banlieue sud » (la « BS » disent les policiers) sème la terreur dans le triangle Ivry-Vitry -Villejuif.
1977 : Waow, quelle année, cette année-là !...
Le « gang de la banlieue sud » est en fait une bande plus ou moins structurée de braqueurs sans peur et sans scrupules. Gitans sédentarisés et voyous divers parqués durant leur adolescence en maisons de redressement, ils ont quitté leurs « blousons noirs » pour entrer de plain pied dans le banditisme dur. Ils sont regroupés autour de Guy Neumeyer (dit « le dingue ») et ont comme patronymes des sobriquets pittoresques comme : « Galoche », « Bigoudis », « Riton », « Bébé », « le Gros Denis » ou « Pouquit »… Ce sont des braqueurs d’un nouveau genre : pas de « parrain » véritable, pas d’activité structurée pérenne (jeux, proxénétisme). Pas de vision de long terme, quoi. Mais des méthodes expéditives, des braquages qui sont autant de raids menés sur des agences de banlieue mal défendues où ils frappent sans vergogne les employés de banque à coups de crosse. Que la police arrive ? Qu’importe, loin de la traditionnelle « loi du Milieu » qui limite strictement les cas où les voyous « à l’ancienne » tirent sur les flics, les gars de la « BS » ouvrent le feu sans hésitation.
Fin 1976, ils attaquent par exemple des convoyeurs de fonds devant la banque Worms, en plein Paris, rue des Mathurins : la fusillade fait trois blessés dont un passant. Février 1977, ils attaquent le Crédit agricole de Villeneuve-la-Guyard (c’est dans l’Yonne, faut le savoir…) et découpe 120 coffres au chalumeau. La même année à Paris, de façon plus subtile, ils creusent un tunnel depuis les quais pour percer 123 coffres de la Société Générale située sur l’île Saint-Louis. Ca et là, ils enchainent braquages, coups de main et coups de flingues.
Leur route va croiser celle de Claude François, l’idole des adolescentes qui est alors au faîte de sa gloire. Nous sommes dans la nuit du 25 au 26 juin
1977. Le chanteur a enregistré une émission pour la TV et a dîné à Paris. Il est tard. Il rentre chez lui en compagnie de quatre amis : non pas à son domicile parisien du 46
boulevard Exelmans mais à Dannemois (Essonne) où il possède, depuis 1964, un ancien moulin qu’il a joliment restauré. Pour ce faire, il prend l’A6 à
partir de la porte d’Orléans, dans sa Mercédès.
C’est à ce moment qu’il s’aperçoit qu’une Citroën CX le suit.
Bientôt, elle talonne dangereusement son véhicule. Puis elle slalome et le double. Irrité, le chanteur la dépasse à son tour. La poursuite commence alors et les dépassements réciproques s’enchainent, jusqu’à ce que Claude François emprunte la sortie de Milly-le-forêt et, forcément ralentisse. La CX est toujours derrière lui. C’est alors que ses occupants ouvrent le feu. Et pas un peu : un déluge de tirs s’abat sur la Mercédès. Sept balles touchent la carrosserie, un projectile frappe la lunette arrière et un autre touche même un pneu !
Dans la Mercédès, c’est la panique. Sur les chapeaux de roues (crevées), Claude François arrive enfin à son domicile tandis que la CX prend la fuite et disparait dans la nuit. C’est la fin de ce que le chanteur va nommer « la poursuite sauvage » ! I Claude François en est convaincu : il ne s’agit pas là de l’agression fortuite d’automobilistes hargneux : on l’a suivi, on l’a fait ralentir, on a attendu le moment propice, on a voulu l’assassiner, c’est sûr ! « Ils semblaient s’acharner sur l’habitacle, dans l’intention évidente de toucher un passager » dit-il. Il en profite au passage pour déplorer l’insécurité qui règne car, de toutes façons : « Cette région est bourrée de loulous et de gangsters ! » Et vlan pour Michel Bonnet, successeur de Michel Poniatowski au poste de Ministre de l’Intérieur : que fait donc la police ?
Quelles années, ces années 70 !…
La police, mise sur le coup, mène l’enquête. Quand quatre jours plus tard, une bagarre éclate dans un restaurant de l’Essonne, un truand nommé Pierre Dieudonné est arrêté. Il est le frère d’un des caïds du « gang de la Banlieue sud » et on le trouve en possession d’un revolver « 38 spécial ». Surprise, les analyses balistiques confirment que cette arme est l’une de celle qui a tiré sur la voiture de Claude François quelques jours auparavant. Mais Pierre Dieudonné nie : il a acheté cette arme à « un inconnu », dit-il, précisément après l’agression du chanteur.
Faute de preuve convaincante. Les choses en restent là. Pour les nombreux fans du chanteur comme pour celui-ci, il n’en restera pas moins une certitude : un soir de juin 1977, le gang de la Banlieue sud avait tenté d’assassiner la vedette…
Une certitude, vraiment ?
Le temps a fait son œuvre et le fameux gang a progressivement perdu de la vitesse, notamment à la suite de l’incarcération ou de la mort (souvent à l’issue de règlements de comptes internes !) de ses principaux leaders. D’autres membres, encore, se sont « rangés » des affaires. C’est ainsi que l’un d’entre eux s’est exprimé aux journalistes (Le Parisien / Aujourd’hui en France, juillet 2009, article qui a, notamment, servi pour la rédaction de cette chronique) à propos de l’« affaire Claude François ». Alors, lui ont demandé ceux-ci : la nuit du 25 au 26 juin 1977, une tentative d’assassinat délibérée, vraiment ?
« Non, répond l’ex-gangster : les gars ne savaient pas que c’était lui : ils étaient bourrés ! »
Décidément, la réalité des choses est rarement conforme à leur apparence première.
C’est aussi ce que l’on pourrait penser à propos d’un épisode ultra-médiatisé de la vie d’un individu lui-même ultra-médiatisé mais sur laquelle la clarté totale fut loin d’être faite et dont les prolongements eux-mêmes, inattendus et lointains, pourraient nous plonger dans la perplexité. Cet individu ? Le pape Jean-Paul II. L’épisode ? L’attentat contre sa personne du 16 octobre 1981.
Bonne journée à toutes et à tous.
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