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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1791 : Qui veut la peau de MIRABEAU ? (2)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 10 Août 2008, 00:00am

Catégories : #Personnalités célèbres

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,


Trois récits de la mort de Mirabeau commencent à être diffusés dans la presse de l’époque
(libelles, journaux, pamphlets, feuilles de choux diverses qui ne s’encombrent pas d’éthique mais disposent déjà d’une ligne éditoriale…)

 

Le premier récit émane des adversaires de la Révolution, dont Mirabeau est l’un des personnages emblématiques : les royalistes. Pour eux, Mirabeau (traître à son ordre d’origine), libertin et hypocrite et mort honteusement, miné par la maladie vénérienne contractée lors de ses turpitudes.

 

Le ton est donné par le journal satirique royaliste « Les Actes des Apôtres » (n° 225) : « Le dimanche 26 mars, M. Mirabeau avait donné à tous ses sens un tel excès de plaisir, dont il avait presque toujours abusé, qu’il s’en ressentit extrêmement fatigué ». Un brûlot violemment antirévolutionnaire, « L’orgie et testament de Mirabeau » donne des détails gourmands à ses lecteurs : Mirabeau et ses amis, Talleyrand et le marquis de Villette, se seraient réunis en compagnie de trois « filles d’Opéra ». La partenaire de Mirabeau, interrogée par le journal, raconte qu’il lui « accorda donc ce soir-là la préférence. Je fus le port qui accueillit son vaisseau excessivement mutilé par le choc des tempêtes et faisant eau de partout. »

 

C’est d’un lyrisme…

 

Mirabeau, conclut le pamphlet, meurt donc dans l’extase d’une ultime « fête législativo-galante », dans laquelle il a jeté ses dernières forces….

 

Ah ! Elle est belle la République, vraiment...

 

Ce n’est pas l’avis d’autres journaux qui se veulent plus perspicaces et qui dédaignent les ragots et les récits d’alcôve pour leur préférer la clarté des faits afin d’en tirer des enseignements utiles pour la conduite des affaires publiques. On a peur du complot et on a raison : des éléments tendraient à indiquer que Mirabeau est mort… empoisonné !

 

On en veut pour preuve les indices suivants : son jeune secrétaire, trois heures avant sa mort, a été trouvé dans un état lamentable, les bras ensanglantés par les coups de canif d’un suicide raté. On l’a immédiatement arrêté pour éclaircir cette affaire. Le jeune homme s’est alors livré à un discours délirants de poisons, de complots et de trahison envers Mirabeau. Se croyant lui-même empoisonné, il affirme avoir décidé, dans un moment de désespoir, de se donner la mort. Sans succès.

 

C’est louche, évidemment, non ?

 

L’hypothèse ne manque pas d’intérêt pratique. Les républicains « purs et durs » sont en effet hostiles à un compromis avec la royauté qui aboutirait à la mise en place d’une monarchie constitutionnelle (un peu à l’anglaise) telle que la défendait Mirabeau. Ils ont donc tout intérêt à agiter les esprits, à susciter la peur d’une contre-révolution, quitte à en exagérer la menace réelle, pour faire triompher leurs vues maximalistes.

 

Les amis de Mirabeau (les « constitutionnalistes », fidèles à la doctrine de leur maître-à-penser, négligent ce jusqu’au-boutisme bon pour les brutes et les excités. Ils méprisent tout autant les accusations d’orgie. De quoi est mort Mirabeau, selon eux ? Mais c’est simple : il est mort tout bonnement d’épuisement, après avoir donné ses ultimes forces à la Patrie !

 

Il s’est dépensé sans compter « pour la défense de la Révolution ». Il a subi les effets nocifs de l’« air insalubre des salles de délibération de l’Assemblée nationale ». Il s’est épuisé dans « le désordre de la réflexion, les nuits sans sommeil, les efforts de tribune et de discussion ». L’épuisement a été total compte tenu de l’« état continuel d’émotion où le tenaient les affaires publiques » !

 

Alors, l’écrit Cabanis, le médecin personnel de Mirabeau dans son journal, au matin du 2 avril (1791), le mourant a ordonné « l’ouverture des fenêtres pour écouter une dernière fois la rumeur publique ». Puis il s’est fait laver, raser, parfumer et a réuni ses proches. «  Mes amis, leur a-t-il dit, je mourrai aujourd’hui ». « Je lui parlai, écrit Cabanis, de l’intérêt extraordinaire que l’on prenait à sa maladie, de l’empressement avec lequel le peuple demandait partout de ses nouvelles et venait en savoir à sa porte ». « Ah oui, sans doute, répondit Mirabeau, un si bon peuple est bien digne qu’on se dévoue à son service. Il m’était glorieux de lui consacrer ma vie entière ; je sens qu’il m’est doux de mourir au milieu de lui ».

 

A huit heures et demi du matin, il a été « terrassé par une douleur effrayante ». Alors, après une description clinique assez technique et peu ragoûtante, Cabanis conclut : « Mirabeau est mort irréprochable envers la patrie, l’amitié et le public qui l’entoure » et ajoute, sans craindre le paradoxe : « La physionomie contracta le jeudi au matin un aspect qu’elle ne perdît plus. C’était celui de la mort, mais d’une mort pleine de vie » !

 

Ca se passe comme ça, chez les grands hommes….

 

Evidemment, on s’en doute, aucune de ces versions, chacune trop précise pour rendre parfaitement compte de la vérité, ne satisfait le public. Car, le public (le peuple, quoi !) veut des faits, du concret, du solide, de l’incontestable. De la vérité vraie, quoi. L’opinion publique ne veut pas croire qu’un homme de quarante-cinq ans, que tout le monde présentait comme d’une énergie peu commune et, pour tout dire, presque surnaturelle, ait pu mourir aussi brusquement de cause entièrement naturelle.

 

L’âme humaine ne saurait se résoudre à une telle issue, d’une telle banalité alors que le personnage concerné est lui-même tellement hors du commun.

 

Cela vous étonne ? Pas tant que cela, à la réflexion. Rappelons-nous les morts de personnages célèbres tels que :

 

- James Dean (acteur décédé d’un accident de la route en 1955)

Marylin Monroe (actrice suicidée en 1962)

JF Kennedy (président des Etats-Unis assassiné en 1963)

- Bruce Lee (acteur célèbre pour ses films de kung-fu, décédé d’un œdème cérébral foudroyant en 1973)

Coluche (humoriste mort après avoir percuté un camion sur une route près de Nice en 1986)

Lady « Di » (princesse anglaise dont les circonstances du décès dans un accident de la route à Paris, en 1997, ont suscité d’invraisemblables hypothèses)

Yasser Arafat (leader palestinien décédé en 2005 en France d’un ensemble de surinfections et d’épuisement)…

 

A chaque fois, on s’est interrogé et l’on a émis les thèses plus folles, le plus souvent appuyées sur les éléments les plus flous, pour démontrer des accidents  « provoqués », des complots préparés, des tireurs embusqués, des médecins assassins, bref des morts programmées dans le cadre de guet-apens savamment orchestrés par des organisations ou des services secrets mûs par des intérêts variés (et souvent contradictoires)... Il en est ainsi, sans surprise, à chaque fois qu’un personnage « médiatique » meurt.

 

Mais revenons à Mirabeau, à l’évidence « médiatisé » autant après sa mort que durant sa vie…

 

Pour couper court aux rumeurs qui naissent dès le décès du grand orateur, on décide donc de pratiquer rapidement une autopsie publique : ça, c’est de la transparence ! Ames sensibles s’abstenir pour cette cérémonie aussi solennelle que médicale qui va se dérouler dès le lendemain du décès, le 3 avril 1791, à 10 heures du matin, dans le jardin du domicile de Mirabeau, rue de la Chaussée d’Antin, où une tente sera dressée...

 

On requiert pour cela un « échantillon représentatif » de citoyens qui sera présent à l’ouverture du corps. 56 témoins sont convoqués, médecins, officiers publics municipaux et régionaux, magistrats, voisins et simples « députés du peuple » : ils prêtent serment de témoigner de ce qu’ils ont vu en leur âme et conscience.

 

L’opération dure plus de deux heures. On ouvre le bas-ventre, la poitrine et la tête : deux pages de descriptions crues sont consignées par un greffier. Quelques spectateurs se sentent mal : ils sont remplacés par des soldats (moins sensibles). Le péricarde, le cœur et le diaphragme apparaissent dans un état de délabrement qui a assurément entraîné la mort. Il n’y a pas de trace d’empoisonnement ni de signes cliniques de débauche.

 

Mirabeau est donc mort de sa belle mort.

 

Ouf. C’est beau.

 

Cela ne satisfait pas tout le monde, évidemment. Le 4 avril 1791, Jean-Paul Marat écrit ainsi dans son journal « L’ami du peuple » (une des feuilles les plus intransigeantes) : « Mirabeau refusa de tremper dans une nouvelle conspiration [contre la république, ndlr], et ce refus devint pour lui l’arrêt de mort ». Marat a-t-il les preuves de ce qu’il avance ? On en doute car, pour convaincre le lecteur, il ajoute « Oui, Mirabeau a bien été empoisonné. Deux des chirurgiens m’ont avoué après l’autopsie avoir vu l’estomac parsemé de tâches livides, signe constant des poisons irritants. » Et l’affaire aurait naturellement été « étouffée ».

 

Quoiqu’il en soit, ce n’est pas la version officielle. La version qui se diffuse en étant imprimé et envoyé en province est celle d’une « belle mort », digne d’un « grand homme », lequel confirme, dans les circonstances vertueuses mêmes de son décès, le choix que le peuple avait fait de lui donner sa confiance, preuve de sa sagesse intrinsèque...

 

On prend l’empreinte du « masque mortuaire », on embaume le corps, on met le cœur dans une boîte de plomb, on laisse le cercueil ouvert pour que le public vienne rendre au défunt un dernier hommage : la République vient d’inventer le « grand homme », « une pratique rituelle promise à une longue postérité » nous dit l’historien Antoine de Baecque (L’Histoire, n° 163).

 

Et comme l’exemplarité d’un tel personnage doit s’imposer aux générations futures, dès le 4 avril, lendemain de l’autopsie, l’Assemblée nationale prend une décision qui aura une fortune inattendue et un retentissement jusqu’à nos jours…

 

Dès le 3 avril, lendemain de la mort de Mirabeau et jour de l’autopsie, les députés parisiens ont demandé à l’Assemblée nationale que l’on décrète un « deuil public ».

 

Mirabeau avait demandé à être enterré dans le caveau de sa famille, en cours d’achèvement, dans la petite ville de banlieue d’Argenteuil. Mais que pèsent les volontés d’un défunt aussi illustre quand l’Assemblée nationale entend citer celui-ci en exemple à la nation toute entière ? De cette dernière volonté, on va ne tenir aucun compte…

 

Le député Goupil propose que l’on place les restes de Mirabeau dans un endroit spécifique. L’idée germe ainsi d’un « panthéon » : un monument choisi à l’effet de rassembler les restes des hommes les plus utiles à la Patrie. On s’enthousiasme à cette perspective. Le député Pastoret formalise alors tout cela cinq propositions qui sont soumises à l’Assemblée et emportent l’adhésion générale :

- Utiliser l’Eglise Sainte-Geneviève (récemment rénovée par Soufflot, au quartier Latin, au sommet de la « montagne » du même nom) pour « recevoir les cendres des grands hommes »  morts depuis 1789

- Faire décider par l’Assemblée nationale de QUI, exactement, sera considéré comme un « grand homme »

- Décider que Mirabeau, en l’occurrence, en est un

- Faire décider par l’Assemblée nationale que certains « grands hommes », quoique morts avant 1789, y seront tout de même transférés (« Descartes, Voltaire, Rousseau »)

- Que les agents de la municipalité de Paris fassent graver sur l’architrave occidental de l’Eglise Sainte-Geneviève : « Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante ».

 

Il y a quelques débats. Le député Prud’homme, par exemple, s’oppose au texte de l’inscription. Pour lui, « la Patrie ne doit aucune reconnaissance à ceux qui la servent et qui, au contraire, lui doivent tout ! »

 

Bon. Néanmoins, le 4 avril, l’ensemble de ces propositions est voté. Les funérailles, grandioses, s’organisent le jour même. On part du domicile du « grand homme », rue de la Chaussée-d’Antin, on passe par l’église Saint-Eustache et l’on aboutit à la montagne Sainte-Geneviève. Ci-après le plan (à l’époque, il n’y a évidemment pas de station de Métro…)

 

Le convoi funéraire est composé de 6 000 soldats et de gardes nationaux (sorte de milice urbaine de Paris), pour moitié à cheval et à pied, qui marchent l’arme basse et portent un flambeau. De nombreux représentants politiques (députés, élus municipaux…) sont là. Seize grenadiers et fusiliers portent le lourd cercueil de plomb dans lequel repose Mirabeau.

 

Une musique funèbre accompagne le convoi. Et pour la première fois dans Paris, à l’initiative du compositeur Gossec, on joue du… tam-tam !

 

Et, à chaque fois que la procession passe non loin d’une église, le glas résonne.

 

A l’église Saint Eustache, on fait halte un moment et, à l’intérieur de l’édifice, les soldats tirent une salve d’honneur. Mauvaise idée : le bruit énorme fait trembler les voûtes, détache une pierre qui tombe sur le crâne d’un soldat qui s’écroule, mort. On repart.

 

300 000 personnes sont massées le long du trajet qui part de la Chaussée d’Antin à 18 h 00 pour arriver à destination à 23 h 00.

 

La « panthéonisation » d’Henri-Honoré Gabriel de Riqueti, comte de Mirabeau, s’achève. Il est le premier « grand homme » à entrer au « Panthéon » : ce mot ne sera en fait utilisé officiellement que le 12 septembre 1792, soit près d’un an et demi plus tard, lors du projet de transfert du corps d’un dénommé Nicolas Beaurepaire (un transfert qui, du reste, n’aura jamais lieu, mais c’est une autre histoire…)

 

Pendant les semaines qui suivent, l’affliction populaire se déchaîne : la pierre tombale de l’orateur fait l’objet d’une véritable dévotion et on la couvre de fleurs. Pendant ce temps-là, la Révolution continue (comme dirait plus tard Fidel Castro…) Nous en résumons ci-après les principales étapes chronologiques. Elles vont vous permettre de comprendre comment, au terme de trois ans passé parmi les autres « grands hommes » qu’on lui aura entre-temps adjoint, Mirabeau, l’homme qui fut le premier à entrer au Panthéon, sera aussi le premier… à en sortir !

 

Pourquoi ?

 

Avril 1791, c’est donc la mort de Mirabeau. A ce moment, l’opinion populaire majoritaire est favorable à une monarchie constitutionnelle : une assemblée détenant les pouvoirs effectifs qui gouvernerait aux côtés d’un roi qui incarnerait la figure tutélaire et le lie avec près de 1 500 ans d’Histoire. Louis XVI semble être favorable à cette évolution. De nombreux aristocrates, cependant, dont ses frères, ont émigré à l’étranger, d’où l’on craint qu’ils ne fomentent une coalition avec les monarchies prussiennes et autrichiennes pour renverser la république et restaurer l’absolutisme royal.

 

Les 20 et 21 Juin 1791, le roi et sa famille s’enfuient nuitamment du Palais des Tuileries en direction de l’Allemagne. Ils sont reconnus par hasard à Varennes (Argonne), arrêtés et ramenés à Paris. Cet épisode suscite l’indignation dans une opinion publique jusque-là certaine que le roi, tel le « père » de ses sujets qu’il prétend être, n’aurait jamais abandonné la France. Cette fuite discrédite le monarque et fait ainsi tomber les dernières réticences des indécis qui voient désormais dans le roi Louis XVI un menteur et un truqueur qui joue un double-jeu : faisant semblant d’accepter les réformes et, à la première occasion, tentant d’organiser le renversement de la République

 

En septembre 1791, une constitution établissant une stricte et rigide séparation des pouvoirs est établie.

 

En novembre, les menaces de saisie des biens des aristocrates émigrés s’accentuent, tandis que le gouvernement révolutionnaire impose, par un serment, aux prêtres de jurer fidélité à la Constitution.

 

Avril 1792, la France déclare la guerre à l’Autriche et, en septembre 1792, on laisse perpétrer d’horribles massacres contre les prêtres et les détenus de droit commun, tous accusés d’espionnage au profit de l’étranger dans le cadre d’une véritable psychose collective.

 

Le 20 septembre 1792, les troupes françaises remportent (dans des conditions controversées) la bataille de Valmy contre les troupes prussiennes.

 

Le 20 novembre 1792, un serrurier nommé Gamain révèle à Roland, ministre de l’Intérieur, l’existence d’un placard dissimulé par un lambris pivotant, dans les appartements de Louis XVI, au palais des Tuileries. Gamain explique qu’il connait ce placard car c’est lui qui l’a fabriqué. Ce placard, que l’on peut observer encore aujourd’hui car il a été conservé, est une sorte d’énorme coffre-fort (le mot n’existe pas à l’époque), que l’on va immédiatement surnommer « l’armoire de fer ». Son existence et la validité de contenu font l’objet d’un consensus assez large quoique certains historiens affirment néanmoins qu’il s’agit là d’un coup monté destiné à discréditer définitivement le roi.

 

Qu’y trouve-t-on ?

 

Ø       La correspondance de Louis XVI avec Talon, le chef de sa police secrète

Ø       avec l'évêque de Clermont, son directeur de conscience

Ø       avec les généraux Dumouriez, La Fayette et avec Talleyrand.

 

Ces papiers ne permettent pas d'établir la collusion de Louis XVI avec les gouvernements étrangers mais démontrent son double-jeu depuis 1789, sa complicité, plus que passive, avec les préparatifs des « contre-révolutionnaires » et… ses tentatives, apparemment réussies, pour corrompre des députés.

 

Parmi ces députés : Mirabeau !

 

Roland  dépose ces papiers sur le bureau de la « Convention », le gouvernement républicain. Le procès de Louis XVI s’ouvre le 10 décembre 1792. Si l’ex-roi est jugé coupable de trahison par 693 voix contre 28, il n’est condamné à mort que d’une courte tête (si l’on peut dire !) : 366 voix contre 334. Il est guillotiné le 21 janvier 1793.

 

Et Mirabeau ? La révélation de sa traîtrise, de sa collusion avec la famille royale et des probables subsides qu’il a touchés en a certes scandalisé plus d’un. La photo ci-contre est celle d’un dessin satirique montrant le squelette de Mirabeau dans le placard rempli de papiers compromettants !

 

Pourant, dans un premier temps, la Révolution, avec ses luttes fratricides et sa « Terreur », s’occupent davantage de guillotiner les vivants que de troubler le repos des morts.

 

On s’occupera de Mirabeau plus tard….

 

La dépouille du « grand homme », toutefois, ne perd rien pour attendre.

 

La « Terreur » achevée et le calme revenu, le 1er septembre 1794, son cercueil est évacué du Panthéon. La pierre tombale si souvent fleurie disparait également. Le cercueil est enterré au cimetière Sainte-Catherine, dont l’emplacement à l’époque se situe aujourd’hui au niveau des numéros 54 à 56 du boulevard Saint-Marcel (Vème arrondissement). Bien plus tard, on entreprendra des fouilles pour en retrouver l’emplacement : sans succès.

 

Il ne reste aujourd’hui de Mirabeau, ex-grand homme, que le masque mortuaire qui avait été pris le jour même de sa mort.

 

« La mort met tout le monde d’accord mais les morts ne sont pas égaux en dignité. Là où certains défunts illustres continuent des milliers d’années après leur décès à arpenter les tapis rouges les pieds devant, d’autres sont réduits pour l’éternité à l’état de pantin désarticulé » nous disait joliment Clémentine Portier-Kaltenbach (« Histoire d’os et autres abattis » éd. JC Lattès, 2007) au début de cette chronique. Elle faisait là la comparaison entre la célébrité de la momie de Ramsès II et l’oubli de divers « grands hommes » objet d’une gloire fugitive.

 

Premier à être " Panthéonisé " puis premier également à être « dépanthéonisé », Mirabeau aura illustré la phrase autrefois prononcée lors de l’intronisation des papes « Sic transit gloria mundi » : « ainsi passe la gloire du monde »…

 

Les cendres de Mirabeau sont aujourd’hui dispersées. L’ingratitude des peuples, c’est quelque chose… Mais le nom du poète, quoiqu’il en soit, reste gravé dans la pierre du pont de Paris qui porte son nom depuis 1894 (date de sa construction) et sous lequel, nous nous le rappelons depuis Guillaume Apollinaire (1913), « coule la Seine. Et nos amours… »

 

Bonne journée à toutes et à tous.

 

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