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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


2008 : Etre ou ne pas être... dans l'OTAN (3) ?

Publié par La Plume et le Rouleau sur 19 Septembre 2008, 00:38am

Catégories : #Relations internationales & conflits

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

MAIS « COMMENT » ETRE EN AFGHANISTAN ? C’EST TOUTE LA QUESTION…


Avec plus de 70 000 hommes engagés pour 38 nationalités différentes (dont 25 pays de l’Union Européenne), l’Afghanistan est le premier « théâtre » (quel lyrisme dans cette appellation technique…) d’opérations de l’OTAN. Il s’agit là d’un engagement pris sous les auspices de l’ONU avec un mandat en bonne et due forme qui a débuté en 2001 : l’ISAF (« International Security Assistance Force »).

La conduite opérationnelle de l’ISAF, elle, est le fait des Américains. l’ISAF

La raison en est simple.

Numériquement, les Américains dominent largement les forces de l’ISAF (*) (32 000 GI’s sur environ 70 000 hommes quand les Français n’ont envoyé que 3 600 soldats). Même si l’ISAF, sur la zone de Kaboul, est sous commandement français, il est évident que les Américains considèrent les soldats des autres pays (spécialement les Britanniques), moins nombreux, comme des troupes d’appoint, logistiquement moins bien pourvues et affectées à des tâches que seul le commandement US est en droit de définir.

A quel coût humain ?


-     De 2001 (date de l’arrivée de l’ISAF en Afghanistan) à 2004, le nombre de morts était en moyenne de 2 par mois
-     Depuis 2004,
  il est en moyenne de 10 par mois
-     Sur les six premiers mois de 2008, le nombre de morts s’est monté à 122. A fin août 2008, il était de 183
-     Le mois de juin 2008 a même été le plus meurtrier pour l’ISAF depuis 2001 : 51 morts
-     Depuis 2001, le nombre des tués s’est donc établi à plus de 900 (décompte au 30 juin 2008).


Pour quelle efficacité ?

De l’aveu même des chefs militaires de l’ISAF, les Talibans ne cessent de se renforcer tandis que les bandes armées de chefs de guerre incontrôlés continuent de pratiquer impunément le pillage et le brigandage, ce qui accroît l’instabilité dans le pays et donc la méfiance d’une population peu convaincue des bienfaits civilisateurs de la présence occidentale dans le pays… La situation est nettement plus défavorable qu’en 2002, après la chute du régime taliban. Et elle empire.

Certes, on est encore loin des 15 000 morts ( ! ) subis par l’armée soviétique durant dix ans d’occupation du pays (1979 – 1989) pour, au total, 100 000 hommes engagés sur le terrain (soit à peine plus que l’OTAN mais avec des moyens logistiques - surveillance spatiale et aérienne - très inférieurs techniquement).

Mais tout de même, ayons l’honnêteté intellectuelle de reconnaître que la stratégie de l’occupation armée et de la démocratisation à l’occidentale imposée à coups de fusil est en situation d’échec complet.
 

-         La population afghane, à la culture radicalement différente des valeurs occidentales, ne perçoit certainement pas les Occidentaux comme des libérateurs mais comme de simples occupants : l’ethnie majoritaire des pachtounes (celle de feu le commandant Massoud), hier alliée des Occidentaux contre les Talibans, se retourne ainsi aujourd’hui contre la présence américaine. La présence occidentale en Afghanistan subit un déficit croissant de légitimité. Il est obligatoire d’« afghaniser » au plus vite les troupes qui maintiennent l’ordre mais aussi de développer les infrastructures pour apporter eau potable, routes, électricité, écoles, dispensaires à la population. Sans cet effort concret indispensable, l’on va droit vers une situation « à l’irakienne »…

-          Le gouvernement démocratique afghan (celui d’Hamid Karzaï), de son côté, dispose lui-même d’une légitimité contestée et qui ne dépasse guère la région de Kaboul. Pour ne pas apparaître comme une « créature » des Américains et assurer sa survie politique, il n’hésite maintenant plus à critiquer ouvertement les bévues et bavures sanglantes de l’OTAN qui s’accumulent. Exemple : le 23 août 2008, des bombardements aériens de la coalition font près de 90 victimes… pour la plupart civiles dans le district de Shindand, près du village d'Azizabad. Le président Hamid Karzaï condamne alors le « martyre de près de 90 innocents, pour la plupart des femmes et des enfants » tandis que des députés dénoncent une action « cruelle et barbare ». Sur place, des manifestations d'habitants ont bien sûr lieu, où l’on prend à partie des soldats afghans, considérés comme des « collaborateurs ». Les temps changent donc, insensiblement.

Rappelons utilement à cet égard, que, en 1952, en Egypte, les troupes d’occupation anglaises s’étaient retrouvées dans cette situation : elles soutenaient le roi Farouk contre des insurgés tandis que ce même roi Farouk ne cessait de critiquer la présence britannique… Au final : le roi Farouk avait été piteusement chassé et les Anglais aussi ! Une leçon à méditer.

§         En Afghanistan, des zones immenses restent totalement hors du contrôle des forces de l’OTAN ni par celles du gouvernement afghan, notamment à l’est, en bordure du Pakistan. Ce sont les zones où, sans succès depuis 2001, les Américains tentent de localiser l’insaisissable Ben Laden ou l’aveugle (mais néanmoins véloce) « mollah Omar » (rappelons que, en 2001, celui-ci avait en effet échappé à son arrestation par les forces américaines en s’enfuyant… sur une moto !). Ainsi ces zones dites « tribales » constituent-elles, aujourd’hui en toute impunité, un terrain d’entrainement pour les islamistes qui harcèlent l’occupant.

C’est un bourbier qui ne s’avoue pas.

En France, certains hommes politiques, tels le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan ou le socialiste Pierre Moscovici, demandent à ce que la présence militaire française en Afghanistan soit désormais conditionnée à une révision drastique de la stratégie menée sur le terrain. Pour ne pas continuer à s’enfoncer dans le bourbier creusé par l’incompétence et l’arrogance yankee, il semble en effet nécessaire d’infléchir les décisions opérationnelles.

En Afghanistan, il est donc désormais nécessaire pour la France de montrer qu’elle ne peut tolérer d’être engagée dans une stratégie déjà perdante, menée sous la bannière étoilée et condamnée à un échec aussi certain que les précédentes invasions extérieures américaines :

-      Vietnam (1965 - 1975)
-    Somalie (1992 – 1993 avec l’opération pompeusement nommée « Restore hope » - restaurer l’espoir)
-      et bien sûr Irak (2003 – « Iraqui freedom »).

Mais Nicolas Sarkozy prendra-t-il, comme Charles De Gaulle, le risque d’une rupture (c’est le cas de le dire) avec des Etats-Unis qu’il n’a jusqu’à présent cessé de courtiser ? L’avenir le dira. Car, modestement, reconnaissons que les questions et les réponses ne sont pas aussi simples…


AFGHANISTAN : UN CONFLIT INSTRUMENTALISABLE PAR LA FRANCE POUR PESER DANS L’AVENIR AU SEIN DE L’OTAN

Pour l’heure, « Etre ou ne pas être… dans l’OTAN » est une question qui ne se pose pas : la réponse naturelle est OUI, dès lors que la France veut tenter de conserver un rang international honorable. Bien.

La vraie question est plutôt « comment ? » et « pourquoi faire » ? Quand à la mise en œuvre des réponses qui seront apportées à ces deux questions, elle se heurtera fatalement à la puissance américaine, évidemment décidée à ne partager aucune de ses prérogatives.

Dans un monde fractionné en deux par l’antagonisme Est – Ouest, la position d’isolement du général De Gaulle traduisait la volonté de s’inscrire dans une démarche de refus d’une bipolarisation imposée. Cette démarche d’affirmation sonnait comme un exemple pour d’autres pays qui refusaient l’alignement systématique (l’Inde serait le leader de ces « non-alignés », par exemple).

Mais le monde a changé. Il n’est plus « bi » mais désormais « multi » polaire. La Chine, la Russie, l’Inde, l’Europe (pourvu qu’elle se donne les moyens de surmonter ses divisions) concurrencent de plus en plus des Etats-Unis trompeusement illusionnés par une « hyper-puissance » qui aura duré moins de vingt ans.

Dans ce nouveau contexte, la position de la France se doit, elle aussi, de pouvoir évoluer.

Dès lors, le bon sens conduit à conclure que, pour pouvoir avoir de l’audience dans un club, il faut en faire partie.

Soit. Mais il est non moins certain que l’on ne peut prétendre être l’un des ténors d’une assemblée lorsque l’on n’a dans celle-ci qu’un simple strapontin. Réintégrer le commandement intégré de l’OTAN implique donc de penser que, raisonnablement, l’on a des chances de peser sur les décisions qui y sont prises, faute d’y être alors considéré comme un acteur trop marginal pour faire entendre suffisamment sa voix.

Ce n’est pas gagné d’avance, loin de là.

Car la place de la France dans l’OTAN et sur la scène internationale nécessite des moyens militaires importants sur le long terme. La France veut-elle s’en doter ? Sans doute. Peut-elle le faire ? Pas à court terme, soyons réaliste : près de trente ans d’incompétence socialiste et d’immobilisme chiraquien ont gravement nuit à la qualité de l’outil militaire français. Le travail de remise à nouveau demandera au moins dix ans.

Il est donc aujourd’hui beaucoup trop tôt pour réintégrer l’instance de décision intégrée de l’OTAN, surtout de façon spontanée. Quand la France sera suffisamment forte (si elle l’est jamais), il sera alors temps pour elle de se faire prier et de se trouver dans la situation, plus confortable, de celle que l’on désire plutôt que de celle qui sollicite…
 

Bonne journée à toutes et à tous

 

La Plume et le Rouleau (c) 2008

 

---------------------------------------------- Mise à jour 2009 -----------------------------------------------------------

La Plume et du Rouleau faisait, lors de la parution de cette chronique (septembre 2008), le pari que la France ne réintègrerait finalement pas le commandement intégré de l’OTAN au printemps 2009. Je pensais en effet que, pour différer cet évènement, Nicolas Sarkozy utiliserait la porte de sortie qu’il s’était ménagée au départ : « toutefois, sans avancée significative sur l’Europe de la défense durant la Présidence française de l’Union Européenne (au 2nd semestre 2008), pas de réintégration dans l’OTAN », avait-il prudemment prévenu.

 

Las ! Le président Sarkozy a bien annoncé, le 11 mars 2009, cette réintégration. L'argument-massue ? " Les absents ont toujours tort " nous dit le président, non sans pertinence et pragmatisme.

 

Sur le plan légal, il n'y a rien à dire. Ce type de décision peut tout-à-fait être pris motu proprio par le Chef de l'Etat, qui est constitutionnellement le chef des armée. Sur le plan intellectuel, chaque citoyen peut néanmoins prendre position. De mon point de vue, ceci constitue une erreur tactique majeure et un contresens historique terrible que la France va sans doute lourdement payer dans l'avenir.

 

Cette réintégration s'opère en effet sans que " l'Europe de la Défense " n'ait, pécisément, avancé d'un seul pas. Quant à l'administration Obama, si elle se présente nettement moins ouvertement hostile à cette idée que celle de Bush, elle n'a pourtant apporté aucun signe tangible en faveur de la constitution d'une force armée européenne autonome, symbole d'une Europe politique capable de concurrencer l'OTAN, organisation jusqu'ici dominée de façon écrasante par les Etats-Unis. Le spécialiste des relations internationales qu'est Bertand Badie, professeur à Sc Po, nous dit dans Le Monde : " Rien n'indique, chez B. Obama, une volonté nouvelle de partager les responsabilités de l'Alliance " (2009)

 

En faisant d'emblée une concession sans obtenir aucune contrepartie immédiate, Nicolas Sarkozy donne sans recevoir et, de ce fait, ne se pose pas en négociateur crédible : cela ne peut qu'affaiblir davantage la France face une Amérique historiquement pétrie d'un messianisme qui ne la porte pas au partage du pouvoir. L'ancien ministre (socialiste) des Affaires Etrangères Hubert Védrine (1995 - 2002) rappelle d'ailleurs que " Ces avancées de la défense européenne nous ont été présentées comme une condition préalable, puis comme une démarche parallèle et le maintenant comme... une conséquence espérée de notre réintégration. " (2009)

 

Le président prétend toutefois avoir obtenu ailleurs d'autres contreparties, jugées significatives au plan militaire : deux postes jusqu'ici occupé par les Américains :

 

- La France va désormais diriger un des deux commandements stratégiques de l'Otan basé à Norfolk, aux Etats-Unis, et chargé de piloter la réforme de l'Otan : une centaine d'officiers français vont donc participer à des cogitations militaires autour d'un projet d'organisation fumeux sous l'étroit contrôle de la bureaucratie américaine...

 

- C'est un général français qui va prendre la tête du commandement régional de Lisbonne, où se trouve le QG de la force de réaction rapide de l'Alliance : une concession mineure pour un commandement périphérique, que les Américains ont faite parce que, précisément, elle était d'une importance secondaire.

 

C'est faible. Fallait-il revenir dans ce club pour tenter d'y jouer un rôle, au risque d'y être étouffé ? Ou, compte tenu de la taille de la France et de la soumission habituelle d'autres pays (Angleterre, Italie, Pologne...) aux Etats-Unis, ne valait-il pas au contraire rester en dehors de l'OTAN pour continuer à garder une totale liberté de parole et de participation, même au détriment d'une certaine audience ?

 

" Quand on n'est pas grand'chose, il faut être intransigeant. Car sinon, on n'est rien " (Charles De Gaulle, en 1940 à Londres) 

 

Bonne journée à toutes et à tous.

 

-------------------------------------------------- Mise à jour 2011 ---------------------------------------------------------

Les forces US à mi-2011 sont de 100 000 hommes et 4 000 pour les forces françaises. Le 23/06/2011, le présidend Obama a annoncé le retrait de 33 000 hommes d'ici 2012 : un mouvement de retrait que le président Sarkozy entend suivre de façon "proportionnelle".

---------------------------------------------------- Mise à jour 2012 -------------------------------------------------------

"Atlantiste" : le rapport sur la présence de la france dans le commandement intégré de l'OTAN, remis par l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, Hubert Védrine, au président de la république François Hollande pourrait -il être qualifié de ce mot (un mot utilisé par ce même François Hollande, alors Premier secrétaire du Parti Socialiste, pour fustiger en 2008 le supposé alignement de Nicolas Sarkozy sur les Etats-Unis) ?

Ainsi, Hubert Védrine estime-t-il qu'une sortie de la France du commandement intégré de l'OTAN ne serait comprise par personne (...) et ne donnerait à la France aucun nouveau levier d'influence". Il conclut que cette re-sortie "n'est pas une option" et préconise au contraire un "renforcement de l'influence de la France au sein de l'OTAN" : des conclusions partagées par François Hollande (puisqu'elles ont été rendues publiques !)

Finalement, les socialistes au pouvoir se sont mis dans les pas de leurs précédesseurs, qu'ils avaient pourtant amèrement critiqués en leur temps :

- François Mitterrand n'a pas fait sortir la France de l'OTAN mais il ne lui  a pas non plus réintégrer le commandement intégré. Il a cependant accru l'effort militaire français au sein de l'Alliance et a pleinement participé aux côté des Etats-Unis à la 1ère Guerre du Golfe (1990 - 1991) contre l'Irak du dictateur Saddam Hussein

- malgré les reproches d'"atlantisme" faits au président Sarkozy en 2009, lequel plaidait alors pour un retour de la France et un renforcement de son influence à la tête de l'OTAN, le socialiste François Hollande adopte maintenant la même posture (il n'avait, prudemment, fait aucune promesse sur ce sujet durant la campagne électorale de 2011 - 2012).

Grâce à la réussite militaire d'une intervention en Libye (2011) menée à l'initiative de la France et de Nicolas Sarkozy (et où les Etats-Unis n'ont joué qu'un rôle de suiveur/apporteur logistique), celle-ci à de nouveau les moyens d'accroître son influence au niveau mondial. La gestion diplomatique et militaire à venir des crises syriennes et maliennes devrait permettre de juger si François Hollande saura en tirer parti et, au final, devenir lui-même "gaullien" et / ou "sarkozien".

 

La Plume et le Rouleau © 2008, 2009, 2011 et 2012 - Tous droits réservés

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