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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


560 : ISIDORE, JESUS et le RIRE

Publié par La Plume et le Rouleau sur 4 Avril 2001, 11:58am

Catégories : #Littérature & divers

Mes Chers Amis,

Cette chronique rarement été autant en phase avec le saint du jour, vous l’allez voir. Et pourtant les sources d’inspiration à partir du prénom Isidore ne manquaient pas.

Vouliez-vous que je vous parle d’Isidore Ducasse, dit Lautréamont, né à Montevideo et fils d’un agriculteur français (de Tarbes) dont je livre à votre sagacité cet extrait (condensé) des « chants de Maldoror » :

« J’ai vu les hommes faire des actes stupides et nombreux, abrutir leurs semblables, et pervertir les âmes par tous les moyens. J’ai vu les hommes surpasser la dureté du roc, la rigidité de l’acier fondu, la cruauté du requin, l’insolence de la jeunesse, la fureur insensée des criminels, les trahisons de l’hypocrite, la puissance de caractère des prêtres, lasser les moralistes à découvrir leur coeur, et faire retomber sur eux la colère implacable d’en haut.

Dieu, c’est toi que j’invoque : montre-moi un homme qui soit bon. Mais, que ta grâce décuple mes forces naturelles ; car, au spectacle de ce monstre, je puis mourir d’étonnement : on meurt à moins. »

Comme ce n’est pas très drôle, j’aurais pu évoquer l’Isidore Bautrelet d’un roman de Maurice Leblanc : étudiant en rhétorique qui s’est de lui-même mué en détective amateur, il entend (quelle audace !) découvrir le secret de « l’Aiguille Creuse ». Dans cette lutte entre le jeune étudiant et Arsène Lupin, ce dernier ne remportera pourtant finalement qu’un demi-succès : il s’échappe mais la cachette de l’Aiguille Creuse est découverte, grâce à la sagacité d’Isidore Bautrelet.

Bon.

Bien.

Mais il n’y a pas vraiment de quoi rire.

Et je vois que vous vous impatientez. « VA-T-IL, OUI OU NON, NOUS FAIRE RIGOLER AUJOURD’HUI ? » vous interrogez-vous ? Or, parlons du rire, précisément, comme le fit avant nous SAINT ISIDORE DE SEVILLE (560 - 636), saint du jour que nous célébrons ce faisant.

Si ce personnage est aujourd’hui commis d’office à la défense auprès du Ciel des utilisateurs d’ordinateurs, dont il est devenu le saint patron (c’est pas une blague), ce fut d’abord un éminent théologien de son époque qui s’interrogea très sérieusement sur un point comportemental fondamental : DOIT-ON RIRE ? LE RIRE EST-IL CHRETIEN ?

Comme le développa Saint Isidore, rien n’indique en effet, dans les Evangiles, que Jésus ait ri.

Or, dira saint Isidore, Jésus incarne le modèle de perfection vers lequel tout homme doit tendre pour aspirer à la rédemption. Si Jésus ne rit jamais, il est nécessaire de l’imiter, car c’est que le rire n’appartient qu’au fou, à l’imbécile, au rustre, au païen. Tandis que le vrai chrétien qui a trouvé la VRAIE joie ne rit pas mais connaît la béatitude et l’extase. De là à penser que le rire, par raisonnement a contrario, s’il n’est divin, est donc satanique, il n’y a qu’un pas que certains n’hésitèrent pas à franchir.

Saint-Louis, par exemple, s’efforçait de ne pas rire le vendredi, jour de la mort du Christ. Difficilement, semble-t-il, car c’était un gai luron. Attention au rire, donc.

Ce débat (toute recherche de la perfection doit-elle s’accompagner d’un ascétisme absolu ?) est bien rendu dans le film « Le nom de la rose », inspiré du roman d’Umberto Eco : Guillaume de Baskerville (Sean Connery) y incarne un franciscain (moine de l’ordre de Saint François d’Assise) dont la piété n’est en rien diminuée par l’humour dont il fait preuve, contrairement au supérieur du monastère (Jorge de Burgos) ou à l’inquisiteur (Bernardo - et non pas Fernando - Gui) dont les bûchers, eux, ne font rigoler personne.

Or, c’est précisément Saint François d’Assise qui, pourtant, ne passait pas spécialement pour être un joyeux drille qui, APRES SIX SIECLES DE CONTROVERSES (!), réhabilitera définitivement, au XIIème siècle, le rire comme une manifestation intrinsèque de la nature humaine, comme (ainsi que l’affirmait Aristote) « le propre de l’homme », homme qui fut créé, comme chacun sait, à l’image de Dieu.

Ouf ! Donc on peut rigoler. C’est chrétiennement permis.

C’est Isidore de Séville qui repeint son église. Alors Saint François d’Assise arrive et lui dit : « accroche-toi au pinceau, je retire l’échelle ».

Et dire que, sans l’aide de celui-ci, vous ne vous seriez jamais tordu d’hilarité à la lecture de cette blague impayable qui nous arrive du fond des siècles.

Bonne journée à tous.

Découvrez aussi saint Fulbert et saint Bernard.et voyez que, en matière de crucifixion, il n'y a vraiment pas de quoi rire...

La Plume et le Rouleau (c) 2001

Et pour une histoire où il n'est pas question de rire mais de mystères touchant aux origines du christianisme autant que de passion aoureuse, lisez La cinquième nouvelle...

Commenter cet article

Anitnas 15/05/2015 10:00

Petite rectification : Le nom du célèbre inquisiteur n ´est pas Fernando Gui mais Bernardo Gui.
Je viens de découvrir le site et je trouve ces chroniques bien intéressantes, merci donc.

Sho dan 15/05/2015 16:33

Naturellement, mon doigt a fourché.
Je rectifie.
Merci

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