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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


565 : Le MARIAGE, des chaînes qui libèrent l'individu

Publié par La Plume et le Rouleau sur 28 Juillet 2000, 12:00pm

Catégories : #Littérature & divers

Mes Cher(e)s Ami(e)s,

L'un des lecteurs, assidu de la première heure, va convoler en justes (?) noces prochainement. Ce n'est pas l'habitude de faire dans la personnalisation mais foin de maniaquerie, bousculons les traditions et refusons de sombrer dans le fétichisme. Intéressons-nous donc aujourd'hui, toujours à travers le prisme de l'histoire à l'hyménée.

Je vous épargnerai les grosses blagues lourdingues genre : "Chéri, tu préfères une femme jolie ou une femme intelligente?" "Ni l'une, ni l'autre, mon Amour, c'est toi que je préfère !" (j'en vois quand même qui rigolent dans le fond...) et ne jouerai pas les rabat-joies tel Marcel Achard qui nous dit que : "(le seul) mariage qui rend un homme heureux, c'est celui de sa fille ..." (pas trop fort, dans le fond, les rires !...)

Certains pensent que le mariage a quelque chose de magique... Pourquoi ne le penserait-on pas en voyant une jeune femme se présenter à la porte de l'église pour se marier. Accompagnée à l'entrée d'un type d'au moins vingt à trente ans de plus qu'elle qui ne lui porte qu'un amour platonique, elle ressort une heure plus tard (Abracadra !) au bras d'un jeune godelureau fort amoureux et plein de bonnes intentions. Magique, non ?

Mariage rime aujourd'hui avec monogamie et consentement mutuel. Il rime aussi, malgré la déchristianisation (relative) de la société, avec sacrement religieux. Comment en est-on arrivé là ?

Sur le premier, notons la justification de l'écrivain MARK TWAIN. Faisant une conférence dans l'Utah, il eut une grande discussion avec un mormon sur la polygamie. Le mormon le défia : "Pouvez-vous me citer un seul passage de la Bible interdisant la polygamie?

Mark Twain lui répliqua : "Il est dit dans la Bible : "Nul ne peut servir deux maîtres à la fois"

Plus sérieusement, notons que le droit romain ne faisait pas intervenir la religion : "Consensus facit nuptias" disait l'adage antique et le mariage était un acte exclusivement privé, ne faisant pas intervenir d'autorités religieuses et très peu d'autorités publiques.

Le droit germain, qui va le supplanter avec l'écroulement de l'Empire, est radicalement opposé. Le mariage constitue d'abord un moyen de sauvegarde, de développement et de transmission d'un patrimoine familial : c'est avant tout un affaire d'alliances d'intérêts entre familles dans laquelle l'avis des mariés n'a aucune place. Les deux traditions vont peu ou prou cohabiter et, jusqu'au IX-Xème siècle, l'Eglise n'intervient quasiment pas.

L'écroulement de l'empire Carolingien (Charlemagne meurt en 814) offre à l'Eglise l'occasion de se placer sur la question. Alors que le pouvoir politique et que l'autorité publique foutent le camp, l'Eglise, organisée, omniprésente, structurée, cohérente, rassemblée autour d'un corpus idéologique bien établi et défini se présente comme la seule force centripète réelle (centripète, cela s'oppose à centrifuge).

Les prêtres, appelés à résoudre des litiges de type patrimoniaux (successions...) vont alors exercer une fonction de juge qui va leur permettre d'établir leurs vues sur la question. Le réforme grégorienne du XIème siècle et la renaissance du droit romain fera le reste. L'objectif ultime reste le maintien de la paix sociale c-a-d la légitimation d'une union qui ne pourra plus ensuite être contestée (pour des motifs financier ou patrimoniaux et jamais pour des raisons sentimentales, naturellement).

Et l'Eglise (je vous passe les controverses théologiques) va affirmer alors des principes en rupture totale avec les traditions et qui imprègnent depuis lors toute notre conception, y compris laïque de la question. Elle se donne le droit de vérifier l'absence d'empêchement (essentiellement la consanguinité), de s'assurer qu'il n'y a pas eu rapt de la jeune fille (pour éviter les "vendettas" et les contestations) et ensuite de faire prévaloir l'accord mutuel des époux. Donné, cet accord est alors totalement indissoluble (on appelle les textes sacrés à la rescousse pour cela). Ce n'est plus le père qui remet l'épouse à l'époux mais le prêtre qui s'immisce, parle au nom de Dieu et sacralise l'acte.

Dangereuse pour l'ordre social, cette nouvelle conception place cependant l'Eglise au centre de l'organisation de la société et, curieusement, libère alors l'individu. Les cas seront nombreux dans lesquelles l'Eglise se rangera résolument aux côtés d'époux mariés contre le gré de leurs familles respectives.

De cette volonté de stabilité sociale découle logiquement la monogamie : une pratique qui sera imposée aux rois de France qui ne pourront jamais légitimer leurs enfants adultérins (ex. Louis XIV et les enfants de la Montespan, Louis XV et ceux de la Pompadour, surnommée par ceux-ci "Maman putain" !...) ni disloquer le patrimoine. Notre droit civil en garde encore les traces puisque ce n'est que tardivement que les enfants illégitimes (nés hors mariage) furent autorisés à hériter et encore plus récemment que la jurisprudence a autorisé les enfants non reconnus à le faire aussi.

Tout cela est fort didactique, n'est-ce pas ? J'espère avoir contribué à votre culture sans vous avoir toutefois assommé.

Pour l'heure, je rappellerai l'évidence citée par Sacha Guitry : "Pour se marier, il faut un témoin, comme pour un accident ou un duel."

Bonne journée à tous.

La Plume et le Rouleau © 2000

Et pour un récit plein de mystères, de passions et de secrets liés aux origines du christianisme, lisez La cinquième nouvelle...

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