Partager l'article ! 1074 : Le CID, un personnage idéal de tragédie hollywoodienne: Cher(e)s ami(e)s, Vous savez que cette chronique a toujours été prompt à ...
Cher(e)s ami(e)s,
Vous savez que cette chronique a toujours été prompt à dénoncer les impostures et les tromperies. Ils sont légions en effet ceux qui ont tenté de faire accréditer l'idée qu'ils
étaient pétris de qualité quand ils n'en eurent que peu.
Pourtant, certains ne demandèrent rien et seraient forts étonnés, aujourd'hui, de lire et d'entendre ce qu'on dit d'eux. En voici un exemple....
Prenons l'exemple d'un espagnol du XIème siècle : Rodrigo
Diaz de Vivar. Ah, l'Espagne ! Ses châteaux, son soleil, son flamenco sensuel et ses sierras torrides....
Tout pour porter à la nonchalance, la détente ? Pas forcément.
Délaissant les activités lascives, certains eurent une façon très personnelle de faire bouger leur corps...
Rodrigo Diaz nait dans une famille aristocratique castillane dans le village de Vivar, au nord de Burgos. Pour ceux qui connaissent peu ou mal l'Espagne, je signale que c'est au nord du
pays, à égale distance environ des deux côtes. Il reçoit très jeune une éducation de chevalier.
Le contexte politique et religieux est alors le suivant : les musulmans ont commencé leur conquête depuis 711. Arrêtés peu après à Poitiers par Charles Martel, ils ont refflué en
Espagne. Depuis deux siècles, le "front" s'est stabilisé : les 2/3 du pays leur appartiennent et sont sous la loi islamique, c'est la région dite "al-andalus", dont le nom donnera plus tard
l'Andalousie.
A partir de 1031, avec l'effondrement du califat de Cordoue, les Chrétiens reprennent l'avantage et entament la "reconquista", progressive jusqu'en 1492, date de leur victoire
définitive.
Pour l'heure, en ce début du XIème siècle, Rodrigo combat sous la bannière du roi de Castille. Ne croyez pas qu'il s'agit de combats bien basiques et manichéens entre les
méchants musulmans et les gentils chrétiens. Non, Rodrigo mène diverses batailles au fil des intérêts complexes qui opposent ou réunissent les rois chrétiens d'Espagne et les rois du nord de
Al-Andalous, qui leur paient, ordinairement, un tribut pour avoir la paix.
A 25 ans à peine, Rodrigo a déjà le surnom de "Campéador", qui ne signifie pas qu'il est le meilleur buteur du championnat mais plutôt qu'il est fort au combat (c'est une
déformation de Campi Doctor = maître du champ, sous-entendu "de bataille").
En 1074 ou 1075, on ne sait pas très bien, il se marie avec une jeune femme originaire d'une grande famille aristocratique de Castille, du nom de Jimena. Il sait lire, écrire et
a des notions de droit. Il pratique également l'arabe, qu'il maîtrise partiellement. En 1081, il connait cependant une revers de fortune politique : pour une histoire mal éclaircie de tributs
payés en sa faveur plutot qu'à d'autres, il provoque à son égard l'hostilité d'une partie de la cour de Castille. Il doit alors s'exiler, et il le fait dans le royaume musulman de Saragosse où il
met ses armes au service du souverain. C'est durant cette période qu'il acquiert la réputation d'un guerrier invincible, que la bravoure fait bientôt surnommer "el sayid" (le
"seigneur").
Mais il se brouille quelque temps après avec ses hôtes et décide alors d'agir pour son propre compte : il devient l'homme fort du nord-est de l'Espagne et de la région de Valence, une ville dont
il va expulser les Almoravides, des berbères qui sont récemment arrivés du Maroc et tentent de conquérir l'ensemble des royaumes musulmans du sud de l'Espagne. De 1094 à 1099, il est seul
maître de la région, qu'il gouverne en véritable souverain. Il conclut des mariages avantageux pour ses fils puis s'éteint paisiblement. Il sera embaumé et présenté sous forme d'une
momie juchée sur une cheval, à la dévotion des populations, pendant une dizaine d'années.
Bon, me direz-vous. Pas mal, certes, c'est assez intéressant ...
Et alors ?
Et alors... Et alors... C'est là que la légende nait. Les conteurs, les poètes vont s'emparer de la personnalité de El Sayid, dont le nom va être transformé en... "Cid"
!!!
Qu'il ait fui les royaumes chrétiens pour une sombre histoire de gros sous puis guerroyer pour finalement piller à son avantage les terrtoires conquis ? Peu importe, ce n'est pas là qu'il faut
chercher matière à éduquer les générations futures.Pour les vainqueurs chrétiens de la reconquista, Rodrigo Diaz de Vivar, Le Cid, devient l'incarnation vivante de la lutte victorieuse des
partisans de la Vraie Foi contre les horribles sectateurs de Mahomet.
En 1636, Pierre CORNEILLE publie "Le Cid" qui narre la tragédie guerrière et sentimentale de Rodrigue et de Jimena, c-a-d... "Chimène"
!!!
Trois siècle plus tard, en 1963, c'est l'apothéose : Hollywood s'empare du sujet. Vous avez vu que l'histoire du Cid prend place dans un contexte politique sinon subtil, du moins
un peu complexe. Quand à la vraie vie du protagoniste, si elle ne manque pas d'action, elle manque un peu de panache.
Les scénaristes yankees vont vous dépoussiérer et vous muscler un peu tout ça...
Exit Corneille et ses phrases incompréhensibles, bonnes seulement à être comprises par ces Européens vieillots. Place à une action simple et claire pour un public de tous âges :
- des bons chrétiens (mais avec un traitre, cela fait bien dans le tableau et incite à se méfier de son voisin)
- de méchants musulmans (mais avec un gentil, qui illustre le fait que chacun est perfectible, ce qui permet de rester optimiste sur la nature humaine)
- une histoire d'amour tragique mais qui finit bien avec une actrice de premier plan (la belle Sophia Loren aux beaux
yeux... de Chimène, forcément)
- des paysages sauvages, des figurants nombreux, des chevauchées, des coups d'épée, des tournois, des châteaux (en Espagne, forcément), de la poussière, de la sueur qui ruisselle sur le
visage du héros...
- et un héros, un vrai, abonné aux grandes épopée : Charlton Heston !
Alors, le Cid, c'est long mais c'est simple et c'est génial : au service des rois chrétiens, Rodrigo Diaz a le
tort de faire un jour grâce à des musulmans qui, certes, ont brûlé le village, mais s'en sont repentis. Erreur ! Il est traduit en justice devant la cour du roi pour trahison. Son futur
beau-père, furieux, le provoque en duel. Rodrigo, même s'il cherche à éviter le drame, est contraitn de se défendre : il le tue.
Chimène, du coup, ne veut plus l'épouser (les femmes, cela ne sait jamais ce que cela veut). Après un ultime tournoi (absolument fantastique !) dont il sort (forcément)
vainqueur, il part pour l'exil. Mais Chimène, qui d'abord s'enferme dans un monastère, va bientôt le rejoindre sur la route, préférant finalement partager avec lui une vie d'errement et de
pauvreté.
Bien en prendront aux deux tourtereaux de leur pureté de sentiment puisque bientôt, l'infâme Emir Youssouf (quelle imagination, ces américains) envahit l'Espagne. Le Cid lève une
armée, grâce à sa notoriété qui n'a jamais faiblit auprès des vrais braves. Il repousse les Maures avec vigueur de la ville qu'ils assiègent. Mais ceux-ci sont bientôt de plus en plus nombreux
(on se demande comment, alors qu'il en tue à la pelle tel un Rambo médiéval).
Hélas, traiteusement, il est blessé d'une flèche décoché par un lâche assaillant (de loin).
Il va mourir. Il meurt (mais oui, cela arrive, même à Hollywood !) Les
Maures sont alors galvanisés. L'assaut final va avoir lieu sur la ville. Alors, ses partisans hissent sa dépouille sur un cheval, calent le corps grâce à un morceau de bois pour qu'il tienne
droit et font une dernière sortie, étendard au vent, un dernier baroud d'honneur.
Terrorisés par cette "résurrection" qu'ils prennent pour de la sorcellerie, les Maures s'enfuient alors et remontent dans leurs bateaux aussi sec.
Une fois de plus, le Bien a vaincu le Mal, le monde libre peut enfin consommer tranquillement son Coca-cola, tout va pour le mieux. Pour forger les légendes, rien de tel qu'un coup de pouce
d'Hollywood.
Bonne journée à tous.
Encore du cinéma ? Passez donc une nuit à l'Hotel du
Nord... ou détendez-vous ai bar du Rick's, à CASABLANCA avant de
remonter le temps avec Jean Marais, alias LE CAPITAN, pour défendre le jeune Louis XIII !
La Plume et le Rouleau (c) 2000
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