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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1624 : MILADY, mystérieuse et romanesque

Publié par La Plume et le Rouleau sur 28 Novembre 2002, 11:56am

Catégories : #Littérature & divers

Mes Cher(e)s Ami(e)s,

Le 28 novembre 1615, en effet, Louis XIII épousait Anne d'Autriche à Bordeaux. La régente, mère du roi, Marie de Médicis avait négocié cette union avec le roi d'Espagne Philippe III. Les époux, eux, n'avaient pas quatorze ans...

Cet évènement aussi bien que ses protagonistes, Louis XIII et Anne d’Autriche, ont-ils réellement laissé des traces dans la mémoire collective ? Peu, au vrai. Je vois bien que vous vous demandez où les Chroniques de la Plume et du Rouleau d’aujourd’hui vont alors bien pouvoir vous entraîner car peu d’entre vous situent clairement l’époque du règne de Louis XIII...

Une vague réminiscence, toutefois, je le sens, vient à votre esprit. Anne d’Autriche n’est-elle pas l’amante du duc de Buckingham, auquel elle a confié ses ferrets (bijoux) ? Des ferrets qui vont être dérobés par les sbires de l’infâme Milady, au premier rang desquels l’ignoble Rochefort ? Mais oui ! Ca y est, vous y êtes ! C’est bien Alexandre Dumas et ses « Trois Mousquetaires » qui a popularisé cette intrigue et c’est bien grâce à lui que nous savons tous vaguement à quelle époque se rattache le règne de Louis XIII. Une époque de cape et d’épée, de chevauchées et de bagarres, de galanteries et de traîtrise. Ah oui, en ce temps-là, l’on savait parler à une dame, faire le baisemain et, en même temps, embrocher sur-le-champ l’importun qui vous aurait bousculé au sortir d’une taverne !

Ah ! d’Artagnan, Athos, Porthos, Aramis, Rochefort, M. De Cinq-Mars, nous voici ! Messieurs, sortez vos épées pour défendre votre honneur offensé. Mesdames, affichez des toilettes sophistiquées et un décolleté plongeant que vous rafraîchirez à coups d’éventails.

Car celui d’aujourd’hui va vous entraîner sur les traces d’un personnage de roman. Non, je ne vous parlerai pas du vrai Charles de Batz de Castelmore d’Artagnan. Ce noble gascon désargenté n’effectua qu’une honnête carrière militaire quoique, protégé de Mazarin, il parvint en 1667 à la charge de Capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires du roi avant de mourir en 1673 au siège de Maastricht. Sur son compte, aucun duel n’est même rapporté dans les archives officielles (!)

Ce n’est pas non plus des vrais Henri d’Aramitz ou Isaac de Porthau, nobles béarnais qui suivirent également une carrière militaire autour des années 1640, dont nous parlerons. Ce n’est pas non plus, là encore, la mémoire d’Armand de Sillègues d’Athos que j’évoquerai : on sait, au vrai, peu de choses sur cet homme dont le corps fut découvert à proximité du Pré-aux-clercs à Paris, lieu proche du Faubourg Saint-Germain et endroit de prédilection des duellistes.

Non, c’est à la recherche d’un personnage étrange que ces chroniques vont s’intéresser aujourd’hui : une femme qu’Alexandre Dumas donne (par pure imagination) pour, précisément, l’ex-épouse d’Athos : la séduisante et traîtresse Milady, incarnée au cinéma par la pulpeuse Lana Turner (en 1948) et la charmante Mylène Demongeot (ci-dessous en 1961, que c’est loin) !

Quoiqu’elle porte plusieurs noms dans l'ouvrage (Anne de Breuil, Charlotte Backson, Lady Clarick, la Comtesse de la Fère, Milady de Winter baronne de Scheffield) elle gagne sa popularité auprès du lecteur sous le sobriquet de « Milady ». C’est ainsi que la nomment Athos (son premier mari) et D'Artagnan (son amant).

Milady a une histoire personnelle mouvementée, sinon scandaleuse : à onze ans, après la mort de sa mère Anne de Breuil, elle devient religieuse au couvent des Bénédictines de Templemars. Dans ce couvent, elle séduit Georges, un jeune prêtre avec lequel elle s’enfuit. Mais ils sont attrapés et le bourreau de Lille (qui est le frère de Georges, quelle imagination ce Dumas !…) les marque au fer rouge d'une fleur de Lys. A Vitray (Berry) où les amants s’établissent, Georges devient curé et « Milady » se fait passer pour sa soeur. Mais elle le délaisse pour séduire puis épouser le comte de la Fère (Athos) tandis que Georges se suicide. Le comte de la Fère découvre alors que son épouse est marquée au fer : il la pend puis s’engage dans les mousquetaires…

Mais « Milady » a survécu à la pendaison ! Elle fuit alors en Angleterre et épouse bientôt lord de Winter. En 1623, celui-ci meurt mystérieusement et Milady devient alors espionne pour le Cardinal de Richelieu. Ses motivations ? Le pouvoir et l'argent. Ses atouts ? La beauté et l’intelligence. Ses armes ? L'intrigue et l'assassinat.

Car de Milady émane un érotisme qui fascine tous les personnages du roman : « C'était une pâle et blonde personne aux longs cheveux bouclés tombant sur ses épaules, aux grands yeux bleu languissants, aux lèvres rosées et aux mains d'albâtre. » Athos le reconnaît : « Elle ne plaisait pas, elle enivrait. »

Dénuée de tout scrupule, criminelle elle-même (elle empoisonne Constance Bonnacieux) elle n’a non plus pas hésité devant les comportement sacrilèges : séduction d’un prêtre puis, lors de sa captivité en Angleterre, entonnement d’un chant protestant avec « tout le charme (...) et toute la séduction que le démon y avait mis » après avoir au cours de sa vie épousé deux maris de religion différente…

On voit que Dumas exploite là tous les archétypes de la littérature de son siècle : cette femme tout à la fois belle et intelligente, indépendante et donc dangereuse, joue un rôle de fascination / répulsion d’où la misogynie n’est pas absente.

La femme réelle qui l’inspira fut-elle à la hauteur du roman ? Nous l’allons voir.

Il y eut très exactement en réalité deux femmes qui inspirèrent le personnage des Trois Mousquetaires : Milady de Winter est le nom donné à une dame anglaise, femme d'un lord ou d'un baronnet et évoquée dans les « Mémoires de Monsieur D'Artagnan » de Gatien de Courtilz (dont s’inspira Dumas) et Lady Carlisle, personnage historique évoquée dans les Mémoires de la Rochefoucauld.

De la première seul le nom est retenu par le romancier. De la vie de la deuxième, il va tirer partiellement l’intrigue de son roman. Car Lady Carlisle était une ancienne maîtresse du duc de Buckingham dont elle aurait juré la perte par dépit amoureux. C’est elle qui serait rendue coupable du vol des ferrets offerts au duc par Anne d’Autriche, épouse de Louis XIII, en 1625 : cette royale idylle (en réalité jamais historiquement démontrée) aurait rapproché la France de l’Angleterre tandis que Richelieu, au contraire, par sa politique anti-protestante, poussait à la rupture entre les deux pays.

La présence de Lady Carlisle à Paris est historiquement attestée : elle accompagna son mari Lord Hay, comte de Carlisle, en 1624 lors de la négociation du mariage entre Henriette, soeur de Louis XIII et le roi d’Angleterre Charles 1er. De même, quand, en 1644, Henriette rentra en exil en France, elle l’y accompagna.

Hélas, pourtant, rien de bien croustillant à se mettre sous la dent, ni secret d’alcôve ni anecdote ébouriffante ne viendront clore cette chronique historique : la vie de Lady Carlisle, sans doute sage, n’a pas laissé dans les annales de trace particulière et l’imagination débridée de Dumas a dû pallier (mais il en avait l’habitude) cette carence.

Une fois n’est pas coutume, donc, les Chroniques de la Plume et du Rouleau vous montrent aujourd’hui que la réalité est parfois très en dessous du romanesque censé s’en inspirer. Qu’importe, il nous reste l’oeuvre si riche d’Alexandre Dumas, les duels de Jean Marais ou de Georges Descrières, le panache des mousquetaires, le délicieux sourire de Mylène Demongeot et, surtout, plein de souvenirs d’enfance.

Un pour tous, et tous pour les Chroniques de la Plume et du Rouleau !

Bonne journée à tous.

La Plume et le Rouleau © 2002

Pour d'autre littérature, d'autres mystères et d'autres secrets, lisez La cinquième nouvelle... 

Mylene Demongeot est Milady aux côtés de Gérard Barray (d'Artagnan) en 1961

Commenter cet article

How to Setup Gmail in Outlook 28/10/2014 10:52

Milady,.,… the name itself makes us feel sensed about the romantic and mysterious screen play. In this plot..we can see that they are stressing onto the wedding date of Louis XIII and Anne who got married. The story as a whole narrates a true life.

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