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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1632 : CHRISTINE DE SUEDE, la reine passionnée

Publié par La Plume et le Rouleau sur 15 Novembre 2002, 11:57am

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Cher(e)s Ami(e)s,

Vous souvenez-vous comment l’on surnommait Christine Ockrent, l’austère et masculine présentatrice vedette du JT de 20 heures dans les années 80, symbole à l’époque de l’ « Executive Woman » libérée et active ?

La « reine Christine ».

En raison de sa morgue naturelle ? Ou bien encore de la façon dont elle délivrait royalement les nouvelles du jour au bon peuple ? Peut-être. Mais la presse « people » qui lui avait donné ce sobriquet faisait en réalité référence à une autre femme de tête, gouvernante à poigne, passionnée et étonnante : Christine de Suède (1626 - 1688).

Voici son destin exceptionnel, que Greta Garbo incarna au cinéma, ainsi que quelques éclairages inattendus sur sa personnalité. Pourquoi aujourd’hui ? Parce que le 16 novembre 1632, son père le roi Gustave-Adolphe de Suède, mourrait à la tête de ses mousquetaires lors de la bataille de Lÿtzen,. Et, à six ans, fille unique, Christine, dernière princesse de la maison de Vasa, allait lui succéder…

Dans un premier temps, c’est le chancelier Axel Oxenstierna ainsi qu'un conseil de Régence composé de nobles qui règne en son nom. Christine est admise au Conseil seulement en 1640 : à 14 ans. A 18 ans, en 1644, elle régne personnellement et directement. Un règne qui va durer 10 ans et durant lequel elle va se forger sa légende et va exaspérer les esprits autant qu’elle va susciter l’admiration.

Dès 1648, un actif travail diplomatique lui permet de transformer la Baltique en un « lac suédois » grâce au Traité de Westphalie : elle fait ainsi son entrée dans le cercle des grands chef d'Etat européens.

En 1650, Christine se fait alors couronner… « roi » de Suéde : un vocable étrange (alors qu’il y avait des reines en Angleterre ou en Russie) qui, peut-on le penser, peut déjà révéler certains aspects de sa personnalité privée…

Christine ne manifeste malheureusement qu'un médiocre intérêt pour le peuple, lequel est dominé par un luthéranisme austère et dévot. Ses riches collections et la cour brillante, dont elle s’entoure et qu’elle veut consacrer aux fêtes du corps et de l'esprit en viennent ainsi à absorber une part grandissante du budget (en 1653 : près de 15 % des revenus publics). Cette situation mécontente rapidement le peuple (qu’il ne faut jamais négliger, on le sait bien)…

Pour faire face à ces goûts dispendieux, elle multiplie alors les aliénations de terres de la couronne : des cessions, donations ou hypothèques au profit de la haute noblesse, la seule à pouvoir avancer les fonds nécessaires. Cela a alors pour conséquence de réduire les ressources du royaume de 32 % et d’accentuer le mécontentement contre l'aristocratie jugée accapareuse de biens, de privilèges et de monopoles. Pour limiter ce mécontentement, Christine envisage un temps de recourir à des anoblissements massifs qui lui assureraient une clientèle fidèle parmi les ordres inférieurs. Tergiversant, elle ne le fera jamais.

Amie des arts, des lettres et des sciences, fascinée par la France dont elle avait appris la langue alors qu'elle n'avait pas encore dix ans, Christine encourage le développement de l'université d'Upsala, correspond avec de nombreux savants européens et attire des Français à sa cour tels Pierre Bourdelot (qui devint son médecin) ou Gabriel Naudé, le bibliothécaire de Mazarin, un des hommes les plus érudits de son temps. Son coiffeur, son maître à danser, son fauconnier, son capitaine des gardes, son valet personnel, eux aussi viennent de France.

René Descartes reste bien sûr associé à la reine Christine de Suède : il arrive à Stockholm en octobre 1649, ayant accepté, malgré sa répugnance, et pour complaire à la souveraine, de quitter la Hollande. Toujours à la demande insistante de la souveraine, il compose également les vers d'un ballet pour la fête donnée en l'honneur de la paix de Westphalie. A la fin de janvier 1650, il se rend au palais où le mandent une fois encore les caprices de la reine, pour un long entretien dans la bibliothèque glaciale de celle-ci. Le 2 février, une pneumonie se déclare. Descartes meurt à Stockholm le 11 février 1650 au matin...

Perpétuellement insatisfaite, égoïste, sensible à la flatterie, passionnée, capricieuse, versatile et obstinée, telle apparaît Christine de Suède qui va se laisser largement emporter par sa vie privée au détriment des affaires de l’Etat : « Les passions sont le sel de la vie : on n'est heureux ni malheureux qu'à proportion qu'on les a violentes ! »

Pourquoi, toute sa vie, va-t-elle afficher une antipathie pour le mariage ? Peut-être pour la raison qu’elle avance en 1649 : « Le mariage entraîne des sujétions, je ne puis déterminer le moment où je serai en état de vaincre cette répugnance. » Peut-être aussi parce que Christine, rapidement frappe ses contemporains par sa « différence » : toute sa vie, ses amours seront également partagés entre les hommes et les femmes, tel celui pour Ebba Sparre (1626-1662), qu'elle appelle " Belle " dans des lettres enflammées.

Devant le mécontentement soulevé par ses frasques et les conséquences économiques et sociales désastreuses de sa mauvaise gestion, Christine décide en 1654 d'abdiquer en faveur de son cousin Charles-Gustave, qui prend le nom de Charles X. Quelque temps après son départ, elle se convertit officiellement au catholicisme à Bruxelles.

Cela va-t-elle l’assagir pour autant ? Que nenni. Désormais souveraine sans couronne, elle voyage dans toute l'Europe, dans l'Empire, aux Pays-Bas, en France et en Italie. A Rome, en 1655, elle étonne le pape Alexandre VII en faisant une entrée fracassante en ville à cheval et en costume d'amazone. En 1657, reçue à Fontainebleau par Louis XIV, elle ordonne l'assassinat à coups de couteau, dans la galerie des cerfs du château, du comte de Monaldesco, intendant de sa maison et, semble-t-il, son amant : un crime qui scandalise nombre de ses contemporains. Elle s’en expliquera auprès de Mazarin : « Nous autres, gens du Nord, sommes un peu farouches... » ! ! !

L'âge venant, Christine va s'abandonner à de longues contemplations mystiques et dévotes proches du quiétisme. Elle mourra dans la Ville Eternelle le 19 avril 1689, à l'âge de soixante-deux ans.

Passionnée, dispendieuse, criminelle, savante, amie des plus grands érudits de son temps, telle fut Christine, qui régna sur la Suède entre 1644 et 1654. De l’autobiographie qu’elle a laissée, on pourra tirer cette phrase pleine de recul sur l’existence : « On est plus heureux pour n'obéir à personne que pour commander au monde ».

Bonne journée à tous.

Envie de (re) découvrir d'autres femmes de pouvoir ? Rencontrez Aliénor d'AquitaineMargaret Thatcher, Marie Stuart ou encore Indira Gandhi...

La Plume et le Rouleau © 2002

Et pour de la littérature emplie de mystères et de secrets, lisez La cinquième nouvelle...

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