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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1651 : LA FRONDE, quand la couronne vacille (1)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 7 Septembre 2005, 11:00am

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des Chroniques de la Plume et du Rouleau,

Le pouvoir, dans son exercice et sa conservation, est une lutte quotidienne sans merci où tous les coups sont permis.

Aujourd’hui, 7 septembre 1651, il y a 354 ans exactement jour pour jour, â l’âge de 13 ans, Louis XIV devenait officiellement majeur et apte à régner. Alors qu’il n’était même pas roi, l’adolescent avait du faire face (durant la période de sa minorité) à d’incroyables oppositions destinés à déstabiliser le trône sur lequel il était assis. Magistrats, nobles, princes, famille royale elle-même, tout le monde avait défié le pouvoir de sa mère Anne d’Autriche et même envisagé de tirer parti de l’élimination éventuelle de l’unique héritier de Louis XIII.

Alors qu’il n’était même pas roi, l’adolescent avait du faire face (durant la période de sa minorité) à d’incroyables oppositions destinés à déstabiliser le trône sur lequel il était assis. Magistrats, nobles, princes, famille royale elle-même, tout le monde avait défié le pouvoir de sa mère Anne d’Autriche et même envisagé de tirer parti de l’élimination éventuelle de l’unique héritier de Louis XIII.

Comment ? c’est ce que nous allons voir au fil d’une période fort agitée et aux intrigues complexes : « LA FRONDE ».

Revenons d’abord quelques années en arrière pour planter le décor du royaume de France durant la fin du règne de son souverain, Louis XIII (dit « le juste »), lui-même fils du bon roi Henri IV.

Le pays est alors (déjà et pour encore longtemps) empêtré dans des difficultés financières importantes consécutives au conflit dit de la « Guerre de Trente ans », onéreuse et dévastatrice. Résumons-la brièvement. Il s’agit à l’origine d’un obscur conflit purement local qui, en 1618, oppose les protestants de Bohême à l’empereur d'Allemagne et roi de Bohême Matthias, catholique. Les premiers dénient au second le titre de « roi de Bohême » pour le proposer à l'Electeur allemand calviniste Frédéric. Cette provocation conduit la Ligue des princes catholiques, conduite par Maximilien 1er de Bavière à s’en mêler. En 1620, il annexe la Bohême qui devient dès lors une propriété personnelle des Habsbourg de Vienne.

Dans la foulée, le roi d'Espagne Philippe IV de Habsbourg, catholique, reprend la guerre contre les Pays-Bas tandis que les protestants allemands, inquiets, se tournent en 1625 vers le roi Christian IV de Danemark, luthérien. Cela commence à dégénérer sévèrement. Les catholiques prennent l’avantage militaire en 1629. Pas pour longtemps car Gustave-Adolphe de Suède arrive à la rescousse des protestants pour rétablir la situation ! Après la mort de Gustave-Adolphe en 1632, sa fille Christine lui succède et la situation se stabilise par un traité de paix à Prague le 30 mai 1635. Tout se calme.

Pas pour longtemps.

Car la France de Louis XIII et de Richelieu s’alarme de la nouvelle configuration géopolitique européenne qui consacre le renforcement de l’empire des Habsbourg : grâce à ses possessions en Allemagne et en Espagne, il encercle désormais la France ! Le 19 mai 1635, le roi Louis XIII et son ministre Richelieu déclarent la guerre à l'Espagne. Le conflit s’étend et les combats sévissent dans toute l'Europe, notamment en Allemagne, que les armées de mercenaires pillent et laissent exsangue.

Pour la France, le coût du conflit est important pour un gain qui apparaît mince et la population souffre beaucoup des difficultés économiques et du poids de la fiscalité. Pour lever des impôts croissants sans souci, le roi a même supprimé le « droit de remontrance » des Parlements (tribunaux) par lequel ceux-ci pouvaient s’opposer à l’enregistrement des édits pour des raisons de forme.

Parallèlement, avançant en âge, le vieux Louis XIII est maintenant confronté au problème du jeune âge de son unique héritier Louis (futur Louis XIV) né le 5 septembre 1638 après 23 ans de mariage avec Anne d’Autriche. C’est naturellement une question d’une importance cruciale car, dans l’ombre de Louis XIII, de sombres forces complotent contre l’héritier du trône…

Richelieu meurt en 1642, le cardinal à la « main de fer dans un gant de velours » était un puissant soutien de la monarchie (contrairement au noir portrait qu’en a tiré l’imaginatif Alexandre Dumas). Sur son lit de mort, il recommande à Louis XIII un prélat français d’origine italienne, juriste et ancien militaire dans les troupes du pape, fin diplomate du nom de Giulio Mazarini… Mazarin entre alors au Conseil du roi. Il devient même le parrain du petit Louis XIV. Mais, en tant qu’étranger et protégé de l’arrogant Richelieu, Mazarin est l’objet de toutes les méfiances et cristallise, à la cour, bon nombre de rancœurs et d’hostilité.

On le dit en mauvais termes avec la reine Anne d’Autriche : une princesse d’origine espagnole (ce que son titre n’indique pas). Tenue à l’écart des affaires de l’Etat par son époux et par Richelieu, la reine a toujours détesté ce dernier qui l’avait très souvent ostensiblement humiliée. Dès lors, Anne d’Autriche est considérée comme un possible pôle de ralliement de tous les mécontents de la monarchie, voire de ceux qui intriguent contre elle. 


Louis XIIl a alors l’idée d’organiser les détails de sa succession par testament. L’ensemble des traditions que l’on nomme « lois fondamentales du royaume de France », et qui constitue une sorte de constitution coutumière avant l’heure, ne permet en effet pas de régler la question (au reste peu fréquente, dans l’histoire de la monarchie française) des modalités d’une « régence ». Ce « vide juridique » conduit donc à solliciter la validation des magistrats du Parlement de Paris. Dans pareil cas, celui-ci joue le rôle d’une sorte de « Conseil Constitutionnel » en plus d’avoir celui d’une Cour de Cassation. Or l’émergence d’un pouvoir judiciaire autonome va de pair avec l’idée qu’il existe un droit immanent auquel même le souverain doit se plier même si il est, en vertu du principe médiéval, « source de toute justice ». Au sein du Parlement de Paris, des magistrats tels que Mathieu Molé ou Omer Talon se distinguent certes par un dévouement absolu aux principes monarchiques mais aussi par un esprit d’opposition vigoureux aux menées autoritaires du pouvoir royal.

En clair, dès le XVIIème siècle, le pouvoir des juges n’attend que l’occasion de défier le pouvoir royal.

Sur ces entrefaits, Louis XIII meurt le 14 mai 1643 ! La situation va alors exiger une poigne de fer et de la séduction…

Observons l’ordre de succession au trône.

Premier dans l’ordre : Louis (le quatorzième) fils de Louis XIII, âgé de 5 ans. C'est clair.

Second : Gaston, frère de Louis XIII et duc d’Orléans, 35 ans. Drôle de personnage. 

Ainsi que le dit joliment l’historien Philippe Salvadori, Gaston d’Orléans « conspire comme il respire »… Ayant longtemps vu le monarque sans héritier, il a beaucoup comploté en vue de s’assurer des appuis dans le cas de son accession au pouvoir. Au temps du règne de son frère Louis XIII, il est même allé jusqu’à obtenir l’aide de grands aristocrates jusque-là fidèles au roi, tel le favori de celui-ci, Cinq-Mars (celui auquel Monsieur d’Artagnan recommande son fils !) ou son ami François-Auguste de Thou. Il a affronté l’hostilité de Richelieu qui ne lui a ménagé ni son mépris ni les vexations en tous genres et conçu une certaine amitié avec la reine Anne d’Autriche, elle aussi en bute aux tracasseries du cardinal.

Hélas pour lui, cultivé et raffiné mais velléitaire et paresseux, ses conjurations n’aboutissent pas. C’est que Gaston est un indécis qui préfère parfois… dénoncer ses complices afin de sauver sa tête (les complices, eux, finissent sur le billot !) C’est le cas du Comte de Chalais, malencontreusement embarqué dans la « conspiration de Chalais » (1626) : une intrigue foireuse destinée à assassiner tout bonnement Richelieu pour faire capoter le projet de mariage forcé que celui-ci nourrissait pour… Gaston avec Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier ! Même tentative, six ans plus tard qui aboutit cette fois à la décapitation du gouverneur de Toulouse, Henry de Montmorency, sur la place du Capitole (1632). A la date de la mort de Louis XIII, Gaston ne compte pas moins de quatre conjurations avortées à son actif. Plus que jamais, il voit d’un mauvais œil la présence d’un rival en couches-culottes, apparu à son grand dam tardivement et quasi-miraculeusement.

Troisième : Louis II de Bourbon, quatrième prince de Condé, 22 ans, cousin éloigné du petit Louis XIV par les rois de Navarre (au quatrième degré !) mais, techniquement, premier dans l’ordre de primogéniture et masculinité si les deux Bourbons ci-dessus en vie venaient à disparaître… Un véritable outsider, aux aguets de la succession au trône. Longtemps considéré comme un prétendant lointain et improbable, sa cote a récemment remonté...

Car, depuis la mort de Richelieu (1642), les Espagnols ont repris leurs offensives. Ainsi en mai 1643, le mois même de la mort de Louis XIII, 17 000 fantassins et 8 000 cavaliers espagnols assiègent-ils la place forte de Rocroi (nord de la France, Champagne-Ardenne) sous le commandement de don Francisco de Mello. Face à eux, justement : le jeune Louis de Condé, duc d'Enghien qui commande les troupes françaises, moins nombreuses. Celui-ci cache à ses propres soldats la mort du roi Louis XIII pour conserver intact leur moral. Puis il attaque les Espagnols par une habile tactique de guerre de mouvement des fantassins, renforcée par l’usage de la cavalerie. Et c’est gagné !

Les Espagnols perdent l'essentiel de leurs forces et pas moins de 250 drapeaux. La bataille de Rocroi met fin à la réputation d'invincibilité des «tercios», les fantassins espagnols. La bataille victorieuse de Rocroi (19 mai 1643) « couvre de lauriers le berceau de Louis XIV » suivant le mot du futur cardinal de Retz. Pour Louis de Condé, c’est la gloire : il devient le chef militaire le plus en vue du royaume. On va le surnommer « Le Grand Condé ». Irascible, ombrageux, meneur d’hommes immensément riche et maintenant auréolé de gloire militaire : quoi de mieux pour le n°3 des candidats pour le trône ?

Il n’est toutefois pas seul à attendre son heure. Car un accident est vite arrivé, surtout pour un militaire sur un champ de bataille… Et à côté de ces trois prétendants officiels, la famille dite « de Vendôme » (descendants illégitimes d’Henri IV par leur mère, sa maîtresse Gabrielle d’Estrées) n’est pas en reste. Les Vendôme forment un lobby puissant qui se verrait bien abandonner les places d’honneur pour accéder au podium… Le plus remuant des Vendôme est le duc de Beaufort : on le surnomme le « Roi de la halle » en raison de sa tenue négligée et de ses manières fort rudes, digne d’un portefaix ou d’un grossier marchand de légumes. Trop rudes. S’il se lie un temps d’amitié avec Anne d’Autriche, le duc de Beaufort va rapidement indisposer la reine par son style débraillé. N’a-t-il pas un jour bousculé les gardes pour entrer de force dans les appartements d’Anne d’Autriche, laquelle se trouvait à ce moment, dans sa baignoire ?

Les intérêts des uns et des autres pourraient bien, toutefois, s’appuyer sur le malcontentement » (comme l’on dit à l’époque) de la noblesse. Car les nobles ont le blues, et sacrément.

Originellement dévolus à la défense du Royaume (la noblesse formait l’ordre combattant, par opposition à ceux qui priaient et ceux qui travaillaient), ils en retiraient, depuis le Moyen Age, des récompenses sous la forme d’honneurs, de préséances et de pensions. Ils jouaient par ailleurs, au titre de cette garde rapprochée de la monarchie, un rôle politique de conseil et de tempérance du pouvoir royal personnel. Or, depuis la Guerre de Cent Ans, les nécessités des conflits mettent en jeu des troupes qui sont de plus en plus composés de mercenaires, moins sensibles aux sirènes du patriotisme qu’à celles des espèces sonnantes et trébuchantes. Le roi, par ailleurs, a compris depuis le XVIème siècle l’impérieuse nécessité de construire un état centralisé fort, moderne, technocratique. A ce titre, la monarchie a créé nombre d’offices (charges administratives, judiciaires et autres) dont les titulaires ont été anoblis. Quant au monarque, il a choisi des hommes de technicité pour l’entourer : Richelieu en est un exemple.

Pour l’Etat, cette évolution a été cruciale dans sa modernisation. Pour la noblesse, elle a consacré un sentiment de dévalorisation : le nombre de nobles a été démultiplié en un siècle et demi et de nombreux roturiers, simplement enrichis par le commerce, ont accédé à l’aristocratie et achetant des charges. C’est la noblesse « de robe » que l’on oppose à la noblesse « d’épée », plus prestigieuse et moins vulgaire. Cette dernière s’est vue bien souvent, pour les lignages les moins fortunés de province, contrainte à « déroger », c’est-à-dire travailler (mais oui !) pour vivre. Parallèlement à cette décadence, les nobles n’ont même pas eu l’occasion de se rapprocher politiquement du roi. Ils ont au contraire été supplantés dans ce rôle par des « favoris » choisis par le pouvoir royal sur des critères parfois discutables : Concini pour Marie de Médicis (mère de Louis XIII), Luynes ou Richelieu pour Louis XIII, Mazarin pour Anne d’Autriche…

Bref, en 1643, la noblesse à la sensation que, décidément, tout fout le camp.

Pour l’heure, s’ouvre une période de « régence » : un gouvernement temporaire en attente de la majorité de l’héritier du trône.

D’une manière générale, tout ce que la France compte d’opposants à la politique de Richelieu et qui avait pris le chemin de l’exil, croit son heure venue avec la mort de Louis XIII. On s’empresse de prendre le chemin du retour. Au vu de la rivalité entre la reine Anne d’Autriche et Mazarin, on ne donne pas cher de la peau de celui-ci. Les magistrats du Parlement de Paris, eux, se frottent les mains : la reine annonce qu’elle va tenir un conseil avec eux. C’est pour eux une occasion inespérée de devenir la première force politique du royaume. Eux qui avaient jusqu’ici la primauté intellectuelle sans avoir de réels leviers politiques (ce sont pour la plupart des « nobles de robe », loin du pouvoir royal) verraient ainsi leur rôle juridique être consacré au niveau politique. Les magistrats constituent, dans les faits, un groupe social organisé en « classe politique » ambitieux.

A côté de cela, apparaissent d’autres personnages destinés à jouer un rôle plus ou moins important tel Jean-François-Paul de Gondi (le futur – il ne l’est pas encore à l’époque – « cardinal de Retz »). Quoique ecclésiastique et docteur en Sorbonne, l’homme est aussi un mondain remuant, joueur, querelleur et fort en gueule (ci-après). « Coadjuteur » (en quelque sorte « évêque-adjoint ») de son oncle (évêque titulaire de Paris) c’est un ambitieux qui aspire à d’autres honneurs au plan ecclésiastique ou politique. C’est surtout un opportuniste, attentif aux évolutions politiques et à l’équilibre des forces. C’est en tout cas un agitateur-né.

La succession de Louis XIII s’ouvre donc dans un climat féroce : le roi est en bas âge, la reine Anne d’Autriche n’a pas tous les appuis qu’elle souhaiterait, le Premier Ministre est un nouveau (c’est Mazarin), les Parlements (tribunaux) attendent avec impatience d’user de leurs pouvoirs, les Princes de la Haute Noblesse aiguisent leurs épées dans une atmosphère de complot.
 

Anne d’Autriche se rend au Parlement en compagnie de son fils pour y tenir un « lit de justice » (procédure ordinairement dévolue au souverain pour imposer ses décisions aux juges).

Elle se montre humble et fragile. « Je viens chercher de la consolation dans ma douleur. Je suis bien aise de me servir des conseils d’une aussi auguste compagnie. Je vous prie, messieurs, de ne point les épargner au roi mon fils, ni à moi-même, selon que vous le jugerez nécessaire, en votre conscience au bien de l’Etat. »

Fort aise de tant de compliments, le Parlement s’empresse de casser le testament du roi pour faire d’Anne d’Autriche l’unique détentrice du pouvoir de régence.

Quatre heures plus tard, revenue au palais, Anne d’Autriche, qui a désormais les mains libres pour régler son compte à Mazarin, annonce alors le nom de son premier ministre.

Le Parlement de Paris est optimiste : l’attitude de la reine est encourageante. Le Parlement s’attend à un renforcement de son poids politique au détriment des ministres et des technocrates de la cour. La noblesse, également, attend beaucoup d’une reine longtemps mise sous l’éteignoir par Richelieu et qui devrait logiquement s’appuyer sur les grands aristocrates expérimentés pour gouverner.

Patatras.

C’est… Mazarin !

Stupéfaction et consternation : la reine choisissant son pire ennemi, le fils spirituel de l’infâme Richelieu, détesté de tous et surtout d’elle ! Comment est-ce possible ? Parce qu’Anne d’Autriche, femme d’Etat, l’a compris : il vaut mieux s’entourer de compétences que de copinages, c’est plus efficace. Surtout quand, de toutes façons, l’on peut limoger immédiatement tout personnage devenu importun. Les puissants du royaume en sont pour leurs frais. Madame de Cheuvreuse, bannie depuis 18 ans par Richelieu, qui venait de rentrer de Bruxelles, fait-elle un scandale en se mettant à rechercher l’appui secret du duc de Beaufort (famille des Vendôme) pour un coup de force ? Mazarin la menace aussitôt d’un nouvel exil. S’entourant d’une garde rapprochée, il reprend la situation en main. Louis XIII est mort, rien n’est plus comme avant mais, en réalité, rien n’a changé !

La haute noblesse, sous l’impulsion de l’infatigable Gaston d’Orléans, frère de feu Louis XIII, et avec l’appui de la famille des Vendôme, envisage alors une nouvelle fois d’assassiner Mazarin. C’est la « Cabale des Importants ». Mais ce complot d’opérette est lamentablement éventé. Le duc de Beaufort est arrêté puis enfermé au château de Vincennes.

Le pouvoir est maintenant solidement tenu par Anne d’Autriche et Mazarin qui nomment des hommes de confiance aux postes-clé du pouvoir. En d’autres termes, le couvercle est solidement vissé à la cocotte. Mais cela n’empêche pas la température de monter…

Dans les premières années de la régence d’Anne d’Autriche, Mazarin et celle-ci cherchent alors à mettre un terme à l’interminable et coûteuse Guerre de Trente ans qui, malgré la défaite des Espagnols à Rocroi en 1643, n’est pas terminée. La situation financière du royaume est en effet difficile : en 1643, les recettes fiscales des années 1643, 1644, 1645 et 1646 sont déjà dépensées ! Les armées, pourtant en campagne, ne sont pas payées et Gaston met pompeusement en garde contre « la sédition du ventre, la pire de toutes ! » (le sien, lui, est plein, évidemment).

On envisage d’accroître le poids de la fiscalité bien que la taille, le principal impôt, ait déjà augmenté de 33 % en 4 ans (elle avait doublé sous le ministère de Richelieu alors que, pourtant, il n’y avait pas d’inflation). Cela ne suffit pas. Mazarin prend alors des mesures très impopulaires en décidant de taxer les parisiens aisés sur leurs maisons et leurs marchandises. Le Parlement regimbe : la pression fiscale est déjà lourde et le gouvernement ne fait qu’ajouter au mécontentement populaire. 

Dans un premier temps, la reine tergiverse avant d’indiquer qu’elle accepte les propositions des magistrats. Elle est en difficulté. A l’intérieur, le peuple gronde et les magistrats contestent le pouvoir. Sa situation politique est délicate. La couronne vacille tandis que les aristocrates observent la lutte de pouvoir sans prendre parti. A l’extérieur, la France est engluée dans une guerre sans issue avec l’Espagne et, de nouveau, les deux pays s’apprêtent à une nouvelle bataille dans le nord de la France, à Lens.

L’homme est en effet fort actif : il propose même au prince de Condé de prendre la tête de la Fronde. Celui-ci refuse : « Je ne peux me résoudre à devenir le général d’une armée de fous » répond-il ! Vous l’aurez noté : l’argument est purement tactique. Condé ne refuse pas pour défendre le trône, il refuse parce que cette révolte ne sert pas ses intérêts…

A l’extérieur, en revanche, la situation se calme : Mazarin signe les Traités de Westphalie qui laisse l’Allemagne morcelée en de multiples états et principautés : le 24 octobre 1648, c’est la fin de la Guerre de Trente ans.

La Fronde, pourtant, va s'étendre...

C’est de ce côté que va peut-être venir le salut d’Anne d’Autriche : le 21 août 1648, à Lens, le Prince de Condé écrase une nouvelle fois les Espagnols ! Ce succès militaire donne des ailes à Anne d’Autriche : elle fait arrêter le principal meneur de la révolte du Parlement : Broussel, personnage particulièrement populaire. Elle pense reprendre la situation en main par la force.

Grave erreur. Les gardes venus arrêter Broussel sont malmenés par la foule alertée. Le fourgon cellulaire est renversé deux fois et c’est à grand’peine qu’il peut repartir. Le peuple crie « Vive le roi ! Liberté à Broussel ! »

« Vive le roi » ? Notre esprit contemporain binaire s’en étonne. En réalité, comprenons-le bien, nous entrons là dans une des multiples contradictions qui vont émailler les engagements politiques des protagonistes des évènements : la Fronde n’est pas une révolution avant l’heure, c’est une révolte contre les excès d’un régime qui nécessite des réformes mais que personne ne veut abattre. Toutes les composantes de la population appellent ces réformes. Mais personne ne se met d’accord sur leur nature. La Fronde, c’est un psychodrame typiquement franco-français, une rébellion anti-fiscale, une jacquerie politique, un tourbillon de forces politiques aux intérêts divergents qui vont se croiser au travers d’intrigues d’une grande complexité. La Fronde, c’est un soulèvement que nul ne maîtrise ni ne canalise et où les uns et les autres vont plusieurs fois changer de camp.

Pour les parlementaires, il s’agit même davantage d’un débat théorique qu’une lutte politique au sens concret du terme. Les magistrats sont tous hommes de culture et de vastes connaissances. Ils s’exaltent à comparer la France au royaume despotique de Perse. Ils se perdent en débats intellectuels brillants mais inutiles. En fait, ils ont fomenté une grave agitation contre le régime alors même qu’ils ne veulent pas abattre celui-ci. Cette contradiction originelle va peser lourd.

Mais pour l’heure, ça chauffe dans les rues de Paris : le couvercle de la cocote a sauté et c’est une insurrection en règle qui a lieu. Du 27 au 28 août 1648, Paris se couvre d’un millier de barricades. La foule menace le Palais-Cardinal (futur Palais-Royal). Elle s’en prend même aux frondeurs modérés qui tentent d’apaiser les esprits échauffés. Le magistrat Mathieu Molé et l’ecclésiastique Gondi, futur cardinal de Retz, sont ainsi pris à parti violemment par la populace déchaînée qui leur reproche leur tiédeur.

L’ambiance est électrique. Les pamphlets circulent et agitent les esprits. On y met en scène des concepts nouveaux très éloignés de la société d’ordres traditionnelle : « le peuple », « la robe », « les bourgeois ». Les clivages transcendent les catégories traditionnelles, ce sont de nouveaux regroupements sociaux qui s’opèrent.

Devant l’émeute, Anne d’Autriche courbe l’échine : elle libère Broussel qui est porté en triomphe à Notre-Dame où une messe a lieu pour célébrer l’événement. Puis la famille royale quitte prudemment la capitale pour Rueil (aujourd’hui Rueil Malmaison) où elle s’installe le 12 septembre 1648. Les mois qui suivent traduisent le flottement du pouvoir où toutes les décisions sont en panne. Anne d’Autriche est particulièrement vindicative vis-à-vis de l’ecclésiastique Gondi, qui excite les insurgés pour mieux servir son ambition personnelle d’accéder à la dignité de cardinal.

Nous sommes maintenant à la fin 1647 et Mazarin a cependant une autre idée :  ? Leur vente permettrait de faire rentrer de l’argent dans les caisses ! Cette initiative la va mettre le feu aux poudres. On va passer de la grogne à la « Fronde », c’est-à-dire la contestation ouverte et tangible de l’ordre établi.

1648 : l’embrasement

Naturellement, une telle initiative soulève l’indignation du Parlement de Paris, alarmé d’une telle dévalorisation de la profession d’hommes de loi pour des motifs bassement financiers. Il refuse d’enregistrer les édits. Mais, en juristes avisés, les magistrats savent que la reine peut passer outre et les obliger à s’incliner en utilisant la procédure solennelle du « lit de justice ». Cette cérémonie peut être utilisée par le monarque pour imposer sa volonté aux magistrats dans le cadre d’une cérémonie grandiose et pompeuse incluant la présence des « princes du sang » (la famille royale). Anne d’Autriche entend soumettre le parlement par la force. Mazarin, prudent, l’invite plutôt à rechercher un compromis. Car si un roi peut imposer un lit de justice au Parlement grâce à son prestige de personnage sacré, une simple régente n’a pas la même stature politique, spécialement si elle tient son pouvoir de ce même Parlement...

Le 15 janvier 1648, la régente tient un lit de justice. Le lendemain, le Parlement annule les décisions de ce lit ! C’est l’épreuve de force. La régente hésite. Les magistrats s’enhardissent alors et, le 13 mai suivant, réunissent illégalement l’ensemble des cours souveraines (Parlement, Chambres des Comptes, Cours des Aides, Cours des Monnaies) en une seule assemblée unique qu’ils dénomment « Chambre Saint-Louis ». Avec une audace incroyable, ils rédigent ensemble une charte de 27 articles (l’« acte d’union ») qui demande non seulement une baisse des impôts mais, surtout, diverses réformes de fond du régime. En clair, il s’agit de poser les fondements d’une monarchie tempérée par le pouvoir judiciaire. » qui, on s’en doute, bénéficie d’une large soutien populaire en raison de son volet fiscal.

Cela va-t-il réussir ?

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