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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1679 : LOUIS XIV déploie l'arsenal face aux EMPOISONNEUSES

Publié par La Plume et le Rouleau sur 8 Avril 2002, 11:59am

Catégories : #Crimes & affaires judiciaires

Mes Chers Amis,

« Une justice exacte, sans aucune distinction de personne, de condition ni de sexe », voici ce qu’exige Louis XIV en signant l’acte instituant le tribunal de la « Chambre de l’Arsenal » le 7 avril 1679.

Sous un Ancien Régime marqué précisément par une justice séparée selon l’ordre, la corporation ou la condition, une telle mesure créant un tribunal d’exception apparaît elle-même exceptionnelle. La Chambre de l’Arsenal est en effet un tribunal créé spécialement pour éclaircir une affaire aussi importante qu’obscure et inquiétante.

De quoi s’agit-il ? D’un épisode parmi les plus incroyables du « Grand Siècle », une affaire judiciaire où sorciers, mages, alchimistes et devineresses côtoient les plus grands personnages de la Cour du Roi, tandis que la fine fleur de l’aristocratie n’hésite pas à courir les bas quartiers de Paris pour y assister à des messes noires. Les morts suspectes s’additionnent, le roi serait-il lui-même menacé par un complot ?

Vice, meurtres et intrigues composent le cocktail de la chronique historique ce jour, qui traitera de la sombre et fameuse « Affaire des Poisons ».

Depuis quelques années déjà, en cette fin du XVIIèmes siècle que la postérité surnommera « Le Grand Siècle », l’empoisonnement est une activité « à la mode » : c’est la marquise de Brinvilliers qui en a lancé, si l’on peut dire, la popularité. Après avoir sciemment assassiné son père, ses frères, ses soeurs et ses beaux-frères afin d’hériter à leur place, elle a fini décapitée puis brûlée en place de Grève (l’actuelle Place de l’Hotel de Ville de Paris) en juillet 1676.

Mais la drôlesse a fait école : quelques semaines plus tard, Madeleine Gueniveau dite la « demoiselle de La Grange » est arrêtée pour avoir, avec la complicité d’un ecclésiastique, le curé Nail, empoisonné le notaire avec lequel elle vivait en concubinage. Elle révèle le réseau de connaissances qui lui ont fourni du poison. Parmi celles-ci, le chevalier Louis de Vanens qui, accessoirement, fabrique également de la fausse monnaie ou encore Catherine Deshayes (appelée « La Voisin »), tueuse, empoisonneuse, accoucheuse et avorteuse, diseuse de messes noires, envoûteuse et devineresse de l’avenir.

Les limiers du roi Soleil remontent ainsi la filière d’un obscur milieu d’enchanteurs et d’alchimistes qui, au motif de chercher à transmuter le plomb en or, font librement commerce de substances toxiques et dont les clients sont plus nombreux qu’on ne le croyait. Au fil des interrogatoires, on découvre que ce n’est pas seulement de maris jaloux ou d’amants encombrants dont il est question de se débarrasser, c’est aussi tout simplement… du Roi ! ?

Au printemps 1679, l’enquête est alors confiée à Nicolas de la Reynie, lieutenant de police de Paris, sorte de juge d’instruction de l’époque. La conviction de celui-ci s’appuie sur la découverte d’un billet anonyme où il est écrit (peu de gens savent écrire à l’époque) de déposer de la poudre sur « le mouchoir de qui vous savez ». La Reynie a pour mission de ne pas se laisser impressionner par qui que ce soit et décrète la « prise de corps » de personnages prestigieux de l’aristocratie (la comtesse de Soissons et la marquise d’Alluye s’échappent), embastille le Maréchal de Luxembourg et cite à comparaître Marie-Anne Mancini, propre nièce de Mazarin. Un instant, même Racine est soupçonné d’avoir empoisonné sa maîtresse.

C’est la psychose.

Le 22 février 1680, La Voisin périt sur le bûcher. Quelque temps plus tard sa fille, Marie-Marguerite révèle à Nicolas de la Reynie que l’officine de sa mère était fréquentée par… la femme de chambre de Madame de Montespan, maîtresse favorite du Roi. Celle-ci aurait-elle décidé de se débarrasser tout bonnement du monarque ?

L’été 1680 se passe dans la fièvre et la suspicion et, le 30 septembre 1680, une empoisonneuse interrogée par la police, « La Filastre », avoue avoir confectionné une poudre destinée à tuer Mademoiselle de Fontanges. Qui est Mademoiselle de Fontanges ? La nouvelle maîtresse dont le roi s’est entiché, délaissant ainsi la Montespan qui est folle de rage et de dépit. Serait-ce elle qui aurait payé des sorcières pour envoûter le Roi et le faire revenir vers elle, tandis qu’elle se débarrassait d’une rivale ?

De politique, l’affaire prend une tournure (bassement ?) passionnelle et met donc en scène des femmes de la cour qui s’entredéchirent pour un amant. Face au scandale, Louis XIV suspend temporairement les investigations de la Chambre de l’Arsenal. En décembre, il ordonne que les pièces concernant sa maîtresse soient même retirées du dossier d’instruction.

Colbert, contrôleur des Finances du Royaume et dont on se demande bien ce qu’il vient faire dans cette affaire, rédige alors un long mémoire qui sert, comme par hasard, les intérêts du roi et permet de calmer les esprits. Selon lui, la Montespan est innocente pour 3 raisons.

- D’abord, les messes noires et la magie sont des pratiques absurdes qui n’existent pas : les faits qui lui sont imputés relèvent donc de l’obscurantisme et de l’ignorance.

- Ensuite, les témoins ne sont pas fiables : comment croire aux dénonciations de charlatans qui prétendent voir le diable et de diseuses de bonne aventure qui prétendent prédire l’avenir ?

- Enfin, les « preuves » sont suspectes : comment ajouter foi à des aveux extorqués, pour la plupart, sous la torture ?

En mai 1681, la Chambre de l’Arsenal reprend néanmoins ses activités, mais sans s’en prendre à la Montespan. En quelques mois, elle expédie l’instruction : au terme des 810 séances et des 3 ans qu’aura duré celle-ci, le tribunal acquitte 30 personnes, en emprisonne 319, en envoie 4 aux galères, en condamne 34 au bannissement ou à une amende, et prononcent 36 condamnations à mort.


Affaire réglée.

La nouvelle favorite devient Madame de Maintenon qui imprime à la cour (c’est un comble)... une atmosphère dévote.

En juillet 1682, le roi Louis XIV clôt l’affaire par un édit sanctionnant le crime d’empoisonnement (réservant la manipulation des substances dangereuses aux seuls chimistes ou apothicaires), fustigeant les devins et prétendus magiciens auxquels le roi ordonnent de déguerpir du royaume au lieu d’abuser de la crédulité des « esprits faibles » et reléguant toutes les « sciences occultes » au rang des superstitions.

Le « Grand Siècle » s’achève donc sur le scepticisme et la raison, que le siècle suivant, celui des « Lumières » va définitivement faire triompher.

Vraiment ? Remarquons pourtant qu’aujourd’hui l’astrologie tient salon et rassemble un public nombreux et que, jusqu'en 1988, une diseuse de bonne aventure d’un magazine télé conseillait
le chef de l’Etat français de l'époque.

Voltaire, au secours…

Bonne journée à tous.

Cela ne fut pas la seule affaire judiciaire qui défraya la chronique de l'Ancien Régime : découvrez l'incroyable
"Affaire du Collier" ! Tout cela n'empêcha pas le roi Soleil d'être souvent malade...

La Plume et le Rouleau © 2002

Commenter cet article

jerome 16/01/2010 14:45


félicitation pour votre blog c'est l'un des meilleurs que j'ai pu consultais a ce jour passionnai sur l'histoire de france ceci me ravit bonne continuation et merci


Hervé 22/01/2010 10:04


1000 mercis pour votre encouragements


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