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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1764 : GEVAUDAN, cherchez la BETE...

Publié par La Plume et le Rouleau sur 26 Mars 2001, 12:24pm

Catégories : #Histoires extraordinaires & énigmes

Mes Chers Amis,

Il ne fait pas chaud aujourd’hui, hein ?

C’est aussi ce que se disaient les habitants du Gévaudan (un ancien comté qui correspond à la Lozère, l'Auvergne, le Rouergue et le Vivarais) qui, après la battue infructueuse (et rassemblant pourtant les hommes de plus de cent villages de la région) de février 1765, voient arriver dans le pays les Denneval père et fils, les plus célèbres louvetiers de l’époque.

Car on est persuadé qu’un loup, un loup d’une taille et d’une force extraordinaires, ravage la région depuis ce jour de juin 1764 (le 30) où Jeanne Boulet, une enfant de 14 ans, fut attaquée sauvagement et laissée morte alors qu’elle gardait son troupeau.

Depuis, la liste des morts s’est allongée. Emues, les autorités ordonnent de gigantesques battues : de nombreux loups son abattus. Mais les massacres continuent. Et les victimes, heureusement, commencent à échapper aux attaques du monstre, qui subit quelques échecs dans ses tentatives. Les témoins parlent alors et décrivent un animal de grand taille, de couleur fauve, une tache blanche sur le poitrail, une raie noire sur le dos, une gueule énorme, une agilité et une puissance gigantesques.

Un loup ? Un lion ? Ou… autre chose ?

Car les battues ne donnent rien. La « Bête », comme on commence à l’appeler, passe à travers les mailles du filet. Elle tue là où on ne l’attend pas. Se déplace plus vite qu’un cheval. Attaque à l’imprévu, parfois deux jours de suite, parfois avec plusieurs semaines d’intervalles. Mais toujours de la même façon : des victimes faciles, femmes, adolescentes, jeunes garçons, qu’elle dévore partiellement de façon abominable avant d’en laisser le cadavre affreusement défiguré, scalpé, mutilé, décapité parfois.

La terreur commence à régner, on se mobilise, on se terre dans les villages, on prie. Car c’est sûr, la « Bête », insaisissable, impitoyable est sûrement d’origine diabolique !…

Le bruit a dépassé les frontières de cette région reculée du royaume de France et est parvenu jusqu’aux royales oreilles de Louis XV. Toute la cour bruisse de cette histoire incroyable : une bête fantastique ravage une région. L’affaire n’est pas vraiment du goût de Louis XV qui tolère mal la peur semée par l’animal sur ses terres. D’autant que dans cette affaire, les soldats envoyés sont d’une inefficacité patente : la gigantesque battue du 7 février 1765 voit les chasseurs rentrer bredouilles. Que des paysans soient croqués, passe encore. Mais que la puissance royale ne soit plus respectée et que les forces de l’ordre soient ridiculisées, ce n’est pas acceptable.

Louis XV reçoit l’offre de concours d’un dénommé Denneval. Il est le plus célèbre louvetier du royaume, retiré sur ses terres normandes après le « palmarès » de 1200 animaux morts à son « actif »…

Denneval se rend en Gévaudan. Il commence par examiner les traces, nombreuses de l’animal, spécialement en ces temps d’hiver et de neige. Son opinion est vite faite : l’animal n’a rien de diabolique ou de surnaturel, c’est bien un loup. Un loup de grande taille, à l’évidence, d’un comportement, d’une ruse et d’une férocité inhabituels, certes. Mais un loup. Un animal bien terrestre, fait de chair et d’os. Et le loup, il connaît.

Face à un animal apparemment d’une intelligence rare, il récuse toutes les méthodes employées : battues, empoisonnement, pièges… Denneval préfère partir seul en chasse avec son fils et ses chiens dressés. Pendant des semaines il suit les traces, remonte la piste, guette, se dissimule, se met à l’affût silencieusement. C’est un vrai professionnel, aguerri et patient.

Mais, las, il n’obtient aucun résultat. Il ne parvient pas à débusquer l’animal, qui continue ses ravages.

Louis XV est furieux. Il dépêche alors sur place son porte-arquebuse personnel, Antoine de Beauterne, accompagné de 14 garde-chasse et de 4 chiens de la louveterie royale. Et il attend des résultats. Car les massacres continuent.

Beauterne est un gars méthodique qui choisit de ne pas battre la campagne mais de poster des tireurs à l’affût en plusieurs points. Il quadrille ainsi la région en attendant que la Bête se trouve dans la ligne de mire…

Et le 21 septembre 1765, dans le bois des Dames de l'abbaye royale des Chazes, en Auvergne, Beauterne abat de sa propre main un énorme loup qui s’avançait vers lui. LE loup. LA Bête. Car tous le reconnaissent : c’est l’animal. Et quel animal : 1,90 mètre de long et 65 kilos (un loup en pèse ordinairement une vingtaine) ! le roi est content, l’animal est embaumé et présenté à Versailles. Beauterne est décoré. Il a bien mérité de la satisfaction du roi car, évidemment, les attaques cessent alors. C’est l’allégresse et la délivrance.

Ouf !

Mais en décembre, de nouvelles attaques ont lieu : deux femmes sont attaquées, un enfant blessé et une fillette tuée. Que se passe-t-il ?

Du côté des autorités, rien. L’affaire est classée : ces attaques n’ont rien à voir avec les précédentes. Ce sont de simples attaques de chiens errants, voilà tout. Mais la liste des victimes s'allonge. 1766 se passe.

Nous sommes maintenant à l’été 1767, cela fait maintenant 3 ans qu’un criminel mystérieux ravage la région . Plus de 150 attaques ont alors été commises. Le 19 juin 1767, un dénommé Jean Chastel, tue un loup, un loup là aussi extraordinaire. Mais moins extraordinaire que l’autre : 55 kgs « seulement »…

Et là, hormis d’inévitables faits divers que l’on imputera à la « bête », les crimes vont véritablement cesser. L’affaire est terminée. Mais non résolue car, bien sûr, elle est apparue à de nombreux observateurs comme un intéressant objet d’étude (+ de 1000 livres en tout en 2 siècles). Catalyseur des peurs en tous genres, à commencer par celui du loup lui-même, la « Bête » est une réponse commode, entière et immédiate à toutes les angoisses qui assaillent l’homme face à la nature. Mais comment se fait-il que les massacres aient commencé un beau jour de juin, sans rien auparavant ?

De nombreux zoologistes s’intéressèrent à la question. On évoqua (le corps de l’animal ayant été perdu) des animaux réels (croisé de chien voire de fauve avec un loup), échappés d’un endroit où ils étaient retenus prisonniers (ce qui explique leur irruption soudaine dans la région). Les hypothèses se heurtèrent rapidement à des contradictions insolubles : un animal exotique (genre léopard ou lion) ne pouvait survivre en plein hiver, quant au loup lui-même il n’attaque (contrairement aux peurs populaires et aux allégations de bergers) que les animaux et rarement l’homme (qu’il craint), ou alors dans des cas de famine extrêmes. Plus intéressant à noter : sur le moyen terme (3 ans) le style des agressions avait évolué, évolution peu compatible avec le comportement d'une espèce sauvage. Car certaines victimes (15) furent retrouvées décapitées…

Progressivement, et spécialement au début du XXème siècle où se développèrent la criminologie et la psychologie, se développa la thèse de l’existence de plusieurs tueurs supplémentaires, attaquant, eux, sans laisser de survivants, des victimes choisies parmi les plus faibles : jeunes bergères, jeunes garçons et déchaînant leurs instincts meurtriers à l’abri de l’explication, facile, d’une « Bête » mystérieuse …

On peut naturellement mettre de côté les hypothèses extra-terrestres ou les élucubrations (trouvées sur le Web) du genre « assassin solitaire, véritable loup-garou, sorte de Jack l'Eventreur avant l’heure, qui aurait été l'ancêtre d'un des derniers présidents de la République » (sic) (le site Internet ne précise cependant pas de quel président il s’agit ! ! !).

Le débat ne peut en fait, faute de preuves matérielles aujourd’hui disparues, être définitivement tranché. On peut dire que globalement, les hypothèses sérieuses tournent autour de la présence effective d’animaux réels (les loups de grande taille qui furent abattus), mais aux forfaits desquels on pourrait ajouter ceux de chiens errants. A ces animaux on peut en outre sérieusement envisager d’ajouter la présence de criminels bien humains, véritables serial killer du Moyen-Age, qui auraient saisi l’occasion de ce contexte pour laisser parler une folie meurtrière que n’importe quel médecin légiste actuel identifierait facilement mais que leurs contemporains, terrorisés, continuaient d’attribuer à un animal.

Finalement, cherchez la Bête, vous finirez par trouver l’Homme… Une telle conclusion était-elle de nature à vraiment vous étonner ?

Bonne journée à tous

D'autres tueurs en série ? (Re)découvrez Landru !

La Plume et le Rouleau (c) 2001

Pour d'autres mystères à lever et des secrets à percer, lisez La cinquième nouvelle...

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