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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


- 52 : Les GAULOIS, peuple méconnu

Publié par La Plume et le Rouleau sur 21 Septembre 2004, 12:35pm

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

Retrouvons-nous en l’an – 52 avant JC.

A cette date, toute la Gaule est occupée. Toute ? Non. Un village fortifié, entouré de camps retranchés romains, résiste encore et toujours à l’envahisseur… Ce village, c’est le village d’A… ? d’A… ? d’A… 


D’Alésia, évidemment. PREMIERE ERREUR de votre part. Ce ne sera pas la dernière.

Et
il s’y livre un siège qui, compte tenu des forces engagées (50 000 combattants environ de part en d’autres, sans compter une armée de secours gauloise comprise entre 80 000 et 100 000 hommes), sera le point culminant de la campagne militaire débutée six ans plus tôt, en – 58 av JC, et menée par l’ancien consul et désormais gouverneur de la Gaule cisalpine et transalpine : Caïus Julius César. Et cette bataille décisive va décider du sort de ce qui est aujourd’hui la France, la Belgique, les Pays-Bas et une partie de l’Allemagne. Et dans cette bataille, les Gaulois, malheureusement, ne disposent d’aucune potion magique…

Mais, direz-vous, où est la surprise ? Cette histoire nous est déjà connue... Elle est même rebattue ! Elle s’étale complaisamment dans tous les livres d’histoires et les rayons de nos bibliothèques.

Nous savons tous que les Gaulois étaient de fiers et sympathiques guerriers moustachus, batailleurs, indisciplinés, ripailleurs et rigolards

Ci-dessus les habitants du célèbre village de Goscinny et Uderzo.

Bref, nous croyons tout savoir sur les Gaulois. Mais c’est sans doute que nous avons lu trop de BD. Car les Gaulois, Alésia et César furent en réalité sensiblement différents de ceux de nos lectures favorites. Hélas ?

Balayons d’abord LA MYTHIQUE « GAULE » QUE NOUS CROYONS CONNAITRE. Comme nous le montre César au chapitre I.1 de « Bellum Gallicum » (dont il va cependant falloir se méfier, nous l’allons voir ultérieurement), il n’y a pas UNE GAULE mais DES Gaules et donc DES Gaulois. Les auteurs anciens utilisaient le terme « Gallia » pour qualifier un concept géographique couvrant 2 000 kms d’ouest en est, de la petite Bretagne à l’actuelle Hongrie. Cet espace est dominé par des populations (8 à 10 millions environ) d’origine celtes, qui l’ont colonisé depuis – 400 environ.
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Il y a ainsi grosso modo 3 Gaules : la Belgique (Nord / Nord-Est), l’Aquitaine (Centre / Sud-Ouest), la Gaule celtique (Ouest / Centre / Est / Sud-Est). Toutes trois sont fortement influencées par d’autres populations : ibériques, ligures (italiennes), basques... Dans cet espace, le Rhin n’est pas une frontière mais une voie de communication. Quant à la langue, elle se divise en quatre rameaux : Italie du nord, Espagne, Gaule proprement dite et Bretagne (dont dérivent les actuelles langues « celtes » : gallois, breton, irlandais). La Gaule n’est donc pas cantonnée à la France : elle est large comme l’Europe. Elle n’est pas tant composée de tribus que de véritables peuples. Elle ne recouvre pas les entités politiques modernes et est au contraire « trans-nationale », si l’on peut employer cette expression, abusive au sens historique.

Pour ceux qui pensaient que les « Gaulois » étaient séparés des « Germains » par le Rhin : un point en moins…

La Gaule est donc un espace ouvert au commerce, aux déplacements et aux communications, contrairement à l’idée que l’on s’en fait généralement. Les Gaulois utilisent ainsi, dans leurs inscriptions, outre leur langue (rarement il est vrai), l’étrusque, le grec et le latin, parce qu’ils l’utilisent fréquemment sur le plan commercial. Ce fractionnement, reconnaissons-le, favorise toutefois des guerres régulières que le conquérant romain n’omettra pas de stigmatiser : Eduens et Séquanes s’affrontent ainsi régulièrement pour le contrôle des péages fluviaux sur la Saône. Au plan de l’espace, si les Gaulois habitent dans des villages, il existe néanmoins des places fortes (« oppida » en latin) qui constituent des points de regroupements militaires et commerciaux, témoignent du pouvoir politique qui existe dans la région et cohabitent avec de nombreuses fermes isolées. La Gaule n’est pas un pays constitué de denses forêts de chênes peuplées de sangliers qui y vagabondent : c’est un pays cultivé et, dans le quart nord-ouest, il y a ainsi d’importants espaces agricoles que séparent des forêts où prédominent plutôt les espèces de petite taille (noisetier, bouleau).

SI VOUS PENSIEZ QUE LA GAULE ETAIT UN PAYS ARRIERE et sauvage parsemé de villages sympathiques comme ceux d’Astérix : VOUS EN ETES POUR VOS BRAIES. Je veux dire pour vos frais…

Les Gaulois aiment toutefois les banquets, ça c’est vrai, notamment parce qu’ils sont l’occasion de festivités destinées à montrer le pouvoir politique de ceux qui les organisent et parce c’est l’occasion pour ces derniers d’y faire des cadeaux et d’y distribuer des largesses qui vont renforcer les liens de clientélisme. Mais l’on n’y mange pas de sanglier : on y mange plutôt du boeuf et du porc, de la volaille et aussi… du chien ! L’on y boit certes de la cervoise (produite à base d’orge fermenté) mais la boisson préférée des Gaulois, quoique très onéreuse et donc plus rare, est… le vin, importé d’Italie à grands frais par les plus fortunés.

LES MAISONS SONT EN BOIS ET CERTAINEMENT PAS EN PIERRE DE TAILLE, tout du moins jusqu’à l’époque romaine. Ne parlons pas des menhirs dont l’érection est bien antérieure aux Gaulois (Carnac date de l’âge du bronze soit environ - 5000 av JC). Quant aux dolmens en revanche, s’ils sont bien gaulois, ils ne furent jamais des tables de pierre telles qu’on les voit aujourd’hui (et encore moins dans les albums d’Astérix) : ils sont à l’époque enfouis sous des buttes de terre (« tumuli ») dont la vocation est funéraire.

Et POUR CE QUI EN EST DES DRUIDES, nous sommes là, carrément, dans le registre des projections fantasmatiques. Les témoignages sont rares (le grec Posidonius, Pline et César, pour l’essentiel) : nous ne possédons aucune trace contemporaine picturale sur leur costume, leurs rites et leur liturgie. En fait, les chercheurs sérieux actuels pensent que les druides n’étaient pas des prêtres mais plutôt des aristocrates choisis pour exercer une charge juridique ou politique. Laissons donc à leurs cérémonies grotesques les agités de la marmite à potion qui se réunissent en robe blanche à Stonehenge ou en forêt des Carnutes pour célébrer le solstice d’été…
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Quant aux coutumes, enfin, sachez que LES GAULOIS N’ONT JAMAIS HISSE LEURS CHEFS SUR UN BOUCLIER : il s’agit là d’une COUTUME FRANQUE, postérieure de plus de 600 ans ! Les cheveux longs évoquent la coutume des rois mérovingiens. Quant aux moustaches : elles ne reposent sur aucune description issue d’une source historique ! Tout cela est pur divagations !

Vous en conviendrez, en guise de conclusion de cette première partie : notre IGNORANCE des populations gauloises est grande. POURQUOI ? Parce que nous payons le prix d’une double manipulation mentale : 
-
celle de ce sacré Jules César 
-
et celle des honorables pères fondateurs de la IIIème République.

César, à l’époque, est le principal chef militaire et politique de son Etat : Rome. En – 58, il partage toutefois le pouvoir avec Pompée. Une telle dyarchie ne peut évidemment perdurer quand elle réunit deux hommes aussi puissants, riches et ambitieux. Pour prendre l’avantage, Pompée a choisi de rester à Rome et d’y développer son influence. César, lui, a choisi de se doter d’une stature militaire en prenant prétexte d’un déplacement des populations helvètes pour lancer ses troupes dans le nord de la Gaule (le sud, en-deçà d’une ligne Genève – Marseille – Bordeaux, est déjà conquis et s’appelle la « Transalpine »). Mais quelle justification offrir à cette expédition coûteuse dont la finalité économique (la Gaule est un espace d’échanges) et politique (de nombreuses tribus sont alliées à Rome) n’est pas claire ? César doit s’expliquer devant son peuple et devant les électeurs.
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Car si Rome est LA puissance impérialiste de cette époque, si elle domine économiquement et politiquement toute la Méditerranée sur laquelle son hégémonie est sans partage, depuis qu’elle a écrasé Carthage deux siècles plus tôt, Rome est également une démocratie (ou se veut telle) : ses dirigeants sont élus et ne disposent que d’un mandat à terme défini. Que les classes moyennes (versatiles) soit mécontentes et c’en est fini des ambitions de Jules César. Or, que veut l’électeur romain ? C’est simple : être tranquille, continuer à manger à sa faim (le blé est gratuit, dans la Ville Eternelle, grâce aux spoliations effectuées dans les territoires dominés, notamment l’Egypte) et sentir qu’il domine le monde alentour, lequel n’est évidemment constitué que de barbares incultes.

Et c’est bien la propagande que César va mettre en oeuvre, au mieux de ses propres intérêts. Résumons rapidement : à partir de – 58, César lance une offensive à l’intérieur de la Gaule pour y unifier l’autorité politique au bénéfice des armées romaines. Il s’aide en cela des alliances et des traités passés avec diverses tribus. Tantôt il s’allie à l’une pour soumettre les autres, tantôt il renverse les alliances au gré des nécessités militaires. En – 52, après 6 ans de guerre, la situation de César empire (jeu de mots !) : il doit en effet faire face à un soulèvement coalisé de tribus, placé sous le commandement d’un chef arverne du nom de Vercingétorix. Après une défaite à Gergovie, César mets le siège devant le site d’Alésia où Vercingétorix s’est retranché. Au terme de deux mois d’affrontements, Vercingétorix rend les armes. César peut alors rédiger ses mémoires et rentrer à Rome faire un « triomphe » : un défilé au long duquel la foule peut ovationner les soldats et admirer les trésors rapportés et les vaincus enchaînés.
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Et en fait de mémoires, César va être un redoutable propagandiste de sa propre cause : il dépeint la Gaule sous les traits les plus obscurs et les plus archaïques, la dépeignant comme un pays fermé sur lui-même, peuplé de tribus barbares et querelleuses qui y font régner une insécurité permanente et pratiquent les sacrifices humains (en fait, à l’époque de César, ces pratiques ont cessé depuis 150 ans déjà) : le Romain de la rue est donc persuadé des bienfaits de la civilisation que cette conquête brutale apporte à cette population sous-développée. Pour décrire celle-ci, César simplifie le tableau : la Gaule s’arrête au Rhin, au-delà, c’est la Germanie ; les Gaulois se divisent en trois castes : les chevaliers, les druides et les esclaves. César offre donc à son lecteur un univers bien cadré, bien balisé intellectuellement et où il donne le beau rôle à Rome, puissance hégémonique à laquelle revient naturellement et légitimement le droit d’imposer ses valeurs aux autres peuples (cela me rappelle vaguement quelque chose)…

Et c’est sur ce discours que la IIIème république, à partir de 1870, va embrayer. Rompant avec la tradition de l’Ancien Régime qui avait délibérément ignoré les populations pré-chrétiennes, la République Française, traumatisée par la guerre franco-prussienne de 1870 et l’annexion de l’Alsace-Lorraine, va grossir le trait.

Oui, l’Histoire démontre que la frontière naturelle de la France est bien le Rhin : l’odieuse annexion prussienne est donc illégitime et justifie le thème de la Revanche. Oui, la France est un pays structurellement divisé et indiscipliné : elle l’a payée cher par la défaite d’Alésia même si, reconnaissent les manuels d’Histoire, cette division a abouti in fine au brillant apport de la civilisation romaine en Gaule (ce qui a fait défaut à la Germanie, resté dans l’obscurantisme des coutumes teutonnes). Conclusion : unissons-nous et refusons la reddition jusqu’au retour à la Mère Patrie des « provinces perdues ». Les Gaulois font alors une entrée fracassante dans l’enseignement primaire et dans l’imaginaire collectif. C’est à la fin du XIXème siècle que se bâtissent tous les mythes que nous avons évoqués plus haut et dont les aventures d’Astérix sont les héritières directes : des guerriers farouches mais divisés, des villages pittoresques et des forêts profondes. 

Comme le dit le « Petit Lavisse » de 1884 : « Les Gaulois étaient braves, intelligents et gais (mais) combattaient sans discipline (et) quand ils étaient vaincus, se décourageaient facilement. La Gaule fut conquise (…) malgré la vaillante défense de Vercingétorix, qui est le premier héros de notre histoire ».

On a peu évolué depuis 120 ans…

Je vous le concède, cette chronique aura pu vous paraître aride : elle était cependant nécessaire pour vous permettre d’acquérir les connaissances qui vous permettront de mieux savourer le prochain opus électronique de votre serviteur…

Rendez-vous donc aux « 
Les deux batailles d’Alésia »

Bonne journée à toutes et à tous.


La Plume et le Rouleau © 2004

Pour d'autres récits romanesques, lisez La cinquième nouvelle...

Commenter cet article

keg 07/11/2016 11:25

Qui peut dire qu'à la 4éme ascendance, il est encore gaulois?
Ceux là peuvent invoquer l'héritage de Charlemagne.
Hollande ne le peu, une de ses ancêtre a fortement niqué la France (déjà) avec un bulbe, (d'on son blaze patronymique fixé par edith de cotte au-rez!)

Bon sang ne saurait mentir. Il joue s'édam à la Lanterne, comme d'autres aux aristo-crasses....

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