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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1803 : Le lâchage de la LOUISIANE par les Français

Publié par La Plume et le Rouleau sur 8 Juin 2001, 12:56pm

Catégories : #Relations internationales & conflits

Mes Chers Amis,

Nous fêtons aujourd’hui la Saint Médard. Qui donc était ce gars-là ? Je vais tenter d’étancher la soif de connaissance qui vous tourmente.

Frère jumeau de Saint Godard (qui n’était pas, contrairement à ce que certains pensent, le saint patron des réalisateurs de films intellos), Médard, né en 458, était connu pour sa compassion pour les pauvres pour lesquels il se privait de nourriture et de vêtements.

Il devient évêque de Noyon après la destruction de la ville par les Huns. Son rayonnement était tel que la reine Radegonde (sainte patronne de Poitiers et belle-fille de Clovis) voulut recevoir de ses mains son voile de religieuse lorsqu'elle quitta la cour et son abruti de mari pour entrer dans les Ordres.

Un personnage vraiment charismatique, quoi !

Pour cette chronique, j’ai longtemps cherché un autre Médard qui puisse m’inspirer.

N’en trouvant point sur la terre de notre Vieille France ni même sur le Vieux Continent dans son ensemble, il fallut m’exiler vers le Nouveau Monde, comme toujours riche de promesse, de dynamisme et de nouveauté. Promesses tenues !

Médard Chouart Des Groseilliers, un canadien, ainsi que son compatriote Pierre-Esprit Radisson (caribou !) fondèrent le 2 mai 1670 à Londres la « Compagnie de la Baie d'Hudson ». Ils proposèrent à la France de se lancer dans la traite des fourrures. Mais comme les français s’en balançaient complètement, ils firent la proposition à l'Angleterre, qui, avec son pragmatisme, en comprit vite les avantages.

La mémoire collective française garde encore vaguement le souvenir que la France fut présente en Amérique du Nord : c’est grâce à nos cousins québecois qui entretiennent encore la présence de la langue de Voltaire outre-Atlantique.

C’est l’occasion de revenir brièvement sur l’influence de la culture française sur le continent nord-américain : une présence établie de longue date mais avec, vous l’allez voir, une belle inconstance.

On a aujourd’hui oublié que, outre le Québec, la France s’installa aussi en Louisiane, dans le sud des Etats-Unis, durant une courte période.

Il faut en effet savoir que la Louisiane appartint d’abord temporairement à la France au XVIIe siècle, jusqu’à la guerre de Sept Ans (1756-1763). A cette date, celle-ci perdît presque toutes ses possessions américaines et indiennes au profit de l'Angleterre et de l’Espagne.

Quarante ans plus tard, Bonaparte, devenu premier consul en 1799, forme le grand dessein de reconstituer un empire français sur le continent américain. Nostalgie d’un grand Ouest ? D’un empire outre-atlantique aux confluents du Mexique, de la Floride et du Sud des Etats-Unis ? Projets commerciaux liés aux intérêts financiers de certains de ses proches (la famille de Joséphine de Beauharnais, qui est créole) ?

Toujours est-il que des négociations sont amorcées avec l'Espagne et, en octobre 1800, le traité secret de San Ildefonso est signé.

Il prévoit la rétrocession à la France de la rive droite du Mississippi (une partie de la Louisiane, donc), mais avec effet seulement en 1802. En contrepartie, la France appuyera entre-temps l’Espagne dans les visées expansionnistes de celle-ci sur le duché de Parme en Italie (où le roi d’Espagne veut installer son beau-frère).

Assez tordu. Diplomatique, quoi.

Parallèlement, aux États-Unis, l'élection présidentielle de novembre 1800 a porté Thomas Jefferson au pouvoir : un type énergique et très nationaliste.

En 1802, Jefferson découvre l’accord secret avec stupéfaction. Il voit évidemment d’un mauvais œil un pouvoir affaibli, celui des Espagnols, être remplacé en Louisiane par une puissance en expansion, la France.

Jefferson propose alors à la France de lui acheter la Nouvelle-Orléans, à l'embouchure du Mississippi.

Mais Bonaparte n’est pas favorable à cette transaction.

Il compte utiliser la Louisiane pour approvisionner les Antilles en denrées alimentaires et fournir du bois pour la marine (il est toujours influencé par l’entourage créole de Joséphine).

La population de Louisiane, ensuite, est francophile, francophone et anglophobe. Ce sont, en effet pour la plupart, des « Acadiens », c-a-d des canadiens d’origine française, expulsés du Canada pour avoir, en 1755, refusé de prêter le serment d'allégeance à l'Angleterre. Chassés du Québec, ils sont venus s’installer en Louisiane, contrée particulièrement difficile en raison de la présence de marais (les bayous) et d’un climat peu propice aux activités agricoles. En gros : en Louisiane, on a plutôt tendance a crever de faim et à détester les anglais.

Rien ne plaide en faveur d’un lâchage de la Louisiane, donc.

Soudain, alors qu’il est en position de force sur le plan politique, Bonaparte fait volte-face. Il sent l’opportunité de réaliser une bonne opération financière et, malgré les protestations de l'Espagne, la Louisiane est vendue aux États-Unis le 3 mai 1803 pour 15 millions de dollars.

Quelles sont les motivations d’un tel revirement ?

Pour Bonaparte, cette décision est tout bonnement d’ordre stratégique : il déplace ses pions sur l’échiquier mondial pour concentrer ses forces sur les endroits où la victoire lui est impérative.

A Saint-Domingue en effet, les troupes françaises ont subi de graves revers face aux esclaves insurgés depuis 1791 et le général Leclerc, beau-frère de Bonaparte, y a même laissé la vie. L’armée française a été affaiblie.

En Europe : les combats avec l’Angleterre ont repris en mai 1803 et Bonaparte, qui a besoin de troupes, ne peut disperser ses forces et laisser des garnisons outre-mer.

Plutôt que de tenter de défendre un territoire lointain avec le risque de le laisser tomber aux Anglais, il préfère le vendre aux Etats-Unis : un pays lui-même hostile à l'Angleterre, puisqu’il vient de s’affranchir de sa domination.

C’est la consternation parmi les habitants de Louisiane.

Pour les Américains, c’est une bonne affaire : sans risque et à peu de frais, les États-Unis ont, d’un coup, doublé leur superficie et acquis une région riche, plaque tournante du commerce des fourrures.

L’Europe va s’entre-déchirer pendant que les Etats-Unis vont renforcer leur puissance économique.

Aujourd’hui, il y a encore en Louisiane 700 000 « Cajuns » qui, quelque part, se souviennent que leurs ancêtres étaient français, semblent garder une forme de nostalgie d’un pays qu’ils n’ont jamais connu mais, heureusement, ne se rappellent pas que celui-ci les a vendus avec leurs champs, pour 42 centimes l’hectare.

Et puis il nous reste une chanson des années 70 de Michel Fugain et de son « Big Bazar » : « Tous les Acadiens, toutes les Acadiennes, vont chanter, vont danser, sur les violons. Sont américains et sont américaines. La faute à qui donc ? La faute à Napoléon ».

Au fait, une dernière chose, puisqu’il faut en revenir au saint du jour.

Un dicton populaire dit "S’il pleut à la saint Médard, il pleuvra 40 jours plus tard".

Marquez donc cette date du 18 juillet 2001 d’une croix sur votre agenda, scrutez le ciel ce jour-là et vous pourrez (enfin) répondre à cette question qui, je le sais, vous taraude : nos ancêtres, malgré leur grande sagesse, racontaient-ils des conneries ?

Bonne journée.

La Plume et le Rouleau © 2001

La France n'a pas seulement été propriétaire des Etats-Unis avant les Américains elle a aussi conquis une partie de l'Inde bien avant les Anglais, le savait-on ?

Et pour des récits de mystères et de secrets, lisez La cinquième nouvelle...

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