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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1821 : Assassinat à SAINTE-HELENE, fausse info ou vraie intox ?

Publié par La Plume et le Rouleau sur 15 Octobre 2001, 14:44pm

Catégories : #Histoires extraordinaires & énigmes

Mes Cher(e)s Ami(e)s,

Au-delà de la vérité officielle, parfois honteusement truquée mais souvent simplement tronquée, il y a parfois, a contrario, des pseudo-« révélations » dont les fondements sont incertains mais les objectifs, en général commerciaux, assez discernables.

Notre éphéméride historique habituel nous fournira l’occasion d’aborder cette question : le 15 octobre 1815, l’empereur Napoléon 1er mettait le pied sur la sinistre île de Sainte-Hélène, dans l’Atlantique sud, pour son ultime exil.

Il y mourra, vous le savez, le 5 mai 1821. Mais de quoi ?

Depuis la première minute de la mort de l’Empereur, la cause de celle-ci excite la curiosité des apprentis historiens. A tort ou à raison ? Et si on nous cachait réellement quelque chose (ce ne serait pas la première fois) ? Et si oui, quoi ?

Revenons aux faits et rassemblons les rares éléments dont nous sommes sûrs pour tenter de trouver des indices.

Le 5 mai 1821, donc, Napoléon 1er meurt en exil sur l'île de Sainte-Hélène : il a à peine 52 ans. Cinq médecins dont son médecin personnel Francesco Antommarchi assistent à une autopsie à l’issue de laquelle le gouverneur britannique, sir Hudson Lowe, publie un communiqué : Napoléon est mort d'un cancer de l'estomac (comme son père Charles du reste).

Les choses en restent là pendant un siècle et demi, jusqu’en 1955 très exactement. A cette date sont publiées les « Mémoires » de Louis Marchand, jeune valet de Napoléon qui avait assisté l'empereur dans ses dernières années et avait scrupuleusement noté tous ses derniers faits et gestes.

A la lecture de l’ouvrage, un dentiste suédois du nom de Sten Forshufvud, conclut, de la description détaillée de la maladie du captif, que la mort est due à une intoxication chronique à l'arsenic : la description des derniers mois de la vie de Napoléon réunit en effet 28 des 31 symptômes caractéristiques de celle-ci. Au rang de ces symptômes : maux de tête, vomissements, fièvre, malaises... Leur concordance s’avère plus que suspecte. De plus, il semble étrange que Napoléon, corpulent, ait succombé à un cancer de l’estomac alors qu'un malade porteur de ce cancer meurt en général dans un état de maigreur importante (il ne peut plus absorber d’aliments).

Pour Sten Forshufvud, c’est sûr, Napoléon a en réalité été empoisonné. Ce n’est donc pas une mort naturelle mais un assassinat. Il publie ses conclusions en 1961, appuyé par un passionné d'histoire napoléonienne, l'homme d'affaires canadien Ben Weider. Différentes hypothèses circulent alors, sans apporter d’éléments nouveaux, pendant plusieurs années.

Trente ans plus tard, en 1994, un professeur d'économie de l'université de Montpellier, René Maury, publie un ouvrage intitulé : « L'assassin de Napoléon » (Albin Michel), où il évoque l'éventualité d'un empoisonnement par le surintendant de l'Empereur, le comte général Charles de Montholon.

Sa méthode ? Verser d'infimes quantités de poison dans le vin de Constance réservé à l'Empereur et que celui-ci sirote à raison d'un ou deux verres par jour. Si l’ouvrage intrigue et passionne, il n’emporte guère la conviction des spécialistes : quel serait le mobile d’un fidèle parmi les fidèles de l'Empereur ?

René Maury s’adjoint alors les services de François de Candé-Montholon, un des descendants du « suspect » et dépouille les archives privées de celui-ci et de sa femme (journaux intimes de chacun, correspondance entre eux) dans le cadre d’un 2ème livre parue en 2000 : « L'énigme Napoléon résolue ». Sans trouver d’aveu formel dans ces archives, René Maury tire de celles-ci une interprétation édifiante sur la base de présomptions concordantes.

Pour René Maury, lors de l’arrivée de l'Empereur à Sainte-Hélène en 1815, la crainte de chacune des dizaines de personnes qui le suit est de demeurer plusieurs décennies sur cet îlot inhospitalier. Au bout de quelque temps, Albine de Montholon devient la maîtresse de Napoléon : quoique éprise de son mari, elle s’offre généreusement pour consoler l’empereur de la solitude que connaissent les grands hommes... Montholon, mû par le ressentiment autant que par la crainte de finir ses jours dans l’Atlantique sud, décide, sans en parler à quiconque, d'empoisonner l'empereur dans l'espoir que le gouverneur de l'île, Hudson Lowe, rapatriera l’Empereur en Europe afin de le faire soigner.

Las, c'est Albine qui retourne, seule, en Europe et Montholon reste sur place ! Ce dernier se morfond loin de sa femme, qu’il aime passionnément, tout en espérant que sa fidélité à Napoléon (autant que sa complaisance à partager la même amante) sera récompensée par une donation testamentaire… Alors il continue à verser l’arsenic… A la suite de diverses circonstances et notamment afin d’empêcher Napoléon de s’évader, il se solidarise avec Hudson Lowe pour faire accréditer la thèse d'un décès naturel suite à un cancer de l'estomac opportunément prétendu d'origine héréditaire.

Mêlant romanesque, érotisme, sentiments et mystère autour d’un personnage célèbre, l’ouvrage fait beaucoup de bruit. Mais jusqu’ici, tout n’est que spéculations, recoupements et faisceau (mince) d’indices.

Alors, sur la base de cette enquête, le canadien Ben Weider (toujours lui) parvient à obtenir de faire analyser des cheveux, réputés avoir été prélevés sur la dépouille de l’Empereur, par une équipe de scientifiques de l'université Louis-Pasteur de Strasbourg : le docteur Pascal Kintz et le professeur Ludes.

Les résultats, publiés au printemps 2001 et diffusé au public lors d’une spectaculaire conférence de presse le 1er juin 2001, sont sans appel. D’abord le docteur Paul Fornès, de l'Institut médico-légal de Paris, sur la base des observations de l'autopsie pratiquée en 1821 sur le corps de Napoléon, conclut que l'empereur n'est pas mort d'un cancer : aucune des pathologies relevées par le rapport n'est mortelle. Ensuite, la présence de l'arsenic dans les cinq échantillons de cheveux attribués à Napoléon est confirmée. Les taux d'arsenic relevés indiquent que l'individu concerné a subi une « exposition continue et massive à l'arsenic ».

La preuve scientifique, technique, irréfutable, est faite. Comme l’ADN est venue au secours des historiens pour démontrer la mort du petit « Louis XVII », l’arsenic vient, lui aussi, conforter sans doute aucun la thèse de ceux qui affirment que l’Empereur a bien été assassiné. La question est close.

Vraiment ?

Ce n’est en fait pas si simple et, une fois de plus, les Chroniques de la Plume et du Rouleau vous invitent à aller au-delà des apparences pour découvrir les points faibles de la thèse des « empoisonnistes ».

Passons d’abord sur l’étrangeté de cette technique historique (et policière) qui consiste à se trouver un assassin plausible et à voir ensuite quelles preuves on peut accumuler contre lui..

Faisons-nous ensuite quelques remarques élémentaires ("élémentaires... mon cher Hudson !).

Sommes-nous d’abord sûrs de la « qualité » du cadavre ? Nullement. Lors de la conférence de presse, le professeur Ludes le précise : ses propres recherches ne lui permettent pas de dire que les cheveux mis à sa disposition sont bien ceux de Napoléon.

Mais, toutefois, admettons-le, afin de pousser le raisonnement.

Peut-on se fier à des expertises médico-légales pratiquées en 1821 ? Pourquoi pas mais le docteur Fornès, toujours lui, indique d'une part que le praticien d'origine n'a peut-être pas tout vu et d'autre part que l'état général du malade était très dégradé. Car Napoléon était loin de mourir « en bonne santé » (si l’on peut dire) : il souffrait d'un ulcère de l'estomac (colmaté par le foie), d'une tuberculose (dont on ignore si elle était encore active au moment de sa mort) et de quelques autres affections mineures. Dans ces conditions, le scientifique n’a jamais affirmé que c’est l'arsenic qui avait achevé Napoléon mais a seulement émis l'hypothèse que la boisson à base d'amandes amères que le malade absorbait (et qui contient du cyanure de façon naturelle, et non de l'arsenic) ait pu provoquer un « choc mortel ».

Les scientifiques interrogés, dans ces conditions, parlent-ils d’empoisonnement » ? NON. Les conclusions de Lintz sont celles d’une « intoxication » et le médecin ne peut démontrer l’existence d’un acte criminel sur la base des éléments physiques en présence.

Car, à bien réfléchir, que Napoléon ne soit pas mort d'un cancer ne signifie pas pour autant qu'il ait été assassiné.

Mais d’où vient l’arsenic et pourquoi est-il là, alors ?

La substance nous apparaît aujourd’hui concomitante de l’assassinat. Sans doute avons-nous trop lu les ouvrages d’Agatha Christie. Car il faut savoir que, à cette époque, l'arsenic était bien davantage utilisé que de nos jours : les insecticides aspergés contre les parasites, le pigment du papier peint des habitations, la combustion du charbon utilisé pour chauffer les pièces en contiennent ou en produisent. Bref, dans la vie quotidienne de l’île de Sainte-Hélène, on trouve de l’arsenic à de nombreux endroits. Afin de pouvoir exploiter avec fiabilité les analyses effectuées, il serait indispensable de connaître la teneur " normale " des cheveux en arsenic au XIXe siècle et particulièrement à Sainte-Hélène.

Or, aucun cheveux de Montholon n’a jamais été examiné sous cet angle. Mieux : des analyses précédemment réalisées sur des cheveux également attribués à Napoléon mais prélevés… plus de dix ans avant sa mort font apparaître, elles aussi, une teneur élevée en arsenic !

Rien ne prouve donc à ce stade que ce produit ait été un élément déterminant dans la mort de Napoléon. Restent les symptômes identifiés par Sten Forshufvud dans les Mémoires du valet de chambre Marchand.

En réalité, ils sont pour la plupart communs à d'autres maladies (maux de tête, vomissements, fièvre, etc.). Et s’ils sont effectivement nécessaires pour caractériser une intoxication à l’arsenic, ils ne sont en réalité pas suffisants : les symptômes les plus caractéristiques de l'intoxication arsenicale (mélanodermie, kératinisation des extrémités, bandes de Mees sur les ongles) sont en effet absentes des descriptions de Marchand…

Il apparaît donc que les éléments scientifiques utilisés par les « empoisonnistes » sont finalement incomplets ou peu exploitables et, donc, très contestables.

Reste la thèse de la culpabilité de Montholon. C’est une thèse romanesque à souhait, mettant en scène la séduisante Albine, amante de corps pour l’Empereur mais fidèle épouse de coeur de son mari et consentante à un élan charnel sacrificiel méritoire mais... peu crédible.

Cette interprétation d’archives, exaltante et dramatique, où les passions s’affrontent sur une île battue par les flots, si elle ne peut être complètement rejetée, peut aussi être contestée par des remarques de simple bon sens. Montholon, traître et assassin ? Sa carrière militerait plutôt pour une fidélité à la cause bonapartiste : quoique noble d'Ancien Régime, il a accompli une carrière militaire et diplomatique sous l'Empire et, craignant les représailles des royalistes, a suivi l'Empereur à Sainte-Hélène. Libéré, il dilapidera la fortune que celui-ci lui avait laissée (2 millions de francs) avant de s'exiler en Angleterre et de se mettre au service de son neveu Louis-Napoléon Bonaparte, qu’il accompagna dans son incarcération pour coup d’Etat au fort de Ham (Somme) en 1840. Au reste, rien ne tend à démontrer que ses fonctions à Sainte-Hélène lui permettaient d'avoir accès au vin que buvait Napoléon… La thèse de René Maury fonde surtout, au final, sa crédibilité sur l’argument que nul ne vient proposer un autre coupable.

Alors Napoléon a-t-il été assassiné ? Rien aujourd’hui ne permet formellement de le démontrer. Et tant qu’il y aura, comme c’est encore le cas, de nombreuses archives à dépouiller et des témoignages à consulter, les faiseurs de pseudo-« révélations » ont encore de beaux jours devant eux.

D’ailleurs, pour ce qui est des pistes éventuelles, ne savons-nous pas, depuis l’enfance, que "Napoléon est mort à Sainte-Hélène et que son fils Léon lui a crevé l’bidon" ? Il y a peut-être là, pourquoi pas, des indices à explorer par les tenants invétérés de l’assassinat…

Bonne journée à tous.

Assassinat ou intox ?  (Re) visitez l'affaire JFK ! Et qu'est-il advenu de Ben Barka ?

La Plume et le Rouleau © 2001

Et pour d'autres mystères et secrets relatifs à une mort fort célèbre, lisez La cinquième nouvelle...

Commenter cet article

Turgeon 30/08/2016 03:16

Vous oubliez cher ami que les analyses plus poussées des cheveux de Napoléon ont démontré nettement que l'intoxication arsenical se trouvait À LINTERIEUR des cheveux de Napoleon, ce qui signifie qu'il a Ingéré l'arsenic et de ce fait ne peut avoir été Intoxiqué par du papier peint ou autre. Montholon était en charge entre autre du vin à Longwood. Il avait donc accès au vin. De plus le vin de Constance était réservé à Napoleon. Mais possible ment que des personnes près de Napoleon ont ou subtilisé du vin. D'ailleurs, deux décès survenu peut après le départ de Gourcaud demeurent suspect : Cipriani et une des bonnes des Montholon tous deux décédés de maux de ventre en deux jours. Bizarre non? Même Bertrand le maître d'hôtel de Napoleon lors d'une soirée avec Napoleon est tombé malade le lendemain. Sans doute possible qu'il ait pRtagé un verre avec Napoleon. Moi je crois à la thèse de l'empoisonnement. L'arsenic se trouvait partout aisément à Longwood. De plus les Montholons àvaient dans leur bibliothèque le livre de la Marquise de Brinvillier qui avait assassiné tous les membres de sa famille avec une petite dose d'arsenic en continue. Voir le journal de Gourcaud qui mentionne que lors d'une visite chez les Montholon qu'Albine était en train de lire le livre. Non pour moi Napoleon a été empoisonné. Tous les faits sont présents. Les réfuter tient de l'illogisme pure. Ouvrons le cercueil de Napoléon ET vite.

Sho dan 31/08/2016 21:56

Et le mobile ?...

boumandil eric 25/01/2016 22:05

bonjour

pourquoi ne pas demander aux autorités et à la famille d'ouvrir le cercueil des invalides et proceder à toutes les investigations nécessaires sur le corps de Napoléon ? scanner, prélèvements, analyses modernes ...etc
A moins que ce ne soit pas le corps de Napoléon qui reposerait aux invalides ...

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