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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1827 : ALGERIE, propagande pour une conquête

Publié par La Plume et le Rouleau sur 29 Avril 2003, 14:55pm

Catégories : #Relations internationales & conflits

Mes Chers Amis,

Mais de qui se moque-t-on ? » vous demandez-vous sans doute souvent. Spécialement par les temps qui courent. Mais de nous, bien sûr ! Plus que jamais, on nous ment ! Partout, tout le temps, à la télé, dans les journaux mais aussi dans les livres d’histoire, un peu, beaucoup, à la folie et le plus souvent honteusement.

Est-ce le cas également de ces chroniques ? Après tout, n’est-il pas facile pour votre serviteur, qui choisit son terrain, son thème et son approche, de vous offrir une vision toute personnelle, donc éventuellement truquée, d’évènements historiques ? On pourrait l’envisager, en effet.

Celle d’aujourd’hui, que je m’efforcerai de décliner sur divers style, vous permettra de juger de la façon dont on peut manipuler un évènement, même mineur. Il s’agit bien sûr, avant tout, de se divertir !

Voici les simples faits, tirés de mon calendrier historique.

Le 29 avril 1827, un évènement à première vue de faible importance va se produire : dans un mouvement de colère vis-à-vis du consul de France Pierre Deval, le dey (gouverneur) d’Alger Hussein, vassal de l’empire ottoman (actuelle Turquie) administre à celui-ci trois coups d’éventail pour signifier la fin de son entrevue avec lui, portant notamment sur le paiement de dettes de la France à l’Algérie.

C’est l’ "incident diplomatique". Une escadre de 4 vaisseaux français entame alors le blocus maritime de la ville. Puis la France déclare la guerre à cette province très autonome de l’empire Ottoman qu’est l’Algérie. Il faut trois ans cependant avant que 37 000 soldats français ne débarquent, le 14 juin 1830, à Sidi-Ferruch, une presqu’île située à 27 kms d’Alger.

Après quelques escarmouches, les Français parviennent à occuper de façon décisive le plateau de Staouëli le 18 juin avant d’avancer sur Alger qui, après négociation, se rend le 5 juillet 1830. Le reste du pays sera conquis par étape (1847 : reddition d’Abd El-Kader ; 1857 : soumission de la Kabylie) et des troubles perdureront jusqu’en 1871, soit plus de 40 ans après le début des hostilités.

Clair, non ? Mais factuel, sans panache et, au final, terriblement ennuyeux.

Alors, si nous relations l’évènement de différentes manières, toutes absolument EXACTES sur le plan des faits mais résolument BIAISEES dans leur approche… ?

STYLE LYRICO-PATRIOTIQUE GENRE ECOLE PRIMAIRE DE LA IIIEME REPRUBLIQUE

Depuis des siècles, l’Algérie était aux mains de l’empire ottoman mais jouissait d’une large indépendance qu’elle mettait à profit pour se livrer à la lucrative activité de piraterie en mer méditerranée. Afin d’éviter les attaques des Barbaresques contre leurs bateaux, de nombreux états offraient alors au dey, le gouverneur d’Alger, des cadeaux qui n’étaient rien d’autres que la forme diplomatique du tribut. Cette situation ne pouvait plus être tolérée dès lors que la France s’était de surcroît endettée à des taux prohibitifs auprès du dey, afin que celui-ci fournisse aux soldats de la République et de l’Empire le grain nécessaire à l’approvisionnement des populations et des grognards.

L’insulte infligée le 29 avril 1827 au représentant de la France Pierre Deval permit d’abord à Louis XVIII de tenter de redorer un blason terni par un retour désastreux de la monarchie. Avec cette déclaration de guerre, il trouvait dans une expédition militaire un dérivatif commode aux difficultés quotidiennes de français courbés sous le joug d’une restauration impopulaire et en profitait pour museler l’opposition républicaine en gouvernant par ordonnances.

La direction de l’expédition fut confiée à de Bourmont, royaliste qui avait combattu durant les guerres de Vendée puis avait été renégat de son propre camp en faveur de Napoléon qu’il avait ensuite lâchement abandonné à la veille de la bataille de Waterloo. Ses erreurs stratégiques faillirent conduire à un écrasement des troupes françaises lors des premiers combats, avant que celles-ci ne trouvent l’énergie nécessaire pour prendre d’assaut le camp de Staouëli au prix d’une lutte sans merci.

La reddition d’Alger en juillet 1830 s’accompagna d’un pillage par la soldatesque, quoique Bourmont se fût engagé sur l’honneur du contraire, et une partie du trésor de la ville fut détournée au profit de
Louis-Philippe, devenu roi des Français entre-temps (journées d’insurrection parisiennes dites des « trois glorieuses » de juillet 1830).

Il faudra de nombreuses années pour soumettre l’ensemble du pays à la loi républicaine grâce notamment aux efforts de l’inflexible général Bugeaud et pour qu’enfin la lumière de la République puisse chasser l’obscurantisme dans lequel tant de peuples somnolent encore de par le monde.

STYLE MILITARO-CONSERVATEUR : GENRE PENSIONNAT DE LA LEGION D'HONNEUR

"Alger ! Alger !" criait-on de toutes parts comme les Romains criaient Carthage ! Ce furent 103 navires de guerre et 675 bateaux de commerce qui, ce jour du 24 mai 1830, quittèrent la rade de Toulon, emportant avec eux 37 000 soldats français bien décidés à venger l’honneur de la France et à jeter bas la puissance de brigands mahométans qui faisaient depuis des décennies régner la terreur sur la mer.

Sous la direction de chefs expérimentés, la cohorte s’était ébranlée dans un ordre parfait. Rien n’avait été oublié et, tandis que les navires emportaient pièces d’artillerie, munitions, vivres, mais aussi des interprètes pour pouvoir communiquer avec les diverses populations locales, les soldats, dont beaucoup portaient les armes devant l’ennemi pour la première fois, pouvaient consulter l’ « aperçu historique et topographique » qu’on leur avait remis avec leur barda : un ouvrage fort érudit quoique accessible au plus grand nombre où l’on apprenait la composition de la population algérienne (Turcs, Arabes, Maures, Berbères, Juifs), ses moeurs brutales et arrogantes, attribuables à leur manque d’éducation chrétienne et à leur habitude de commander aux esclaves.

Les hommes débarquèrent avec enthousiasme sur la langue de sable de Sidi-Ferruch, sous une chaleur accablante. Après une première canonnade, les Bédouins prirent la fuite et les Français établirent leur campement, seulement inquiétés par les cris nocturnes des chacals.

Les premiers engagements eurent lieu dès le lendemain, 15 juin, autour du plateau de Staouëli où 40 000 à 50 000 combattants étaient retranchés sous le commandement de l’Agha Ibrahim, gendre du dey d’Alger. Le 19 juin fut le jour de l’attaque générale contre les troupes françaises. Les positions de nos soldats furent assaillies de milliers de cavaliers qui, agissant par bandes irrégulières armées de longs fusils, furent à deux doigts d’enfoncer les défenses des tirailleurs français tandis que les fantassins, blessés, étaient systématiquement décapités par les Arabes armés de yatagans. Mais les Français lancèrent une contre-offensive audacieuse contre le plateau de Staouëli qui s’acheva, après une âpre lutte, par la débandade de l’ennemi, qui laissait derrière lui près de 500 morts.

La route d’Alger était ouverte, malgré le harcèlement de quelques bandes désordonnées et à l’issue de la prise de la forteresse située à 1 km de la Casbah. Enfin, Bourmont, chef de l’expédition, pouvait offrir, le 5 juillet 1830 à l’ennemi une reddition dans l’honneur, épargnant les vies et les combats inutiles, pour que le drapeau tricolore flotte enfin glorieusement sur Alger.

STYLE TIERS-MONDISTE SOIXANTE-HUITARD REVISITE PAR LE POLITQUEMENT CORRECT

Dans sa soif de conquêtes coloniales éperdue, le gouvernement corrompu et impopulaire de Louis XVIII saisit l’occasion d’un incident diplomatique datant de 1827 pour se lancer, avec retard, dans une aventure militaire coûteuse et inutile : la conquête de l’Algérie.

L’affaire fut organisée au printemps 1830 avec faste, de puissants moyens matériels (près de 700 navires dont seulement une centaine de guerre) et humains (37 000 soldats, presque des adolescents pour la plupart, tant les guerres napoléoniennes avaient saigné démographiquement le pays) et une propagande insoucieuse des droits et de l’identité des peuples du Tiers-Monde.

Après des combats péniblement gagnés et une mise à sac en règle de la ville d’Alger dès la reddition des autorités acquise, le 5 juillet 1830, la France, après avoir pillé le trésor du dey, put alors mettre en oeuvre son oppression colonisatrice, réprimant férocement les soulèvements réguliers des populations qui suivirent et ne parvenant qu’à grand-peine à asseoir sa domination brutale sur une population délibérément laissée dans un état d’obscurantisme et d’arriération.

Encore la République bourgeoise issue de la répression de
la Commune de Paris (1871) ajouta-t-elle, à la répression, la spoliation des terres : c’est en effet par milliers que les révolutionnaires de la Commune, réchappés des massacres des armées versaillaises, furent déportés en Algérie et se virent attribuer des lopins de terre au détriment des populations locales, une politique constituant le ferment de ce qui mènerait, un siècle plus tard, à la décolonisation et à la guerre d’Algérie.

STYLE NATIONAL-POPULISTE (EN VOGUE APRES LA PRESIDENTIELLE FRANCAISE DE 2002)

Outre la menace quasiment terroriste qu’entretenait délibérément le gouvernement algérois, aux ordres d’une puissance militaire islamique étrangère, le dey d’Alger entretenait des relations troubles avec deux maisons de commerce et de crédit juives associées, Bacri et Busnacht. Ces financiers douteux avaient, autrefois, favorisé l’exportation en France de produits algériens lors des guerres révolutionnaires et impériales, profitant du désarroi de la nation et du dénuement du peuple français.

Pratiquant des taux d’intérêt usuraires, elles avaient fait de la France la débitrice de l’étranger et une partie des revenus nationaux servait ainsi à assurer le service d’une dette qui semblait sans fin. Il était donc légitime qu’une expédition punitive ait lieu pour faire cesser tant l’odieux chantage que des pirates arabo-musulmans analphabètes faisaient peser sur notre nation (dont le redressement était plus que jamais nécessaire) que le paiement par celles-ci de sommes exorbitantes à des institutions financières internationales israélites.

L’insulte faite à un honorable représentant du corps diplomatique français, giflé par le potentat local en 1827, fournit l’occasion d’aller montrer aux peuplades arriérées que ce valait l’armée française.

Par cette conquête éclair de la capitale algérienne (trois semaines entre le débarquement de jeunes français enthousiastes et la reddition des derniers bédouins de la Casbah qui se débandèrent lamentablement, en juillet 1830), la France établissait le premier pont avec son empire colonial aujourd’hui disparu, fournissait des terres à des pauvres, des exclus et des sans-grade qui la mettraient bientôt en valeur à la seule sueur de leur front, faisant de l’Algérie la perle de la Méditerranée, une terre qui fut, à une époque encore pas si lointaine, département français.

STYLE ISLAMISTE TERRORISTE (TRES EN VOGUE DEPUIS LE 11 SEPTEMBRE 2001)

Mille fois maudits furent les jours où les croisés débarquèrent en terre d’Islam, ce jour de 1830. Après s’être arrangés pendant des années pour ne verser au commandeur des croyants d’Alger qu’une partie des intérêts qui lui étaient dus, le reste étant capté par la finance sioniste toujours prête à collaborer avec l’impérialisme occidental, les roumis firent une fois de plus la preuve de leur agressivité et de leur brutalité.

Grâce à leur supériorité militaire, ils triomphèrent des vrais croyants qui furent accueillis en martyrs dans les sublimes jardins de Dieu. Ils établirent leurs quartiers dans des mosquées, tel leur chef Bourmont, faisant une chambre à coucher de la chapelle du saint homme Ferruch (que son nom soit vénéré) et pillèrent la ville d’Alger, terrorisant les femmes et les enfants en trahissant leurs propres promesses.

Malgré cet avantage immédiat, la résistance à l’oppression ne tarda pas à s’organiser et c’est un jeune marabout de 24 ans, Abd El-Kader, qui fut en 1832 proclamé « sultan des Arabes » par l’ensemble des tribus de l’Oranie. Son objectif consista à reconquérir les terres tombées aux mains des infidèles. Par une tactique de harcèlement systématique et de déplacement de son quartier général, Abd El-Kader permit de faire régner une menace permanente sur l’établissement des français qui le combattirent avec leur chef, le général Bugeaud, lequel se livra à une répression sans scrupule.

Ce n’est pas tant par son prestige militaire que par son autorité religieuse que Abd El-Kader s'imposa à ses hommes. Le général Bugeaud lui-même, impressionné par les qualités de son adversaire, dit d’Abd El-Kader cette phrase étonnante : « Cet homme de génie ressemble assez au portrait qu’on a souvent donné de Jésus-Christ (…) C’est un espèce de prophète, c’est l’espérance de tous les musulmans fervents » ! ! !

Maudit fut le jour de la reddition d’Abd El-Kader, le 23 décembre 1847 mais bienheureux furent les jours que celui-ci coula ensuite, jusqu’en 1882 (date de sa mort), installé à Damas où il se consacra durant trente à la prière et à l’étude, devenant un des grands maîtres de l’Islam.

Voilà, vous savez tout sur les débuts de la conquête militaire française en Algérie. A vous de vous faire une opinion.

Et quoiqu’il en soit, comme le dit Serge Lama dans l’une de ses chansons :
« L’Algérie, même avec un fusil
C’était un beau pays, l’Algérie… »

Bonne journée à tous

La Plume et le Rouleau © 2003

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