Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1831 : Un Californien qui surgit hors de la nuit, ZORRO !

Publié par La Plume et le Rouleau sur 14 Octobre 2003, 14:35pm

Catégories : #Littérature & divers

Le renard surgit en 1960 sur nos écrans de TV dans un générique culte et impérissable

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

Le 14 octobre 1998, il surgissait de nouveau sur nos écrans de cinéma. Qui ? Un cavalier. D’où surgissait-il ? Hors de la nuit. Pour quoi faire ? Pour courir vers l’aventure au galop. Son nom ? Comme à l’habitude, il le signerait à la pointe de l’épée…

Eh oui, vous l’avez reconnu, le héros de notre enfance, symbole indéboulonnable de la résistance à l’oppression, de la défense des pauvres, des veuves et des orphelins contre les menées d’infâmes profiteurs cyniques et corrompus, le symbole du courage et du panache, c’est bien lui : ZORRO ! 

Mais si nous connaissons bien le personnage, si nous savons que son identité réelle est celle de l’aristocratique Don Diego de la Véga, que son cheval s’appelle Tornado et son serviteur dévoué (et muet) Bernardo, si nous avons frémi dans notre enfance à la vue de ses aventures (en noir et blanc, le mercredi après-midi !) où le rôle était incarné par le dynamique et très chic Guy Williams, que savons-nous réellement du personnage historique, sa vie, son oeuvre, le contexte de sa création et les sources qui l’inspirèrent ? Peu.

Et c’est donc pourquoi cette chronique va aujourd’hui vous montrer, de façon inattendue, que le personnage est en réalité intimement lié à l’histoire d’un drôle d’état : la Californie.

1542 est l’année où l'explorateur portugais Juan Rodriguez Cabrillo, engagé par le gouvernement espagnol, débarque à l’endroit de l’actuel San Diego (qu'il baptise San Miguel) : c’est le début de la colonisation de l’endroit par les Espagnols qui évangélisent les populations indiennes autochtones.

En 1602-1603, les espagnols s’aventurent dans la baie de Monterey où ils vont installer une garnison.

Les choses vont en rester là pendant deux siècles, jusqu’à ce que, en 1821, le Mexique obtienne son indépendance. La Californie songe alors, elle aussi, à s’émanciper de la domination espagnole. Au début, les grandes familles d’origine espagnole soutiennent encore le régime colonial. Mais les erreurs vont se succéder et, progressivement, l’Espagne va perdre le soutien des classes dirigeantes locales. La décolonisation s’amorce non sans, comme ce sera partout le cas, d’importants soubresauts.

Dans les années 1820, l’Espagne avait nommé à la tête de la Californie un homme autoritaire qui méprisait les Californiens, Pablo Vincente Sola. Tentant d’apaiser les tensions, l’Espagne le remplace dès le début de l’année 1821 par un Californien, Antonio Arguello, ancien commandant du port de San Francisco. Pas de chance, celui-ci en profite pour tenter de… faire sécession. Il faut dire que la situation est confuse puisque le Mexique, entre-temps, en a profité pour faire pénétrer des troupes en Californie.

L’Espagne choisit alors la voie de la fermeté et, quatre ans plus tard, remplace Antonio Arguello par un dénommé José Maria Echeanda, individu qui se révèle incapable de maîtriser la situation ni même d’administrer le pays. La situation dégénère : en 1828, la garnison de Monterey se révolte. L’Espagne change alors à nouveau de gouverneur de Californie et place au pouvoir le lieutenant-colonel d’origine mexicaine Manuel Victoria, assisté du capitaine Romualdo Pacheco. Peine perdue. Ce n’est plus le peuple mais les classes dirigeantes, grandes familles et propriétaires terriens qui entendent libérer leur pays opprimé par le joug espagnol.

Parmi eux, un noble, José Maria Avila. Celui-ci tue un jour en duel le capitaine Pacheco et est aussitôt emprisonné.

En 1831, Los Angeles et San Diego s’insurgent et se révoltent. Parmi les premiers prisonniers qu’on libère, il y a bien sûr José Maria Avila, personnage devenu très populaire pour son fait d’armes et son patriotisme.

Au terme de vingt ans de soubresauts et du Traité de Guadalupe Hidalgo, la Californie et une grande partie du Nouveau-Mexique et de l'Arizona sont cédées en 1848 par l’Espagne aux Etats-Unis. Avec la découverte du premier gisement à l'est de Sacramento, c’est le début de la "Ruée vers l'or" et, deux ans plus tard, en 1850, la Californie est admise au sein de l'Union en tant qu'état non esclavagiste. 

Soixante ans plus tard, en 1919, un feuilletoniste du magazine américain Story Walky Magazine s’inspire de la guerre d’indépendance californienne et du personnage de José Maria Avila pour imaginer les aventures d’un nommé Diego Vega, fils d’un grand propriétaire terrien qui aurait décidé, à l’insu de tous, de susciter la révolte en agissant contre les représentants de l’ordre espagnol établi. Le titre de la série : « Le signe de Capistrano » (San Juan Capistrano est une mission établie sur la côte californienne) sonne bien et le succès est immédiat.

En 1920, la star du cinéma muet de l’époque, Douglas Fairbanks, demande alors à jouer le rôle. C’est lui qui va véritablement « créer » le personnage en lui imprimant pour la première fois un style qui va s’avérer définitif : précieux, aimable et presque insignifiant le jour sous les traits de Don Diego, le héros devient, la nuit, bondissant, impétueux, audacieux sous les traits de Zorro (« le renard » en espagnol). Armé de son fouet et de son épée il défend les jeunes filles éplorées, ridiculise les soldats de la garnison espagnole et marque les méchants d’un signe infâmant sur le front ou la joue : un Z !

De 1920 à 1998, de Douglas Fairbanks à Antonio Bandeiras en passant par Tyrone Power, Alain Delon et bien sûr  (ci-dessus) Guy Williams, ce seront ainsi plus de 40 films qui mettront en scène le fougueux redresseur de torts masqué. Tous ces opus, évidemment, ne seront pas de la même qualité et l’on n’évoquera que pour en sourire les divagations de quelques cinéastes imaginant Zorro affrontant des… Cosaques ou encore le montrant, au début des années 70, se dépenser sans compter... dans le lit de ces dames !

Aujourd’hui, la Californie s’est trouvé un nouveau héros : sans épée ni moustache, il fait plutôt dans le sourire d’acier et le biceps gonflé aux stéroïdes sans néanmoins manquer d’un certain panache. Mais s’il affiche également la ruse du renard, je ne suis pas sûr pour autant que, contrairement à l’image qu’il se donne, il avance sans masque.

Bonne journée à toutes et à tous.

La Plume et le Rouleau © 2003

Pour d'autres mystères et secrets, lisez La cinquième nouvelle...

Commenter cet article

Archives

Articles récents