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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1836 : THEOPHILE GAUTIER et l'immonde CLARIMONDE

Publié par La Plume et le Rouleau sur 1 Mars 2001, 15:58pm

Catégories : #Littérature & divers

Mes cher(e)s ami(e)s,

Il fait froid, sombre, humide en ce début mars et vous courbez l’échine sous la froidure, la neige, la glace et le vent qui siffle dans les branches des arbres dénudés, en entendant les hurlements des loups le soir dans la lande pelée.

Heureusement, les longues soirées lugubres passées au coin du feu à écosser vos haricots, à filer la laine et à repriser les chaussettes sont bientôt derrière vous. Vous êtes, en ce lendemain de la Saint AUBIN, à l’aube, précisément, d’une ère nouvelle car, avec le printemps (à la fin de ce mois), les hirondelles et la déclaration des revenus, et devant vos yeux éblouis : La Plume et le Rouleau EST DE RETOUR !

Et pour ce retour, j’ai décidé de vous parler, précisément, de REVENANTS. Vous avez beaucoup aimé, l’année dernière (que dis-le « le siècle dernier » - comme le temps passe !) , le condensé que je vous avais livré de la nouvelle de Théophile Gautier « Souvenir de Pompéi ». Je réédite aujourd’hui l’exploit (n’ayons pas peur des mots) qui consiste à offrir aux lecteurs exigeants mais pressés par le temps que vous êtes la quintessence d’une oeuvre littéraire de plusieurs pages (16 en l’occurrence), condensée en seulement quelques unes (5 en l’espèce), sans trahir la pensée de l’auteur ni jamais se substituer à lui dans la rédaction.

Mes cher(e)s ami(e)s, je vous invite donc à découvrir une nouvelle intitulée « La morte amoureuse » (1836) : frissons en tous genres garantis et... désolé pour ceux qui aiment les billets courts !

                                                                          oOo

« C'est une histoire singulière et terrible. Moi, pauvre prêtre de campagne, j'ai mené en rêve toutes les nuits une vie de damné, une vie de mondain et de Sardanapale. Le jour, j'étais un prêtre du Seigneur, occupé de prière et de choses saintes ; la nuit, dès que j'avais fermé les yeux, je devenais un jeune seigneur, connaisseur en femmes, en chiens et en chevaux, buvant et blasphémant ; et lorsqu'à l'aube je me réveillais, il me semblait au contraire que je m'endormais et que je rêvais que j'étais prêtre. De cette vie somnambulique il m'est resté des souvenirs et, quoique je ne sois jamais sorti des murs de mon presbytère, on dirait plutôt, à m'entendre, un homme ayant usé de tout et revenu du monde et qui veut finir dans le sein de Dieu des jours trop agités. Ah ! quelles nuits ! quelles nuits !

Dès ma plus tendre enfance, je m'étais senti la vocation de prêtre ; Je n'éprouvais pas la moindre hésitation devant cet engagement ; j'étais plein de joie et d'impatience. Le grand jour venu, j'étais dans un état qui touchait presque à l'extase. L'évêque, vieillard vénérable, me paraissait Dieu le Père penché sur son éternité.

Mais, au cours de la cérémonie d’ordination, je levai par hasard ma tête. .J'aperçus devant moi, à une assez grande distance, une jeune femme d'une beauté rare et vêtue avec une magnificence royale. J'éprouvai alors la sensation d'un aveugle qui recouvrerait subitement la vue. L'évêque, si rayonnant tout à l'heure, s'éteignit tout à coup, les cierges pâlirent sur leurs chandeliers d'or comme les étoiles au matin, et il se fit par toute l'église une complète obscurité. La charmante créature se détachait sur ce fond d'ombre comme une révélation angélique ; elle semblait éclairée elle-même et donner le jour plutôt que le recevoir.

Oh ! comme elle était belle ! Ni les vers du poète ni la palette du peintre n'en peuvent donner une idée. Elle était assez grande, avec une taille et un port de déesse ; on aurait dit une reine avec son diadème. Quels yeux ! avec un éclair ils décidaient de la destinée d'un homme. Je ne sais si la flamme qui les illuminait venait du ciel ou de l'enfer. Cette femme était un ange ou un démon, et peut-être tous les deux . Elle portait une robe de velours nacarat, et de ses larges manches doublées d'hermine sortaient des mains d'une si idéale transparence qu'ils laissaient passer le jour comme ceux de l'Aurore.

A mesure que je la regardais, je sentais s'ouvrir en moi des portes qui jusqu'alors avaient été fermées. La cérémonie avançait et j'étais emporté bien loin du monde dont mes désirs naissants assiégeaient furieusement l'entrée. Le regard de la belle inconnue changeait d'expression selon le progrès de la cérémonie. De tendre et caressant qu'il était d'abord, il prit un air de mécontentement. Comme pour m'encourager, elle me lança une oeillade pleine de divines promesses.  Elle me disait : « Déchire ce funèbre linceul où tu vas t'envelopper ; Viens à moi ; Notre existence coulera comme un rêve et ne sera qu'un baiser éternel.  Répands le vin de ce calice, et tu es libre. »

Je me sentais prêt à renoncer à Dieu, et cependant mon cœur accomplissait les formalités de la cérémonie. La belle me jeta un second coup d'oeil suppliant, désespéré.

Mais c'en était fait, j'étais prêtre.

Jamais physionomie humaine ne peignit une angoisse aussi poignante ; Le sang abandonna complètement sa figure et elle devint d'une blancheur de marbre ; Moi, livide, le front inondé d'une sueur plus sanglante que celle du Calvaire, je me dirigeai en chancelant vers la porte de l'église.  Comme j'allais en franchir le seuil, une main s'empara brusquement de la mienne ; une main de femme ! Je n'en avais jamais touché. « Malheureux ! malheureux ! qu'as-tu fait ? » me dit-elle à voix basse ; puis elle me remit deux feuilles avec ces mots : « Clarimonde, au palais Concini. ». Elle disparut dans la foule.

Cet amour né tout à l'heure s'était indestructiblement enraciné. Cette femme s'était complètement emparée de moi, un seul regard avait suffi pour me changer. Je répétais son nom des heures entières et je me redisais ces mots : « Malheureux ! malheureux! qu'as-tu fait ? » Je comprenais toute l'horreur de l'état que je venais d'embrasser. Être prêtre ! Ne pas aimer, se détourner de toute beauté, ramper sous l'ombre glaciale d'un cloître ou d'une église, ne voir que des mourants, veiller auprès de cadavres inconnus et porter soi-même son deuil sur sa soutane noire !

Comment faire pour revoir Clarimonde ? Ah ! si je n'eusse pas été prêtre, j'aurais pu la voir tous les jours ; j'aurais été son amant, son époux, me disais-je dans mon aveuglement ; au lieu d'être enveloppé dans mon triste suaire, j'aurais des habits de soie et de velours, des chaînes d'or et une épée. Mais quelques paroles à peine articulées me retranchaient à tout jamais du nombre des vivants, et j'avais scellé moi-même la pierre de mon tombeau, j'avais poussé de ma main le verrou de ma prison !

On m’annonça ma nomination à la cure de C... ; le prêtre qui la possédait venait de mourir. Le lendemain, l'abbé Sérapion vint me prendre ; deux mules nous attendaient à la porte, chargées de nos maigres valises. Nous arrivâmes à la porte de la ville et commençâmes à gravir la colline. Quand je fus tout en haut, se dessinait, blond et doré sous un rayon unique de lumière, un édifice qui surpassait en hauteur les constructions voisines. «Quel est donc ce palais ?» demandai-je. Sérapion me répondit : «C'est l'ancien palais que le prince Concini a donné à la courtisane Clarimonde ; il s'y passe d'épouvantables choses.»

Au bout de trois journées de route, nous vîmes poindre à travers les arbres le clocher de l'église que je devais desservir . Mon installation faite, je demeurai seul et la pensée de Clarimonde recommença à m'obséder. Je vécus ainsi pendant un an, remplissant les devoirs de mon état, priant, jeûnant, exhortant et secourant les malades mais mon idée était ailleurs, et les paroles de Clarimonde me revenaient souvent sur les lèvres comme une espèce de refrain involontaire.

Une nuit l'on sonna violemment à ma porte. La vieille gouvernante alla ouvrir . Un homme richement vêtu se dessina sous les rayons de la lanterne. Sa maîtresse était à l'article de la mort et désirait un prêtre. Je pris avec moi ce qu'il fallait pour l'extrême-onction et je descendis en toute hâte. A la porte piaffaient d'impatience deux chevaux noirs comme la nuit, et soufflant sur leur poitrail deux longs flots de fumée.

Nous dévorâmes le chemin ; la terre filait sous nous grise et rayée, et les silhouettes noires des arbres s'enfuyaient comme une armée en déroute. Les aigrettes d'étincelles que les fers de nos chevaux arrachaient aux cailloux laissaient sur notre passage comme une traînée de feu, et si quelqu'un, à cette heure de nuit, nous eût vus, il nous eût pris pour deux spectres à cheval sur le cauchemar.

Enfin le tourbillon s'arrêta et nous entrâmes dans un château ; Un majordome s'avança au devant de moi. «Trop tard ! fit-il en hochant la tête». Il me prit par le bras et me conduisit à la salle funèbre ; j'avais compris que la morte n'était autre que cette Clarimonde tant et si follement aimée.

Un prie-Dieu était disposé à côté du lit ; Je m'agenouillai et je me mis à réciter les psaumes mais peu à peu je tombai en rêverie. Au lieu de l'air fétide et cadavéreux que j'étais accoutumé à respirer en ces veilles funèbres, je ne sais quelle amoureuse odeur de femme nageait doucement dans l'air attiédi. Je songeais au singulier hasard qui m'avait fait retrouver Clarimonde au moment où je la perdais pour toujours et mes yeux tombèrent sur le lit.

La morte était couverte d'un voile de lin d'une blancheur éblouissante et d'une telle finesse qu'il ne dérobait en rien la forme charmante de son corps et permettait de suivre ces belles lignes que la mort même n'avait pu roidir. On eût dit une jeune fille endormie sur qui il aurait neigé. Je ne pouvais plus y tenir. Cet air d'alcôve m'enivrait, je me rapprochai du lit. Vous l'avouerai-je ? Cette perfection de formes quoique sanctifiée par l'ombre de la mort me troublait plus voluptueusement qu'il n'aurait fallu et ce repos ressemblait tant à un sommeil que l'on s'y serait trompé. J'oubliais que j'étais venu là pour un office funèbre.

Clarimonde était toujours aussi charmante et la mort, chez elle, semblait une coquetterie de plus. La pâleur de ses joues, ses longs cils baissés lui donnaient une expression de chasteté mélancolique et de souffrance pensive d'une puissance de séduction inexprimable. Je restai longtemps absorbé dans une muette contemplation. Ah ! quel sentiment amer de désespoir et d'impuissance ! J'aurais voulu pouvoir ramasser ma vie en un monceau pour la lui donner et souffler sur sa dépouille glacée la flamme qui me dévorait. Sentant approcher le moment de la séparation éternelle, je ne pus me refuser cette triste et suprême douceur de déposer un baiser sur les lèvres mortes de celle qui avait eu tout mon amour.

Ô prodige ! Ses yeux s'ouvrirent et reprirent un peu d'éclat, elle fit un soupir, et, décroisant ses bras, elle les passa derrière mon cou avec un air de ravissement ineffable. «Ah ! c'est toi, dit-elle d'une voix languissante et douce ; que fais-tu donc ? Je t'ai attendu si longtemps que je suis morte ; mais maintenant nous sommes fiancés ; à bientôt.» Sa tête retomba en arrière, un tourbillon de vent furieux défonça la fenêtre et je tombai évanoui sur le sein de la belle morte.

Quand je revins à moi, j'étais couché sur mon lit, dans ma petite chambre du presbytère. D'abord je pensai que j'avais été le jouet d'une illusion magique.

Un matin je vis entrer l'abbé Sérapion. Il avait dans le regard quelque chose de pénétrant et d'inquisiteur qui me gênait. Il me dit : «La grande courtisane Clarimonde est morte dernièrement, à la suite d'une orgie qui a duré huit jours et huit nuits. Ç'a été quelque chose d'infernalement splendide. On a renouvelé là les abominations des festins de Balthazar et de Cléopâtre. Il a couru de tout temps sur cette Clarimonde de bien étranges histoires, et tous ses amants ont fini d'une manière misérable ou violente. On a dit que c'était une goule, un vampire femelle ; mais je crois que c'était Belzébuth en personne. La pierre de Clarimonde devrait être scellée d'un triple sceau ; car ce n'est pas, à ce qu'on dit, la première fois qu'elle est morte ! »

Après avoir dit ces mots, Sérapion regagna la porte et je ne le revis plus.

Une nuit, j'avais à peine bu les premières gorgées du sommeil, que j'entendis ouvrir les rideaux de mon lit et glisser les anneaux sur les tringles ; Une ombre de femme se tenait debout devant moi. Je reconnus sur-le-champ Clarimonde. Elle avait pour tout vêtement le suaire de lin qui trahissait tous les contours de son corps. Elle me dit : «Je viens de bien loin, et d'un endroit d'où personne n'est encore revenu : il n'y a ni lune ni soleil au pays d'où j'arrive ; ce n'est que de l'espace et de l'ombre ; ni chemin, ni sentier ; point de terre pour le pied, point d'air pour l'aile ; et  pourtant me voici, car l'amour est plus fort que la mort, et il finira par la vaincre.»

Elle m'appliqua l'une après l'autre les paumes froides de ses mains sur la bouche je les baisai plusieurs fois, et elle me regardait faire avec un sourire d'ineffable complaisance. « Je t'aimais bien longtemps avant de t'avoir vu et je te cherchais partout. Tu étais mon rêve, et je t'ai aperçu dans l'église au fatal moment ; Je te jetai un regard à damner un cardinal, à faire agenouiller un roi. Tu restas impassible et tu me préféras ton Dieu ! »

Toutes ces paroles étaient entrecoupées de caresses délirantes qui étourdirent mes sens et ma raison au point que je ne craignis point pour la consoler de proférer un effroyable blasphème. Ses prunelles se ravivèrent et brillèrent comme des chrysoprases. «Puisque c'est ainsi, tu viendras avec moi, tu me suivras. Tu laisseras tes vilains habits noirs. Tu seras le plus fier et le plus envié des cavaliers, tu seras mon amant ! »

Et elle effleura mon front du bout de ses lèvres. La lampe s'éteignit, les rideaux se refermèrent, et un sommeil de plomb me tint engourdi jusqu'au lendemain matin.

La nuit suivante, mon rêve se continua. Clarimonde, gaie, leste et pimpante, avec un superbe habit de voyage en velours vert orné de ganses d'or et retroussé sur le côté pour laisser voir une jupe de satin, me toucha et me dit : « Eh bien ! beau dormeur, levez-vous bien vite, nous n'avons pas de temps à perdre. Habillez-vous et partons.»

A la porte, nous trouvâmes l'écuyer qui m'avait déjà conduit ; il tenait en bride trois chevaux noirs qui allaient aussi vite que le vent et la lune, qui s'était levée à notre départ pour nous éclairer, roulait dans le ciel comme une roue détachée de son char.

A dater de cette nuit, tantôt je me croyais un prêtre qui rêvait chaque soir qu'il était gentilhomme, tantôt un gentilhomme qui rêvait qu'il était prêtre. Je ne pouvais plus distinguer le songe de la veille, et je ne savais pas où commençait la réalité et où finissait l'illusion. Le jeune seigneur fat et libertin se raillait du prêtre, le prêtre détestait les dissolutions du jeune seigneur. J'étais ou du moins que je croyais être à Venise ; Nous habitions un grand palais de marbre sur le Canaleio, plein de fresques et de statues. Je ne crois pas que, depuis Satan qui  tomba du ciel, personne ait été plus orgueilleux et plus insolent que moi. J'allais au Ridotto, et je jouais un jeu d'enfer. Je voyais la meilleure société du monde, des fils de famille ruinés, des femmes de théâtre, des escrocs, des parasites et des spadassins.

Mais depuis quelque temps la santé de Clarimonde n'était pas aussi bonne. Elle pâlissait a vue d'oeil et devenait de plus en plus froide. Un matin, en coupant un fruit, je me fis au doigt une entaille assez profonde. Le sang partit aussitôt en filets pourpres, et quelques gouttes rejaillirent sur Clarimonde. Ses yeux s'éclairèrent, sa physionomie prit une expression de joie féroce et sauvage que je ne lui avais jamais vue. Elle sauta à bas du lit avec une agilité animale et se précipita sur ma blessure qu'elle se mit à sucer avec un air d'indicible volupté. Elle avalait le sang par petites gorgées, lentement et précieusement, comme un gourmet qui savoure un vin de Xérès ou de Syracuse ; elle clignait les yeux à demi, et la pupille de ses prunelles vertes était devenue oblongue au lieu de ronde.

« Ma vie est dans la tienne. Quelques gouttes de ton sang  m'ont rendu l'existence.»

Je ne pouvais plus avoir de doutes.

L'abbé Sérapion  me dit (un jour) : «Il faut que nous déterrions Clarimonde.» Pour moi, j'étais si fatigué de cette double vie, que j'acceptai : voulant savoir, une fois pour toutes, qui du prêtre ou du gentilhomme était dupe d'une illusion. L'abbé Sérapion se munit d'une pioche et à minuit nous nous dirigeâmes vers le cimetière. Nous arrivâmes enfin à une pierre à moitié cachée par les grandes herbes et dévorée de mousses où nous déchiffrâmes ce commencement d'inscription :

Ici gît Clarimonde
Qui fut de son vivant
La plus belle du monde

« C'est bien ici » dit Sérapion, et, posant à terre sa lanterne, il se mit à l'ouvrage. Courbé sur son oeuvre funèbre, il ruisselait de sueur, il haletait, et son souffle pressé avait l'air d'un râle d'agonisant. Le zèle de Sérapion avait quelque chose de dur et de sauvage qui le faisait ressembler à un démon plutôt qu'à un apôtre ou a un ange. Enfin la pioche heurta le cercueil dont les planches retentirent avec un bruit sourd et sonore, ce terrible bruit que rend le néant quand on y touche ; il en renversa le couvercle, et j'aperçus Clarimonde pâle comme un marbre, les mains jointes ; son blanc suaire ne faisait qu'un seul pli de sa tête à ses pieds.

« Ah ! te voilà, démon, courtisane impudique, buveuse de sang et d'or ! » et il aspergea d'eau bénite le corps et le cercueil sur lequel il traça la forme d'une croix avec son goupillon. La pauvre Clarimonde n'eut pas été plus tôt touchée par la sainte rosée que son beau corps tomba en poussière.

Je baissai la tête ; une grande ruine venait de se faire au dedans de moi.

La nuit suivante, cependant je revis Clarimonde ; elle me dit, comme la première fois sous le portail de l'église : « Malheureux ! Malheureux ! Qu'as-tu fait ? Toute communication entre nos âmes et nos corps est rompue désormais. Adieu ! »

Elle se dissipa dans l'air comme une fumée, et je ne la revis plus.

Théophile Gautier - 1836 »

Eh oui, mes chers amis. Voilà la bien triste et lamentable, mais passionnante et ô combien éternelle, histoire d’un être humain soumis à ses passions.

Faut-il se réjouir ou pleurer de celles qui nous emportent ? Les pires ne nous ont-elles pas souvent apporté les plus grandes satisfactions et les meilleures ne nous ont-elles pas cruellement desservis ?

Bonne journée à tous et écrivez-moi vite !

Prêts à partir avec Théophile Gautier pour Pompéi ? Ou préférez-vous rencontrer d'autres fantômes, à l'opéra de Paris ?

La Plume et le Rouleau (c) 2001

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