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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1838 : Un HUSSARD SUR LE TOIT plus romantique qu'historique

Publié par La Plume et le Rouleau sur 30 Juillet 2001, 15:31pm

Catégories : #Littérature & divers

Mes Chers Amis,

C'est la sainte Juliette aujourd'hui.

Pour cette chronique, je choisirai d’évoquer Juliette Binoche (seule actrice française jusqu'en 2001, avec Simone Signoret, rappelons-le, à avoir reçu un Oscar - mais est-ce vraiment une consécration ? - et cela avant que Marion Cotillard n'allonge la liste en 2008) et plus précisément un film où elle joua il y a quelques années.

En 1995 sortit en effet sur les écrans français un film d’un souffle rare, mettant admirablement en scène un puissant roman de Jean Giono de 1951 : « Le hussard sur le toit ». Dans les rôles principaux Olivier Martinez et Juliette Binoche (Gérard Cluzet aussi).

Lui : intrépide, impétueux, candide et étonné

Elle : sensible, indomptable, à la fois désabusée et pleine d’espoir.

Le décor : les magnifiques paysages des Alpes de Haute-Provence, Digne, Gap, Sisteron.

« Le hussard sur le toit » : un curieux titre, certes, pour ceux qui ne connaissent pas l’oeuvre, mais qui résume d’un aphorisme pittoresque une scène particulièrement imaginative du livre.

Voyons cela.

Nous sommes en 1838. A la suite d’une trahison, le jeune colonel de hussards piémontais Angelo Pardi (il a en réalité acheté son grade) part pour la France, où il rejoindra ses compagnons italiens immigrés qui fuient l’oppression autrichienne de leur pays.

Dans son périple et afin d’échapper à la contagion d’une épidémie de choléra qui s’abat en Provence et décime les populations, Angelo Pardi se réfugiera quelque temps sur le toit d’une maison de Manosque.

D’où le titre de l’ouvrage.

Angelo Pardi, poursuivi par les autrichiens et par les habitants qui le prennent pour un empoisonneur, s’introduit chez Madame de Théus, mariée au marquis du même nom, absent.

Le voyage de ce hussard est naturellement initiatique. En cours de route, Angelo Pardi découvrira, lui qui n’a jamais fait la guerre, la mort, l'héroïsme et la couardise, la rapacité et le dévouement, la délation et l'entraide. Du haut de son toit de Manosque, il observera la folie des hommes, déchaînés par la peur, et leur rage meurtrière à trouver un bouc émissaire à cette épidémie.

Et puis, il rencontrera l'amour, un amour purement platonique, en la personne d'une jeune femme qui, seule chez elle, n'a pas hésité à lui offrir l'hospitalité : Pauline de Théus, jeune épouse d’un vieil aristocrate, qui veut partir à cheval à la recherche de son mari. Elle réchappera, grâce à ses soins, d’une crise de choléra.

Les deux héros traverseront les Alpes-de-Haute-Provence et le Piémont italien, tenteront d'échapper aux quarantaines où l'on isole les voyageurs et déjoueront les barrages. Ils se donneront des preuves d’amour sans jamais franchir le pas d’un aveu mutuel.

Lisons quelques lignes de l’œuvre, pour juger de sa beauté.

« Angelo partit à quatre heures du matin. Les bois de hêtres dont lui avait parlé le garçon d'écurie étaient très beaux. Ils étaient répandus par petits bosquets sur des pâturages très maigres couleur de renard, sur des terres à perte de vue, ondulées sous des lavandes et des pierrailles. Le petit chemin serpentait entre ces bosquets d'arbres dans lesquels la lumière oblique de l'extrême matin ouvrait de profondes avenues dorées. Tout autour de ces hauts parages vermeils l'horizon dormait sous des brumes noires et pourpres.

La montagne tombait en pentes raides. Au fond, il pouvait voir ce hameau que le garçon d'écurie avait appelé « Les Omergues ». Chose curieuse : les toits des maisons étaient tous couverts d'oiseaux.

En approchant, cette foule d'oiseaux était assez effrayante ; les gros corbeaux regardaient venir Angelo avec des mines étonnées.

Il n'avait jamais eu l'occasion de se trouver sur un champ de bataille. Il s'était dit souvent « Quelle figure ferais-je à la guerre ? J'ai le courage de charger, mais aurais-je le courage du fossoyeur ? Il faut non seulement tuer mais savoir regarder froidement les morts. Sans quoi, l'on est ridicule. Et, si on est ridicule dans son métier, dans quoi sera-t-on élégant ? »

Naturellement, pour mettre en scène l’intrigue, l’auteur choisit un épisode qu’il dramatise à outrance : l’épidémie de choléra qui ravagea la Provence à cette date.

Ces chroniques historiques ont souvent été le pourfendeur des menteurs, mythomanes, diffuseurs d’idées mensongères, préconçues ou fausses, aussi bien que des habitués de l’à-peu-près et de l’exagération. Il apparaît dès lors, à l’étude étroite des faits, que Giono a conduit avec un peu de légèreté l’écriture de son roman quant à l’exactitude des faits rapportés.

Faisons cependant preuve de magnanimité.

Qu’importe qu’en 1838, année où se situe l’intrigue, le choléra fût déjà passé (l’épidémie a eu lieu en 1834, quatre ans avant).

Qu’importe qu’à cette date le chemin de fer, décrit dans le roman dans la vallée du Rhône, ne fût pas même construit.

Qu’importe que les vers de Victor Hugo, cité par un personnage dans le livre livre, n’aient même pas encore été écrits à cette date !

Qu’importe que le village des Omergues (cité plus haut) ait bien été dépeuplé entièrement, mais lors de l’épidémie de... 1884 (soit cinquante plus tard).

Qu’importe que l’auteur ait évoqué la destruction par le feu de cadavres aux portes de Sisteron ou le dépôt par les habitants des morts dans les rues : des scènes qui n’eurent jamais lieu que dans son imagination et se rapportent aux épidémies de peste et non de choléra.

Qu’importe aussi que Giono nous ait gratifiés d’une scène aussi invraisemblable que celle où Pauline de Théus, vigoureusement réchauffée par Angelo Pardi, échappe de justesse à une attaque de la maladie : une contrevérité patente. Giono, en effet, qui s’était entouré d’une solide littérature médicale sur le sujet, savait parfaitement qu’une attaque de choléra est aussi foudroyante qu’irrémédiable (le choléra, c’est vachement pas romanesque).

Qu’importe en effet, car cette scène, notamment, nous aura donné l’occasion d’émotion et de suspense.

Avant de nous quitter, je vous citerai une phrase du film, saisie à la volée et qui, je crois, n’est pas présente dans le livre mais qui vaut d’être méditée : « N’ayez pas peur ! C’est la peur qui tue. »

Bonne journée à tous.

Envie de littérature ? Découvrez le personnage réel qui donna naissance au
personnage d'Edmont Dantès, le comte de Montecristo. Découvrez aussi comment Théophile Gautier fit revivre les fantômes de Pompéi où fut l'amant d'une... morte... amoureuse.

La Plume et le Rouleau © 2001

 

Et pour un roman plein de passions et de secrets, lisez La cinquième nouvelle...

Le hussard sur le toit - bande-annonce du film de Jean-Paul Rappeneau

Commenter cet article

cath 11/05/2008 20:57

on peut ajouter à la liste des "erreurs" de Giono la descrition des symptomes du choléra. l'aspect "eau de riz" est lié aux selles et non aux vomissements comme dans le livre. la priorité: réhydrater le malade et non le "réchauffer"...

Hervé 11/12/2008 17:39


Bravo
Giono prend des libertés avec la réalité physiologique mais nous enchante, c'est là l'essentiel


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