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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1796 : De BONAPARTE à NAPOLEON (2)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 30 Mars 2006, 16:55pm

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Cher(e)s ami(e)s,

Que va faire Bonaparte dans cette felouque égyptienne, qui risque de se transformer en galère ? C’est simple : il d’abord va s’éloigner de la France et laisser le Directoire, corrompu et impuissant, s’enfoncer davantage dans l’impopularité. En clair : il laisse le fruit pourrir.

Parallèlement, Bonaparte entend monter, évidemment à grands renforts de publicité, une expédition exotique destinée à poursuivre la mission civilisatrice de la France : sus aux Mamelouks, cette aristocratie d’anciens esclaves qui domine la province égyptienne de l’empire ottoman ! 

Mais Bonaparte ne se veut pas seulement militaire, conquérant, diplomate et politique : cela, il a déjà prouvé qu’il l’était en Italie. Il se rêve maintenant protecteur des arts, des lettres et des sciences. Il s’adjoint donc, dans son expédition, le concours d’une théorie d’ingénieurs, de mathématiciens, de géomètres, de dessinateurs, d’inventeurs, d’artistes, de juristes et de médecins. Le mathématicien Gaspard Monge  (1746-1818, à gauche, professeur à Polytechnique et qui avait déjà suivi Bonaparte en Italie), le chimiste Claude-Louis Berthollet (1748 –1822) ou encore le génial inventeur borgne Nicolas-Jacques Conté (à droite, créateur, en autres, du crayon à mine de graphite, comme son nom l’indique !) compteront parmi un total de 151 « savants ». Tous se chargeront d’étudier le pays, sa géographie, sa faune, son architecture, sa flore, son histoire, sa religion, ses structures socio-économiques et devront apporter leur précieux concours aux vaillants soldats de la république embarqués dans cette drôle d’équipée sablonneuse.

Car, si l’on n’y songe bien, l’expédition ne s’annonce guère facile. Bonaparte prend, d’abord, un risque considérable : la flotte française est très inférieure à celle de l’Angleterre, laquelle contrôle une Méditerranée que ses nombreux et puissants navires sillonnent en tous sens. En cas d’engagement naval, les risques d’un massacre en mer, avant même d’avoir atteint l’Egypte, sont grands. Par ailleurs, hier comme aujourd’hui, projeter un corps expéditionnaire de plusieurs milliers d’hommes sur un théâtre d’opérations inconnu, sous un climat jamais expérimenté, face à des armées et une population dont on ignore quasiment tout, relève à l’évidence d’une prise de risque considérable. Faire marcher des grognards dans la plaine du Pô n’était certes guère facile. Mais les expédier dans les sables égyptiens est encore une toute autre affaire. Hier comme aujourd’hui : l’arrogance que donne la puissance militaire fait grandement sous-estimer les défis à relever.

D’ailleurs, dans ce qui va suivre, toute ressemblance ponctuelle avec les déboires actuels d’une grande puissance militaire embourbée dans un pays musulman ne seront pas fortuits ni involontaires… Mais pour les ignares, l’étude de l’histoire n’est d’aucune utilité.

L’invasion de l’Egypte est bien le genre d’expédition qui demanderait du temps afin d’être minutieusement préparée. Mais Bonaparte, au contraire, ne veut pas perdre un instant. Ce n’est donc pas tant la minutie des préparatifs que leur ampleur, leur diversité et le temps record durant lequel ils seront réalisés qui vont frapper, une fois de plus, les esprits. Ainsi, le 19 mai 1798 seulement, 35 000 hommes transportés par 300 navires sortent de Toulon et cinglent vers le Levant dans l’allégresse générale : c’est la plus grande expédition navale de l’histoire de France. Ils sont rejoints en route par d’autres bâtiments qui arrivent de Corse et d’Italie.

Les Français font escale à Malte, une île détenue par l’Ordre du même nom, héritiers des « Hospitaliers » des croisades des XIIIème et XIVème siècles. Ils en prennent rapidement le contrôle (10 – 12 juin 1798), ce qui permet, au passage de remplir d’or les caisses de l’expédition. Bonaparte, décidément, sur mer comme sur terre, ne connaît pas la défaite ! Il vole de victoire en victoire.

La partie devient plus difficile à jouer car le convoi est affaibli par sa longueur. Or, il s’avère que l’amiral Nelson, à la tête de la flotte anglaise, est maintenant lancé à la poursuite de Bonaparte ! Dans la nuit du 23 au 24 juin 1798, Nelson est proche du convoi français, terriblement vulnérable… Les Anglais s’apprêtent à fondre sur la flotte française ! Parti de Malte, le convoi français s’étire en mer en direction de l’Egypte, tandis que la flotte de l’amiral britannique Nelson est lancée à sa poursuite. Le 23 juin 1798, Nelson aperçoit les Français en mer. Il fonce. La nuit arrive, puis se passe, dans un léger brouillard. A l’aube, les Français ont disparu !

La flotte française a-t-elle manœuvré durant la nuit ? Mais comment et dans quelle direction ? Nelson est stupéfait et perplexe. Pour lui, la manœuvre française est aussi hardie qu’imprévue : il est persuadé que les bateaux de Bonaparte ont accéléré et l’ont distancé ! Il force alors l’allure et arrive à Alexandrie. Une surprise l’y attend… La ville est calme. Contrairement aux prévisions anglaises, Bonaparte n’a pas débarqué là ! Damned ! Nelson se dit « Je suis joué ! » Mais il réagit vit et croit comprendre que Bonaparte a en fait décidé d’aller plus loin. Destination ? Sûrement Constantinople ! Quel tacticien hors pair, ce Bonaparte ! Nelson poursuit alors sa route vers le nord-ouest, à la poursuite du maudit Français !

Nelson, en réalité, se met l’un des derniers doigts qui lui restent dans l’unique œil qu’il a (il a perdu un bras à la bataille de Ténériffe en 1794 et un oeil à la bataille de Calvi en 1794). Bonaparte n’est pas devant, il est en fait… derrière lui… Nelson l’a doublé dans la nuit du 23 au 24 juin, sans s’en rendre compte et il cingle à tout berzingue vers les côtes turques tandis que le Corse arrive tranquillement en Egypte !

Pour les Français, servis par une chance invraisemblable, le voyage s’annonce donc sous les meilleurs auspices :: le 1er juillet 1978, ils débarquent à Alexandrie qu’ils prennent rapidement en écrasant la garnison turque. Du ciel bleu, du soleil, de la mer, des plages de sable fin et des victoires militaires : tout va pour le mieux, donc. D’autant que Bonaparte a décidé de poursuivre sur place le style de propagande qui lui a jusqu’à présent réussi auprès des populations envahies.

Il s’adresse à la population et se présente non pas en oppresseur, non pas en conquérant mais en libérateur : il vient enfin affranchir le peuple égyptien du joug mamelouk. Bonaparte est véritablement un visionnaire qui a compris qu’il doit impérativement tenir compte des aspects culturels du pays dans lequel il arrive. Il promet de respecter le Coran. D’ailleurs, argumente-t-il avec aplomb, n’a-t-il pas châtié le pape et les chevaliers de Malte, ennemis irréductibles de l’Islam ? Hmm ?

Bon. En attendant, il est l’heure de partir vers d’autres aventures, direction : Ghizeh et les pyramides.

Car, déjà, l’aventure commence à se gâter. L’armée de Bonaparte rencontre d’emblée des difficultés logistiques évidentes. Le chef a compté sur la vaillance, indéniable, de ses soldats mais il a grandement négligé l’intendance qui, elle, a du mal à suivre. Les grognards peinent sous le climat torride. Leur équipement est lourd et encombrant et leurs uniformes étouffants. La population, c’est curieux, ne les accueille pas à bras ouverts et il s’avère difficile de « vivre sur le pays », sans recourir à la force, au pillage, aux exactions et à toutes les activités ordinaires auxquelles s’adonnent habituellement les soudards. Bonaparte ne tient pas compte du climat. Un jour, soyons en sûrs, ça le perdra... 

Mais, pour l’heure, qu’importe : on n’est pas là pour faire du tourisme ni pour s’occuper de météo mais pour remporter des victoires. L’armée se rend donc péniblement à Gizeh, près du Caire, où Bonaparte s’adresse à ses soldats au pied des pyramides en des termes demeurés célèbres. « Du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent ! » hurle-t-il. En fait c’est 45 exactement. Mais on n’est pas là non pour faire un cours d’histoire.

Et pourquoi est-on là ? Hein ? C’est simple : pour casser du Mamelouk ! 

Le 21 juillet 1798, la fameuse « bataille des pyramides » opposent donc les fantassins français, pour la première fois groupés en carrés compacts et solides à l’impétueuse cavalerie ennemie qui charge sur ses fiers destriers arabes. Les Egyptiens sont faiblement équipés en artillerie, celle-ci est vite détruite par les Français qui, contre toute attente, savent aussi se déplacer. C’est la victoire pour les Français. Des deux chefs militaires mamelouk, l’un (Mourad Bey) bat en retraite vers la Haute-Egypte (sud) et l’autre (Ibrahim Bey) évacue la ville du Caire pour se réfugier au nord, dans le Delta. 

Le lendemain soir, après avoir, comme à son habitude, obtenu la collaboration forcée des notables locaux (les « Oulémas » : chefs religieux de la célèbre mosquée Al-Azhar) Bonaparte triomphalement entre dans le Caire. Rapidement, il met en place un journal, le « Courrier de l’Egypte" sur le modèle de l’ex-Courrier d’Italie) pour haranguer la troupe et mettre en exergue ses victoires auprès de la métropole.

Bonaparte, pourtant, semble dépité. Il écrit à son frère Lucien : « J’ai besoin de solitude et d’isolement. Les grandeurs m’ennuient. Le sentiment est desséché. La gloire est fade à vingt-neuf ans. » Une missive étonnante qui contribuera par la suite largement à sa légende, celle du héros romantique solitaire qui s’interroge sur le monde qui l’entoure.

Pour l’heure, commence une singulière expérience coloniale qui préfigure la façon dont s’y prendra plus tard la France, en Afrique comme en Asie. Tout en poursuivant la « pacification » du pays, traquant sans relâche les bandes de rebelles aussi bien en Nubie que vers le nord-ouest, l’administration de Bonaparte commence à éveiller le peuple égyptien aux valeurs (forcément universelles) des Lumières occidentales…Dans ce travail, les « savants » vont jouer un rôle capital et opérer une modernisation du pays à marche forcée.

C’est le choc culturel.

La ville du Caire est une ville anarchique, sans plan ordonné, constituée d’un dédale de ruelles sales dont la structure est difficilement appréhensible par un esprit occidental et qui mêle étroitement urbanisme privé et public. Les Egyptiens se retrouvent très bien dans ce gourbi. Mais pour les Français, qui doivent quadriller la ville pour leur sécurité et sont confrontées aux maladies infectieuses, il est au contraire indispensable de pouvoir pénétrer dans des lieux habituellement clos, de nettoyer les rues, d’enfermer les individus atteints de maladies vénériennes, de détruire par le feu les biens et les vêtements des pestiférés, d’abattre les chiens errants et d’éclairer les rues la nuit : toutes choses qui semblent d’évidence dans un pays civilisé…

Rapidement, les Français font donc découvrir aux Egyptiens leur génie bureaucratique et administratif : les propriétés doivent être désormais enregistrées et cadastrées, ainsi que les héritages, et tout cela sur papier timbré avec taxe à la clé ! On doit déclarer les naissances à l’état civil. Les felouques qui naviguent sur le Nil doivent être immatriculées et doivent déclarer d’où elles partent et où elles vont ! Du jamais vu dans une société à la culture orale et où les traditions sont plus importantes que les règlements. Les nouvelles procédures, compliquées et vexatoires mais aussi les réquisitions, les taxes et impôts pleuvent dru sur la population. Ce sont les coptes (ethnie égyptienne chrétienne, 10 % de la population – encore aujourd’hui –) sur lesquels s’appuient les Français, qui sont chargées de la collecte des fonds. Rapidement, c’est une hostilité sourde qui animent les Egyptiens vis-à-vis des Français.

La « Raison », le rationalisme chers aux Révolutionnaires suscitent méfiance ou rejet de la part de populations pour lesquelles la vérité révélée des Ecritures saintes est bien supérieure. Ainsi les autorités religieuses considèrent-t-elles avec mépris les expériences de chimie que les scientifiques français font devant eux : au yeux du cheikh Jabartî, l’un des principaux dignitaires cairote pourtant rallié à la collaboration avec l’occupant français, ce ne sont là que de simples tours de magie. Les infidèles athées de Bonaparte sont jugés avec encore plus de sévérité que les Chrétiens. Quant aux valeurs d’« égalité » entre les individus, elles ne provoquent qu’incompréhension en bousculant les hiérarchies traditionnelles d’un pays où l’esclavage domestique subsiste depuis plusieurs siècles.

Le comportement des femmes d’officiers français (elles visitent les ateliers et circulent librement en ville à visage évidemment découvert) n’apparaît pas, quant à lui, comme une émancipation mais comme une inadmissible licence qui choque les mentalités. D’une manière générale, les Français sont perçus comme des commerçants matérialistes, arrogants, brutaux et méprisables.

Disons-le clairement, les choses, rapidement, se passent mal. Un botaniste de l’expédition, dès fin juillet 1798, écrit, amer, dans son journal : « Nous débarquons dans un pays qui ne pensait pas à nous. Nous pillons les villages, ruinons les habitants et violons les femmes… ». Si Le Caire est à peu près sous contrôle, il n’en est rien de la province. Dans le delta du Nil, la lutte continue. Elle subsistera jusqu’en automne 1798. Les déplacements des troupes sont difficiles en raison de la crue du fleuve, les bédouins nomades attaquent les soldats, la population se révolte ponctuellement.

Les 1er et 2 août 1798, l’amiral britannique Nelson surprend la flotte française dans la rade d’Aboukir (voir carte ci-dessus) : si les britanniques perdent 218 soldats, ils anéantissent les forces navales françaises : 1 700 morts et 3 000 blessés. Les navires sont détruits quasiment entièrement ! C’est la première défaite de Bonaparte et, pour les grognards, un retour rapide au pays est désormais impossible… Il va falloir prolonger le séjour en Egypte.

Or, dans les campagnes égyptiennes, la situation a du mal à se calmer. La garnison française de Mansoura est ainsi massacrée ce même 10 août 1798 par surprise par des rebelles. L’historien Patrice Bret le dit brillamment : « Si les volontaires de 1792 et les requis de 1793 sont devenus des professionnels aguerris, leur idéal patriotique et républicain a désormais fait place au doute. Le soldat français, au prise avec le paysan égyptien qu’il est pourtant venu libérer, saisit mal les enjeux de cette campagne contre des Anglais qu’il ne combat pas ». En octobre 1798, Le Caire se soulève également. Les Français écrasent l’insurrection dans le sang. Bonaparte fait délibérément saccager et souiller la célèbre mosquée Al-Azhar dans laquelle les derniers insurgés sont abattus à coups de canon.

Progressivement, les élites locales commencent toutefois à se rallier. Mais les menacent subsistent de la part de bandes de bédouins et de rebelles qui se cachent dans le désert où ils sont évidemment mieux équipés que les Français pour se déplacer et survivre. Car ce n’est pas tout : les Français, pas du tout équipés pour les conditions climatiques locales, sont frappés par la maladie. La peste, les diarrhées, les migraines ophtalmiques accablent des troupes qui souffrent de la chaleur terrible. Les morts s’accumulent.

Bonaparte comprend que, au bout de 6 mois de victoires militaires réelles mais dont il ne sait pas quoi faire, il est maintenant confronté à un risque d’enlisement. Lui, le vainqueur systématique d’une guerre de mouvement où il a toujours eu l’initiative est maintenant menacé d’être pris au piège égyptien. Pire, les Anglais se rassemblent au nord de l’actuelle Syrie. A partir de fin 1798, Bonaparte lance alors une offensive en direction de la Syrie pour affronter l’ennemi anglais à l’aide de 15 000 hommes (sur moins de 35 000, rappelons-le : voir carte en page 1). Enfin de l’action pour les soldats de la République, avec de vrais ennemis, de vraies tactiques, de vraies manœuvres : une guerre entre gens civilisés, quoi ! Le 7 mars 1799, Bonaparte renoue, enfin, avec la victoire : il entre en Syrie et bat les Turcs à Gaza et Jaffa : il en profite pour faire 2 000 prisonniers, soldats et civils, qu’il fait rapidement… massacrer. Il met le siège devant Saint-Jean d’Acre, ancienne forteresse croisée, au printemps 1799.

Sans succès.

Au bout d’un an d’opérations, force est de reconnaître que les succès réels sont minces et que, sur le terrain, la situation n’est pas brillante. En France, l’opinion publique croit même savoir que Bonaparte a entraîné les soldats de la république dans un désastre. Bonaparte en est conscient : sa position s’affaiblit de jour en jour. Il ne contrôle pas plus l’Egypte que la propagande en France. Pire : en juillet 1799, une flotte turque envoyée de Constantinople s’approche d’Alexandrie, désormais faiblement défendue. Encore en Syrie, Bonaparte est menacé de voir ses armées coupées en deux et lui-même pris dans une nasse. Il revient en hâte en Egypte.

Entre le 25 juillet et le 1er août 1799, les Français (11 000 hommes) affrontent les troupes turques (18 000 hommes) débarquées à Aboukir et appuyées par une légère artillerie anglaise : c’est la deuxième bataille d’Aboukir. Déchaînés par le sacrilège que commet le pacha turc Mustapha (qui tranche ostensiblement les têtes des premier soldats français morts), les Français vont occire 2 000 turcs, en faire 2 500 prisonniers et en forcer environ 3 000 autres à se noyer en tentant de rejoindre leurs bateaux ancrés au large. Un bain de sang

Pourtant, malgré la victoire terrestre d’Aboukir, Bonaparte sent qu’il ne peut rester plus longtemps loin de France : il n’espère maintenant plus de victoires décisives. Il a davantage à perdre à rester sur place, risquant l’enlisement et les défaites, qu’à revenir en France. Il décide de quitter le pays tant qu’il en est encore temps.

Laissant l’armée à Kléber, Bonaparte s’embarque le 23 août 1799 pour la France. Il parvient, avec une chance invraisemblable, à échapper à la marine anglaise grâce au brouillard puis à rallier les côtes françaises. La nouvelle de la victoire d’Aboukir y arrive en même temps que lui. Bonaparte débarque à Saint-raphaël le 9 octobre 1799, ous les vivats de la liesse populaire. Alors que, dans les faits, l’expédition d’Egypte est une aventure qui est en train de mal tourner, où les bénéfices obtenus sont extraordinairement minces comparés aux risques encourus et aux pertes subies, Bonaparte fait pourtant, de nouveau, figure de héros victorieux ! Ainsi apparaît-il du même coup en sauveur potentiel de la république.

Car le Directoire, définitivement déconsidéré aux yeux de l’opinion publique, est moribond. La France est par ailleurs menacée par la « Seconde coalition ». Les Russes viennent de battre les Français en Italie, les Autrichiens viennent de le faire en Bavière,  les Turcs immobilisent, on le voit, les troupes d’Egypte, les Anglais maîtrisent la mer et même le royaume de Naples a rejoint cette union. C’est un hallali définitif qui menace le pays. Seul le général Masséna tient bon en tenant les Russes en échec en Suisse.

C’est dans ce contexte de crise aiguë que, un mois plus tard, jour pour jour, le 9 novembre 1799 (18 brumaire an VIII), au château de Saint-Cloud où auront été transportées les assemblées, Bonaparte parvient, dans la confusion, à obtenir la démission des Directeurs et la dissolution des chambres. Le Consulat est né. Il ne sera que l’ébauche du régime impérial qui s’établira officiellement le 2 décembre 1804

Les troupes françaises en Egypte, elles, désormais complètement ensablées, y resteront péniblement jusqu’en septembre 1801, date à laquelle d’ultimes défaites face aux Anglais les jetteront définitivement hors du pays.

Qu’importe, la gloire du Premier Consul puis de l’Empereur, la spectaculaire « Description de l’Egypte » rédigée par les savants de l’expédition et les victoires ultérieures éclatantes des troupes françaises sur le continent européen rejetteront définitivement dans l’ombre les exactions françaises en Egypte et la calamiteuse impréparation d’une armée de grognards venus « libérer » les fellahs malgré eux. Et puis la pierre de Rosette qui servira, ultérieurement, à la compréhension des hiéroglyphes.

Du haut de cette chronique, des années de propagande napoléonienne vous contemplent… Tricorne bas, mesdames et messieurs !

Bonne journée à toutes et à tous.

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La Plume et le Rouleau © 2006

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