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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1830 : Les MYSTERES DE PARIS sous la MONARCHIE DE JUILLET (2)

Publié par La Plume et le Rouleau sur 21 Février 2006, 18:37pm

Catégories : #Littérature & divers

Cher(e)s Ami(e)s,

Poursuivons notre étude de la France de la Monarchie de Juillet (1830 - 1848) grâce à l'étude de l'oeuvre d'Eugène Sue : "Les mystères de Paris".

Le roman des "MYSTERES DE PARIS" d'EUGENE SUE est aussi terriblement pittoresque autant qu’il est didactique pour les lecteurs de l’époque. A un moment où la classe « moyenne » n’existe pas, où les classes aisées, le plus souvent oisives et rentières, ne fréquentent pas la classe ouvrière, c’est une innovation pour l’écrivain que d’employer le langage réel, celui de la rue, des personnages qu’il décrit. « Les Mystères de Paris », c’est donc un ouvrage linguistique, une leçon d’argot. On découvre comment les « grinches » (voleurs) et les « escarpes » (voyous) se retrouvent pour « jaspiner » (discuter) entre eux dans les « tapis-francs » (cabarets). Ils vont ensuite « chouriner » (poignarder), avec leur coupe-sifflet (couteau), quelque bourgeois « pante » (honnête) ou quelque « banquezingue » (banquier). Fatalement incarcérés ensuite, il faudra aux malfrats l’intervention d’un « rat de prison » (avocat) habile s’ils veulent échapper à la « planche à pain » (guillotine). Ce qui est peu probable car, à l’époque, on a le couperet facile...

On note ainsi comment, en argot, les voyous se nomment eux-mêmes la « pègre », mot qui restera ensuite dans le vocabulaire, mais dans un registre soutenu. On prend plaisir à lire les surnoms plein d’imagination dont les voyous, côtoyés ou combattus par Rodolphe, s’affublent, allant même jusqu’à oublier leur propre nom de famille : la « Chouette », le « Squelette », le « Maître d’Ecole », « Bras Rouge », « Tortillard », « Pique-Vinaigre » et autre « Gargousse » composent un tableau picaresque inquiétant où l’état-civil réel n’existe plus, signe d’une marginalisation définitive.

C’est également l’occasion pour le lecteur de se promener dans le paysage urbain d’un Paris qui n’a pas connu la réforme « haussmannienne ». Elle n’interviendra en effet que près de 20 ans plus tard, à la fin des années 1850 quand le baron Haussmann fera percer des boulevards ou de larges avenues (celle de Rivoli ou de l’Opéra par exemple).

Le Paris de 1827 ne ressemble pas à celui d’aujourd’hui : pas de vastes boulevards rectilignes ni d’immeubles standardisés qui en font aujourd’hui le charme. La ville est encore celle du Moyen-Age : une agglomération anarchique, construite par une accumulation séculaire de constructions érigées sans plan ordonné ni souci d’homogénéité : chaque habitation y a été construite selon les goûts ou les moyens de son propriétaire et avec un style et des matériaux disparates. Les rues sont donc innombrables, tortueuses, tantôt sombres, tantôt larges et parfois d’une dimension inégale au long de leur tracé (!). Cela cause d’incessants embouteillages et nuit à la circulation de l’air. Paris est ainsi une ville sale, confinée, sans égout et dangereuse pour la santé : l’épidémie de choléra de 1832 y a fait des ravages. Par contraste, c’est la banlieue (déjà la campagne) qui apparaît salutaire, riante et agréable aux personnages du roman !

"Les Mystères de Paris" permettent aussi de mesurer le chemin parcouru par la médecine en 150 ans, depuis une époque où l’on utilisait de l’éther pour soigner les évanouissements et où l’on préconisait du… phosphore contre la fièvre !

Si « Les Mystères de Paris » sont une œuvre sociale, ils sont aussi une œuvre sociologique et politique.

Mais il ne s’agit pas (pas encore) de critiquer l’ordre établi : pas question pour Eugène Sue de faire la promotion de la révolution sociale ou de la démocratie politique pour les masses. Pas question de s’aventurer sur le terrain hautement sensible mais pourtant crucial du suffrage universel.. C’est dommage car, nous l’avons vu, c’est un des nœuds du problème. Du fait du suffrage censitaire, les lois adoptées ne concernent que les classes sociales représentées à l’Assemblée. Toute une fraction de la population (pourtant majoritaire numériquement) n’a ainsi pas d’existence politique : elle est donc purement et simplement ignorée.

Sue, cependant, se démarque pourtant déjà de ses contemporains aisés. Pour lui, il n’y a pas de « bonne » classe sociale ou de « mauvaise », il n’y a que des individus avec leurs qualités personnelles ou leurs défauts. Bien sûr, pour Eugène Sue, la naissance autant que l’extraction sociale sont quand même à la base des qualités intrinsèques des personnages…

- Ainsi Rodolphe est-il l’héritier d’un trône : il incarne donc la droiture, la générosité, l’empathie avec les petites gens, la sagesse et la modestie, une sorte de figure à la fois héroïque et paternelle, comme tout monarque devrait l’être (à commencer par Louis-Philippe 1er…)

- De même la marquise d’Harville (que Rodolphe aime tout d’abord platoniquement), richissime et candide, sait-elle se pencher sur les épreuves des autres. Elle sait élever son cœur grâce à la noblesse naturelle de son âme.

- La comtesse de Fermont (personnage secondaire qui va mourir dans la misère en raison des manigances sournoises d’un infâme notaire) est, elle aussi, altière et digne jusque dans l’agonie. Sa fille même, pourtant mourante sur son lit d’hôpital, tressaille à l’idée qu’un inconnu (en fait le médecin) glisse sa main sous les draps pour lui saisir le poignet (afin de lui prendre le pouls) : même dans la déchéance, on sait garder sa dignité lorsque l’on est bien née et éduquée, quoi.

- Et, naturellement, Fleur-de-Marie, la fille perdue de Rodolphe (en fait vivante mais délibérément abandonnée toute jeune par sa mère) est-elle, malgré sa pauvreté crasse (elle a été élevée dans la déchéance d’un infâme cabaret et contrainte à la prostitution), d’une grâce, d’une distinction, d’une force d’âme qui trahissent (forcément) ses origines nobiliaires…

Jusque-là, rien que de très conventionnel dans ce roman à l’eau de rose qui fait autant valser les particules que les robes des dames distinguées. Mais Sue souligne (c'est nouveau) également l’… « honneur et la probité naturelle » de la classe ouvrière. Le peuple ne ferait-il plus peur au bourgeois ? Loin de partager, désormais, la répulsion de ses contemporains pour le peuple et les ouvriers, Eugène Sue affirme, au contraire, que la classe ouvrière bénéficie d’un « honneur » et d’une « probité naturelle ». Ces qualités sont par exemple incarnées par le lapidaire Morel (un ouvrier qui taille des diamants dans une chambre de l’immeuble du 17 rue du Temple, où Rodolphe a loué son appartement) : un homme qui peine à faire survivre sa famille mais s’acharne à un travail honnête sans penser à voler la fortune qu’il a entre les mains.

La probité est également celle des Pipelet les « portiers » (nous dirions « concierges » ou « gardiens » aujourd’hui) de l’immeuble : des personnages ineffables au burlesque émouvant. La faconde de Madame Pipelet a d’ailleurs laissé, dans le langage courant, le sobriquet de « pipelette » : qui le savait ?

C’est aussi celle de la couturière nommée "Rigolette" : une jeune fille qui habite également cet immeuble. Issue d’un milieu pauvre, elle n’en incarne pas moins les vertus de l’épouse idéale : joyeuse, optimiste, travailleuse, honnête, économe, propre, ordonnée, fidèle et d’une moralité irréprochable. Les qualités de toutes les lectrices de ces chroniques (et des épouses de ses lecteurs, évidemment).

Et même chez les gibiers de potence et candidats à l’échafaud, on trouve des qualités innées ! Mais oui, Eugène Sue le martèle : il n’y a pas de vice qui ne se puisse combattre grâce à un contexte favorable, une éducation honnête, des perspectives d’ascension sociale et le don de la confiance. C’est le cas du « Chourineur » (celui qui « chourine » = qui frappe au couteau), le principal personnage secondaire du roman, ancien bagnard, criminel presque malgré lui mais jamais (ô grand jamais) voleur. Il est ainsi remis dans le droit chemin par la seule vertu d’une phrase, quasi-magique, de Rodolphe qui va l’illuminer : " Vous avez du cœur et de l’honneur ..."

C’est aussi le cas de Martial : fils et frère des assassins qui tentent de noyer Fleur-de-Marie mais qui refuse de suivre leur mauvais exemple. Sa compagne, surnommée " la Louve " est, quant à elle, une femme énergique dont le cœur est touché par la bonté naturelle et les paroles d’espoir de Fleur-de-Marie.

Les personnages issus du peuple sont donc, certes, marqués par leur condition d’origine : naître et grandir dans un taudis, au sein d’une famille rongée par l’alcoolisme et la maladie les prédisposent naturellement à ces vices. Cela borne par ailleurs naturellement leur horizon personnel et les réduit fatalement à des expédients délictueux ou criminels pour survivre. Mais leurs destins sont aussi, notons-le bien, le produit de leurs choix individuels. Bref, nous dit Eugène Sue : il n’y a de fatalité sociale pour personne.

D’ailleurs, Sue le suggère : il est objectivement plus difficile de rester vertueux quand on est pauvre que quand on est riche. A contrario, il est plus facile de cacher ses vices quand on est riche que quand on est pauvre…

Ainsi, que les individus cèdent à l’envie, la luxure, l’avarice, l’orgueil ou qu’ils choisissent la malhonnêteté, la dissimulation, l’âpreté au gain ? L’aisance ou la misère, l’éducation ou l’ignorance démultiplieront les effets de leurs vices. Qu’ils choisissent au contrair e de s’élever par l’étude, le travail, l’honnêteté ? Ils seront forcément récompensés.

Ainsi, ô scandale, Sue n’hésite pas à montrer que les classes aisées, toutes éduquées et puissantes qu’elles soient, peuvent également comporter en leur sein des membres rongés de vices et de défauts. Ce renversement de l’ordre social est nouveau également, surtout pour un individu issu des classes favorisées ! L’auteur jette ainsi bas le prestige que confèrent la notabilité, la fortune ou le savoir d’individus pervertis par l’avarice, le jeu, le lucre… Voyons-en quelques spécimens…

Le vicomte de Saint-Remy est l’incarnation d’une noblesse dépensière, décadente et corrompue par l’argent et les plaisirs d’une vie effrénée et dissolue (et Sue sait de quoi il parle !). Ce jeune héritier d’une honorable famille passe ses journées entre son cercle de jeu, sa maîtresse et ses soirées avec les amis de son acabit. Dépourvu de quelconques valeurs morales, voleur, menteur, truqueur, buveur, il va hypothéquer ses biens, escompter de fausses traites et même refuser un suicide qui aurait pourtant évité le déshonneur à son père. N’est-ce point là vraiment un fils indigne ?

La Comtesse Sarah MacGregor, autrefois fiancée à Rodolphe est, elle, sous des dehors charmants et distingués, un monstre de cynisme, d’ambition et d’égoïsme. Uniquement préoccupée par une alliance matrimoniale et entièrement dépourvue de toute fibre maternelle, elle n’a pas hésité à froidement soustraire à Rodolphe la fille qu’elle a eu de lui (Fleur-de-Marie) puis à abandonner celle-ci auprès d’un notaire véreux, Jacques Ferrand. L’indignation et le dégoût gagnent le lecteur.

Jacques Ferrand, parlons-en ! C’est LE « méchant » du livre, tellement odieux qu’il en est presque caricatural et pittoresque. Il incarne tout à la fois le vice, le mensonge, le vol, l’abjection, l’avarice et la luxure (cela fait beaucoup pour un seul homme, d’accord). Ses forfaits sont innombrables : il spolie le patrimoine de la Comtesse de Fermont, la contraignant à mourir dans la misère la plus noire. Il viole la fille de l’ouvrier Morel, placée chez lui en toute confiance tandis qu’il envoie les huissiers à ce même Morel pour une traite impayée ! Pire, alors que c’est à lui que Sarah MacGregor avait confié une somme d’argent pour faire élever la jeune Fleur-de-Marie, kidnappée à son père, il a gardé l’argent et confié la fillette à une infâme tenancière (la " Chouette ") et a fabriqué un faux acte de décès. Il ira même jusqu’à, ensuite, tenter de faire assassiner Fleur-de-Marie !

Incarnation quasi-diabolique, Ferrand trouve heureusement Rodolphe sur son chemin. Ayant percé à jour l’esprit de luxure qui agite l’âme du notaire, Rodolphe, par des moyens détournés, lui fait embaucher comme servante une séduisante métisse. Cette jeune femme, en réalité, est experte dans l’art de suggérer beaucoup tout en ne montrant rien, de demander beaucoup tout en donnant peu, de faire espérer tout de l’avenir en faisant languir le présent. Bref, d’être féminine... Pour Ferrand, c’en est trop : il finira fou, rongé par une affection commune aux érotomanes appelée « satyriasis » par la médecine et que Sue se complait à décrire avec une précision quasi-scientifique.

Saisissant.

Mais ces développements qui laissent le lecteur pantois, haletant, indigné et remué jusqu’aux tripes ne s’arrêtent pas là. Car Sue formule aussi, via les initiatives personnelles de Rodolphe, des propositions économiques et sociales hardies et notamment une innovation incroyable : l’assurance-chômage. Il s’agit en fait, dans l’esprit de Sue, d’un établissement pratiquant une indemnisation temporaire fondée non sur le principe d’une allocation mais celui d’un prêt sans intérêt que le chômeur, une fois le travail retrouvé, remboursera avec joie et gratitude. Ainsi la « Banque des travailleurs sans ouvrage », par son fonctionnement, permettra-t-elle de « ne pas dégrader l’homme par l’aumône … ne pas encourager la paresse par un don improductif (et) venir en aide fraternellement au travailleur qui, vivant déjà difficilement au jour le jour, en raison de l’insuffisance des salaires, ne peut quand vient le chômage, supprimer ses besoins parce que son travail est supprimé ». Plus qu’une réforme, une vraie rupture… On y apprendra, au passage, que cette « banque » sera instituée « dans le 7ème arrondissement de Paris, car c’est l’un de ceux où la classe ouvrière est la plus nombreuse » !

On mesure, par parenthèse, le chemin parcouru depuis 1827 par ce quartier, aujourd’hui constitué d’immeubles haussmanniens chics et d’hôtels particuliers cossus abritant ministères, galeries d’art, restaurants et… le Palais Bourbon.

A la fin, réjouissons-nous, les honnêtes gens sont récompensés et les méchants punis. Mais, et le lecteur l’observera, ils le sont grâce à la générosité personnelle de Rodolphe : un personnage généreux, omnipotent et richissime, donc invraisemblable dans la vie réelle. Alors, que fait la police, la justice, l’Etat ? C’est la réflexion que mène Sue, qui, touché par les malheurs du peuple, se convertit au socialisme militant.

Sous des dehors romanesques, moralisateurs et convenus, « Les Mystères de Paris » sonnent donc bien comme un cri d’alarme. Et ce cri retentit dans toutes les couches sociales. Le roman a un retentissement énorme dans les classes défavorisées. Ceux qui ont la chance de savoir lire font la lecture hebdomadaire des chapitres à leurs familles et amis. Enfin ! On parle du peuple, réellement, clairement, crûment, avec des mots vrais, des mots de tous les jours, des mots du mastroquet d’à-côté (le « Café du Commerce » de l’époque, quoi). On y montre les difficultés de la vie de tous les jours, pas celle des romans de Dumas, celle de la vraie France « d’en-bas », pour la première fois !

La bourgeoisie, elle, prend brutalement conscience de l’ampleur de la question. L’ouvrage est lu dans les salons où l’on cause : il provoque le malaise et la prise de conscience. Comment alors, s’interroge-t-on, réformer cet état de fait sans pour autant toucher à l’ordre social (car il n’est pas question, évidemment, pour qui que ce soit, de renoncer à ses « avantages acquis ») ?

Les autres écrivains, eux, sont épatés par l’ampleur du succès rencontré. Le terme de « Mystères » va dès lors désigner, au plan littéraire, l’évocation des bas-fonds d’une société sur fond d’intrigue romanesque plus ou moins aventureuse ou policière. La postérité des « Mystères de Paris » (aujourd’hui indûment oubliés) va être immense. Des dizaines de romanciers vont s’en inspirer : Emile Zola va écrire les « Mystères de Marseille » (peuchère !), tandis que Paul FévalLe bossu ») va écrire « Les Mystères de Londres » (My god !). Un autre roman, britannique, aura également pour nom « The Mysteries of London » (G. W. Reynolds) tandis que l’italien Francesco Mastriani va écrire « Les Mystères de Naples », (Forza !) un autre auteur écrira également les « Mystères de Munich » (ach !). Au début du XXème siècle, l’écrivain Pierre Decourcelle écrira encore les « Mystères de New York » (yeah !) et, plus tard, Léo Malet (le « père » de Nestor Burma) écrira même les « Nouveaux mystères de Paris », preuve de la longévité du roman... Le type de roman réaliste de Sue inspire d’autres écrivains. Il incitera Victor Hugo à entreprendre « Les Misérables » (que celui-ci commence en 1845 mais ne publiera qu’en 1862) : le grand Hugo y mentionne même directement Eugène Sue, comme hommage. Hélas pour Sue, ce sont « Les Misérables » hugoliens, inclassables et inégalables qui resteront dans la mémoire collective comme le modèle de la description poignante des classes défavorisées du XIXème siècle. Charles Dickens (« Oliver Twist », 1838) ou Alexandre Dumas avec ses « Mohicans de Paris » (1854) s’inscriront également dans la même veine, de même, bien sûr, qu’Emile Zola et son cycle des « Rougon-Macquart ». Dans « L’assommoir », Zola décrit même la bibliothèque de Lantier où l'on trouve… « Les mystères de Paris » !

Le cinéma, bien sûr, s’emparera, encore plus tard, de l’histoire. On notera ainsi l’adaptation certes conventionnelle et un peu éloignée de l’intrigue mais cependant pleine de charme et de panache qu’en réalisera André Hunebelle en 1962. Dans ce film, c’est le bondissant et sympathique Jean Marais qui incarne Rodolphe et descend dans les bouges pour s’y bagarrer avec les mauvais garçons. De la castagne et des bons sentiments : à voir !

Dans la foulée du succès de son roman, quoiqu’il en soit, Eugène Sue va récidiver : il se lance à partir de 1849, dans un vaste projet d’éducation et d’édification du peuple : « Les Mystères du peuple », ultime mystère qui doit englober ses deux grands succès littéraires : Les mystères de Paris et Le Juif errant. A la fin de sa vie, Eugène Sue aura même le projet de « Mystères du monde » qui se seraient étendus à un espace plus vaste encore, décrivant les souffrances des peuples exploités sur l’ensemble de la planète. Vaste programme. Sa mort (à Annecy en 1857) l’empêchera de mener son projet à bien.

Mais dans l’intervalle, frappé par la misère des classes défavorisées, Sue va se lancer dans le combat politique sous l’étiquette... « socialiste », c’est-à-dire, pour l’époque, plus révolutionnaire que réformiste ! La question sociale est, vous l’avez compris, au cœur de la problématique de pérennité du régime de la Monarchie de Juillet de Louis-Philippe. Et pourtant, face à l’agitation, face aux problèmes, le « roi des Français » Louis-Philippe, hissé autrefois sur son trône par la force des barricades, va choisir le conservatisme, la répression et la fermeture à toute réforme de fond. Durant une longue période de bras-de-fer avec l’opposition (qui débute en 1835), Louis-Philippe interdit toute réunion politique. Les républicains et l’opposition organisent donc des déjeuners et des dîners (des banquets) qui permettent de s’assembler quand même... Louis-Philippe, excédé, finit par interdire celui du 14 janvier 1848.

Le banquet est repoussé à la date du 22 février suivant. Et à nouveau interdit. C’est l’explosion dans la capitale qui se couvre alors de barricades. Cinq jours plus tard, la république (la « Seconde ») est proclamée à la Bastille, sous la colonne de Juillet, celle-là même qui, on s’en souvient, avait été érigé par Louis-Philippe pour célébrer la chute de la monarchie précédente !

Il y a 158 ans tout juste aujourd’hui, le 27 février 1848, la république est rétablie (qui s’en rappelle ?). Elle ne durera toutefois que 3 ans, avant d’être de nouveau liquidée par Louis –Napoléon Bonaparte qui rétablira l’  « Empire » (le Second). Mais ceci est une autre histoire que ces chroniques a déjà évoquée.

Une quadruple leçon est donc à tirer ces développements tumultueux et qui peut être appliquée à divers pays de l’actualité brûlante :

- La démocratie ne se décrète pas : elle s’enracine progressivement et souvent au long de grandes vicissitudes. Gardons espoir.

- La misère d’un peuple et sa pauvreté ne peuvent être ignorées à long terme sous peine d’aboutir à des troubles plus graves encore. Ouvrons les yeux.

- Toute réforme se heurte nécessairement à des résistances parfois légitimes : prenons garde que l’immobilisme, si tentant qu’il puisse être parfois, ne conduise à des impasses dont seule une crise brutale pourra permettre au pays de sortir. Retroussons les manches.

- Dans la circulation des idées, les écrivains, journalistes et historiens ont leur part. Cette chronique espère y avoir également la sienne que ses lecteurs aient également la leur. Merci de continuer à suivre votre serviteur dans ses élucubrations.

Bonne journée à toutes et à tous.

La Plume et le Rouleau © 2006

Découvrez une drôle de prison durant le règne de Louis-Philippe et plongez dans les mystères de La cinquième nouvelle.

1962 - Film d'André Hunebelle où le bondissant Jean Marais administre une correction à des mauvais garçons... et à des policiers !

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Clotilde 20/09/2011 17:05


Merci beaucoup pour cet article.


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