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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1839 : Guerre de l'OPIUM et TRAITES CHINOIS INEGAUX

Publié par La Plume et le Rouleau sur 5 Mars 2001, 10:58am

Catégories : #Relations internationales & conflits

Mes cher(e)s ami(e)s,

C’est de nourritures hallucinogène dont je vous parlerai aujourd’hui, avec une chronique qui sera consacrée à une sombre histoire... d’OPIUM.

Actionnons la machine à remonter le temps et retrouvons, il y a 161 ans, au mois de mars 1839 à Canton, au sud de la Chine. Vrrrooouuummm Paf ! ! !

Dans Canton est en effet arrivé depuis quelques jours, pour la diriger, un nouveau mandarin du nom de Linzexu. Linsexu, c’est un peu le Elliott Ness chinois : ce haut fonctionnaire est mandaté par l’Empereur, le fils du Ciel lui-même, pour mettre de l’ordre dans la ville, unique point de commerce toléré avec les Occidentaux, et qui sert maintenant de plaque tournante au trafic d’opium. Celui-ci a pris une telle ampleur que l’argent (le métal qui sert de monnaie), utilisé par la population pour acheter sa drogue, commence à manquer dans les caisses de l’Empire du Milieu.

Contre cet infâme mais lucratif commerce triangulaire, personne n’a osé élever la voix. A peine les députés Conservateurs britanniques ont-ils protesté. L’Inde est une colonie bonne à piller, la Chine est loin de l’Europe. On se moque pas mal des conséquences de la consommation de drogue. Les usines anglaises doivent tourner, les actionnaires toucher des dividendes et les marchands faire des affaires.

Contre une telle absence de scrupules, les Chinois sont bien démunis. Restés longtemps à l’écart du reste du monde, ils restent convaincus de la supériorité de leur culture : une administration efficace (des mandarins lettrés et cultivés), une marine invincible (équipée de jonques) et la suprématie du système confucéen, plusieurs fois séculaire et donc immuable.

Face au péril, cependant, l’Empereur a consulté ses hauts fonctionnaires. Deux camps se sont formés.

D’un côté, les « pragmatiques » considèrent qu’il ne faut pas interdire la drogue, ce qui serait source d’efforts coûteux pour des résultats aléatoires, mais qu’il faut encadrer son importation, sa diffusion et sa consommation afin d’en tirer, notamment, des recettes fiscales.

De l’autre, les « moralistes » pensent que l’opium est de toutes façons nuisible et destructeur de l’ordre moral et économique de l’empire. Sa consommation doit être réprimée sans discussion et sans pitié.

C’est cette dernière voie que choisit l’Empereur. L’énergique Linzexu est donc envoyé à Canton pour taper dans le tas. Linzexu incarne, malgré lui, le choc imprévu que la Chine subit en rencontrant de plein fouet l’âpreté au gain occidentale dans sa course à la colonisation. Autoritaire, sûr de son droit, Linsexu néglige les négociations et pense que la menace suffit à ramener les barbares occidentaux à la raison. Et avant de faire jeter l’opium à la mer, il rédige un poème en s’excusant auprès de l’esprit de l’océan de le polluer ainsi…

Quand il a du temps libre, il fait de la calligraphie sur des éventails.L’affaire est donc particulièrement grave.

Car d’où vient cet opium ? Il arrive d’Inde, où il est produit à bas prix par les Anglais qui l’exportent en contrebande en Chine (où ils n’ont pas le droit de commercer) pour le vendre ou le troquer contre des tissus, épices, meubles, etc… qu’ils réexportent en Europe et dont ils tirent de juteux bénéfices.

Et cela chauffe immédiatement car Linzexu est un homme du genre implacable : il fait placarder des affiches interdisant la consommation d’opium et met immédiatement ses menaces à exécution. Il ferme les fumeries, traduit en justice les marchands chinois et les fonctionnaires complices, fait brûler des caisses et jeter à la mer des ballots d’opium. Incorruptible, inflexible, c’est aussi un homme de méditation et de réflexion.

Comme il ignore tout des mœurs des Occidentaux, il se documente et lit attentivement divers ouvrages sur les « Longs-Nez ». S’il comprend assez bien que les Anglais sont différents des autres Occidentaux (et comment !), il a davantage de mal à comprendre ce qui différencie les catholiques des protestants. Quant aux discussions parlementaires et aux questions débattues dans l’opinion, il n’y comprend goutte. Malgré sa vaste culture, son éducation confucéenne ne le prépare en rien à la compréhension de la philosophie politique démocratique et aux arcanes des luttes politiques occidentales.

Pendant un peu plus d’un an, Linzexu  fait du bon boulot. Sous sa répression impitoyable, le trafic de drogue a presque cessé. Mais c’est justement ce qui ennuie les parlementaires et les industriels anglais. No money anylonger ! Shit ! Il faut réagir !

Sa Très Gracieuse Majesté envoie donc sa flotte de guerre. D’escarmouches en désastres, sa flotte archaïque anéantie, la Chine est alors contrainte de signer, dans la défaite, divers « traités inégaux » dont le Traité de Nankin d’août 1842 : Hong Kong est cédé à l’Angleterre, 5 ports sont ouverts au commerce anglais. Le dépeçage de l’Empire du Milieu a commencé.

Cet épisode, capital dans la conscience collective chinoise, va marquer durablement Chinois et Occidentaux dans leurs relations réciproques. Pour les Occidentaux, l’argument confucéen de maintien de l’harmonie sera considéré comme une phraséologie ridicule et mensongère, destinée à masquer les caprices de l’Empereur, la corruption de son administration et la tyrannie de son régime envers une population laborieuse et ignare. Pour les Chinois, l’argument démocratique selon lequel les hommes sont libres et égaux n’est que l’expression d’une mauvaise foi patente, illustrée par des traités obtenus par la force des armes, par la vente cynique et massive d’opium et par la colonisation politique et économique brutales.

Dans l’attitude à adopter vis-à-vis de la consommation de drogue, dans les relations avec les pays qui vivent de sa production, dans les relations sino-occidentales, les choses ont-elles vraiment changé depuis 150 ans ?

Bonne journée à toutes et à tous

(*) Les épinards : la femme de Popeye s’appelle en effet Olive

D'autres histoires relatives à la Chine ? D'accord !

La Plume et le Rouleau (c) 2001

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