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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1858 : Les FANTOMES de l'OPERA

Publié par La Plume et le Rouleau sur 14 Mai 2001, 12:25pm

Catégories : #Littérature & divers

Mes Chers Amis,

Comme tous les jours, il y a foule dans les rues de Paris en ce 14 mai 1610. Il est environ 16 heures et Henri IV décide d'aller chez son ministre Sully. Son lourd carrosse s'ébranle lentement. Rue de la Ferronnerie, non loin du Palais Royal à Paris, la voiture à cheval est immobilisée par une charrette de foin qui s'est mise en travers de la chaussée. L’assasin, qui a suivi le cortège à pied, se hisse vivement par la portière. D'un geste rapide et décidé, il poignarde deux fois le roi. Tandis qu'Henri IV murmure "ce n'est rien !", il s'affaisse, mourant, sur sa banquette.

Ainsi se déroula le plus célèbre assassinat d’un roi de France


Cela se termina naturellement mal pour l’assassin qui, quelques jours plus tard, fut « convaincu du crime de lèse Majesté divine et humaine … pour le très méchant, très abominable, et très détestable parricide, commis en la personne du feu Roi Henri IV de très bonne et louable mémoire », fut « condamné à faire amende honorable devant la principale porte de l’Eglise de Paris, se repentir en public puis être conduit en place de Grève pour y avoir la main brûlée, recevoir sur le corps du plomb fondu et autres substances » avant d’être démembré". Son père et sa mère, quant à eux, furent obligés de quitter le royaume avec défense d’y revenir sous peine d’être pendus sans procès. Ses frères et soeurs, oncles et autres ne purent jamais plus porter, eux, le nom de RAVAILLAC.

Voici un crime qui fut perpétré dans une simple ruelle. Pour l’assassin vulgaire, c’est souvent le cas. L’assassin de type idéologique (révolutionnaire, défenseur d’une cause quelconque) choisira, lui, plutôt un lieu symbolique pour commettre son forfait.

A ce titre, l’Opéra de Paris apparaît un lieu privilégie, un théätre de l’art autant que du crime, un lieu où s’épanche l’émotion, qu’elle soit artistique ou criminelle.

A ce titre, l’Opéra apparaît un lieu privilégie, un théätre de l’art autant que du crime, un lieu où s’épanche l’émotion, qu’elle soit artistique ou criminelle.

Je n’évoquerai pas spécifiquement le bâtiment de l’Académie de Musique (autrefois l’Académie Royale de Musique), également dénommée Palais Garnier, du nom de son architecte, et vulgairement appelé « Opéra » par le peuple, dont l’achèvement date de 1875 (sa construction avait été commencée en 1862).

J’évoquerai donc l’opéra à travers le symbole qu’il incarna, et incarne toujours, dans les mentalités collectives et les représentations que s’en font les hommes de pouvoir. L’opéra a en effet toujours eu valeur de symbole : symbole de pouvoir, symbole de démocratisation, symbole de révolte. Voyons cela grâce à notre habituelle machine à remonter le temps.

VVVRRROOOUUUMMMMMMMMM ! ! ! !

Avec le déploiement de faste qui l’accompagne, le genre musical que constitue l’opéra apparaît très tôt aux monarques comme susceptible de servir la meilleure des causes : la leur. Louis XIV, avec le musicien Lully, comprendra bien le parti qu’il peut en tirer pour la glorification de son règne et de sa personne.

La Révolution ne sera pas en reste et nombre de compositeurs (Chérubini, Grétry…) se verront « réquisitionnés » pour confectionner des œuvres dont le faste, la pompe, le grandiose doivent avoir pour finalité de révéler au peuple comment la Liberté triomphe des tyrans. On multiplie alors les représentations gratuites, on distribue des billets de faveur au peuple. Pas trop cependant.

L’opéra sert tous les régimes. Ou plutôt tous l’utilisent à leurs propres fins. Les gouvernants s’y rendent autant pour se montrer qu’assister à un spectacle qui doit être porteur d’un message politique sous-jacent fort, à leur gloire.

Si fort que, bien sûr, agissant par mouvement de balancier, la contestation va tenter à son tour d’utiliser l’opéra. Sous la restauration (1815 – 1830), Daniel Auber crée « La muette de Portici » (1828) qui raconte l’occupation par l’Espagne du royaume de Naples en 1647. Le livret passe le filtre de la censure. En fait, à la mise en scène, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un dangereux brûlot qui exalte la lutte du peuple contre le despotisme. Charles X a compris, désormais l’Opéra sera placé sous le contrôle du… Ministère de l’Intérieur !

Mais l’utilisation de l’opéra à des fins politiques ne s’arrête pas là. Parce qu’on l’utilise pour servir les intérêts du pouvoir en place, l’Opéra (le bâtiment) reçoit régulièrement la visite des gouvernants. Dans l’esprit de certains, c’est donc à l’Opéra qu’il faudra frapper. Frapper le pouvoir en place, frapper l’imagination du peuple.

Mais l’utilisation de l’opéra à des fins politiques ne s’arrête pas là. Parce qu’on l’utilise pour servir les intérêts du pouvoir en place, l’Opéra (le bâtiment) reçoit régulièrement la visite des gouvernants. Dans l’esprit de certains, c’est donc à l’Opéra qu’il faudra frapper. Frapper le pouvoir en place, frapper l’imagination du peuple.

Le 24 décembre 1800, le Premier Consul
Bonaparte se rend à l’Opéra (à l’époque, c’est l’Opéra de la rue Le Peletier, actuel Opéra Comique) pour aller écouter La Création de Haydn. Il passe par la rue Sainte-Nicaise. Une « machine infernale « explose. 8 morts, 28 blessés. Bonaparte s’en prend aux Jacobins. Ce sont en fait les Chouans qui ont fait le coup.

Le 13 février 1820, le duc de Berry, fils du futur Charles X et donc neveu de Louis XVI est assassiné rue Le Peletier par un ouvrier cordonnier nommé Louvel, hostile à la monarchie.

Le 14 janvier 1858,
un italien du nom de Félice Orsini, farouche nationaliste partisan de l’unification de l’Italie décide d’attenter à la vie de Napoléon III, qui avait soutenu militairement le pape Pie IX, hostile à l’unité italienne.

Il lance trois bombes avec ses complices Pieri, Gomez et Rudio sur le passage des trois carrosses qui amènent Napoléon III et l’impératrice à l’Opéra, encore rue Le Peletier, à Paris. L’empereur est sauf, mais on dénombre quatre-vingt-quinze blessés dont deux mortellement.

Ainsi l’Opéra, expression du faste et de la tragédie, sera-t-il largement utilisé à des fins autres qu’artistiques. Gaston Leroux y situera même son « Fantôme de l’Opéra », inscrivant le lieu comme celui de tous les mystères, de tous les drames, de toutes les passions.

D’aucuns pensent que le dernier crime commis à l’Opéra fut la construction de celui de la Bastille (décidée en 1983) : le sens artistique étant à cette occasion sauvagement occis par le délire pharaonique du monarque en exercice et l’érection d’un bâtiment faussement populaire à la solidité par ailleurs approximative…

Bonne journée à tous.

D'autres exploits terroristes ? Découvrez les
anarchistes ! D'autres assassinats ? Retrouvez ceux de Gandhi ou de JF Kennedy !

La Plume et le Rouleau © 2001

Et pour d'autres histoires mystérieuses pleines de passion et de secrets bien gardés, lisez La cinquième nouvelle...

Commenter cet article

Pierre 23/08/2013 14:08


J'ai découvert votre site il y a quelques jours et depuis, je savoure vos chroniques... 


Vous citez la "Muette de Portici". Savez-vous qu'elle déclancha la révolution belge de 1830? http://www.histoire-des-belges.be/au-fil-du-temps/epoque-contemporaine/revolution-belge/les-hostilites Ce
jour-la, le belge décida de "sortir du tombeau"


Salutations

Sho dan 23/08/2013 14:45



Formidable ! Et moi qui pensait que la musique adoucissait les moeurs... Merci pour ce passionnant site et pour vos encouragements.



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