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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1862 : Kolossal BISMARCK !

Publié par La Plume et le Rouleau sur 23 Septembre 2003, 14:41pm

Catégories : #Personnalités célèbres

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,

Ach ! Auchourt’hui n’est bas koutume : nous allons nous transporter outre-rhin d’ein koup de panzer bour vaire konnaissance avec ein persônnache zehr sympatisch : Otto Eduard Leopold von Bismarck...

Car en ce jour du 23 septembre 1862, il y a 141 ans tout juste, Otto prince de Bismarck était nommé ministre-président du royaume de Prusse par l’empereur Guillaume 1er : le coup d’envoi d’une brillante carrière politique émaillée de multiples réalisations auxquelles l’Allemagne d’aujourd’hui doit beaucoup.

Tout cela, je m’en doute, est bien vague dans votre mémoire. Alors rafraîchissons-la en faisant connaissance avec le personnage qui va, j’espère, vous étonner par ses nombreuses qualité...

Otto Eduard Leopold, comte puis prince de Bismarck-Schönhausen, duc von Lauenburg, et autres lieux découverts à marée basse, est né à Schönhausen, duché de Brandebourg en 1815 (l'année de la bataille de
Waterloo). Il est issu de la noblesse terrienne prussienne, les « Junkers », traditionnellement conservatrice, militariste et qui ne rigole guère.

Après des études de droit à Göttingen et Berlin (1832 / 1833), il rentre dans l’administration, qu'il délaisse bientôt pour gérer les domaines familiaux. Il décide se lancer dans la politique et est élu député au Landtag uni de Prusse. Il s'y fait remarquer par son hostilité au mouvement révolutionnaire et, remarqué par l’empereur, il est nommé ambassadeur de Prusse à la Diète fédérale de Francfort, de 1851 à 1858. Cela vous parait confus ? Il faut comprendre que, à cette époque, l’Allemagne n’a rien de l’état unitaire et unifié qu’il est aujourd’hui : elle est morcelée entre divers duchés. A cette époque, il y a donc un ambassadeur prussien en Bavière et inversement. Pour sentir l’atmosphère de cette époque, je vous conseille de vous replonger dans le palpitant roman policier, de Pierre Benoit, qui se situe dans l’un de ces duchés (imaginaire) : Königsmark.

Depuis 1834, pourtant, s’est réalisé un rapprochement économique et douanier des principautés entre elles et avec la Prusse : un mouvement entrepris à l’initiative de la bourgeoisie d’affaires. Parallèlement à cela, un mouvement libéral et des revendications ouvrières ont  émergé (Marx a publié son « Manifeste » en 1848). Si les petits États (la Hesse, le Palatinat…) plaident pour un système fortement centralisé à Assemblée nationale unique, les députés des grands royaumes, comme la Bavière ou le Hanovre, souhaitent au contraire un système souple. Ainsi, tandis que, après diverses tribulations, l’idée d’une « Grande Allemagne » (ach ! Grossdeutschland !) dominée par les Habsbourg autrichiens est abandonnée, la Prusse et l’Autriche engagent des rapports de force pour réaliser chacune à leur profit l’unité qui se profile.

Mais revenons à Bismarck : celui-ci est rapidement convaincu qu'il n'y a pas place en « Allemagne » pour deux nations aussi puissantes que la Prusse et l’Autriche : leur affrontement lui paraît inéluctable. Après deux postes à Saint-Pétersbourg (1859 – 1862) puis à Paris, il est rappelé en Prusse, au mois de septembre 1862, pour aider le roi Guillaume Ier. à dénouer le conflit institutionnel qui l'oppose au Landtag (l’Assemblée nationale prussienne) : ce dernier refusant au souverain les crédits militaires nécessaires au renforcement de l'armée.

Mais, appelé au pouvoir pour résoudre une crise intérieure, Bismarck va apparaître autant comme un homme à poigne que comme un diplomate. Au-delà des problèmes immédiats, il a un grand projet à coeur : faire l'unité allemande sous l'égide de la Prusse.

Nommé Ministre-président de Prusse (en quelque sorte 1er ministre), Bismarck ne fait pas dans la dentelle et fait lever les impôts par décrets. Disposant également du ministère des Affaires étrangères, il prépare une action contre l’Autriche : en octobre 1865, il signe avec l'Italie un traité d'alliance qui lui permet d’écraser l'Autriche le 3 juillet 1866 à la bataille de Sadowa. La voie est libre pour la réorganisation de l'Allemagne : les Etats du Nord (Bavière, Wurtemberg, Bade, Hesse-Darmstadt) forment une Confédération dont Bismarck devient le chancelier. Les états du Sud acceptent de se placer sous commandement prussien en cas de guerre. Celle-ci ne va pas tarder.

Napoléon III est inquiet de la puissance prussienne et multiplie les avances diplomatiques maladroites. Exploitant la nervosité française, il pousse Napoléon III à l’engagement à la mi-1870 : c’est l’épisode tragique de la guerre franco-prussienne que ces chroniques vous narrent par ailleurs.

Le 18 janvier 1871, au sommet de sa gloire, de ses victoires et de son arrogance, Bismarck proclame le IIème Reich, l’empire allemand, dans la galerie des glaces du château de Versailles ! Son intelligence et son sens de la situation au service d’une volonté implacable de domination, ont fait de lui la plus forte personnalité de l'histoire de l'Europe, dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Cela, il le doit indéniablement à ses qualités personnelles : rigueur et travail. Beaucoup de rigueur et beaucoup de travail. Bismarck est un colosse, une force de la nature : il ingurgite, dit-on, environ un demi-litre d’eau-de-vie par jour. Il le proclame : « le vin rouge pour les enfants, le champagne pour les hommes, le schnaps pour les généraux ! ». Quant à la bière qu’affectionnent tant ses compatriotes : « elle rend l’individu stupide, paresseux et bon à rien, elle est la cause de la politique de brasserie » (= la politique démocratique) !

Grâce à cette santé de fer, Bismarck impose à ses subordonnés un rythme de travail de forçats, les retenant jusqu’à 2 ou 3 heures du matin pour leur dicter des notes. Les employés des postes aussi sont submergés de travail : on comptera qu’une année, il reçut 650 000 lettres et 10 000 télégrammes !

Après 1871, Bismarck s'attache à consolider l'œuvre accomplie. : à l'extérieur, il poursuit l’isolement de la France (« Entente des trois empereurs » - Allemagne, Autriche, Russie - en 1872 ; Duplice, alliance entre l'Allemagne et l'Autriche contre la Russie puis Triplice - Allemagne, Autriche, Italie – un pacte conclu en 1882 qui durera jusqu’en 1914). À l'intérieur, il fait de l'Empire un ensemble homogène et solide en luttant contre les catholiques, les socialistes et les minorités (Alsaciens-Lorrains et Polonais). Bismarck s'appuie sur le Reichstag où il dispose de majorités successives pour soutenir sa politique du Kulturkampf  qui l'oppose aux catholiques (1872 – 1878) ou  aux socialistes (vote de lois répressives en 1878).

Mais le travail (arbeit !) n’empêche pas la rigolade et Bismarck, malgré les apparences, pratique aussi largement l’humour… Seul problème, il s’agit d’un humour très prussien qu’il faut évidemment savoir goûter. Exemple : à l’époque où il était ambassadeur de Prusse à Francfort (1851 – 1858), Bismarck demande un jour au propriétaire de son logement de lui faire installer une sonnette pour appeler son domestique. L’autre se montre peu coopératif : « Vous n’avez qu’à la faire poser vous-même ! ». On parle ainsi à Bismarck ? Fort bien. Quelques jours plus, un coup de feu retentit dans l’appartement. Le propriétaire accourt et trouve Bismarck à son bureau, devant une pile de dossiers, en train de fumer la pipe, un pistolet près de lui. « Qu’est-il donc arrivé ? » « Rien, n’ayant pas de sonnette, j’ai appelé mon secrétaire : vous feriez bien de vous y habituer ! ». Bismarck eut sa sonnette sur le champ.

Plus subtil (si l’on peut dire), Bismarck distille aussi des petites phrases assassines. En 1871, ayant signé l’armistice à Versailles, il impose quelques semaines plus tard de garder  l’Alsace et la Lorraine et, assisté de son banquier juif Bleichroeder, il exige en outre une indemnité pour retirer les troupes prussiennes du territoire français. Il ne demande pas moins de 5 milliards de francs-or ! « Cinq milliards ! lui dit Jules Favre, ministre français des affaires étrangères, mais un seul homme ne pourrait pas compter cette somme, même ayant commencé à la naissance du Christ ! » Bismarck répond alors « C’est bien pourquoi j’amène mon ami Bleichroeder, qui date... d’avant le Christ ! » Bismarck est donc vraiment impayable (contrairement à la rançon qu'il exige, qui sera réglée).


Mais Bismarck n’est pas seulement drôle au travail, il l’est aussi dans ses moments de détente, là aussi à sa manière...

Un jour, Bismarck qui, rappelons-le, est d’une nature athlétique, part à la chasse aux bécassines avec un ami avec lequel il avait préalablement eu une vive discussion : pour Bismarck, chacun ne doit son salut qu’à lui-même et ne doit guère attendre de secours de son prochain, c'est la loi de la jungle qui seule peut assurer la survie des plus forts. Son compagnon, moins brutal, est au contraire d’une nature peu sportive : il est petit et gros et souffle comme un boeuf aux côtés du sportif Bismarck.

Les deux chasseurs traversent bientôt un marais et, tandis que Bismark avance à grands pas, l’autre tombe dans un trou de vase où il s’enfonce jusqu’aux aisselles. L’infortuné tente de se dégager. En vain. Il appelle alors Bismarck à l’aide. C’est d’autant plus urgent que le malheureux s’enfonce maintenant jusqu’aux épaules.

Bismarck revient près de lui et lui dit d’une voix très calme : " Mon bien-aîmé, vous ne pourrez certainement jamais sortir de ce trou et il est impossible de vous sauver. Il me serait extrêmement pénible d’être témoin de vos efforts inutiles ou de vous voir étouffer lentement dans cette saleté dégoûtante…."

« Ecoutez-moi mon garçon, reprend-il, je vais vous épargner une agonie prolongée par la suffocation en vous logeant une balle dans la tête : de la sorte, vous mourrez avec promptitude et dignité ». L’autre ouvre des grands yeux et s’exclame « Etes-vous fou ? Je ne veux être ni étouffé ni fusillé : aidez-moi donc à sortir d’ici au nom du diable ! »

Mais Bismarck épaule son fusil et, d’un ton lugubre, répond : « Ne bougez pas pendant une seconde, ce sera bientôt fini… » et il ajoute : « Adieu cher ami, je conterai vos derniers moments à votre pauvre femme ! »

A ce moment, terrorisé, l’homme déploie un effort surhumain et parvient à s’arracher de la boue et à regagner la rive à quatre pattes. Epuisé, furieux et choqué, il se met à lancer un torrent de reproches à un Bismarck goguenard. « Vous voyez que j’avais raison » dit celui-ci et il repart à la chasse aux bécassines !

Mais le Bismarck conquérant, dominateur, donneur de leçons ne va pas durer éternellement.

« Sic transit gloria mundi » : ainsi passe la gloire du monde, dit-on. Ce n’est pas du germain, c’est du latin et cela va se vérifier à partir de la fin des années 1880. A cette date, le monde a changé, l’Allemagne aussi et Bismarck ne s’en est pas aperçu. La politique répressive vis-à-vis des catholiques est de plus en plus mal vécue et Bismarck se brouille autant avec les libéraux qu’avec les conservateurs, déçu par la modération de sa politique étrangère. On commence à lire dans les journaux que Bismarck est une « calamité politique ».

Parallèlement, sous l’essor de l’industrialisation, la population s’est urbanisée et industrialisée. En 1890, la population urbaine dépasse la population agricole et le rapport de l’un et de l’autre secteur dans le Produit National Brut s’inverse pour la première fois : en fait, à cette époque, la Prusse terrienne et aristocratique, c’est-à-dire le monde dont Bismarck est issu, est en train de disparaître. Demeuré chancelier pendant le très court règne de Frédéric III (9 mars-15 juin 1888), qui avait succédé à Guillaume Ier, Bismarck conserve son poste au début du règne de Guillaume II (ci-dessous).

Mais les difficultés surgissent vite entre les deux hommes : le nouvel empereur est jeune (il est né en 1859) et a des idées neuves. Il n'approuve notamment pas la politique extérieure du chancelier, qu'il juge trop favorable à la Russie, ni sa politique intérieure, dominée par l'hostilité à l'égard des socialistes, qu'il ne partage pas. Le jeune et bouillant souverain supporte de moins en moins la tutelle du vieux chancelier, lequel le tient pour un « garçon mal élevé et de mauvaise foi ». 

L’un exerce alors des pressions sur l’autre afin d’obtenir sa démission. Ce sera chose faite le 18 mars 1890 et, sitôt la démission acceptée deux jours plus tard, Guillaume II écrit à un ami : « C’est à moi que revient désormais de tenir la barre du navire. En avant, à toute vapeur ! ». L’Allemagne Bismarckienne a définitivement vécu.

Otto von Bismarck mourra 8 ans plus tard. Il est un de ceux qui ont aujourd’hui en Allemagne le plus grand nombre de monuments à sa mémoire.

Quant à vous, comme lui, à votre façon, vous faites également partie d’une aristocratie : celle des lecteurs privilégiés des chroniques de la Plume et du Rouleau .

Bonne journée à tous.

La Plume et le Rouleau © 2003

Plongez aussi dans les secrets de La cinquième nouvelle...

Commenter cet article

tuseki 06/01/2011 15:08


Un peu d'humour à propos de monuments.
Il était une fois,c'est toujours ainsi que commence les contes. Un petit village dans un grand pays ou règnait la dictature. Le "Grand Chef" avait décidé d'ériger une immense statue à son
effigie.(modèle Kim Il-sung)dans le village de son enfance.
Le peuple, très pauvre, n'aimait pas cette idée.
Ils discutèrent, très discrètement bien sûr, le soir chez eux. Une réunion fut décidée. C'était risqué, mais qu'importe. Cela se fit.
Chacun exprima son opinion. Une majorité se fit. Opposée à ce gaspillage. Mais que faire quand LE CHEF décide.
Le plus vieux du village demanda la parole. On la lui donna.
Il dit : "Laissons donc faire. Cette statue aura des avantages pour nous les vieux. En été, quand il fera très très chaud, nous aurons de l'ombre. Les pigeons exprimeront à leur manière notre
mécontentement"


lerossignol 23/12/2010 16:24


Merci pour votre article! il est passionnant.


Hervé 24/12/2010 14:20



Wunderbar ! Merci pour vos encouragements.



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