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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1869 : L'aboutissement d'un canal pluri-millénaire : SUEZ

Publié par La Plume et le Rouleau sur 8 Août 2002, 15:21pm

Catégories : #Littérature & divers

Mes Chers Amis,

Aujourd’hui, c’est la saint Ferdinand.

En matière de Ferdinand, il y a pléthore : je pourrai (entre autres) évoquer Louis-Ferdinand Céline (si nous arrivons ensemble jusqu’au bout de la nuit), Ferdinand Porsche (vvvrrrooouuummm ! ! !), ou encore Ferdinand Saussure (rien à voir avec l’alpiniste) : l’auteur d’un ouvrage de linguistique dont le caractère abscons m’a poussé à ne pas m’y plonger, de peur de tomber terrassé d’une crise de léthargie profonde.

Je choisirai pourtant aujourd’hui de  revenir sur Ferdinand de Lesseps, dont je vous ai déjà entretenu en vous expliquant que s’il ne parvint pas à percer complètement le canal de Panama, il perça en revanche fort bien les poches des investisseurs dans la construction de celui-ci.

Il s’agit de ne pas vous laisser sur une mauvaise impression, du personnage et de revenir sur l’ouvrage majeur de celui-ci. Ouvrage remarquable autant par ses dimensions que par l’ensemble des difficultés qui s’opposèrent à sa réalisation : le Canal de Suez.

Dirigeons-nous vers l’Egypte : terre des pharaons, des ouvrages gigantesques et du Nil bienfaisant.

Le premier canal entre la Méditerranée et la Mer Rouge fut creusé il y a environ deux mille ans avant Jésus-Christ sur l'ordre du pharaon Ramsès Ier. Mal entretenu, il fut ensuite asséché et comblé par les sables.

Et pendant 4000 ans, il ne se passa rien. Rien de rien. La civilisation égyptienne déclina puis disparut. Aucun de ses successeurs n’eut l’idée de creuser quoi que ce soit. Les européenns « découvrirent » l’Orient (dont, par ailleurs, les civilisations existaient déjà quand eux-mêmes vivaient encore dans des cavernes) mais, pour y accèder, on choisit de faire le tour de l’Afrique (pratique) !

Au XIXème siècle, l’Egypte est sous la domination turque. Le pacha d'Égypte de l’époque, Méhemet-Ali, maître absolu du pays depuis 1811, manifeste peu d'intérêt pour un projet bizarre que deux ingénieurs français à son service lui soumettent.

Les choses vont changer quand, dans les années 1830, Ferdinand de Lesseps devient Consul de France à Alexandrie et entretient de bonnes relations avec le pacha en servant notamment de précepteur à son fils Saïd. Bien lui en prend puisqu’en 1854, après la mort du pacha, c’est Saïd qui prend le pouvoir.

Lesseps est ingénieur et il a un projet complètement fou : creuser un canal en plein désert, sur des dizaines de kilomètres, pour relier Alexandrie au golfe d’Akaba dans la mer Rouge.

Le 15 novembre 1854, Lesseps obtient du nouveau Pacha Saïd  l’autorisation de créer la Compagnie Universelle du Canal Maritime de Suez. Pour « lever les fonds » (comme on dirait aujourd’hui) il lance une souscription populaire en France et en Europe. Discussions intergouvernementales et appel à l’épargne populaire : c’est un peu comme cela que se monta Eurotunnel.

La souscription des actions est un succès. En France, 20 000 personnes, de condition souvent modeste, achètent la moitié du capital. Les autres 50 %, au final, restent entre les mains du pacha d'Égypte. On trouve des acquéreurs dans tous les pays d'Europe mais les gouvernements et les banques des grandes puissances (Autriche, Angleterre, Russie et Etats-Unis) boudent l’offre. Le Pacha, lui, ordonne le travail obligatoire pour percer le canal (c’est toujours comme cela, ce sont les travailleurs qui créent de la valeur pour l’actionnaire).

Les Anglais sont particulièrement agressifs à l’égard du projet. Le « Times » dit même : " Les souscripteurs principaux sont des garçons de café trompés par leurs journaux et des commis d’épicerie... Le clergé a largement servi de victime et trois mille portefaix ont réuni leurs sous pour acheter des actions. Toute l’affaire est un vol manifeste au préjudice de gens simples qui se sont laissés duper, car jamais on ne percevra seulement un penny du péage d’un canal impossible à construire. "

Naturellement, tout ceci n’est pas exempt (outre d’un vif sentiment anti-français que l’on retrouvera, encore, lors de la création d’Eurotunnel) de préoccupations stratégiques et commerciales : crainte d’un renforcement de l'influence française en Égypte, crainte de voir les Français acheminer leurs marchandises en Orient par ce canal quand les bateaux anglais contourneront encore l’Afrique, ou devront payer péage.

Le premier coup de pioche, malgré tout, est donné le lundi de Pâques 25 avril 1859 (un jour férié, certes, mais comme les ouvriers sont musulmans, ils ne sont pas concernés : ça leur fait les pieds. Et les bras). Les travaux avancent rapidement.

Mais les anglais (remarquez la perfidie) vont faire pression sur les Turcs (dont le pacha d’Egypte est le vassal) et, en Octobre 1859, les Turcs ordonnent au Pacha d’Egypte de cesser les travaux. Après quelques atermoiements diplomatiques, ceux-ci reprennent.

La mort de Saïd, en 1863, va priver la France de son meilleur soutien dans l’affaire. L’Angleterre lance alors une nouvelle offensive diplomatique auprès des Turcs qui envoient le 6 avril 1863 un ordre à l’Egypte demandant notamment la suppression du travail obligatoire pour le creusement du canal et la réduction du nombre des travailleurs de 20 000 à 6 000.

Après quelques passe d’armes diplomatiques et des concessions financières à l’Egypte faites par Napoléon III, les travaux reprennent de nouveau. Démesuré, leur coût commence à menacer de faillite la Compagnie, qui est sauvée in extremis par un nouvel emprunt autorisé (là encore) par Napoléon III (notez à ce propos que Ferdinand de Lesseps est le cousin direct de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, ça aide).

Le 15 août 1869, enfin, après 10 ans de travaux et d’efforts (surtout des ouvriers égyptiens), les eaux de la Méditerranée se mêlent enfin aux eaux de la Mer Rouge dans les lacs Amer. Amère est, c’est le cas de le dire, pour les Britanniques, la réussite technique que constitue le canal : 164 kilomètres de long, 54 mètres de large, 8 mètres de profondeur, sa construction aura permis la fondation de trois villes (Suez, Ismaïlia, Port-Saïd). Une réussite éclatante et avec des moyens (pas de pelleteuse ni de grue) somme toute assez rudimentaires.

Spectaculaire, non ? Ce sont parfois des visions pleines d’extravagance et de folie qui font avancer l’humanité.

Ce point de vue n’est pas forcément partagé par ceux qui souscrivirent en 1985 aux actions Eurotunnel à 34 FRF (EUR 7) tandis que celles-ci valent aujourd’hui EUR 0.1. Mais après tout, ils n’avaient qu’à les vendre intelligemment quand elles étaient à 120 FRF en 1989.

Bonne journée à tous.

Suivez Ferdinand de Lesseps dans son second projet pharaonique : le percement du canal de Panama et découvrez comment, en 1956, la nationalisation du Canal de Suez par l'Egypte échauffera les esprits !

La Plume et le Rouleau © 2002

Et pour un récit plein d'action, de mystère et de secrets, lisez La cinquième nouvelle...

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