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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1882 : ABDALLAH 1er de JORDANIE, souverain d'un pays qui n'existe pas encore.

Publié par La Plume et le Rouleau sur 7 Janvier 2002, 18:16pm

Catégories : #Relations internationales & conflits

Mes Chers Amis,

Souvenez-vous : le 7 février 1999, le roi Hussein de Jordanie mourrait.

Le « petit roi » ainsi l’avait surnommé de façon ironique une presse occidentale bien forcée, à l’analyse, de reconnaître que l’homme avait su, au contraire, habilement conserver un royaume indépendant face à ses remuants et menaçants voisins : la Syrie, l’Irak, Israël..., laissait donc sa place à son fils Abdallah, sacré « Abdallah II de Jordanie ».

Abdallah « II », certes...

Mais qui était Abdallah 1er ?

Ne le niez pas : cette question vous taraude depuis longtemps et vous brûlez d’envie d’apaiser votre faim de connaissance historique à la corne d’abondance de ces chroniques.

Vous allez être exaucés.

Ce sera l’occasion de parler un peu du Proche-Orient, si proche géographiquement, oriental culturellement, si méconnu et si confus pour des occidentaux dont les luttes coloniales sont en partie, sur fond d’écroulement de l’empire ottoman, à l’origine du morcellement actuel de la région.

Une région où, plus qu’ailleurs, le présent est intimement lié au passé, où trois religions ont leur berceau et où, finalement, la guerre n’a jamais cessé.

Une région où, convenons-en, il règne un bazar (c’est le cas de le dire) proprement incompréhensible pour des esprits raisonnablement cartésiens comme les nôtres, où l’on s’étripe depuis des décennies pour des arpents de cailloux brûlés par le soleil, où chaque frontière donne lieu à une contestation et chaque contestation à un affrontement. Une terre où chaque parpaing plus ou moins indûment posé entraîne un jet de pierre en retour, chaque jet de pierre une rafale à l’arme automatique, chaque rafale une riposte à la roquette, et cela, on peut le craindre, jusqu’au Jugement dernier...

Je vais donc m’efforcer d’être simple et clair pour vous conter l’intéressante histoire d’Abdallah 1er et éclairer d’un jour nouveau (je l’espère) le regard que vous porterez ce soir au JT de 20 heures sur les informations internationales.

Pour comprendre (un peu) le Proche-Orient : oubliez d'abord les noms de « Arabie saoudite », « Israël », « Jordanie ».

Avant la guerre de 1914-1918, en effet, l’Arabie « Saoudite » (c-a-d fondée par la famille des Saoud ou Seoud en 1932) n’existe pas encore, pas plus que la Jordanie ni Israël qui ne naîtront respectivement qu’en 1946 et 1948.

Reportons-nous à la fin du XIXème siècle.

En 1882, année où naît Abdallah (à la Mecque en 1882), la région est une mosaïque de territoires plus ou moins sous le contrôle de l’empire ottoman qui nomme, pour l’administrer, divers gouverneurs.

Abdallah est un « chérif » c-a-d qu’il descend du prophète et, à ce titre, porte le nom de la famille des « Hachémites » (du nom de Hachim, le grand-père de Mahomet). En 1908, son père Hussein est nommé par les Ottomans comme « émir » de La Mecque, gouverneur, quoi.

L’empire ottoman est, selon l’expression bien connue employée par Alexandre Gortchakov en 1878, l’ « homme malade de l’Europe » : une mosaïque de peuples travaillée par des forces centrifuges et au bord de la faillite.

En plus, « La Sublime Porte », comme on l’appelle alors, choisit le mauvais camp en s’alliant à l’Allemagne. La Première Guerre Mondiale précipite donc sa chute et c’est la Grande-Bretagne qui, sur ses décombres, va renforcer son influence dans la région.

Les Anglais mettent la main sur la Palestine en 1917 et y organisent l’immigration juive. Ce faisant, ils cantonnent Abdallah dans un petit état artificiel situé entre la Palestine et l’Arabie : la « Transjordanie » (1921).

Parallèlement, ils installent le frère de celui-ci sur le trône d’Irak (1925). Pendant ce temps, la tribu des Seoud chasse le père d’Abdallah, Hussein, de la Mecque et conquiert la péninsule arabique (1924). Ils proclameront l’indépendance en 1932 (voir la chronique sur La Mecque).

Voici le décor planté : Abdallah est roi d’un royaume créé de toutes pièces par les Anglais. Pourtant, sa vraie terre est celle d’Arabie, maintenant aux mains des bédouins qui, grâce à la découverte du pétrole, vont bientôt voir leur pouvoir et leur légitimité adossée à la puissante Amérique.

Abdallah va devoir survivre. Il est financièrement dépendant des britanniques. Il est menacé à l’est par les saoudiens qui sont hostiles aux Hachémites et qui développent une puissance militaire. Il est contesté à l’ouest par les sionistes de Palestine qui demandent aux Britanniques la dissolution de la Transjordanie et son intégration pure et simple dans la Palestine.

Les années 30 voient Abdallah tenter de s’imposer comme l’interlocuteur privilégié des Anglais dans la région. Sans grand succès. C’est la Seconde Guerre Mondiale qui va lui permettre de renforcer son prestige.

En 1946, la « Transjordanie » devient la « Jordanie ».

C’est dans le cadre du partage de la Palestine (1947) et de la création de l’état d’Israël (1948) que le rôle d’Abdallah sera le plus actif : il est un médiateur inlassable entre les Palestiniens, les Arabes, les juifs et les Anglais pour tenter de convaincre tous les protagonistes du bien fondé du partage envisagé sous l’égide de l’ONU, un partage qui sert ses intérêts puisqu’il valide l’existence d’un état qui, fondamentalement, n’a pas d’existence historique ni ethnique !

Mais les sionistes rejettent l’idée d’une Jordanie indépendante en tant que telle. Les Palestiniens de Palestine, eux, ne veulent pas quant à eux y être rattachés. Quant aux Arabes, d’une façon générale, ils voient en Abdallah celui qui a fait des concessions aux Juifs au détriment des Palestiniens, un traître, quoi.

Je sais : c’est compliqué. Mais dans cette région du monde, TOUT est TOUJOURS compliqué !

En avril 1948, les choses s’accélèrent : les Israéliens expulsent les Palestiniens des villages côtiers. Ceux-ci n’ont plus le choix : ils sont forcés d’émigrer en Jordanie.

Le 15 mai 1948, les britanniques, quant à eux, quittent la Palestine, laissant comme à l’habitude les ex-colonisés se débrouiller entre eux. L’Etat d’Israël est proclamé et, immédiatement, les états arabes attaquent Israël.

Pour sa part, la Jordanie envahit la Palestine et occupe la « Cisjordanie » (c-à-d la partie est d’Israël) jusqu’à la Vieille Ville de Jérusalem. Abdallah signe un armistice séparé avec Israël.

Mais les problèmes s’amplifient en Jordanie où les Palestiniens, qui y ont afflué, forment les deux tiers de la population : 800 000 habitants sur un total de 1,2 million ! A Amman (la capitale), ils deviennent majoritaires tout en restant hostiles au régime hachémite.

Abdallah, tant qu’à faire, revendique alors l’intégration à la Jordanie de la Cisjordanie, conquise de force : une exigence qu’Israël ne peut tolérer.

La situation est mûre pour une nouvelle explosion (mais, au vrai, pas plus ni moins qu’aujourd’hui).

Le 20 juillet 1951, Abdallah 1er est assassiné par un Palestinien à Jérusalem, sur l’esplanade qui conduit à la mosquée Al Aqsa.

Qui va lui succéder ? Le jeune royaume de Jordanie sera-t-il logiquement dépecé ?

Non. Le fils aîné d’Abdallah, Talal est déclaré inapte en raison de troubles mentaux. Le cadet, Naif, est un dévoyé notoire et est également écarté. Finalement, la cour choisit Hussein, le fils de Talal et petit-fils d’Abdallah.

En 46 ans de règne, le roi Hussein de Jordanie échappera à une multitude d’attentats, alternant les négociations complexes avec tous les camps à la fois et les méthodes brutales (comme l’élimination de milliers de combattants de l’OLP lors de la tuerie du « septembre noir » de 1970).

Le roi de Jordanie se nomme aujourd’hui, vous le savez, Abdallah II : il est le 43ème (dit-on !) descendant en ligne directe de Mahomet, a fait de longues études aux Etats-Unis et en Europe où il a fréquenté l’Académie Militaire britannique de Sandhurst. Il est marié à une Palestinienne et a déjà donné un héritier au trône.

Il a libéralisé la presse et l’édition et entend redresser un pays à la situation économique très dégradée. En 2001, il il a nommé 3 femmes au sénat jordanien qui compte 40 membres. Il a l’appui des occidentaux dont il connaît évidemment bien la culture.

Son pouvoir reste cependant menacé par les extrémismes de tous bords. Or, ce bateau ivre qu’est plus que jamais le Proche-Orient a besoin d’une personnalité à la fois forte et modérée pour trouver le bon cap vers l’apaisement.

Abdallah II pourrait être celle-là. Mais sa stature est encore modeste dans la foire d’empoigne actuelle.

J’espère vous avoir aidé dans votre analyse des enjeux du Proche-Orient : une zone dont les tragiques évènements récents ont prouvé que, plus que jamais, sa stabilité est cruciale pour celle de la planète.

Et si, réellement, Jérusalem était le centre du monde ?

Bonne journée à tous.

La Plume et le Rouleau © 2002

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