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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1889 : PIERRE II DU BRESIL, le souverain oublié

Publié par La Plume et le Rouleau sur 16 Janvier 2001, 17:56pm

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Chers Amis,

 

Et un ! Et deux ! Et trois - zé - ro !

Carnaval et samba, plages dorées et forêts humides, stars du « futebol » et champions de Formule 1 : ouf ! J’ai épuisé tous mes clichés pour, aujourd’hui, vous l’avez compris, vous parler du Brésil.

Ce 16 novembre marque en effet une date historique pour ce pays. Qui se souvient que le Brésil fut autrefois une monarchie ? Personne, sauf vous qui savez que, il y a 112 ans aujourd’hui exactement, ce 16 novembre 1889, le dernier souverain brésilien quittait son pays pour l’Europe, emportant toute sa famille avec lui. La veille, en effet, une poignée de révolutionnaires idéalistes marqués par la philosophie positiviste d’Auguste Comte avait proclamé la république.

A 15 heures, le 15 novembre 1889, le monarque en exercice Dom Pedro d’Alcantara, « Pedro II » en était informé. Ferait-il donner le canon pour rétablir l’ordre impérial face à ce ramassis de va-nu-pieds révolutionnaires, pétris d’idées socialisantes, anticléricales et pseudo-scientifiques ? Mmmmh ?

Non. Il décidait de s’en aller. Une page du pays se tournait.

Mais alors, a contrario, la république brésilienne se construisait-elle sur les décombres d’un régime honni, sanguinaire ou corrompu ? Pedro II était-il un souverain autoritaire, un autocrate borné et rétrograde, incapable de comprendre son peuple, insoucieux de celui-ci, sourd à ses plaintes, aveugle à ses malheurs, insensible à ses cris ? En bref, la liberté triomphait-elle d’une infâme royauté absolutiste ?

Rien n’est moins sûr. Remontons le fil du temps pour balayer d’un coup d’oeil, forcément incomplet, le règne de ce roi oublié...

Le 7 septembre 1822, le portugais Pedro 1er de Bragance devient empereur constitutionnel du Brésil. Quelques années plus tard, il abdique et part pour le Portugal. Il ne reviendra jamais et laisse derrière lui une femme et un fils, né en 1825. L’impératrice, Dona Léopoldine, meurt en 1826. Le petit Pedro est proclamé empereur en 1830 sous le nom de Pedro II, à l’âge de 5 ans. A quinze ans, en 1840, il prend les rênes du pouvoir.

Cet adolescent se montre immédiatement d’une grande énergie et fait face à deux guerres : contre Rosas, le dictateur argentin et contre le Paraguay.

Prenant de l’âge, il se révèle également un homme de gouvernement particulièrement habile et habité par des idéaux modernes. Il s’attache à un contact direct avec le peuple. Il reçoit tous les visiteurs de la même façon, sans protocole particulier dans son palais de Saint-Christophe, avec un paternalisme bienveillant et presque médiéval. Il se fait un point d’honneur à faire respecter la liberté de la presse.

Pedro II est un homme féru de techniques mécaniques et partisan de construire la nation brésilienne sur des bases modernes : il introduit le chemin de fer, le téléphone et le timbre-poste. En 1876 il crée l’Ecole des Mines pour exploiter les gisements du Minas Gerais. Il invite Pasteur au Brésil, lequel forme des médecins qui lutteront efficacement contre la fièvre jaune. Charles Darwin prétend que l’ « empereur a tant fait pour la science que tout savant lui doit le respect ». Victor Hugo le reçoit à Paris. Pedro II finance personnellement les voyages en Europe d’artistes brésiliens. Il est l’archétype du monarque éclairé et progressiste.

Pedro II est tout entier à sa mission : il refuse la construction d’un nouveau palais impérial : « Quoi ? Pour le moment, il faut s’occuper des routes, de l’immigration et des écoles ! ».

Face à une oligarchie foncière hostile à l’abolition de l’esclavage, il favorise l’émergence de la représentativité des classes moyennes et populaires. Il nomme et dissout les gouvernements, pratiquant ainsi délibérément une forme d’alternance entre libéraux et conservateurs. Il met en oeuvre le pouvoir dit « modérateur » que lui donne la constitution brésilienne rédigée par... le français Benjamin Constant afin de « rendre la République inutile ».

Mais Pedro II, précisément, est trop hésitant et l’opposition républicaine l’attaque sur la question de l’esclavage, qui concerne à l’époque la moitié de la population. « Il faut préparer cette réforme avec prudence pour qu’elle s’opère chez nous autrement qu’aux Etats-Unis » dit-il. En 1888, sa fille Isabelle, qui exerce la Régence pendant qu’il est en voyage, proclame la « loi dorée » : l’esclavage est aboli. Mais il est trop tard.

Après presque cinquante ans de règne, Pedro II est un homme usé et craintif. Deux mille hommes emmenés par quelques meneurs décidés et entonnant la « Marseillaise » proclament la république à Rio le 15 novembre 1889. Pedro s’embarque le lendemain pour Paris où il s’éteindra, désargenté, le 1er décembre 1891. Sa fille Isabel de Bragance épousera Gaston d'Orléans, petit-fils du roi Louis-Philippe. Le règne de Pedro II restera la plus longue période de stabilité de la jeune histoire du Brésil : période de transition et de progrès où s’affirmèrent les valeurs qui marquent encore aujourd’hui le pays.

En 1993, les Brésiliens, par referendum, ont voté contre la restauration d’une monarchie parlementaire.

A l’heure où divers monarques tentent de retrouver le pouvoir sans réel projet politique (« Siméon II » de Bulgarie, Constantin « de Grèce », Michel « 1er de Roumanie », Zaher « Shah » d’Afghanistan sans parler des prétendants au trône de France (!), il n’est pas inintéressant de s’attarder sur l’exemple de ce souverain qui, pétri d’humanisme et de valeurs vraies, gouverna son pays cinquante ans durant avant d’en être chassé puis quasiment oublié.

La terre de ses derniers instants, pourtant républicaine en diable, lui fit des funérailles de chef d’état...

Sacrés français ! Toujours nostalgiques de la monarchie.

Chez les autres.

Bonne journée à tous

Découvrez un autre étrange souverain : celui de
Patagonie !

La Plume et le Rouleau
(c) 2001

 

Et pour de la passion, du mystère et de l'action, lisez La cinquième nouvelle...

Commenter cet article

Éder Fonseca 10/06/2016 14:08

Merci de nous rassembler porquoi y'a encore des monarchistes chez notre pays, dont je suis l'un.

Imperador Pedro II, sol que ilumina nossa terra, VIVA!

Sho dan 11/06/2016 18:08

Le Brésil vit des temps difficiles et je compatis aux souffrances de ce pays sympathique (j'ai des amis nés au Brésil !) Peut-être un roi incarnerait-il une forme de stabilité dont le pays a actuellement besoin ?

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