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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1889 : EIFFEL dévoile sa tour pour l'EXPOSITION UNIVERSELLE

Publié par La Plume et le Rouleau sur 6 Mai 2002, 17:12pm

Catégories : #Littérature & divers

Mes Chers Amis,

Ouf ! La France est soulagée. Le péril autoritaire et dirigiste de l’extrême-droite vient d’être écarté et, tranquillement, bourgeois et prolétaires peuvent se donner la main dans un grand élan républicain éphémère et riche d’arrière-pensées sur des problèmes qui restent entièrement à résoudre… Vous croyez-vous en 2002 ?

Non ! Nous sommes là en... 1889.

Eh oui. Un siècle seulement après la Révolution, un aventurier populiste, le général Boulanger, drainant le mécontentement de couches défavorisées délaissées par des gouvernements républicains bourgeois soucieux davantage d'ordre économique que de réformes sociales, avait profité de sa popularité pour envisager de prendre le pouvoir et engager un ensemble de réformes autoritaires. Les élections législatives de 1889 consacraient cependant sa défaite.

Retrouvez-le en cliquant sur ce lien ci-dessus. Son histoire résonne bien curieusement aujourd’hui...


Mais passons à autre chose.

Or, donc, en ce jour du 6 mai 1889, Paris est soulagé et s’en va se promener. En fait, dois-je le dire, la capitale bruisse d’une énorme agitation car c’est aujourd’hui l’ouverture de l’Exposition Universelle : une fête que le gouvernement à voulu brillante. Il s’agit en effet tout à la fois de célébrer l’anniversaire d’un siècle de la Révolution française, de restaurer la confiance ébranlée par la perte, vingt ans auparavant de la guerre contre la Prusse (1871) et d’affirmer la puissance économique et industrielle de la France par un déploiement exceptionnel de faste et de technicité.

Je vous épargnerai les descriptions pesantes, sachez cependant que Paris s’est couvert, sur ses rives, d’innombrables monuments, constructions et pavillons à la gloire des sciences et des techniques.

L’Exposition, notamment, est placée sous le signe d’une énergie nouvelle, l’électricité, avec une débauche d’ampoules, de lumières, de feux, de phares, de guirlandes et de projecteurs dont le principal est situé au sommet du monument le plus extraordinaire de la fête, le plus haut du monde à cette époque : la tour de Monsieur Eiffel.

Inaugurée le 31 mars 1889 avec 21 coups de canon, quelques semaines avant l’ouverture de l’Exposition, cette tour a bien failli ne jamais voir le jour. Et de toutes façons, elle a vocation à être… démontée à l’issue des festivités !

On pourrait s’esbaudir sans relâche devant les proportions de celle-ci : 125 mètres de largeur à la base, 300 mètres sans le drapeau (il n’y a évidemment pas d’antenne radio à l’époque !), 1 710 marches, 10 000 tonnes dont 7 300 tonnes d’une charpente composée de 18 000 pièces assemblées telle un gigantesque « meccano » - ce jeu n'existe pas à l'époque, évidemment !). On pourrait également admirer la rapidité de sa construction (2 ans, 2 mois et 5 jours) pour un ouvrage aussi colossal ayant demandé la résolution de nombreux défis techniques inédits pour l’époque.

Nous nous intéresserons plutôt à la perception du monument par ses contemporains. Car la tour Eiffel fut, dès l’origine, vivement controversée non seulement dans sa forme mais aussi dans son existence même.

Le concours lancé pour la construction d’un monument destiné à l’Exposition Universelle de 1889 vit tout d’abord se bousculer non moins de 107 projets. Si certains, tel celui de Bourdais (architecte du Trocadéro) présentaient un réel sérieux (une tour cylindre en granit ceinte de galeries et surmontée d’un phare), un grand nombre étaient carrément farfelus. On vit ainsi le projet d’une tour surmontée d’une gigantesque pomme d’arrosoir destinée à arroser Paris en cas de sécheresse estivale. Plus agressivement et en souvenir de la Révolution Française, un projet proposa la construction d’une guillotine géante !

Ce fut finalement le projet des architectes Koechlin et Nouguier et de l’ingénieur Eiffel qui reçut les faveurs du jury.

Dès le départ, des esprits forts entendirent démontrer sur le papier qu’un tel projet n’était pas viable techniquement : la hauteur fragiliserait la structure du bâtiment qui serait cassé par les vents violents. Un éminent professeur de mathématique calcula même la hauteur maximal d’un ouvrage : 228 mètres affirma-t-il. D’autres critiques se firent jour à propos de la capacité d’ouvriers à supporter le vertige et certains prédirent une hécatombe de chutes, rendues forcément mortelles par la hauteur.

Eiffel n’eut cure de ces calembredaines : il décida de n’employer que des ouvriers expérimentés dont un grand nombre avaient travaillé avec lui sur le viaduc de Garabit (Cantal) et rappela que, de toutes façons, une chute de 300 mètres n’était pas plus mortelle qu’une chute de 50 mètres, qui l’était tout autant ! Dans les faits, il n’eut à déplorer qu’un seul accident : celui d’un jeune apprenti d’une douzaine d’année tombé en dehors des heures de travail et sans doute à la suite d’un pari imprudent.

La construction s’engagea donc et, dès le début, suscita de nouvelles oppositions : une « Protestation des artistes » au nom du bon goût français parut dans le journal « Le temps » (ancêtre de l’actuel Le Monde). 47 signataires au rang desquels Charles Gounod (le compositeur), Charles Garnier (l’architecte de l’Opéra) ou Guy de Maupassant y fustigeaient « l’inutile et monstrueuse tour Eiffel dont même la commerciale Amérique ne voudrait pas » !

Une campagne de presse s’organisa alors contre la construction de l’édifice qualifié tour à tour de « chandelier creux », « lampadaire tragique » et même « suppositoire solitaire ».

Malgré deux grèves, Eiffel réussit à tenir les délais et à achever l’ouvrage en 635 jours de travail effectif. Véritable attraction et clou de l’Exposition Universelle de 1889, la « tour Eiffel » attira près de 2 millions de visiteurs en 173 jours d’exposition.

Il était, dès le départ, prévu de démonter un édifice qui n’avait vocation qu’à être temporaire : les enragés rivalisèrent alors de propositions dès l’exposition achevée. On proposa, sinon de l’abattre, du moins de la décapiter et de se servir du tronc comme beffroi. De façon plus imaginative, on proposa de la surmonter de deux sculptures d’éléphants de 75 mètres de haut ou encore d’une énorme mappemonde. Un autre projet, plus érotique, suggéra une statue de femme nue

Finalement, vous vous en doutez, on conserva le monument intact.

Aujourd’hui la tour Eiffel est solidement ancrée dans notre patrimoine artistique et architectural : elle a reçu à ce jour plus de 200 millions de visiteurs.

Et, pour parachever votre découverte de la construction de ce remarquable édifice, je vous recommande la lecture de la courte nouvelle éponyme, très poétique et tout à fait amusante, rédigée par Dino Buzzatti au sein de son livre « Le K ».

Bonne journée à tous.


La Plume et le Rouleau © 2002

 

Et pour un récit mêlant mystères, religion et secrets, lisez La cinquième nouvelle...

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