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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1890 : MUGUET et midinettes

Publié par La Plume et le Rouleau sur 30 Avril 2001, 09:49am

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Mes Chers Amis,

Dans quelques jours arrive le mois de mai et ses cortèges de ponts et de manifestants.

Car le joli mois de mai est celui où fleurit traditionnellement le muguet, mais aussi la revendication sociale, la manifestation syndicale, agricole ou estudiantine.

Certes, cette dernière, telle la frêle pâquerette brutalement écrasée par le sabot rustique du paysan, est parfois rudement réprimée par la rangers des forces de l’ordre. Mais ce n’est pas toujours volontaire. 

Ecoutons en effet Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur en mai 68, qui nous déclarait un mois après les « évènements » dans un discours à l’Assemblée Nationale (et sans rire) : « Il est, bien entendu, inévitable qu’à l’occasion d’une centaine de manifestations, au cours desquelles des policiers ont été frappés et injuriés, des brutalités isolées aient pu, être commises sous le coup de l’énervement et de la tension, dus à l’incessante provocation dont la police était victime. » On peut être ministre de l’Intérieur et avoir de l’humour.

A froid.

Mais bah ! Foin de violence, de pavés, de gaz lacrymogènes, de charges de CRS et de coups de matraques, de manifestations, de banderoles, de slogans, de contestation, de protestation, de révolution, d’anarchie. Accordons certes aux CRS et aux étudiants une pensée émue quand nous pouvons aujourd’hui toucher du doigt les avancées sociales majeures que furent la 3ème semaine de congés payés ou la suppression des estrades dans les salles de classe du secondaire.

Et cherchons sous les pavés, non pas la plage, mais les fleurs.

Oui, mes Chers Amis, soyons aujourd’hui des apôtres de la paix et de la fraternité désintéressée. Car dès aujourd’hui nos trottoirs, nos panneaux publicitaires, nos journaux télévisés sont pleins de ce matraquage : « achetez, achetez, achetez du muguet ! » Naguère revendicative, sociale, politique, humaniste (?), la journée du 1er mai s’est aujourd’hui muée en une vaste foire d’empoigne commerciale où la seule considération qui prévaut est celle de héler le passant, au moins 50 fois dans la journée, pour lui vendre un brin de muguet industriel à un tarif le plus souvent prohibitif.

Chaque organisation, chaque association, chaque parti politique y va de son brin. Mais interrogez le premier militant venu et dites-lui « Mais au fait, brave homme, quelle est l’origine du muguet du 1er mai ? ». Promettez-lui, ce faisant, de lui acheter son stock s’il connaît la réponse. Vous verrez naturellement son visage, satisfait et commercial il y a un instant, se décomposer illico : la fortune lui semblera à portée de main ! Et il ne pourra la saisir, écrasé sous le poids d’une ignorance crasse ! Qui voudrait gagner des millions ? Lui ! Mais il ne pourra pas.

Cruel supplice de Tantale et affreuse frustration commerciale.

Tandis que votre chronique historique préférée, elle, va aujourd’hui au contraire contribuer à votre, déjà vaste, culture par une petite page historique de bon aloi.

Le 1er mai est fêté pour la première fois en France en 1890. A cette date, les « manifestants » (la manifestation est alors interdite en tant que telle) sortent dans la rue et déambulent en arborant sur leur veste, pour se différencier des passants et se reconnaître entre eux, un triangle rouge.

Rouge pour la révolution, triangulaire pour symboliser la division harmonieuse de la journées en 3 huit : huit heures de boulot, huit heures de sommeil, huit heures de loisirs.

MaIs cela semble progressivement tout à la fois agressif et peu fédérateur. Pour sensibiliser les masses, il faut une image qui parle : une fleur à la boutonnière, c’est mieux. Pas le lys (royaliste) ni l’oeillet (symbole du nationaliste général Boulanger des années 1880). On choisira d’abord l’Eglantine. Mais celle-ci ne recueille pas tous les suffrages. Elle ne s’imposera pas vraiment.

C’est seulement vers les années 20 que les manifestants, dans un souci universaliste mais aussi pour éviter d’être embarqués par la police, choisiront de reprendre à leur compte l'habitude des jeunes « midinettes » (ces ouvrières couturières de Paris qui sortaient se promener sur les Boulevards durant leur pause de midi) d’orner leurs corsages et leurs chapeaux de muguet, fleur romantique appréciées des jeunes filles. Le muguet s’imposera assez vite, notamment parce qu’il peut être produit industriellement tandis que l’églantine est une fleur sauvage.

Hélas aujourd’hui : plus de midinettes, ni de corsages fleuris, ni de manifestants en costume et à la boutonnière fleurie. Rien que des militants du PCF, rougeauds, barbus et en survêtement qui veulent vous refiler trois pauvres brins de muguet aux clochettes anémiées en tentant de vous faire croire que c’est pour une bonne cause.

Les vraies bonnes causes, elles, qui ont réellement besoin d’argent (j’ai des adresses), sont rarement récupérées par des fleuristes amateurs.

Bonne journée à tous.

La Plume et le Rouleau (c) 2001

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