Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1896 : La longue conquête italienne de l'ETHIOPIE

Publié par La Plume et le Rouleau sur 1 Mars 2002, 11:42am

Catégories : #Relations internationales & conflits

Mes Chers Amis,

Je vous propose de nous translater sur un continent jusqu’ici rarement abordé lors de nos rendez-vous historico-littéraires : l’Afrique.

Car, le 1er mars 1896, dans une plaine près du village d’Adoua (Ethiopie) les soldats italiens du général Baratieri étaient décimés par les troupes du roi éthiopien Ménélik II : ils laissaient sur le terrain le chiffre pharamineux de 6000 morts et subissaient une défaite aussi sanglante qu’humiliante qui signait l’échec des tentatives de l’Italie de se tailler un empire colonial en Afrique.

Ce sera le fil conducteur de cette chronique d’aujourd’hui, qui vous parlera d’un épisode d’histoire peu connu mais passionnant. Car la défaite d’Adoua sera prise comme prétexte par Mussolini pour relancer, en 1935, une nouvelle guerre de conquête.

Ethiopie, terre de la reine de Saba, pourquoi habitais-tu les songes extravagants du chef de l’Italie fasciste ? Fascisme, que cherchais-tu dans cette folle aventure où tes illusions de gloire allaient piteusement s’ensabler ? Italie, qu’est-il advenu des soldats, parfois presque encore des enfants, que tu as envoyés là-bas ?

Résumons trop brièvement 30 siècles d’histoire d’Ethiopie : les souverains du pays sont convertis au christianisme au IVème siècle puis le pays passe sous la domination musulmane au 16ème siècle avant de sombrer dans une période d’instabilité et de guerres féodales. Au XIXème siècle, les Anglais tentent de coloniser le pays avant de renoncer.

L’Italie tente alors sa chance mais, malgré quelques succès, ses troupes sont battues à Adoua (1896), il y a 106 ans aujourd’hui et elle doit se contenter d’un maigre protectorat sur une des provinces éthiopiennes : l’Erythrée, qui donne sur la mer Rouge (le statut colonial est établi en 1890).

Les choses en restent là jusqu’à l’entre-deux-guerres.

Mais à partir de 1922, Mussolini, poursuivant ses rêves échevelés de puissance, va de nouveau revendiquer la possession par l’Italie de terres en Afrique. L’Ethiopie, qui reste en réalité le seul territoire disponible, lui offre un objectif commode sous un prétexte facile : venger l’affront d’Adoua. Dans son discours du 2 octobre 1935, Mussolini qualifie l’Ethiopie de pays « universellement reconnu comme barbare et indigne de figurer parmi les peuples civilisés ».

Le lendemain, 3 octobre 1935, mettant un terme à plusieurs mois de gesticulations militaires et de lâches atermoiements diplomatiques des autres nations européennes, l’Italie entame l’invasion de l’Ethiopie depuis la Somalie.

S’ouvre alors une campagne laborieuse. Les combattants locaux sont largement sous-équipés mais opposent une résistance acharnée, se défendant avec sauvagerie et mutilant affreusement les cadavres des soldats italiens tués pour mieux frapper l’ennemi de terreur.

Les fascistes, de leur côté, emploient sans vergogne l’arme chimique, bombardant les populations à l’ypérite et au phosphore (environ 6 000 bombes déversées).

Je n’ai pas réussi à déterminer dans quel camp exactement se trouvait la « barbarie » évoquée ci-dessus...

La capitale Addis-Abeba (« la nouvelle fleur ») tombe finalement en mai 1936. Mussolini triomphe.

Mais sur le terrain, la situation est moins flamboyante.

Mussolini a voulu se doter d’un « empire » mais ignore qu’il doit mettre des moyens énormes en oeuvre pour le rendre viable.

La situation empire (c’est le cas de le dire, ah ! ah !) en raison du comportement du vice-roi installé localement : le maréchal italien Graziani, homme irascible, autoritaire et intellectuellement limité qui commet de nombreuses erreurs politiques (il fusille de hauts personnages de la noblesse éthiopienne ainsi que des religieux), laisse libre cours aux pires exactions des troupes sur place et engage une répression sanglante (3000 à 6000 morts) contre la population civile après un attentat manqué dont il fait l’objet le 19 février 1937.

A la guerre succède la guérilla : les combattants ont quitté les villes pour les campagnes d’où, prenant le maquis, ils harcèlent l’occupant. Un occupant, du reste, peu nombreux : moins de 12 000 soldats, dotés de 250 chevaux, 115 autocars et 16 motocyclettes pour pacifier, contrôler et administrer un pays grand comme deux fois et demi la France. La logistique fait cruellement défaut, l’approvisionnement est aléatoire, les convois de vivres et de matériel sont attaqués par les maquisards. Le pays manque d’infrastructures, les soldats construisent leurs propres routes et logent chez l’habitant.

Mais l’empire du Duce est de courte durée : dès 1941, soit 5 ans seulement après la « conquête », l’attaque de l’Ethiopie par les Britanniques depuis le Kenya et le Soudan permet au « négus » (roi) Hailé Sélassié de rentrer dans son royaume. L’Ethiopie retrouve alors son indépendance.

Depuis 1974 et le renversement de ce même négus, le pays a sombré dans une anarchie chronique qui a débouché sur l’indépendance de sa province de l’Erythrée, avec laquelle l’Ethiopie est engluée dans un conflit inextricable.

On a peine à croire qu’il fût un jour intéressant d’aller envahir un pays aujourd’hui parmi les plus pauvres de la planète. Un pays recouvert de steppes arides et de forêts impénétrables. Un pays dépourvu de ressources naturelles, frappé par des famines à répétition et dont le PNB par habitant est maintenant le plus faible du monde : 100 USD environ par an...

Un pays qui, toutefois :

Se distingue par la production régulière de coureurs à pied dont la vélocité étonnante et l’endurance exceptionnelle laissent pantois et loin derrière dans la vallée les grands diables dégingandés d’européens que nous sommes

Est, tout bien considéré, le berceau de l’humanité puisque c’est là qu’on a découvert la célèbre « Lucy », hominidé âgé de 3 millions d’années

Pourrait même abriter selon certains, l’arche d’alliance que la vénéneuse reine de Saba aurait dérobé à Salomon pendant qu’il roupillait après une nuit épuisante. 

Un pays qui, aujourd’hui encore, abrite d’anciens colons italiens, ultimes ressortissants d’un empire perdu (s’il existât jamais). Sur les 2000 « ensablés » qui refusèrent de rentrer en Italie en 1941, il en restait encore une centaine il y a une douzaine d’années : garagistes, restaurateurs, électriciens. Agés, fatigués, ils étaient plus pauvres encore que lorsqu’ils avaient quitté leurs villages de Calabre ou d’ailleurs, cinquante ans auparavant. Ils parlaient toujours italien et entretenaient la nostalgie d’un empire fasciste idéalisé, qui les avait pourtant mené à l’échec.

Peut-être sont-ils tous morts aujourd’hui. Que reste-t-il en Ethiopie de la brève domination italienne, alors ? Plus grand’chose à vrai dire. Ah si ! Les spaghettis sont devenus le second plat national. Les pasta ! Voici donc le dernier vestige éthiopien de l’empire romain fasciste...

Et c’est un plat qui n’est même pas italien d’origine...

Bonne journée à tous.

La Plume et le Rouleau (c) 2002

Pour un récit plein de mystères et de secrets, lisez La cinquième nouvelle...

Archives INA

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

liliane zuberly 30/08/2012 15:49


 


l'Érythrée n'était pas une province d'Ethiopie.l''Érythrée est colonisée par des Italien plus que 1/5
siècle alors que l'Éthiopie n'était jamais colonisée. lorsque vous dites que l'Éthiopie a perdu sa province Érythrée, ne dites pas que l'Éthiopie n'a jamais
été coloniser.
A part ça, c'est très interessant. je vous remercie.
j'ai une question, la succession du roi en Éthiopie ne respecte pas la lignée familiale? comment un roi du Tigré Teodors et après Minilik II et le roi du roi. je ne comprends jamais la lignée de
ces rois ni leur decedance avec le roi Solomon. merci à ce propos?

Sho dan 30/08/2012 16:13



Merci de votre commentaire


J'ai révisé cet article car j'avais commis un anachronisme : l'Erythrée n'a effectivement jamais été, avant 1962, province d'Ethiopie...


Pour ce qui est des questions de succession au trône d'Ethiopie, les choses ne sont pas aussi claires qu'en Europe, où les couronnes se transmettent généralement à travers une lignée
familiale (Plantagenêts en Angleterre, Capétiens en France, Habsbourg en Autriche, Romanov en Russie, etc...)


Je vous renvoie à l'excellent numéro 373 (mars 2012) de la revue L'Histoire, qui traite de Ménélik II (sacré en 1889, mort en 1913). Il y est dit qu'en Ethiopie "il ne suffit pas d'être parent ou
descendant du roi pour lui succéder". Toute succession débouche sur une lutte d'influence plus ou moins violente entre les "grands" du royaume (les "négus") riches, puissants ou prestigieux.
Ménélik II parviendra à s'imposer, notamment en se faisant sacrer par un "abouna" (chef religieux nommé apr le patriarche d'Alexandrie). En revanche, il n'existe pas apparemment de résistance
culturelle à l'autorité d'une femme en tant que reine puisque, en 1917 et avec l'appui de l'Angleterre, la fille de Ménélik II, Zawtitou, sera couronnée et sera parfaitement acceptée par la
population éthiopienne.



Archives

Articles récents