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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1900 : Dessine-moi SAINT-EXUPERY

Publié par La Plume et le Rouleau sur 25 Juin 2001, 14:18pm

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Chers Amis,

 

Une fois de plus, la Plume et le Rouleau va vous montrer que la réalité qui se cache derrière l’apparence en est souvent fort différente, plus complexe mais souvent plus passionnante .


Vous vous souvenez sûrement de ce texte où un homme explique que, aviateur, il avait eu « une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s'était cassé dans mon moteur. Et comme je n'avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparais à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. »

« Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée. J'étais bien plus isolé qu'un naufragé sur un radeau au milieu de l'océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m'a réveillé. Elle disait :

- S'il vous plaît... dessine-moi un mouton ! »

Eh oui, le 25 juin 1900, naissait Antoine de Saint-Exupéry. 

Pour des générations entières, cet aviateur intrépide, pionnier de la grande aventure de lAéropostale, adversaire de la politique défaitiste du gouvernement de Vichy, mort le 31 juillet 1944 au large de la Provence dans le cadre d’une mission de reconnaissance confiée par les Alliés, écrivain et poète, allait incarner l’aventure, le courage, la hardiesse mais aussi la littérature et la poésie onirique et enfantine, pleine de simplicité et d’humanisme.

Antoine de Saint-Exupéry, c’est d’abord le bon goût.

Antoine est en effet né "comte" (c’est très chic mais cela n’existe plus depuis le 4 aout 1789) de Saint-Exupéry en 1900 au sein d’une vieille famille catholique noble de province, descendant d’un authentique croisé, qui l’envoie pour sa scolarité dans les institutions « sélect » de Suisse, puis à Paris faire ses prépas. Objectif : Navale ou Polytechnique. Il faut tenir le rang.

Antoine de Saint-Exupéry, c’est ensuite le non conformisme.

En fait, passionné par l’aventure et l’aviation, Antoine délaisse la carrière militaire. Du genre dilettante, il hésite entre être graveur et poète. Il se met finalement à écrire et à piloter.

En 1926, il est pilote pour la Compagnie Générale d’Entreprise Aéronautique au Maroc et dans le Sahara. En 1928, il part en Amérique du Sud diriger une filiale de l’Aéropostale. En 1931, il obtient le prix Fémina pour « Vol de nuit » : 250 000 exemplaires traduits en 16 langues. Il épouse cette année-là Consuelo Suncin de Sandoval, une sud-américaine rencontrée en Argentine.

Antoine de Saint-Exupéry, c’est surtout l’aventure et le courage.

Il devient alors grand reporter pour Paris-Soir et voyage en Russie en 1935 et en Espagne en 1936 (pendant la terrible guerre civile).

En 1936, il tente un raid aéronautique entre Paris et Saigon qui se termine par un atterrissage forcé en Libye et trois mois d’errance et de soif dans le désert. Echec cinglant mais dont le spectaculaire renforce son prestige.


En 1938, il récidive avec un raid New York-Terre de Feu et manque périr tragiquement à Guatemala City. Nouvel échec qui ajoutera encore à sa légende.

En mai 1940, durant l’invasion de la France par les troupes du Reich, il effectue une mission de reconnaissance au-dessus d’Arras en flammes. Il en tirera son livre « Pilote de Guerre », publié aux Etats-Unis. Car Saint-Exupéry fuit là-bas, en désaccord avec le gouvernement de Vichy. En 1943, il participe, comme pilote dans les troupes américaines, à l’opération Torch qui voit les américains débarquer en Afrique du Nord.

Antoine de Saint-Exupéry, c’est ainsi la légende.

C’est cette année-là, en 1943, qu’il publie l’ouvrage-phare de sa carrière : « Le petit prince ».

Le 31 juillet 1944, les alliés ont débarqué à la fois en Normandie et en Provence. Saint-Exupéry, qui compte 14 fractures et d’innombrables traumatismes, embarque à bord d’un « Lightning P38 » à double queue pour une mission de reconnaissance au dessus de Chambéry et Lyon. « Si je suis descendu confie-t-il à son ami Piere Dulloz, je ne regretterai absolument rien ».

Son avion s’abime en mer un peu après midi, entre Provence et Corse. On ne le retrouvera jamais. Auréolé d’une mort tragique dont la cause reste encore mystérieuse, Saint-Exupéry va passer à la postérité. En 1993, près de 50 ans plus tard, sa figure ornera les billets de banque de 50 FRF.

Un mythe, quoi. En plus, du genre particulièrement politiquement correct.

Mais le boulot des chroniques historiques de la Plume et du Rouleau, précisément, c’est (aussi) de s’attaquer aux mythes...

Derrière « Saint-Ex’ », quoi alors ?


Saint-Exupéry ne fut pas réellement le chevalier sans peur et sans reproche, défenseur de valeurs traditionnelles (simplicité, discipline, patriotisme), l’aventurier à l’âme d’enfant, sorte de Tintin, de Bob Morane et de Buck Danny réunis dont la légende fut forgée par les militaires et les éditeurs pour les besoins d’intérêts plus ou moins « médiatiques » dirions-nous aujourd’hui.

C’est d’abord un étudiant peu sérieux qui préféra s’adonner aux plaisirs de la nuit du Quartier Latin (boîtes de jazz, de tango, consommation de whisky) qu’aux études. Il appartient à la faune qui fréquente le café des Deux-Magots (boulevard Saint-Germain) ou de la Closerie des lilas, où il mystifie ses convives par des tours de cartes et par ses aptitudes aux échecs.

Il mène la grande vie, dépense le peu d’argent qu’il a de façon somptuaire, un jour les poches pleines, un jour fauché. En permanence entouré de femmes, il le restera en dépit de son mariage avec Consuelo Suncin (photo ci-après), mariage dès lors assez agité, d’autant plus que la sud-américaine semble avoir un caractère plutôt volcanique.


Saint-Exupéry n’est pas vraiment sportif. Véritable tête brûlée, il s’adonne à l’aéronautique d’abord pour les risques qu’elle représente.

Ses opinions politiques sont peu marquées et ambiguës. En 1935, il défend depuis Moscou, où il est en reportage, le principe du pacte franco-soviétique. En 1936, en Espagne, confronté à l’horreur de la guerre civile et aux nombreux crimes abominables commis de part et d’autres par les Républicains autant que par les Franquistes, il publie des articles tièdes parfaitement en ligne avec la position de la France de l’époque, qui se voile pudiquement la face et se cantonne dans le non-interventionnisme.

En 1938, il s’exprime clairement en faveur des accords de Munich (la France laisse l’Allemagne envahir la Tchécoslovaquie dont elle était pourtant formellement l’alliée) et estime nécessaire cette trahison si elle permet d’éviter la guerre générale.

Ses vrais faits d’armes, durant la Deuxième Guerre Mondiale, sont rares. Il est résolument anti-gaulliste (il considère De Gaulle comme un dictateur en puissance) et, par deux fois en 1941, refuse les offres de celui-ci de rejoindre les FFL.

Il s’exile aux Etats-Unis où il participe activement à la propagande en faveur de l’Amérique, qui soutient le général Giraud contre De Gaulle.

En 1943, ses aptitudes au pilotage sont de plus en plus faibles. Il souffre de vertiges (ennuyeux pour un pilote !). Après un grave accident avec un P38 américain, les américains l’interdissent de vol en juillet 1943. S’il repart en missions six mois plus tard, c’est parce qu’il a signé un contrat avec le journal « Life » pour des articles à écrire où il entend démontrer que seuls les Etats-Unis sont en mesure de restaurer la démocratie en France.

Si son oeuvre littéraire est incontestablement précoce et riche, sa renommée doit beaucoup au dynamisme de Gaston Gallimard qui publia notamment son dernier roman (inachevé) « Citadelle » après avoir hissé « Pilote de guerre » (mai 40) au rang des oeuvres patriotiques destinées à redonner du baume au coeur à une France démoralisée par la défaite de 1940. L’interdiction tardive (février 1943) du livre par la censure vichyste ajoutera encore au succès de l’ouvrage, en lui donnant une sorte de statut de « martyr ».

Au final, si Saint-Exupéry ne sort pas véritablement terni de la recherche que l’on peut mener sur son compte, il n’est assurément pas le héros militaire ni le génie littéraire que beaucoup (à commencer par lui-même) tentèrent de faire croire.

Il demeure un personnage pétri de paradoxes et d’hésitations, qui profita de chaque minute de la vie pour en tirer un bénéfice personnel, jouisseur égoïste forgeant sa propre légende dans le cadre d’une existence particulièrement remplie.

Il nous reste ses écrits, pétris d’un humanisme simple et qui fleurent bon l’exotisme, le sable chaud et les nuits étoilées loin de la France.

Des récits plein d’aphorismes, parmi lesquels celui-ci, tiré du Petit Prince, que je préfère : « C’est forcément utile, dit le renard, puisque c’est joli ».

Et vous, quel est le vôtre ? Bonne journée à tous.

D'autres démysthification ? Démasquez André Malraux ?

D'autres aviateurs ? Envolez-vous avec Blériot

La Plume et le Rouleau © 2001

Pour un récit plein de passion, de mystères et de secrets, lisez La cinquième nouvelle...

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marie-Helene Carbonel 02/07/2010 00:55


Voilà qui fait chaud au coeur et va dans le bon sens! Il faut lire, pour s'en convaincre, l'unique biographie de Consuelo parue récemment aux Editions du Rocher: "Consuelo de Saint Exupery, une
mariée vêtue de noir". Cette biographie véritable mine d'inédits, de révélations et d'analyse troublantes et dérangeantes, est copieusement boudée par les médias qui sont peu soucieux de
déontologie. C'est bien la preuve que le livre touche juste et désacralise le mythe construit de toutes pièces, pour les besoins de quelle cause? Saint Ex était avant tout un homme luttant contre
ses faiblesses (nombreuses) à coup de...plume, justement! Pour preuve, et la meilleure, cet acte de contrition qu'il rédige avant de mourir pour demander pardon à sa femme, la rose qui tousse: Le
Petit Prince...


La Plume et le Rouleau 02/07/2010 11:26



Merci de vos encouragements !



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