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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1905 : MATA HARI, une si charmante espionne

Publié par La Plume et le Rouleau sur 11 Mai 2001, 16:24pm

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Chers Amis,

C’est la sainte Estelle aujourd’hui. Ce faisant, ce n’est pourtant pas la plus célèbre des Estelle française, top-model de renommée internationale et qui fut un temps l’épouse du rejeton du plus célèbre des rockers franco-belges que je célèbrerai aujourd’hui. C’est d’une autre femme qui, elle aussi, fit rêver les hommes, dont je vous parlerai.

Prêts pour la séduction, la volupté, et l’ivresse des sens ?

Je vois que beaucoup d’entre vous sont d’accord. Alors allons-y.

Nous sommes au musée Guimet, place d’Iéna à Paris, en ce soir du 13 décembre 1905. Le directeur du musée a décidé d’offrir à une brochette de spectateurs triés sur le volet un spectacle comme on n’en a jamais vu à Paris. Des hommes politiques, des artistes, les ambassadeurs de l’Allemagne et du Japon sont là. Erotisme et exotisme sont au programme ce soir. La bibliothèque a été transformée en temple de Shiva. La lumière est tamisée. Des pétales de roses recouvrent le sol.

Une danseuse entre. Elle est entourée de voiles qui la protègent du regard et ne laissent voir que ses pieds. Le programme distribué aux spectateurs indique qu’il s’agit d’une métis d’indienne et d’européen. Elle a 29 ans. Elle a été initiée toute jeune aux danses sacrées par les prêtres hindous... En hindi, son nom signifie « oeil de l’aurore » (c'est ce qui est prétendu, en tout cas).

Et elle danse. Admirablement bien. De ses mouvements souples et ondulants, elle capte magnétiquement l’attention de l’assistance (masculine) qui retient son souffle.

Car la danseuse, maintenant, enlève ses voiles un à un.

Aââââârrrgghhh ! ! !

Ele est presque nue maintenant.

La lumière s’éteint sur scène et se rallume dans la salle. C’est la fin du spectacle et le début d’une grande carrière. Les spectateurs ne sont pas prêts d’oublier le nom mystérieux de cette fabuleuse danseuse : MATA HARI.

Alors qu’elle vivotait jusque-là, MATA HARI est alors saisie par la gloire. Elle obtient des engagements dans plusieurs villes d’Europe. On ne parle plus que d’elle. On se l’arrache. Les célébrités du spectacle ou de la politique recherchent sa compagnie. Toute la population mâle est à ses pieds tandis que les femmes (naturellement) exercent sur elle leur critique d’un tempérament artistique semble-t-il contestable. L’écrivain Colette dira : «Elle ne dansait guère... elle savait se dévêtir progressivement et mouvoir son long corps bistre, mince et fier».

En 1906, MATA HARI vit à Berlin. Elle voyage en Autriche, en Hollande, où cigarettes et biscuits portent son nom. Elle revient à Paris en 1908 et vit à Neuilly. Elle ne danse plus et mène dorénavant une vie de femme du monde entretenue par ses nombreux et riches amants, fréquentant les champs de courses et les maisons de couture. En 1914 elle est à Amsterdam. En 1915, elle revient à Paris et s’installe au Palace Hotel des Champs-Elysées. C’est là qu’elle y « reçoit » des militaires. Car elle adore les officiers. « J’aime les officiers, dira MATA HARI plus tard. J’aime mieux être la maîtresse d’un officier pauvre que d’un banquier riche...»

En voilà au moins une (enfin !) pour laquelle le prestige de l’uniforme n’est pas un vain mot.

C’est là que les ennuis commencent. Car MATA HARI aime beaucoup les officiers. Un peu trop même. Surtout les français. En 1916, en pleine guerre mondiale, le contre-espionnage français, dirigée à l’époque par le capitaine Georges Ladoux, décide de la surveiller.

Ladoux n’est pas impressionné par le dossier de la dénommée « MATA HARI ».

D’hindou, elle n’a rien du tout. MATA HARI est en réalité... hollandaise et s’appelle Margaretha Gertruida Zelle. Elle est divorcée de Rudolf Mc Leod, officier de l’armée néerlandaise. Arrivée sans le sou à Paris en 1904, elle a vécu d’expédients puis de strip-tease avant de sombrer dans la prostitution de luxe sous couvert de danse exotique.

MATA HARI a un train de vie à tenir et dispose d’un pouvoir de séduction dont elle use largement. Ladoux la soupçonne en fait d’espionnage pour le compte de l’Allemagne.

Mais huit mois de surveillance discrète et d’écoutes téléphoniques (déjà !) n’apportent pourtant rien. Alors, changeant de tactique, Ladoux, de façon assez directe, propose à MATA HARI de l’engager comme espionne au service des français et l’envoie en Espagne.

Le pays est à l’époque la plaque tournante de l’espionnage allemand. Le contre-espionnage français y a un agent. MATA HARI doit le contacter. Si elle est à la solde de l’Allemagne, elle donnera le nom de celui-ci aux Allemands et le « contact » sera sûrement fusillé.

A Madrid, MATA HARI fréquente assidûment d’ambassade d’Allemagne. Et l’agent français est arrêté. Au même moment, les français interceptent un radiotélégramme allemand codé indiquant que « H 21 va revenir à Paris où l’attaché de relations lui remettra un chèque de 5 000 F tiré sur le Comptoir National d’Escompte de Paris ». Et MATA HARI revient à Paris.

Ladoux n’a plus aucun doute. Malgré le rapport reçu quelques jours plus tôt (issus de renseignements obtenus sur l’oreiller) sur les mouvements des sous-marins allemands sur les côtes marocaines et sur la découverte par les Allemands des codes utilisés par les services français, les français pensent que MATA HARI est, au mieux, un agent double.

Elle est arrêtée le 14 février 1917 au matin dans sa suite du Palace Hotel. La France traverse alors une période d’ « espionnite » aiguë et de peloton d’exécution facile - plus de trois cents personnes sont fusillées entre 1914 et 1918 et MATA HARI a en fait tout du bouc émissaire providentiel. Elle est traduite devant la justice militaire.

Quatre mois plus tard, son procès s’ouvre en pleine crise nationale : défaitisme, désertions, mutineries. Après deux jours d’audience et dix minutes de délibérations, MATA HARI est reconnue coupable et condamnée à mort. Les preuves objectives sont incertaines, les présomptions et les extrapolations nombreuses. Tous les documents étaient pourtant unanimes à reconnaître que la Hollandaise était en fait plus intéressée par l’anatomie des officiers que par leurs dossiers.

Nous sommes huit mois plus tard, le 15 octobre 1917. Il fait froid et gris. Au bout du long couloir sombre de la prison pour femmes de Saint Lazare, voici la cellule 12 où dorment trois prisonnières.

« Ayez du courage madame, le président de la République a rejeté votre recours en grâce ».

« Ce n’est pas possible, ce n’est pas possible... » dit MATA HARI.

Elle se lève. La religieuse lui prend la main. « Ne craignez rien ma soeur, dit-elle, je saurai mourir sans faiblesse. Vous allez avoir une belle mort ! »

A Vincennes, elle est conduite dans le polygone de tir où l’attend un peloton d’exécution de 12 soldats, commandé par un aspirant (aspirant, croyez-moi sur parole, est un grade toujours dévolu aux tâches à la con...). Elle refuse qu’on lui bande les yeux. L’aspirant abaisse son sabre.

Les soldats tirent.

Trois balles seulement atteindront leur cible, mais l’une d’elles traversera le cœur. Il est six heures et quart du matin, ce 15 octobre 1917.

Drôle de chronique, aujourd’hui, non ? Commencé dans la pénombre et la volupté d’une soirée et achevé dans la tristesse sordide d’un petit matin blême.

C’est parfois comme cela dans la vie.

Brrrrr ! ! !

Bon, reprenons-nous et tirons une conclusion (édifiante) de tout cela.

MATA HARI fut arrêtée dans un hotel qui est aujourd’hui le siège de HSBC-CCF sur les Champs-Elysées, tandis que les « preuves » accumulées contre elles continrent notamment les chèques qu’elle tirait sur le Comptoir National d’Escompte de Paris, ancêtre de l’actuelle BNP-PARIBAS.

Qui donc niera, dans ces conditions, que la banque ne mène à tout ?

Y compris au poteau d’exécution.

Bonne journée à tous.

Pour elle, le droit de grâce ne fut pas exercé...

La Plume et le Rouleau © 2001

Et pour d'autres histoires pleine de mystère, de suspense, de passions et de secrets, lisez La cinquième nouvelle...

Commenter cet article

Levon Minassian 24/02/2010 13:12


Salut Hervé,
J'ai pioché au hasard cet article car j'avais entendu parler de Mata Hari sans vraiment connaître son histoire mis à part son rôle dans l'espionnage. Ton article est super et fourmille d'anedotes
qui nous font replonger dans le contexte.


Hervé 24/02/2010 15:09


Merci de tes encouragements. 180 autres chroniques attendent tes commentaires avisés.


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