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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1909 : Une Manche à zéro pour BLERIOT

Publié par La Plume et le Rouleau sur 25 Juillet 2001, 10:09am

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Chers Amis,

Ce dont je vais vous parler aujourd’hui, c’est de persévérance, de conviction, d’efforts et d’aventure. Pour évoquer une tentative qui se déroula le 25 juillet 1909. Ce jour-là un homme (un fou !) va se jeter dans les airs aux commandes d’une machine brinquebalante. Son ambition ahurissante : traverser la Manche.

Mais va-t-il réussir ? Voyons cela.

A cette époque, la conquête des airs est encore balbutiante. Elle est menée par des bricoleurs et des aventuriers qui tentent par tous les moyens de vaincre la loi de Newton, qui les rappelle parfois à l’ordre un peu brutalement. Le vrai défi, en fait, n’est pas tant de décoller que de se maintenir en vol.

Les audacieux américains ont pris de l’avance. Les frères Wright réalisent plusieurs vols et, en novembre 1908, ils effectuent une démonstration sur le circuit automobile du Mans. Wilbur Wright réalise alors un vol de 1 mn 45 secondes à quelques dizaines de mètres du sol. Un exploit pour l’époque.

Dans l’assistance, admirative, se trouve un certain Louis Blériot (ci-dessus). C’est un forcené des expériences aéronautiques. Il pilote lui-même les avions équipés des moteurs qu’il conçoit, avions qu’il baptise de son propre nom. Ce casse-cou s’entête avec des résultats décevants : ses crashs et ses accidents, de plus en plus sérieux, se succèdent. Son argent passe entièrement dans la construction de ses onéreuses machines volantes.

Ayant épuisé ses économies, Blériot se met à dépenser la dot de sa femme. Mais cela ne suffit plus. En 1909, alors que les frères Wright multiplient aux Etats-Unis des essais de plus en plus concluants, Blériot est maintenant sans le sou. Il n’a même plus assez d’argent pour construire une ultime version d’avion avec lequel il rêve de relever le défi qui vient d’être lancé par le journal anglais « the Daily Mail » : traverser la Manche.

Récompense : 1000 livres sterling.

De son côté, l’anglais Hubert Latham, lui, se prépare aussi. Il a de l’argent et s’est bâti un appareil de qualité. En juillet 1909, près de Sangatte (France), il installe son monoplan l’« Antoinette IV » avec lequel il compte parcourir les 33 kms qui séparent le cap Gris-Nez, près de Calais, de Douvres. Son avion mesure 12,80 mètres d'envergure, dont un fuselage (en bois verni) de 11,50 mètres et une queue semblable à celle d'un oiseau.

Blériot, lui, sans argent, ronge son frein. Quand tout à coup son épouse, en voyage à Paris chez une famille fortunée, lui annonce qu’à cette occasion elle a sauvé du suicide le fils de sa famille. En gratitude, le père finance de 25 000 F les activité de Blériot !

L’espoir renaît. Blériot travaille d’arrache-pied pour construire son avion et relever le défi de la traversée de la Manche.

Le 19 juillet 1909, le brouillard se dissipe sur les côtes françaises mais c’est Latham qui tente l'aventure le premier. Escorté par un contre-torpilleur français, l’anglais décolle. Il file bon train. Mais douze kilomètres après le départ, le moteur lâche ! L’appareil, après une chute de 300 mètres, amerrit tant bien que mal sur le ventre.

Imperturbable, digne et flegmatique comme seuls savent l’être les Britanniques, Hubert Latham s’assoit à califourchon sur fuselage, allume paisiblement une cigarette et attend les secours.

Blériot décide alors de tenter sa chance. Son avion, lui, n’a pas fière allure. Le « Blériot XI » (les 10 premiers ont tous été démoli), n’est guère compétitif en face de l'Antoinette. Plus petit et fort disgracieux, il ne possède que le quart de la surface alaire de l'appareil de Latham.

Les chances de Blériot ne résident que dans son minuscule moteur, à la solidité éprouvée et conçu par un mécanicien italien nommé Alessandro Anzani. Un moteur rustique : une hélice (en bois !), un moteur de 25 chevaux, des cylindres de fonte rugueuse même pas sablés, des trous percés à leur base qui permettent l'évacuation de gaz, soulageant la pression mais aspergeant le pilote dhuile ! Plutôt héroïque le pilotage de l’époque.

Ce n'est pas tout.

Car Blériot a une lacune de taille : il est prêt pour le décollage mais... il n’a pas réfléchi à l’endroit où il allait atterrir ! Il comprend que la plage de Douvres est trop étroite pour un atterrissage. Quant à la falaise, elle est trop haute pour la faible puissance de son moteur. Que faire ?

Un journaliste, Charles Fontaine, offre alors de se rendre en Angleterre pour examiner le terrain. Il repère, à côté du château de Douvres, une trouée dans la falaise située à moins de 30 mètres au dessus de l'eau. Il achète une carte postale avec une photo prise d’un bateau, y marque l'endroit d'une croix et l’expédie par le poste à Blériot : il indique qu'il l’attendra là et signalera la piste... en agitant un grand drapeau français !

Plutôt rudimentaires, le plan de vol et le couloir aérien !

Le dimanche 25 juillet 1909 en pleine nuit, il y a 92 ans aujourd’hui même, le vent étant tombé, on va réveiller Blériot. Le règlement de l'épreuve interdisant le décollage avant le lever du soleil, Blériot effectue un court vol d'essai. Le moteur pétarade dans un fracas infernal.

A 4h41 exactement ce dimanche 25 juillet 1909, Blériot met les gaz. L’avion s’élance, l’aventure démarre. Le moteur tourne parfaitement, il n’y a pas de vent contraire, l’avion file vite et dépasse même le contre-torpilleur qui l’accompagne.

Blériot hésite. « Tant pis, écrit-il dans ses mémoires, advienne que pourra ! Pendant une dizaine de minutes, je suis resté seul, isolé, perdu au milieu de la mer immense, ne voyant aucun point à l'horizon, ne percevant aucun bateau. Ce calme troublé seulement par le ronflement du moteur, fut un charme dangereux... Ces dix minutes parurent longues et vraiment je fus heureux d'apercevoir vers l'ouest une ligne grise qui se détachait de la mer et qui grossissait à vue d'oeil. Nul doute, c'était la côte anglaise ! »

Mais le vent déporte l’appareil vers le nord et le brouillard tombe. L’aviateur ne voit plus rien. Il regarde en dessous de lui et aperçoit des bateaux. Il vire alors à gauche pour s’aligner sur leur cap et revenir vers Douvres.

« Et soudain, raconte-t-il, au bord d'une anfractuosité qui se dessine sur la côte, j'aperçois un homme qui agite désespérément un drapeau tricolore et qui s'égosille, seul dans la grande plaine à crier : Bravo ! Bravo ! ». C’est le journaliste Charles Fontaine ! Blériot se dirige vers la falaise et se met dans l’axe.

A 20 mètres du sol, il coupe le moteur. L’atterrissage est très rude, l’hélice est endommagée. Qu’importe ! Blériot a franchi la Manche en avion. Il est 5 h 13 du matin. Il a parcouru 38 kms en 32 minutes. Un exploit historique. Latham, lui, était encore à Sangatte. Endormi, c’est le bruit du moteur de Blériot qui l’avait réveillé !

On pourrait croire qu’à l’heure de l’Eurostar, l’exploit de Blériot est aujourd’hui oublié. Non. Son style a fait école. Observez bien autour de vous : la vie nous offre tous les jours le spectacle de projets farfelus dont on sait comment ils commencent mais pas où ils terminent, d’idées grandioses à mettre en place avec des moyens de fortune, sans compter tous ceux qui foncent dans le brouillard ou qui vont dans le sens du vent.

Oui, Blériot a de nombreux héritiers. Mais je crains que peu d’entre eux ne laissent la même trace dans l’histoire.

Bonne journée à tous.

Découvrez les incroyables pionniers de l'Aéropostale ou l'aviateur Saint-Exupéry !

La Plume et le Rouleau © 2001

Moins spectaculaire mais aussi pleine d'aventures et de mystères, lisez La cinquième nouvelle... 

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