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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1917 : Les vrais et les faux mystères de RENNES-LE-CHATEAU

Publié par La Plume et le Rouleau sur 17 Janvier 2003, 14:30pm

Catégories : #Histoires extraordinaires & énigmes

Mes Chers Amis et abonnés de la Plume et du Rouleau,

A chaque seconde, la Culture et l’Histoire peuvent frapper comme la foudre sur ce blog, tel un raid viking sur un village normand ou une attaque cérébrale qui, soudain, terrasse n’importe quel colosse d’un bloc.

Ainsi, le 17 janvier 1917, l’abbé Saunières, curé de la paroisse de Rennes-le-Chateau (un village perdu non loin de Carcassonne, dans l’Aude) s’écroule-t-il, frappé par une attaque, à l’âge de 65 ans, alors qu’il se trouve dans la tour qui orne le mur de sa propriété. C’est sa bonne, Marie Dénarnaud, qui va le trouver et le faire transporter sur son lit où il va agoniser 5 jours avant de rendre l’âme le 22 janvier suivant.

Certains d’entre vous l’ont compris : les Chroniques de la Plume et du Rouleau vous invitent à découvrir ou plutôt à redécouvrir d'un oeil neuf le… "mystère" de Rennes-le-Château !

Si mystère il y a car, vous le savez, vos chroniques historiques préféres ne manquent jamais une occasion de procéder à quelque démystification salutaire… Super énigme ou supercherie ? Et derrière l’écran de fumée de l’encensoir du curé, quoi donc ? Reprenons l’histoire du début, une histoire, il faut le reconnaître, bien étrange, à travers une synthèse de ce qui se dit et s’écrit sur la question...

Petit village de l’Aude de 250 âmes, Rennes-le-Château est bâti en haut d’une colline que l’on gravit par une étroite route en lacets. De là-haut, le panorama est splendide. Ce village est en effet construit à l’emplacement d’une ancienne cité wisigothique (les Wisigoths étaient des barbares de Germanie orientale qui pillèrent Rome en 410 et établirent un royaume sur l’actuel Languedoc-Roussillon et au nord de l’Espagne jusqu’au VIIIème siècle).

En 1885 arrive un nouveau curé de 33 ans. Il s’appelle Bérenger Saunière et est né le 11 avril 1852 à Montazels, village proche. De nature indépendante et vaguement rebelle, l’individu y a été nommé là pour des raisons apparemment vexatoires. Le village de Rennes-Le-Château est particulièrement isolé, l’église est délabrée et le presbytère est dans un état  déplorable.

Qu’importe ! Bérenger Saunière s’y installe et, afin de financer ses premiers travaux de réfection de l’église.

Que raconte-t-on ? Dès 1886, Saunière reçoit d’abord un don important de la part de la comtesse de Chambord, épouse du prétendant légitimiste au trône de France. La même année, il offre à l’abbé Grassaud curé d’Amélie les Bains un calice en vermeil mais n’en dit pas plus sur sa provenance. A partir de là, il s’engage dans toute une série de travaux spectaculaires de réfection de l’église, qu’il embellit par des aménagements ostentatoires (on pourrait dire « kitsch » avant l’heure). Il fait inscrire au fronton de l’édifice des sentences latines bibliques menaçantes et place sous le bénitier de l’église un… diable !

Il décide ensuite de remplacer l’ancien autel, fait d'une pierre partiellement encastrée dans le mur de l'église et soutenu sur l'avant par deux piliers de facture carolingienne. Le 27 juillet 1887, les ouvriers mettent à jour le sommet des deux piliers anciens et, dans l’un d’eux, découvrent des rouleaux de bois scellés à la cire. Le curé va y découvrir des parchemins. Leur reproduction figure dans la majorité des ouvrages relatifs à Rennes-le-Château.

Peu de temps après, Saunière décide d'enlever le dallage du chœur de l'église. Sous celui-ci : une dalle de pierre dont l’une des faces est ornée d'un superbe bas-relief représentant deux chevaliers sur leur montures. Autre surprise, derrière l’autel, toujours sous le dallage, on découvre une cache remplie de monnaies.

L’année suivante, en décembre 1898, bien que peu fortuné, Bérenger Saunière achète les terrains autour de l'église : il va y construire sa maison, la « villa Béthanie » ornée d’une tour, la « Tour Magdala » dont l’érection débute en mai 1891.

En 1891, sur les conseils de Mgr Billard, évêque de Carcassonne, il se rend alors à Paris au cours de l'été pour faire décrypter les parchemins. Grâce à ses relations dans le milieu monarchiste, Saunière y rencontre notamment Emma Calvé, cantatrice à l'Opéra, Claude Debussy et l'occultiste Jules Bois. Saunière rapporte de son voyage la reproduction d’un tableau de Nicolas Poussin, exposé au Louvre, les « Bergers d’Arcadie ». Le tableau a une particularité : il semble représenter un paysage proche du village d’Arques, non loin de Rennes-le-Château ainsi qu’une tombe qui y existe à l’époque de l’abbé Saunière.

C’est aussi en 1891 que Bérenger Saunière se met à redessiner les jardins de l'église selon des plans particulièrement sophistiqués et y plante une croix marquée « mission 1891 ». Il effectue personnellement des fouilles dans le petit cimetière situé derrière l’église, retournant la terre, déplaçant les pierres mortuaires et les ossements à tel point que la mairie se plaint officiellement. On le soupçonne aussi d’avoir effacé les inscriptions portées sur une dalle curieuse, celle du tombeau de Marie de Nègri d'Ables. Il s’agit d’une femme qui, à la veille de sa mort le 17 janvier 1781 aurait confié un secret de famille à Antoine Bigou, curé de Rennes depuis 1774. Bigou aurait alors dissimulé les documents relatifs à ce secret dans un des piliers de l'autel de l'église de Rennes. Cette dalle, du reste, a toujours suscité l’étonnement car l’épitaphe de la marquise contient des erreurs, coquilles et liaisons étranges entre les mots.

Ces initiatives insolites intriguent ses contemporains par leur originalité et quant à l’origine des fonds ayant servi à les financer. Saunière, de plus, cohabite avec la bonne qu’il avait engagée en 1886 à l’âge de 18 ans, effectue des fouilles dans le cimetière, parcourt la campagne nuitamment, organise des réceptions chez lui qui ne manquent pas d’attirer l’attention...

Inquiétées par son train de vie et les commentaires que celui-ci suscite autant que par sa personnalité indépendante, les autorités ecclésiastiques, après avoir sans succès tenté de l’éloigner de sa paroisse, le condamnent en 1910 pour « trafic de messes » tandis que Saunière démissionne de sa charge de prêtre l’année suivante. Avant de succomber, le 22 janvier 1917 à 5 h 00 du matin, il se confesse à son ami l’abbé Rivière.

Avec sa mort, le 22 janvier 1917, commence à naître une histoire merveilleuse, que l’on raconte aux veillées des villages alentours : celle d’un curé de campagne au comportement énergique et haut en couleurs, qui aurait trouvé un trésor ou un secret, lesquels auraient fait de lui un homme riche, capable alors de tous les étonnants aménagements architecturaux réalisés.

Cette histoire de trésor va rester purement locale pendant un demi-siècle mais, en mai 1946, un dénommé Noël Corbu, en voyage touristique dans la région, rencontre par hasard l’ancienne bonne du curé, Marie Dénarnaud, alors âgée de 78 ans. Celle-ci est alors propriétaire de l’étonnante propriété de Saunière car le curé la lui a léguée en mourant. Elle-même fait rapidement de Corbu et de son épouse ses légataires universels.

Quand elle meurt en 1953, Corbu se trouve alors à la tête d’une propriété vaste mais coûteuse à entretenir. Il y ouvre un hôtel restaurant et, pour attirer le chaland, se met à raconter à ses clients la fabuleuse histoire du curé qui aurait découvert un trésor, le trésor de… Blanche de Castille (la mère de Saint Louis). Il faut dire que Corbu est un original auquel l’imagination n’a jamais manqué et qui a déjà publié un roman policier avant la guerre.

La légende se propage alors. Les chercheurs de trésor commencent à affluer. En 1967, un écrivain du nom de Gérard de Sède (rendu célèbre par un livre de 1962 intitulé sobrement « Les templiers sont parmi nous » ! ) publie : « L’or de Rennes » ! Tout un programme.

Synthétisant l’ensemble des rumeurs et des traditions orales locales, de Sède y ajoute des révélations enrichissant la question. Il publie des photos de documents inédits et notamment la reproduction des parchemins de Saunière. L’ouvrage lance la notoriété du « mystère », pour l'heure en core cantonnée à la France. Au début des années 80, trois journalistes anglais réalisent un reportage pour la BBC sur la question puis publient un livre aux thèses hardies : « l’Enigme Sacrée » (1983). Avec la renommée internationale qui est maintenant donnée au site, tout est en place pour que les foules se ruent de tous les coins du monde à Rennes-le-Château : 20 000 visiteurs par an (dont votre serviteur en 1994) !

Dans l’espoir de découvrir quelque chose. Car quelles sont les hypothèses aujourd’hui en présence dans cette affaire ?

Parmi les convaincus de l’existence d’un vrai mystère à Rennes-le-château, il existe deux catégories de « chercheurs », lesquels sont persuadés que Saunière a tenté d’aiguiller leurs recherches grâce aux multiples indices donnés par sa décoration insolite de l’église et des environs :


les chercheurs de trésor. Pour eux, c’est sûr, Saunière a découvert quelque chose qui l’a enrichi : le trésor de rois wisigoths, de rois mérovingiens, celui des Cathares ou encore celui des Templiers…

les chercheurs de secret. Pour eux, au contraire, Saunière a trouvé quelque chose qu’il a monnayé et qui a trait à la religion ou à la monarchie française : les hypothèses concernent le vrai tombeau du Christ, l’acte de son mariage avec Marie-Madeleine ou bien la preuve de sa descendance à travers la lignée mérovingienne... Le livre Da Vinci Code est à cet égard une vaste resucée syncrétique de toutes ces hypothèses. 

A l’appui de toutes ces théories, on appelle les légendes locales, des indices jugés concordants entre des paysages et des tableaux, l’étude de parchemins, la cryptographie des textes, la géographie locale comme celle des constructions, les menhirs du coin, les courbes de niveau du terrain ou encore les forces telluriques, on interprète des traditions orales et on planche sur des documents que l’on torture dans tous les sens pour y trouver, justement, un sens. Templiers, Francs-maçons, Rose-Croix et Vatican sont appelés à la rescousse pour tenter d’éclairer la lanterne de ceux qui cherchent.

Et depuis 40 ans, qu’a-t-on trouvé ?

Rien ! Rien de rien ! De trésor, de secret, pas le moindre début !

C’est décevant mais pas si étonnant. Car, mes chers amis, dans cette intéressante affaire, les hypothèses abondent, les théories se multiplient, les suppositions font la loi mais les preuves, les vraies, manquent cruellement. Et cette absence de preuves devient d’autant plus alarmante que nous pouvons démonter aisément quelques supercheries savamment mises en scène par le dénommé Gérard de Sède…

- Des parchemins reproduits dans son livre, il n’existe ainsi aucune trace. On ne peut les voir ni les consulter. L’écrivain n’a jamais indiqué où il les avait obtenus ni ce qu’ils étaient devenus.

- De la pierre tombale de la marquise, il n’y a plus de trace visible non plus.

- Les traditions orales et les on-dit ? On sait comment naissent les rumeurs et le crédit que l’on peut y accorder, spécialement lorsque tous les contemporains de l’affaire sont morts depuis longtemps !

 

- Je vous passe les contre-vérités et les lacunes historiques (que j’ai pu moi-même vérifier, vous pouvez me faire confiance) qui émaillent « L’or de Rennes » ou « L’Enigme Sacrée ». Elles n’ont d’égal que les spéculations hasardeuses et improbables (Saunière aurait découvert un souterrain, il aurait effacé la dalle de la marquise d’Hautpoul… j’en passe et des pires) de leurs auteurs ou les allégations farfelues (le tableau de Poussin, peintre du XVIIIème siècle, ne peut évidemment pas représenter la tombe d’Arques qui date, elle, du... milieu du XIXème !).

D’une manière générale, la littérature relative à Rennes-le-Château abonde en affirmations sans preuve : le voyage de Saunière à Paris en 1901 ou, par exemple, le fait que Saunière, à sa mort, ne reçut pas les derniers sacrements : des allégations dépourvues d’un quelconque fondement et sur lesquels nul n’a d’information. D’ailleurs, la question des derniers sacrements est peu crédible compte tenu du secret de la confession et du fait que Saunière est enterré dans le cimetière de l’église !

Plus troublant encore fut le rôle d’un dénommé Pierre Plantard de Saint-Clair aux côtés de de Sède qui, au début des années 80, tenta de se donner pour le descendant de rois mérovingiens tandis que les auteurs de l’Enigme Sacrée tentaient, pour leur part, d’accréditer l’idée que les Mérovingiens descendraient eux-mêmes du Christ, émigré dans le sud de la France aux côtés de Marie-Madeleine devenue son épouse !… Les preuves, là encore ? Aucune. Uniquement des affirmations péremptoires sur la base de théories fumeuses destinées à jeter le trouble dans les consciences.

Mais pas dans toutes.

Dès 1974, un historien du nom de René Descadeillas a démoli les théories de Gérard de Sède, mensongères et commerciales. Aux éditions Marabout est paru un livre (« Le trésor de l’abbé Saunière ») qui démonte strictement l’aspect financier des travaux menés par Saunières : on y découvre comment l’homme, même s’il a pu découvrir au départ quelque relique ou bijou dans les tombes, a pu vivre largement au-dessus de ses moyens grâce au trafic de messes réalisé aux dépens de congrégations religieuses de toute la France, au paiement des traites de ces travaux sur plusieurs années ou… tout simplement à leur non paiement ! Un site internet consacré à Rennes-le-Château contient également une étude éclairante de Jean-Jacques Bedu, auteur du livre « Rennes-le-Château, autopsie d’un mythe » qui explique sur un plan juridique le motif de l’acharnement des autorités ecclésiastiques contre Saunières. Celui-ci fit en effet don de ses biens, de son vivant à Marie Dénarnaud : une donation qui privait tout simplement l’Eglise d’un patrimoine (la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’était pas prononcée).

Alors, ne dirait-on pas que, une fois de plus, on se paie la tête du citoyen dans cette affaire ? C’est plus que probable.

Que cela ne vous empêche toutefois pas de vous rendre (comme je le fis) un jour à Rennes-le-Château car l’endroit y est beau, sauvage et insolite. Et puis, pour ma part, j’en suis convaincu, il y a bien un trésor à Rennes-le-Château : une mine inépuisable qui n’a pas fini d’enrichir les malins…

La crédulité humaine !

Bonne journée à tous.

La Plume et le Rouleau © 2003

 

En revanche, il existe bel et bien d'autres mystères et secrets en relation avec la religion chrétienne : vous les découvrirez dans La cinquième nouvelle...

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