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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1924 : GLOZEL, faux mystère ou vraie supercherie ?

Publié par La Plume et le Rouleau sur 21 Décembre 2004, 16:20pm

Catégories : #Histoires extraordinaires & énigmes

Cher(e)s Ami(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,
 
Le 21 décembre 1992, le présentateur Alexandre Baloud, de l’émission « Mystères » (sur la chaîne TF1), affirmait, au terme de son émission mensuelle, que la « science officielle n’a pas joué son rôle et (que) le mystère de Glozel reste entier ». Glozel, de quoi s’agit-il ?
 
Il s’agit là d’une histoire de terre, de terroir, de campagne et de ville, de gens simples et de gens savants : une de ces querelles typiquement franco-françaises dans laquelle les protagonistes s’empoignent par-delà les générations et dont seul l’Hexagone a le secret car il fait résonner des antagonismes et des réflexes séculaires : la science contre la croyance, Paris contre la province, les gens simples de la campagne contre les « messieurs » de la ville.
 
Je vous propose donc de saisir pelles et pioches car c’est d’archéologie dont nous allons parler… Place au mystère, à l’incertitude, au questionnement, aux affirmations sans preuve et aux contradictions scientifiques, aux suppositions et à la perplexité. Mais attention aussi aux mensonges et aux trucages dont les auteurs ne sont pas toujours ceux que l’on croit…  En avant, donc, pour un western archéologico - campagnard haletant !
 
Nous sommes en 1924 (c’est loin !). Quand ? Le 1er mars. Où ? En Auvergne, dans l’Allier, plus précisément dans le Bourbonnais, à 17 kms de Vichy et, très exactement, dans la commune de Ferrière – Sichon, dans le hameau de Glozel. Dans ce hameau vit une famille modeste : les Fradin, des gens simples, agriculteurs et qui n’ont pas fait d’étude. Ils ont décidé de mettre en culture un terrain situé en contrebas de leur ferme et pour l’heure encombré de ronces et de friche : le « champ Duranthon ». Ce n’est pas facile car la parcelle est en pente rude et mène à un ruisseau, la Vareille.
 
Le grand-père (Claude), le père (Antoine) et le fils Fradin (Emile) ont emmené leur deux bœufs (ils n’ont pas de tracteur) et Emile, 16 ans, commence son labeur en poussant la charrue. Hue dia ! Mais au bout de quelques mètres, voilà-t-y pas (Cré bou diou !) que le soc d’la charrue s’coince contr’ une brique ! Au même moment, l’un des bœufs s’enfonce brusquement dans le sol qui se dérobe sous lui ! Vindiou d’vindiou ! Les trois hommes se précipitent à son secours, le dégagent indemne et, en creusant à l’endroit où la terre s’est affaissée, découvrent une fosse d’environ 1 mètre sur 3. Dedans : des morceaux de poteries et deux urnes ! Est-ce un trésor ? Vite, ils brisent les urnes : elles sont pleines… de terre. A la grande déception des trois hommes, il n’y a là aucun trésor. Dépités, ceux-ci s’en retournent.
 
Dans les jours qui suivent, ils évoquent leur découverte avec les gens du coin. Ils ne se doutent pas de l’ampleur que va prendre cette banale anecdote. Car les autorités morales et les notables du bourg, alertés, commencent au contraire à prendre l’affaire au sérieux et décident de s’intéresser à cette trouvaille. Un mois plus tard, le curé du village, l’abbé Naud, assisté du docteur Vigier, débarquent alors dans le hameau de Glozel.
 
La religion et la science se penchant ensemble sur un trou dans un champ, voilà qui est surprenant.
 
Bientôt, les deux premiers visiteurs sont suivis des instituteurs du coin. L’école républicaine s’en mêle donc. Une institutrice, mademoiselle Piacandet, écrit même à l’Académie de Moulins pour signaler cette « découverte ». Sans doute, pense-t-elle, y a-t-il en fait là un grand intérêt archéologique potentiel : il ne s’agit pas de laisser passer cette opportunité. Quelque temps plus tard, la « Société d’Emulation du Bourbonnais » (dira-t-on jamais assez la richesse du tissu associatif français ?) charge pour sa part M. Clément, instituteur au village de la Guillermie, non loin de là, de lui faire un rapport sur l’intérêt que peut avoir le site.
 
Clément se rend donc sur le site et commence des fouilles approfondies avec frénésie. C’est lui qui découvre des tas d’objets qu’il transmet à la Société d’Emulation qui les envoie aux Beaux-Arts : des morceaux de poterie, des tranchoirs de haches, des figurines mais aussi des morceaux d’os gravés… Mais la Société d’Emulation, intriguée, qui se déplace en juillet 1925, fait la fine bouche : ces « vestiges » n’ont pour elle aucune valeur archéologique.
 
Un médecin de Vichy, le docteur Morlet, passionné d’archéologie, se rend alors à son tour sur les lieux dans les mois qui suivent, en 1925. Et lui aussi découvre des objets. Après 18 mois de fouilles, il y a en tout maintenant environ 2 600 pièces : une véritable mine archéologique ! Morlet signe alors avec les Fradin un contrat au terme duquel il aura le droit de publication sur les objets découverts tandis que les Fradin (qui ne connaissent rien à la préhistoire ni à l’archéologie) conserveront naturellement la propriété des pièces (en ce domaine, la législation est aujourd’hui différente).
 
Dans la foulée, Morlet publie alors, le 23 septembre 1925, un article intitulé « Nouvelle station néolithique ». Il déclenche la fureur des scientifiques et des archéologues locaux patentés (le professeur Capitant et l’abbé Breuil) qui lui reprochent de publier à la va-vite, sous son propre nom et sans les avoir préalablement consultés, les résultats des recherches d’un amateur, même éclairé, concernant un site à la valeur historique non reconnue. On exerce, semble-t-il, des pressions sur Morlet pour qu’il écrive sous d’autres noms plus connus, ou qu’il n’écrive pas ce qu’il veut. Ceci n’est pas très clair mais pour le bouillant Morlet, c’est limpide : ces gens-là veulent s’approprier « ses » découvertes. Peine perdue, Morlet s’entête. L’abbé Breuil effectue alors une étude du site pour conclure, au contraire, que celui-ci n’a aucune valeur archéologique ! Pour Morlet, c’est le signe que le complot continue : la science « officielle » veut l’empêcher de parler et, n’y parvenant pas, cherche maintenant à dénigrer les fouilles de Glozel ! Supercherie ou vraie énigme ? Les « Glozéliens » et les « anti-Glozéliens » commencent à s’opposer, à s’invectiver, à s’empoigner même !
 
Glozel-Tablettes.JPGMais les historiens amateurs que vous êtes ne peuvent évidemment pas se contenter de ces passions dévastatrices.
 
Revenons donc sur le terrain, les pieds dans la boue et les mains dans la glaise…
 
Qu’ont révélé ces fouilles, exactement ? De bien étranges objets, en vérité, produits à partir de trois matériaux : la pierre, l’os et l’argile cuite auxquels il faut ajouter quelques morceaux de verre. Certains représentent des idoles bisexuées ou des symboles phalliques, d’autres des représentations humaines ou animales (notamment des rennes, comme on en trouve à Lascaux), d’autres, encore, sont des poteries, statuettes ou hache en pierre polie mais, surtout, et c’est le plus étrange, 20 % des pièces retrouvées sont des tablettes d’argile recouvertes d’une écriture bizarre et linéaire, parfois très longue (plus de 120 signes d’affilée). A l’analyse, certains signes rappellent des formes connues : le « epsilon » étrusque (700 ans avant notre ère), d’autres le « gamma » phénicien, le « oméga » grec ou le « êta » hébreu. S’agirait-il d’une écriture inconnue jusqu’alors et, en l’occurrence, d’origine européenne et même auvergnate ? Cette écriture pourrait donc, si on y réfléchit et compte tenu de sa proximité avec des objets préhistoriques, être antérieure à toutes les autres écritures du bassin méditerranéen, voire être à leur origine ! Cette prestigieuse découverte remettrait alors en cause ce que venait, à l’époque de découvrir l’épigraphiste français René Dussaud (et qui reste, officiellement, valable encore aujourd’hui) : l’écriture est d’origine phénicienne et date de 1 600 av. JC….
 
Pourquoi pas ? se demandent les archéologues qui notent toutefois cette bizarrerie, laquelle constitue en réalité le nœud du problème :
 Certains objets évoquent le paléolithique supérieur : ce sont des galets ornés de rennes, puisque ce n’est qu’à cette époque que le renne a vécu en Europe avant de disparaître ensuite, ainsi que des harpons en os. Ils dateraient donc, a priori de – 30 000 à – 10 000 ans (c’est l’époque de Lascaux)… Ce sont pour l’essentiel des objets entiers et non des fragments.
 D’autres évoquent en revanche le néolithique (hache en pierres polies, statuettes en argile) et dateraient donc de – 6 000 à – 3 000...
 Une partie de ces objets, qu’ils datent de – 30 000 ou de – 6 000, porte des signes s’apparentant à une écriture, dont on sait qu’elle est apparue plus tardivement ( - 1 600) et ailleurs…
 Or tous ces objets ont été retrouvés sur le même site et dans la même couche géologique, comprise entre 30 cm et 1 mètre de profondeur, ce qui est en contradiction totale avec tout ce qui a été observé à ce jour en archéologie.
 
Pour les scientifiques, il s’agit à l’évidence d’une mystification. D’une part aucune fouille archéologique ne livre des objets intacts, d’autre part, l’archéologie étudie les couches successives de sédimentation et d’activité qui permettent, précisément de dater les époques de l’occupation des sols : aucun objet appartenant à une époque n’est donc jamais, logiquement et empiriquement, mélangé à d’autres issus d’une autre époque.
 
Et pourtant, c’est ce qui se passe à Glozel…
 
Alors de choses l’une : soit il s’agit là d’une découverte archéologique majeure qui bouleverse nos connaissances, une découverte dont l’Auvergne est le berceau… Soit il s’agit d’un faux grossier… Les archéologues entendent donc rapidement confondre les faussaires et, pour cela, ils font intervenir les laboratoires scientifiques de la police.
 
En novembre 1927, une commission internationale s’appuyant sur l’expertise du laboratoire de police de Lyon conclut… défavorablement à l’ancienneté des vestiges. Le 25 février 1928 : le président de la société préhistorique française porte donc plainte contre Emile Fradin pour faux et escroquerie. La maréchaussée fait une « descente » à la ferme !
 
 Mais, en avril 1928, coup de tonnerre dans le ciel bourbonnais serein : un comité d’étude conclut à une datation de Glozel du… paléolithique supérieur (- 30 000) et est conforté dans son analyse par une expertise de l’identité judiciaire de la police parisienne ! Qu’importe, l’instruction suit son cours : le 4 juin 1929, Emile Fradin est inculpé d’escroquerie par un juge d’instruction qui, malgré 63 heures d’interrogatoire, échoue à lui faire avouer quoi que ce soit. Emile Fradin, indigné, le dit et le répète : il est innocent ! Dans le feu de la polémique, le juge reçoit une foule de courriers anonymes contenant mensonges et délations. Certains règlent leurs comptes avec les Fradin : les rancœurs paysannes locales ressortent et les calomnies volent bas. Les débats font rage dans la presse : tantôt celle-ci défend les braves paysans du Bourbonnais, honnêtes et naïfs et qui se heurtent à l’incrédulité malhonnête des scientifiques officiels, tantôt elle dénonce une falsification et, naturellement, se gausse de ces mêmes scientifiques qui, du coup, se seraient fait bernés par quelques paysans incultes mais malins.
 
Au bout de deux ans d’empoignades au terme desquelles la vérité n’a pas pu émerger, le procureur général Antonin Besson requiert finalement contre Emile Fradin… un non-lieu.
 
Au plan judiciaire, donc, Emile Fradin n’est pas un faussaire. Bon. Mais cela ne règle pas la question scientifique : Glozel est-il authentique ou pas ? Le débat n’est toujours pas tranché. Une des solutions passant par le décryptage de l’ « alphabet » de Glozel, pas moins de 25 épigraphistes érudits (ceux qui étudient les écritures et les inscriptions) vont alors se pencher sur les 116 signes différents gravés sur les tablettes d’argile pour tenter d’en déchiffrer le sens. Sans succès : n’est pas le Champollion de la préhistoire qui veut (ci-dessus des reproductions dessinées par l'auteur de ce blog, que je livre à votre sagacité) ! 
 
Après quelques années de passion, le débat s’apaise. Morlet continue ses fouilles. L’actualité des années 30 a d’autres sujets de préoccupation et, en 1941, la loi dite « Carcopino » (du nom de l’éminent latiniste) interdit toute fouille archéologique privée, empêchant donc Morlet (qui mourra en 1966) de poursuivre ses activités. Après la Seconde Guerre Mondiale, on soumet les tablettes gravées aux premiers ordinateurs : ceux-ci déduisent une fréquence de répétition des signes insuffisante pour qu’il s’agisse de groupes de syllabes… On reste dans la perplexité et Glozel disparaît de la une des journaux pendant vingt ans.
 
L’affaire rebondit dans les années 70 : il est vrai qu’entre-temps on a découvert l’énergie atomique et que l’on utilise les datations au carbone 14 ou à la thermoluminescence. En 1972, un ingénieur du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), en visite à Glozel, emporte des objets pour procéder à leur datation au carbone 14. Ses conclusions sont positives : les os datent de – 15 000, les céramiques de – 5 000 et les tablettes de – 2 500. Mais une datation ultérieure effectuée à la thermoluminescence révèle au contraire que les objets seraient « récents » : quelques siècles avant JC seulement ! Bref, on peut dire que l’atome ne fait pas la lumière sur cette affaire.
 
Les années 80 voient de nouveaux développements. L’arrivée au pouvoir d’une majorité socialiste et le raidissement de la presse d’opposition vont en effet curieusement contribué à une cristallisation politique de la polémique glozélienne. Avec la décentralisation, plusieurs élus auvergnats, soucieux de la préservation et de la mise en valeur du patrimoine de leur région, réclament l’ouverture de fouilles officielles à Glozel. Le ministère de la Culture s’y oppose d’abord : pour lui, la cause est entendue au plan archéologique et il a d’autres projets plus onéreux sur la planche... Mais il est bientôt attaqué par des tenants de la « Nouvelle Droite », tels Patrice de Plunkett, alors directeur du Figaro-magazine. Et si, dit celui-ci, Glozel était réellement le berceau de la civilisation et de l’écriture, un lieu franchement européen, loin d’un bassin méditerranéen sémite ? Et si une obscure conjuration judéo - maçonnique universitaire tentait d’étouffer dans l’œuf le produit du génie occidental européen au bénéfice d’une histoire  « officielle » ?
 
Le Ministère de la Culture rouvre alors le dossier : à partir de 1983, des fouilles sont entreprises par des spécialistes. Faut-il s’en réjouir ? Pas forcément, clament les « Glozéliens » qui déplorent des travaux de chercheurs qu’ils suspectent de conforter des thèses conservatrices favorables au pouvoir des universitaires en place. Mais à part des archéologues spécialistes, qui peut-on utiliser pour de telles fouilles ? Quoi qu’il en soit, un archéologue spécialiste de l’Age du Fer (- 700 à – 50) entreprend des fouilles non à Glozel mais sur deux sites situés à proximité et qui avaient livré des objets comparables. Il en tire des conclusions sans appel : ces deux sites n’ont rien à voir avec Glozel, ils appartiennent au Moyen Age et à l’époque moderne (XVIIIème siècle). Pour les « anti-Glozéliens », la preuve est faite que des fouilles sérieuses révélant des objets comparables permettent de conclure que le bric-à-brac de Glozel n’a rien à voir avec une quelconque civilisation préhistorique jusqu’ici inconnue et limitée à ce hameau du Bourbonnais. Certes, disent les « Glozéliens », mais pourquoi chercher ailleurs au lieu d’étudier ce que l’on a sous la main : comparaison n’est pas raison ! En 1984, des fouilles sont alors confiées à deux préhistoriens éminents (Pierre Pétrequin et Jean-Philippe Rigaud) qui transmettent les prélèvements sur le site à des spécialistes des sciences naturelles. Les conclusions, semble-t-il, sont là aussi négatives : pas de trace d’une civilisation inconnue ni d’occupation du sol et, au vrai, peu de chance que la pente du terrain ait jamais pu abriter un réel site archéologique.
 
Mais, et c’est ce qui aiguise la curiosité, le Ministère de la Culture, pourvu du dossier, néglige d’en publier officiellement les conclusions et « enterre » le dossier. C’est encore le cas aujourd’hui ! En revanche, Jack Lang (un ministre fôôôrrrmidâââble) a décerné en 1991 à Emile Fradin la médaille des Arts et Lettres (l’individu a publié un livre intitulé « Glozel et ma vie » en 1979) et classé Glozel « monument historique » à la grande joie des élus locaux ! 
 
Pourquoi cette ambiguïté ? Nous cacherait-on quelque chose ? Et quoi ?
 
Sur Glozel, les hypothèses les plus farfelues ont été formulées par les « Glozéliens » les plus acharnés. Passons brièvement sur l’hypothèse d’une civilisation extra-terrestre : la région s’y prête naturellement puisque le roman « La soupe aux choux » de René Fallet se déroule non loin de là… Disons un mot de l’hypothèse « romaine » : l’historien Camille Julian a proposé de voir à Glozel un ensemble d’objets hétéroclites rassemblés par une sorcière gallo-romaine sur son lieu de culte. Il s’agit là d’une solution imaginative mais qui n’est étayée par aucune autre découverte de ce type et, au contraire, affaiblie par l’absence d’un élément-clé : les nombreux tessons de poterie ordinairement découverts lors des fouilles archéologiques dans des endroits cultuels authentiques de cette époque.
 
 Ces hypothèses rejetées, intéressons-nous aux deux arguments des « Glozéliens » qui justifient leur foi dans l’authenticité du site. L’argument technique, d’abord, relève à la fois l’incapacité des scientifiques d’avancer des datations homogènes et cohérentes sur l’ensemble du matériel et, globalement, la confirmation de l’ancienneté : ce mystère démontre en lui-même que le site de Glozel est à nul autre pareil et doit obliger à réviser les connaissances acquises. L’argument matériel, ensuite, relève qu’Emile Fradin (aujourd’hui seul survivant des contemporains des « découvertes ») a été disculpé de tout soupçon de fraude par la Justice et n’en a retiré aucun bénéfice personnel : il n’y a aucun élément objectif en faveur d’une supercherie.
 
Bien. Alors reprenons calmement les pièces du débat et formulons quelques constatations élémentaires
 
Certains objets ne sont pas datables, tels les objets en pierre (eux-mêmes par définition aussi vieux que l’âge de la Terre). D’autres, tels les ossements, ne peuvent être datés que grâce à des méthodes physico-chimiques récentes et coûteuses, au prix de la destruction partielle de l’objet et, quoi qu’il en soit, donnent des résultats qui peuvent être altérés par des phénomènes exogènes (chaleur, radioactivité forte dans la région de Glozel, mise en contact avec d’autres produits ou datation hors contexte, ce à quoi la thermoluminescence est par exemple très sensible). Il y a donc peu de surprise à trouver des résultats hétérogènes et parfois absurdes sur des objets déterrés il y a 70 ans et maintes fois manipulés depuis lors. Indépendamment des aspects techniques, il est en tout cas incohérent et illogique de trouver des datations variant de 3 000 ans sur des classes d’objets identiques (exemple : les os gravés). Conclusion : la technique est peu susceptible de fournir une aide décisive et l’analyse des objets eux-mêmes est davantage à même de nous éclairer.
 
Or, à l’examen, tous les objets découverts apparaissent impropres à l’utilisation : les haches ont un tranchoir émoussé, les hameçons et harpons ne peuvent techniquement permettre d’attraper aucun poisson. D’où peuvent donc provenir des objets qui ne ressemblent ainsi à aucun autres objets préhistoriques réellement utilisables et découverts à ce jour ?
 
Empiriquement, par ailleurs, toute occupation d’un sol comporte des traces de bâtiment, de construction, des déchets, etc... Il n’y en a aucun ici. En outre, l’archéologie n’a jamais découvert ailleurs que dans des tombes (bien identifiées en fonction des populations concernées) des objets intacts et complets. C’est tout le contraire à Glozel où des objets entiers et d’époques apparemment différentes ont été retrouvés intacts dans une cavité à la destination inconnue.
 
Ces objets disparates, enfin, ont été trouvés dans un seul endroit. Aucune autre concentration de ce type n’a été relevée dans aucun site archéologique de la région ni d’ailleurs. Peut-être s’agit-il là d’une coïncidence et que Glozel est tout simplement le premier des sites de son genre, lui-même n’ayant été découvert que fortuitement ? C’est possible mais, en tout état de cause, aucune preuve supplémentaire n’existe d’une civilisation glozélienne spécifique. Celle-ci, possédant dès le paléolithique supérieur (- 30 000) l’usage de l’écriture, n’aurait en effet pas manqué de laisser dans la région d’importantes traces de son existence et de son développement. Et il n’en est rien.
 
Tout porte donc à croire que ces objets, de provenance inconnue, ont été volontairement déposés à cet endroit. Par qui ? L’examen de leur authenticité va nous fournir des éléments de réponses.
 
On a d’abord vu que l’analyse informatique statistique de la répétition des signes de Glozel ne permet pas de conclure à l’existence d’une écriture. En clair : les signes sont disposés dans le désordre et ne constituent pas des mots. Certes, on pourra objecter qu’il peut s’agir là d’une langue dont nous n’avons pas encore opéré le déchiffrement. Mais les langues incomprises, à ce jour, sont extrêmement rares (telle une forme de Crétois appelée « linéaire A », par exemple) et, en tout état de cause, chaque langue possède des racines, des cousines, des parentés auxquelles on peut les rattacher. Ce n’est pas le cas ici. Si les signes ressemblent à des formes connues, l’écriture de Glozel dans son ensemble ne ressemble en revanche à rien.
 
On a ensuite vu les controverses passionnées quant aux objets. On observera cependant la chose suivante : lorsqu’on lit les conclusions des expertises faites en 1927 par le laboratoire d’identité judiciaire de Lyon, on s’aperçoit que, dès le départ, les conclusions sont accablantes. Elles indiquent que :
- les objets sont répartis au hasard sur le site
- certaines tablettes d’argile sont solubles dans l’eau (excluant donc qu’elles aient pu se conserver dans le sol humide du bourbonnais pendant 15 000 ans), 
- qu’une partie des os gravés sont des os... frais,
-
que certaines gravures ont été exécutés avec un instrument en métal !
-
 qu’il y a même des fragments de textiles modernes dans le sol, etc… 

Ainsi, dès le départ, les premières expertises vont conclure à une imposture : les objets sont de fabrication contemporaine et ont été introduits récemment sur le site. Toutes les expertises suivantes, en réalité, n’offriront que des résultats peu cohérents ou susciteront davantage de questions qu’elles n’apporteront de réponses. 
Si Glozel est une supercherie; il faudra le démontrer complètement et découvrir QUI est derrière celle-ci ?…
 
Ce n'est pas Emile Fradin,  judiciairement blanchi au terme de l’instruction, laquelle  aurait pu, en revanche, s’intéresser à d'autres personnages (cf "L'archéologie devant l'imposture" - Laffont 1975 et "Le passé recomposé - chroniques d'archéologie fantasque" - Seuil 1988, de l’égyptologue Jean-Pierre Adam).
 
Quand au Ministère de la Culture, il a, hélas, préféré distribuer les décorations pour flatter l’amour-propre régional des électeurs que de mettre un point final à une controverse pittoresque mais offrant peu de réel intérêt historique.
 
Bonne journée et mes sincères salutations aux grincheux qui envoient des mails désobligeants et comminatoires...
La Plume et le Rouleau © 2004
 
On se moque de nous ? On se paie notre tête ? Syons réaliste : l'histoire comme l'actualité nous le montre tous les jours : sous le règne de Louis XIV, sous la Révolution, aux Etats-Unis, au-delà des mers, dans les villages de l'Aude, sur les ondes radio, il faut se montrer vigilants pour ne pas tomber dans tous les panneaux qu'on nous tend !
Mais on peut tomber avec délice dans les mystères de La cinquième nouvelle...

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Warenghien 31/01/2012 17:45


Bonjour
Vous ne le savez peut-être pas, mais j'ai déposé à la BNF en mai 1996, le livre, que j'ai depuis fait en CD: "Manifeste Scholiastique de: GLOZEL Clef de l'Esotérisme Occidental", où je traduis
l'écriture les artefacts et plaques de Glozel. Vous pouvez en voir des exemples sur le blog: Glozel_enfin_traduit.eklablog.com (et c'est autre chose que les traductions de Mr Hitz...).
Bien à vous!
Odhinn-Hermodr de Warenghien

Sho dan 31/01/2012 18:17



Je l'ignorais en effet. Alors, allons tous sur votre blog pour enrichir le débat
historique !



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