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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1928 : CHE GUEVARA, le révolutionnaire préféré des T-shirts

Publié par La Plume et le Rouleau sur 23 Décembre 2002, 16:40pm

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Cher(e)s Ami(e)s,

Reportons-nous une trentaine d’années en arrière, en 1970 exactement… 

Le 23 décembre 1970, un cadeau de Noël sympathique attend l’écrivain-intellectuel-philosophe-gauchiste-révolutionnaire français Régis Debray condamné en Bolivie à 30 ans de prison pour activisme et détenu depuis 3 ans. Un grand nombre de personnalités avaient demandé sa libération : le général de Gaulle, Pompidou, Sartre, Mauriac, Malraux, le Pape Paul VI… C’est maintenant fait : il est libéré !

Le remuant normalien, compagnon de Che Guevara (disparu en 1967), ami de Fidel Castro et auteur de l'ouvrage « Révolution dans la révolution » paru à la fin des années 60, est alors expulsé du pays vers la France. Son acolyte et compagnon de cellule Ciro Bustos est, lui, expulsé vers le Chili pour rejoindre ultérieurement son Argentine natale. Ouste !

Ce n’est pourtant pas de Régis Debray ni de Ciro Bustos dont nous allons parler tout de suite mais de l’un de leur frère d’armes, de combat et d’idées révolutionnaires : Che Guevara. 

« Ernesto Che Guevara » (dit « le Che » pour les aficionados)… Un nom. Un mythe. Un symbole. Un regard sombre sous un béret étoilé. Une image, tirée d’un portrait réalisé par le photographe Alberto Korda, célèbre dans le monde entier et portée sur leurs T-shirts par des milliers d’adolescents rebelles (dont la majeure partie se ralliera à la société bourgeoise une fois ses études achevées). Des chansons aussi. Et même une récupération par un homme politique français de l'Est de la France (le « che », prononcé à la... Belfortaine…)

Une image galvaudée, donc, souvent hagiographique et imprécise, mais qui imprègne la mémoire collective. C’est pourquoi les Chroniques de la Plume et du Rouleau, en ce jour, vont vous entraîner en Amérique du Sud sur les traces de l’homme, du guérillero révolutionnaire et du héros romantique afin de vous faire découvrir un personnage étonnant sur le compte duquel la polémique n’est pas close.

Viva la révolucion ! Ernesto Guevara de la Sema est né le 14 juin 1928 à Rosario de la Fé, en Argentine, dans un milieu de la petite bourgeoisie aisée, avec un père (Emesto lui aussi) constructeur civil et une mère (Célia) cultivée et imprégnée de littérature française.

Ses contemporains non argentins, par la suite, le surnommeront « Che », à cause de sa manière typiquement argentine de commencer et finir ses phrases par cette interjection.

Ernesto souffre dès son enfance d’un handicap sévère, l’asthme, contre lequel il lutte par la pratique de sports tels que le rugby ou le vélo. Après des études de médecine et un périple en Amérique du Sud, il rencontre, le 9 juillet 1955 au Mexique, un cubain dénommé Fidel Castro. Les deux hommes s’apprécient. Ils partagent le même idéal : lutter contre l’impérialisme américain en Amérique Latine. Mais ils sont en réalité forts différents : là où Che Guevara est un intellectuel dogmatique qui s’épanouit dans la guerre révolutionnaire à laquelle il s’est donné corps et âme, Castro est avant tout un manœuvrier motivé par la conquête du pouvoir et pourvu d’un sens aigu des réalités politiques.

Peu importe, dans un premier temps, les deux hommes prennent part à la révolution cubaine qui chasse l’infâme dictateur Batista du pouvoir à la fin de 1958. Pour la première fois, le socialisme marxiste-léniniste peut être mis en oeuvre dans un pays tropical. Pour Che Guevara, c’est la consécration, il devient tout à la fois "citoyen cubain de naissance" mais aussi ambassadeur, responsable de la réforme agraire, directeur de la banque centrale et ministre de l’Industrie. C’est là que son intransigeance commence à le marginaliser : il est partisan d’une nationalisation totale de l’économie, d’une planification centralisée allant jusqu’à la disparition même de l’argent. Car son idéalisme ne faiblit pas : il veut faire émerger un « homme nouveau », libéré du travail et de l’aliénation capitaliste, motivé par la création artistique, la révolution pure et dure, le strict égalitarisme entre les individus. On est là tout à la fois très éloigné de la politique réaliste de Castro aussi bien que de la nature humaine !

Che Guevara va visiter les pays de l’Est : il revient écoeuré de la pauvreté et de la corruption du régime soviétique, bien loin de l’idéal révolutionnaire de ce théoricien du marxisme !

Il quitte alors ses fonctions officielles en 1964 puis disparaît sans laisser de trace ! On le croit soigné pour dépression nerveuse à Cuba ou au Mexique. On le dit retiré dans un couvent du Brésil. On le dit débarqué à Saint-Domingue. « Paris-Match » prétend même qu’il est déjà mort, assassiné par Castro. Il est en réalité au Congo puis en Bolivie, où il organise la guérilla contre les pouvoirs en place.

Mais, toujours, il suscite l’admiration et la fascination. Car Che Guevara est une figure emblématique de la révolution cubaine. Chez lui, nul dérapage égoïste que l’on puisse lui imputer : pas d’enrichissement personnel ni de profit tiré de ses fonctions, dans aucun domaine. Marié, père de 4 enfants, il se désintéresse de toute vie familiale et personnelle et mène en réalité une vie ascétique et méditative en s’absorbant dans la lecture. D’ailleurs, il finira par confier l’éducation de ses propres enfants aux soins de l’état socialiste cubain !

Il est d’une dureté implacable dans la discipline qu’il impose à ses hommes, intraitable envers les traîtres, déserteurs ou s’étant rendus coupables d’exactions, voleurs ou violeurs qu’il fait fusiller, de même que de simples suspects, qu’il lui arrive d’abattre lui-même. Il n’a qu’un but : la révolution ! Il le reconnaît lui-même dans son journal intime : « Je suis Caton, censeur, rabat-joie et rabâcheur ». Che Guevara, c’est tout à la fois Saint-Just et Saint Dominique : une sorte d’imprécateur ascétique et de moine-guerrier illuminé, obsédé par son idéalisme, sourd aux plaintes, aux joies, aux peines, au quotidien. En Bolivie, de nombreux soldats font alors défection tandis que l’armée bolivienne, appuyée par des « conseillers » américains de la CIA, traque les rebelles sans relâche.

C’est précisément durant la guérilla en Bolivie que Che Guevara rencontre Régis Debray, intellectuel français engagé dans la lutte contre l’impérialisme américain en vue de la libération mondiale des prolétaires de tous les pays du monde mondial (vous voyez le genre…). Debray, qui réalise un reportage pour un journal, est capturé le 20 avril 1967 en compagnie d’un autre guérillero, Ciro Bustos, un compagnon argentin du Che. Les sources écrites émanant ultérieurement des différents protagonistes et compagnons de Che Guevara aussi bien que des agents secrets de la CIA et du gouvernement castriste sont contradictoires. Mais Debray et Bustos sont sérieusement malmenés, passés à tabac, intimidés de façon très brutale sans qu’ils reconnaissent avoir été torturés au sens exact du terme. Les deux ex-prisonniers, quoiqu’il en soit, se renvoient aujourd’hui, dans le cadre d’une sordide polémique, la responsabilité des aveux qu’on leur extorque alors. 

Et, quelques semaines plus tard, le 8 octobre 1967, l’armée bolivienne finit par mettre la main sur Che Guevara à proximité du village de La Higuera. Il est conduit dans l’école où une salle de classe lui sert de cellule. Le lendemain, 9 octobre 1967, à 13 heures 10, il est froidement exécuté par le sous-officier bolivien Mario Teran sur ordre du Chef de l’Etat, le général Barrientos. Devant sa dépouille, simplement posée sur un lavoir, non loin de là, les villageois des alentours vont alors défiler, incrédules et recueillis.
 
Ainsi finit la vie de Ernesto Che Guevara. Mais la légende de celui qui incarne l’essence même de l’esprit révolutionnaire continue ! Car le « Che » reste vivant dans le coeur et l’esprit des rebelles de tous pays. Le business tourne à plein régime : son stylo Parker, ses pipes, des touffes de ses cheveux ont fait l’objet de commerce. Le village de ses derniers instants fait aujourd’hui l’objet de pèlerinages et sa personne même fait l’objet d’un culte idolâtre. Cuba l’a ainsi érigé au rang de saint local, aux côtés des saints officiels catholiques et des « orishas » (divinités africaines) révérées par la population. Son visage fait l’objet d’un mercantilisme intense à travers le monde. Son nom a été donné à une bière et son image a été accolée à une promotion pour la connexion à Internet (« en liberté ! ») du fournisseur d’accès (disparu absorbé aujourd'hui) Libertysurf !
 
Finalement, Che Guevara s’est avéré un excellent propagateur du mercantilisme capitaliste… Le peuple ne comprend décidément jamais rien à rien…
 
Bonne journée à tous.
 
La Plume et le Rouleau © 2002
 
Et pour d'autres mystères et secrets bien gardés, lisez La cinquième nouvelle...

Archives INA - Les Actualités Françaises de 1967

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