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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1928 : Mystérieuse et obscure OPUS DEI

Publié par La Plume et le Rouleau sur 26 Août 2002, 17:15pm

Catégories : #Littérature & divers

Cher(e)s Ami(e)s de la Plume et du Rouleau,
 
Il y a ceux qui voient des mystères et des complots partout : lobbies occultes, sociétés secrètes, gouvernement mondial, protocoles divers, conjurations variées, assemblées cachées. Et il y a ceux qui, béatement, n’en voient nulle part. La vérité pourrait bien se situer quelque part entre les deux : car vous le savez, hier comme aujourd’hui, à coups de mensonges ou de dissimulations on se paie la tête du citoyen de base (que nous sommes).
 
La chronique d’aujourd’hui va ainsi se pencher aujourd’hui sur certaines turpitudes suspectes et tenter de susciter votre perplexité à travers quelques informations édifiantes, en prenant pour point de départ un événement aujourd’hui presque oublié.
 
Rigueur et objectivité, tel est le credo de la Plume et du Rouleau, mes frères : le 26 août 1978, le 263ème pape était élu, une élection qui fut le prélude à un bien curieux évènement…
 
Albino Luciani est élu souverain pontife le 26 août 1978. Il prend le nom composé, innovant, de « Jean-Paul 1er », en référence à ses deux prédécesseurs, Jean XXIII et Paul VI. Immédiatement, souriant et bonhomme, il donne de lui une image joviale et humaine et entend placer son pontificat sous le signe de l’espérance, de la joie, du sourire, de l’optimisme du croyant face à l’adversité et aux épreuves. Jusque là rien de bien particulier.
 
Coup de théâtre, néanmoins : au matin du 28 septembre 1978, Jean-Paul 1er est retrouvé mort dans son lit ! Arrêt cardiaque : son pontificat n’aura duré que 33 jours !
 
Mis à part le fait que toute la procédure d’élection (un vrai boulot) est à refaire (pour élire Jean-Paul II), y a-t-il vraiment de quoi s’alarmer ? Cette mort peut paraître étonnante, certes, mais aussi terriblement banale : par définition, une crise cardiaque est imprévisible. Quand aux autopsies, elles ne peuvent avoir lieu que si les autorités du Vatican, un état souverain, en décident. Cela ne sera pas le cas.
 
Alors que dit de tout cela la rumeur publique ? La rumeur, vous vous en doutez, sans preuve aucune, va rapidement prétendre que JP 1er a en réalité été assassiné. Pourquoi ? Car on prête a posteriori au pontife romain la volonté de battre en brèche l’influence grandissante d’une organisation étrange, avec laquelle votre serviteur eut autrefois des contacts et dont nous allons parler aujourd’hui : l’étrange et mystérieuse « Opus Dei ».
 
Quid ? (Le latin est naturellement de rigueur ici). 
L’Opus Dei est une organisation fondée le 2 octobre 1928 à Madrid par un dénommé Josémaria Escriva de Balaguer, né en 1902 : un prêtre qui, lors d’une séance d’exercices spirituels, a une « révélation » et fonde l’organisation. Tout en poursuivant son ministère sacerdotal, il obtient en 1946 un doctorat en Théologie à l'Université du Latran et s’installe à Rome. Son travail de diffusion de la doctrine chrétienne s’exerce surtout en Amérique latine. Josémaria Escriva de Balaguer meurt en juin 1975 avant d’être, dix-sept ans plus tard, le 17 mai 1992, « béatifié » par Jean-Paul II sur la foi (c’est le cas de le dire, ah ! ah !) de son principal miracle : la guérison, en 1976, d'une carmélite de la Charité, la sœur Concepción Boullón Rubio, qui, à l’agonie, recouvra la santé de façon inattendue après la visite de Balaguer.
 
Rassemblant aujourd’hui 80 000 personnes à travers le monde (dont environ 1500 membres en France), disposant d’un site internet (www.opusdei.org), l’Opus Dei invite ses membres à « vivre les enseignements de l’Evangile » en « sanctifiant leur travail ». Ces lignes sont extraites du site.
 
Voilà pour les éléments officiels.
 
Mais derrière la façade, certains reprochent à l’Opus Dei de mener un travail visant à promouvoir des idées particulièrement réactionnaires et autoritaires, au sein de l’Eglise elle-même aussi bien qu’au sein de la société civile : une secte dans l’église, un état dans l’Etat, un lobby occulte aux ramifications tentaculaires et à la puissance financière élevée et dont l’emprise sur les âmes comme sur les corps serait sous-estimée. Est-ce une réalité ?
 
Rappelons que l’Opus Dei comporte quatre sortes de membres : les « clercs et laïcs numéraires » (s’engageant à la pauvreté, la chasteté, l’obéissance et la vie commune), les « agrégés » (même engagements sauf la vie commune), les « surnuméraires » (laïcs qui vivent dans la société civile mais contribuent financièrement) et les « coopérateurs » (simples sympathisants).
 
A l’abri de la Loi de 1901 sur les associations, l’Opus Dei est une organisation qui s’intègre dans la hiérarchie catholique mais qui se situe en même temps en marge de l’institution officielle. Elle dispose en effet du statut de « prélature personnelle » : un terme canonique abscons qui signifie que son chef (le cardinal Javier Eschevarria) ne dépend que du pape et que les religieux et les fidèles sur lesquels il a autorité ne sont pas tenus de se faire connaître de l’évêque du diocèse où ils habitent ! 
Si ses membres ont une obligation de pauvreté personnelle (et reversent "spontanément" une partie de leur patrimoine à l'"Oeuvre" comme ils disent), l’Opus Dei, elle, nage dans l'opulence : centre du château de Couvrelles (appartenant à une association nommée l’ACUT) et nombreux locaux détenus par l’intermédiaire de diverses sociétés telles que la SAIDEC, la SAFIC, la TRIFEP.
 
Surtout, l’Opus Dei contrôle la « Société du Belvédère » à laquelle est reversée l’ensemble des droits audiovisuels que paient les télévisions du monde entier pour retransmettre lesvoyages du pape. C’est donc une organisation qui joue un rôle économique direct au sein du Vatican. Le nom de l’Opus Dei sera d’ailleurs mêlée à plusieurs reprises, directement ou indirectement, à divers scandales et notamment la faillite du Banco Ambrosiano (1982) dans laquelle le Vatican, principal actionnaire, versera 260 Millions de US Dollars de dédommagements mais soustraira le principal accusé (Mgr Marcinkus) aux poursuites judiciaires internationales.
 
D’ailleurs, l’Opus Dei, c’est une de ses valeurs, promeut ouvertement la réussite matérielle et sociale de ses membres au sein de leur univers professionnel, grâce à la recherche par chacun de la « perfection ». Il s’agit objectivement d’un travail d’évangélisation « par le haut », très élitiste dans son recrutement : l’Opus Dei ne fait pas dans les pauvres et les malades mais plutôt dans les riches et les bien portants. Rien à voir avec Mère Térésa.
 
En France, nombreux sont les personnages en vue (Claude Bébéar, Michel Albert) qui sont venus donner des conférences à son invitation mais il est difficile de faire reconnaître aux orateurs qu’ils ont de la sympathie pour l’Opus Dei et encore moins qu’ils en sont officiellement membres. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que le beau-père de José Aznar (Premier ministre espagnol) est membre de l’Oeuvre. C’est également le cas du beau-père de Hervé Gaymard, ancien secrétaire d’Etat aux finances du gouvernement Juppé de 1997. Plus proche de l’Oeuvre encore était Raymond Barre, qui vint témoigner au… procès en béatification de Josémaria Escriva ( ! ) Quand à Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, il a commencé comme professeur d’histoire et d’allemand dans un collège privé de l’Opus Dei dans la ville de Valensole. Pour ce qui est des membres stricto sensu, on sait que ce fut le cas d’Antoine Pinay tout comme c’est le cas de l’actuel secrétaire du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques (une référence en matière d’institution corrompue !) : Juan Antonio Samaranch.
 
Bref, l’Opus Dei, ça n’a pas une odeur… de sainteté… Elle est d’ailleurs loin de faire l’unanimité au sein des catholiques dont certains critiquèrent vivement la rapide béatification par Jean-Paul II de son fondateur (Balaguer ayant, peccadille, acheté le titre de noblesse de « marquis de Peralta » à la fin des années 60 après avoir été le directeur de conscience des époux… Franco et avoir placé un des membres de l’Opus Dei, Anael Lopez Amo comme précepteur du futur Juan Carlos) et protestèrent contre le rattachement direct de ses dirigeants au Vatican, sans contrôle par les évêques des diocèses. 
Au final, il semble avéré que l’Opus Dei tente d’étendre son influence et que celle dont elle dispose au sein du Vatican soit loin d’être négligeable. Difficile cependant d’en mesurer l’étendue réelle. Elle est objectivement bien implantée dans les pays hispaniques et notamment sud-américains où elle s’oppose aux prêtres jugés trop « progressistes » mais son influence, en France, reste assez discrète. Quant aux résultats de son lobbying, notamment à l’échelle de la Communauté Européenne, ils ne sont pour l’instant pas convaincants, notamment sur le plan de l’interdiction de l’IVG et de la contraception contre lesquelles elle lutte inlassablement ou pour ce qui est de la mention spéciale de la religion dans la "constitution européenne" de 2005.
 
Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’Opus Dei recrute ou tente de le faire. Votre serviteur fut lui-même approché : je peux donc confirmer ici quelques rares informations sur la base de mon expérience personnelle…
 
A l’ombre du jardin de Sc-Po, durant mes études, je fus ainsi entretenu par un de mes condisciples de sa qualité de membre laïc d’une association nommée « l’Oeuvre de Dieu » (il avait fini par lâcher : «  l’Opus Dei : on en dit beaucoup de choses… »). Au fil de nos rencontres (l’individu était sympathique) et même s’il comprit rapidement ma méfiance à l’endroit de la chose cléricale, il répondit néanmoins à toutes mes questions de béotien : par exemple que tous les membres de l’organisation « se considéraient comme de vrais frères » et agissaient en tant que tels les uns envers les autres (partage, solidarité, vie en communauté), qu’ils avaient tous une ambition de réussite sociale car celle-ci « était mise au service de Dieu » et le but de chacun était de « vivre saintement sa vie personnelle et professionnelle »… Pour sa part, il avait participé à la construction d’une école en Arménie (c’était à l’époque du terrible tremblement de terre dans cette région).
 
Sans but religieux direct, je fus invité à une réunion d’information sur le comportement spéculatif des marchés financiers, fort intéressante du reste. La réunion fut animée par un ancien agent de change (j’ai oublié son nom, désolé !) devant 5 ou 6 spectateurs attentifs (dont moi) et il y fut dit que, naturellement, « les marchés ne sont pas purs et parfaits : seul Dieu est parfait ».
 
Puis on me fit visiter quelques pièces du vaste hôtel particulier où avait eu lieu la réunion : un hôtel situé dans le VIIème arrondissement parisien avec parquets, boiseries, tableaux, larges pièces et hauts plafonds. On me présenta une bibliothèque dont le fonds était dû essentiellement aux dons personnels des membres de l’association.
 
Mon cicérone, suite à mes refus ultérieurs de participer à d’autres réunions, comprit toutefois que je n’avais pas une tête à me faire embrigader par ses phrases creuses et son prosélytisme ambigu. Je ne frayai donc pas plus avant avec cette organisation, manifestement fortunée, constituée de gens de très bon niveau intellectuel, travailleurs, solidaires et discrets. Voilà pour mes souvenirs personnels.
 
Au plan général, rien ne vient donc aujourd’hui corroborer les élucubrations selon lesquelles l’Opus Dei éliminerait impitoyablement ceux qui se serait mis, tels Jean-Paul 1er (si cela avait été le cas), en travers de sa route…
 
Si l’ « Oeuvre », toutefois, excite la curiosité, c’est sans doute parce que son style et ses méthodes dissimulatrices, au final, laissent méfiant. Mon « sectateur » et moi avions abordé des thèmes de société et sur lesquels nos points de vue divergeaient, il avait conclu sur ce mot : « On peut parfois mentir, quant c’est pour la bonne cause… ».
 
Ces drôles de paroissiens ne me semblent vraiment pas très catholiques…
 
Bonne journée à tous.

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La Plume et le Rouleau (c) 2002

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