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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1936 : Pourquoi pas CHARCOT ?

Publié par La Plume et le Rouleau sur 16 Septembre 2002, 10:37am

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Cher(e)s Ami(e)s,
 
Nous sommes le 16 septembre 1936 et ce jour-là, une tempête effroyable a lieu sur les côtes d’Islande, une des nombreuses qui ravageront l’Atlantique nord pendant l’été 1936. Et, hélas, ce jour-là, un bateau se fracasse sur les rochers de la côte d’Alfatanes. Pourquoi ne pas évoquer la mémoire de ce bâtiment ?
 
« Pourquoi pas ? » : tel est en effet le nom du navire (habile transition) et ce sont les aventures de son capitaine, auxquelles cet accident mit un terme tragique, dont nous allons parler aujourd’hui : Jean-Baptiste Charcot mérite bien les honneurs des colonnes de La Plume et du Rouleau, vous l’allez voir.
 
Jean-Baptiste Charcot naît à Neuilly le 15 juillet 1867. Son père Jean-Martin est un médecin éminent, créateur de la neuropathologie et grand pionnier de l’étude de l’hystérie. L’enfant passe ses vacances en Normandie, à Ouistreham. Destiné à l’étude de la médecine comme papa, Jean-Baptiste réussit l’internat en 1891 puis, après la mort de son père en 1895, entreprend des travaux sur le cancer.
 
Jusque-là, rien que de très chic et de très bien sous tous rapports. 
Mais Charcot, en réalité, poursuit d’autres rêves. Tout petit déjà, lors de ses vacances, il s’initiait à la vie maritime en compagnie des pêcheurs. Devenu adulte, il dresse les plans d’un cotre de 19,50 mètres et 15 tonneaux, le « Pourquoi Pas ? » avec lequel il s’entraîne à la navigation le long des côtes irlandaises et anglaises. Grâce aux relations de son épouse, il se fait nommer médecin auxiliaire de la Marine nationale et obtient en 1902 une première mission d’études des pêcheries au large de l’Islande.
 
Simple entraînement, en réalité, pour Charcot, dont les ambitions sont plus vastes : il déplore que la France soit absente de l’étude des pôles tandis que l’Angleterre, l’Ecosse, la Suède et la Norvège sont déjà présentes dans l’Antarctique. Depuis 1838 et Dumont d’Urville, en effet, aucun français n’a parcouru cette zone que Charcot entend explorer et où il veut faire des travaux océanographique, zoologique, géographique, paléontologique et astronomique.
 
Pour cela, il fait construire en 1903 à ses frais « Le Français », un trois-mâts en chêne muni d’un moteur de 125 chevaux-vapeur et dont la coque est renforcée pour la navigation dans les glaces. La navigation sera difficile, il le sait : les régions où Charcot entend se rendre n’ont fait l’objet d’aucun relevé hydrographique (courants) ni géographique (côtes) ! Il franchira sans le savoir ce que nous nommons aujourd’hui (confortablement assis devant le journal de 20 heures) les « quarantièmes rugissants », les « cinquantièmes hurlants » pour aller jusqu’aux 60° de latitude, parcourus par de colossaux icebergs dérivants que l’on aperçoit au dernier moment quand ils sortent du brouillard…. Brrrr.......
 
La recherche des financements du voyage va d’abord être la première… aventure. Car si le président de la République, l’Académie des Sciences ou la Société de Géographie accordent leur patronage, cela ne permet guère de boucler le budget d’un projet forcément onéreux. La Commission des Missions du Ministère de l’Instruction Publique refuse même toute subvention (au moins, c’est clair). Alors Charcot sollicite toutes ses relations, remue ciel et terre pour trouver de l’aide : ici, la Marine Nationale lui donne… 100 tonnes de charbon, là un industriel de Basse-Normandie lui offre du lait concentré, du beurre et du… calvados, ailleurs le journal Le Matin réunit 50 000 francs-or par souscription. Le navire est encombré d’un fatras incroyable, d’instruments de mesure en tout genre (bien qu’encore sommaires), d’une maison démontable, d’importants vivres et même… d’un gramophone.

Enfin, c’est le départ de Saint-Malo.
 
Après une escale à Buenos-Aires (décembre 1903), « Le Français » part en direction de la Patagonie et de la Terre de Feu. En janvier 1904, il arrive aux Terres de Graham (3000 kms du pôle environ). Le temps est clair, et le bateau se fraie un chenal en brisant la banquise dans ses points faibles et serpente dans un labyrinthe d’icebergs qui offre au navigateur un spectacle féerique. Charcot s’exalte avec lyrisme devant les glaciers qui « passent par toutes les nuances de bleu, depuis l’azur le plus pâle jusqu’au bleu de Prusse, (…) ces constructions délicates comme une oeuvre d’art inimaginable en pâte de verre ». Le spectacle l’éblouit mais le marin n’oublie pas pour autant les dangers qui guettent en permanence son bateau, « noisette entre deux pavés s’il prenait fantaisie à ces monstres de se rapprocher ou de chavirer ».
 
En mars 1904, le bateau s’installe dans une anse pour hiverner (nous sommes dans l’hémisphère sud et les saisons sont inversées) et procéder à des études scientifiques : cultures microbiennes, observations dans les domaines de l’astronomie et de l’hydrographie côtière, essais sur l’électricité atmosphérique, observations zoologiques sur la faune abondante qui les entoure (baleines, pingouins, oiseaux) et qui se laisse d’autant plus facilement approcher qu’elle n’a jamais vu l’homme. L’enthousiasme règne parmi l’équipage de 19 hommes, même si les conditions sont très pénibles : température ambiante de – 39° et bien plus basse en cas de vent, immobilité nécessitée par le maniement des instruments de précision et cela à toute heure du jour et de la nuit, absence de lunettes qui provoque des crises d’ophtalmie des neiges chez les hommes.
 
Charcot s’emploie, de son côté, à soigner la bonne humeur de son équipage par des festivités diverses (fêtes nationales, religieuses) qui sont l’occasion de faire tourner le gramophone. On récite des poèmes aux veillées. Charcot, suivant une tradition ancienne dans la Marine, organise des séances d’enseignement mutuel : orthographe, anglais, navigation, histoire et géographie.
 
En décembre, à la saison « chaude » si l’on peut dire, il est temps de repartir. Mais « Le Français » est bloqué par la glace. On tente de la briser à l’explosif. Sans succès. Il faut alors scier la banquise à la main ! Le navire est finalement dégagé mais là, la chaudière du bateau tombe en panne ! De toutes façons : on n’a presque plus de charbon. Qu’importe ! Le jour de Noël 1904, on repart à la voile et, malgré une avarie qui conduit presque le bateau à s’échouer sur des récifs, on parvient à atteindre Buenos Aires trois mois plus tard, d’où l’on embarque pour la France. 
De retour dans la Mère Patrie, l’accueil est triomphal : les honneurs, les distinctions, les crédits pleuvent pour saluer une expédition dont les contributions scientifiques sont considérables. Charcot peut alors construire le bateau qui le rendra célèbre, le « Pourquoi pas ? » (n°2), trois-mâts de 445 tonneaux qui est lancé le 18 mai 1908.
 
Pris par le virus de l’aventure arctique, Charcot embarque alors 22 hommes d’équipage avec lesquels il va, en 1909, s’aventurer au-delà des 70 ° de latitude et reconnaître 2000 kms de côtes inexplorées du continent antarctique. C’est de nouveau une expédition riche en informations et Charcot fait l’objet d’un retour enthousiaste en France.
 
Après avoir été mobilisé pour la chasse aux sous-marins allemands durant la Première Guerre Mondiale, Charcot poursuit ses recherches en se dirigeant vers le pôle nord. Son bateau, le « Pourquoi pas ? » est désormais entretenu et armé aux frais de l’Etat. C’est vers le Groenland que, en juillet 1936, Charcot se dirige.
 
La mer, qu’il aura tant sillonnée, finira pourtant, comme tant d’autres, par être sa dernière demeure. Du naufrage de son bâtiment, en 1936, seul le maître timonier Le Gonidec sortira en effet vivant. Charcot aura poursuivi son rêve jusqu’au bout, tentant sans doute de répondre à la question qu’il se posait en 1905 : « D’où vient le charme de ces contrées, pourtant désertes et terrifiantes ? »
 
Bonne journée à tous.
 
Découvrez une autre histoire d'explorateur.


La Plume et le Rouleau © 2002

 

Pour d'autres aventures pleines de mystères, lisez La cinquième nouvelle...

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