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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1937 : Les SOUCIS du pape PIE XI

Publié par La Plume et le Rouleau sur 21 Mars 2002, 11:41am

Catégories : #Civilisation - vie politique - société

Mes Chers Amis,
 
Actionnons de nouveau d’une poigne vigoureuse le levier de notre machine à remonter le temps.
 
En 1937, ce 21 mars, de l’autre côté du Rhin, dans une Allemagne sous le joug nazi, des milliers de personnes sont rassemblées, prêtes à écouter dans le plus grand silence et avec la plus grande attention les paroles de leur chef, qui va s’adresser à eux.
 
S’agit-il d’un nouveau discours d’Hitler ? D’une nouvelle diatribe haineuse du Führer pour galvaniser une foule rassemblée dans quelque manifestation grandiose ? 
Non. Ce sont tous les catholiques d’Allemagne qui sont à la messe et ce jour-là, chaque prêtre, chaque curé de paroisse va lire à ses ouailles un texte inattendu : une encyclique papale, rédigée (exceptionnellement) non en latin mais dans la langue de Goethe par le pontife Pie XI (ci-dessus). Un texte destiné spécifiquement au peuple chrétien allemand et qui commence par ces mots, « Mit brennender sorge... » (« avec une brûlante inquiétude »).
 
Par ce texte, Pie XI (ci-contre) condamne le néo-paganisme nazi et s’alarme des persécutions encourues par les croyants.
 
Il n’est pas inutile de revenir un peu sur cette époque pour éclairer utilement une polémique plutôt pauvre en arguments : je veux naturellement parler des débats suscités par le film (et surtout son affiche) « Amen » de Costa-Gavras, qui stigmatise l’inertie du pape Pie XII (successeur de Pie XI) face aux persécutions des juifs durant la Seconde Guerre Mondiale, des persécutions qui furent pourtant dénoncées par de nombreux prêtres dont beaucoup payèrent de leur vie leur engagement personnel.
 
Comme son habitude, les Chroniques de la Plume et du Rouleau ne resservirons pas aux lecteurs affamés que vous êtes quelque article réchauffé de quelque historien du café du Commerce mais s'attacheront à aborder la question sous un jour différent.
 
Les prises de position successives des pontifes des années 1930 et 1940 peuvent en effet apparaître (mais est-ce si certain ?) bien timides comparées à la stature énergique d'un pape tel que Jean-Paul II. C’est que nos esprits contemporains du XXIème siècle sont habitués à un représentant de l’Eglise catholique mondialement reconnu comme une personnalité « politique » à part entière (en raison de ses engagements sur tous les terrains), alors même que le Concile de Vatican II (1962-1965), dans la lignée duquel il se situe complètement, distingue nettement la sphère politique de l’Eglise, l’un et l’autre étant « indépendants et autonomes ». Jean-Paul II disposait de relais médiatiques importants et aucun chef d’Etat ne se serait avisé de le traiter avec légèreté.
 
L’Eglise catholique de l’entre-deux-guerres n’est pas dans cette situation : avant 1929 et en dépit de son autorité spirituelle forte, le pape ne dispose que de faibles moyens matériels. L’état du Vatican n’existe pas, les propriétés foncières et donc la richesse du Vatican se sont réduits comme peau de chagrin depuis 1870 en Italie et 1905 en France. Le pape, confiné dans son palais, « prisonnier à l’intérieur de Rome » ne voyage quasiment pas, communique peu ou seulement par des bulles, des encycliques, le plus souvent rédigées en latin et dont la portée est limitée. 
En Italie même, l’Eglise catholique n’est parvenue qu’après d’âpres et longues négociations, aux accords de Latran (11 février 1929 entre le cardinal Gasparri et Mussolini) qui lui accordent un état souverain (de 44 hectares !), une indemnité financière et le mariage obligatoirement chrétien.
Mais l’Eglise a abandonné en cours de route son magistère sur la jeunesse et a accepté l’intégration des scouts dans les « balilas » fascistes : ci-dessus.
 
En Allemagne, face à la montée du nazisme, l’Eglise a cru pouvoir joué la carte du contre-pouvoir de l’intérieur : Mgr Pacelli, le nonce apostolique à Berlin (= l’ambassadeur du Vatican) signe le 20 juillet 1933 avec Hitler un concordat apparemment favorable à la religion. Tout le bénéfice, en réalité, revient au Führer : il se concilie les catholiques qui lui avaient été jusque-là hostiles et se donne un air de respectabilité sur la scène internationale.
 
Pie XI est alors suspecté de tiédeur avec les idées antidémocratiques : n’est-il pas indulgent avec le Portugal de Salazar, n’a-t-il pas été hostile au démocrate-chrétien italien Sturzo ? D’une façon générale, le catholicisme ne s’est-il pas rallié tardivement à la république et à la démocratie  avec le pape Léon XIII en 1890, soit moins de 50 ans à l’époque ?
 
Pourtant Pie XI est un homme d’action, érudit et fort au fait des questions internationales, qui s’alarme de la montée des nationalismes et de la place que prend « l’amour immodéré de son pays » par rapport à celui des valeurs chrétiennes.
 
En 1937, il publie coup sur coup 2 encycliques. « Divini Redemptoris » (où il qualifie le communisme de « satanique ») et « Mit Brennender Sorge » où il dénonce le paganisme du nazisme : « Quiconque divinise la race, le peuple ou l’Etat par un culte idolâtre renverse l’ordre des choses créé par Dieu ». Il envisage de rompre toute relation avec l’Allemagne hitlérienne.
 
Mgr Pacelli l’en dissuade.
 
Fin 1938, Pie XI s’attelle à une nouvelle encyclique : il entend dénoncer la politique raciale de Hitler. Le texte s’intitulera « Humani Generis Unitas » (« l’unité du genre humain », pour les derniers de la classe en latin...).
 
Cette encyclique ne verra pas le jour, Pie XI meurt le 10 février 1939. Un nouveau pape est élu.Sous le nom de Pie XII, c’est... Mgr Pacelli qui monte sur le trône de Pierre !
 
Par opposition, Pie XII va se montrer d’une grande prudence. D’une trop grande prudence. Il commence par négocier avec Hitler un statu quo : pas de critique de la part du Vatican, pas de vexation de la part du régime nazi. Après avoir en vain tenté de dissuader Mussolini d’entrer dans la guerre, il décide de rester impartial dans le conflit : ce qui est temporel n’est pas du ressort du pape. Plus prosaïquement, il manque de moyen et, face aux puissances belliqueuses, il n’a rien à opposer que la voix de la négociation. Globalement, il refuse, consciemment ou non de se positionner dans ce qui est pourtant une guerre idéologique : totalitarisme contre démocratie.
 
On sait mieux aujourd’hui ce que Pie XII savait, notamment de la Solution Finale. On sait également mieux ce qu’il fit, ce qu’il tenta, ce qu’il n’osa pas et ce qu’il refusa. Ces chroniques historiques n’y reviendront pas et il appartient à chaque lecteur, correctement informé, de se faire un jugement. Le pape Jean-Paul II, lui, qui sait ce que fut qu’être chrétien en Pologne sous les occupations nazie et communiste, s’est clairement prononcé sur la question.
 
Il semble juste, aujourd’hui, de reconnaître que, si Pie XI n’avait pas été inactif et avait sans doute fait au mieux de son magistère moral, son successeur Pie XII, dans l’exercice de sa charge, ne fut pas à la hauteur des défis rencontrés. 
 
Que défendre ? Comment le défendre ? Comment être sûr que celui qui porte vos valeurs ne va pas finalement vous décevoir ? Pas facile... Ce sont des questions que nous pouvons tous nous poser à l’approche, par exemple, de l’élection à la magistrature suprême française de 2002.
 
Comment y répondre ? J’ai une idée ! Dans « Indiana Jones et la dernière croisade », au moment de se jeter dans le vide pour l’ultime épreuve qui le mènera au Graal, le héros hésite... « Il faut y croire, mon fils » lui dit son père (Sean Connery, auquel un nazi vient d’expédier une balle dans le ventre).
 
Mais, au moment de placer votre bulletin de vote dans l’urne, pour qui allez-vous vous jeter dans le vide ?
 
Bonne journée à tous.
 

La Plume et le Rouleau © 2002

 

Pour d'autres récits de mystères et de secrets relatifs à l'Eglise, lisez La cinquième nouvelle...

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