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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1944 : Qui veut la peau d'ADOLF HITLER ?

Publié par La Plume et le Rouleau sur 11 Février 2002, 17:18pm

Catégories : #Personnalités célèbres

Mes Chers Amis,
 
Scrutons attentivement notre calendrier : le 11 février, c’est la saint... Adolphe.
 
Pourquoi ne pas la fêter ? Ce sera l’occasion de nous pencher sur quelques faits historiques oubliés pour évoquer les tentatives de quelques uns de « faire sa fête » au plus (tristement) célèbre Adolphe du XXème siècle.
 
Y parvinrent-ils ?
 
Non, évidemment. Vous le savez, les tentatives d’assassinat de Adolf Hitler échouèrent toutes. Pas de suspense dans cette chronique : tout est joué d’avance. Ce n’est pourtant pas une raison pour changer de page web : il reste en effet fort intéressant d’évoquer ceux qui, pour des motifs fort divers, tentèrent de faire prématurément basculer l’Histoire, de voir la façon dont ils s’y prirent et pourquoi ils échouèrent.
 
Evoquons d’abord l'acte isolé de Maurice Bavaud, jeune catholique suisse qui, le 9 novembre 1938 qui, lors d'une parade célébrant à Munich la tentative de putsch des premiers Nationaux-socialistes en1923, avait tenté de viser Hitler présent à la tribune. Les bras tendus devant lui l'en avaient empêché.

Voyon ensuite, en 1939, un autre acte isolé : celui de Georg Elser, ouvrier horloger opposé aux Nazis. Il sait que, tous les 8 novembre de chaque année, Hitler se rend à la Bürgerbräukeller de Munich, brasserie d’où il avait tenté en 1923 de lancer un putsch qui avait échoué. Ce « pèlerinage » lui permet de rencontrer ses vieux camarades du parti nazi de l’époque et d’évoquer avec eux le bon vieux temps. Il fait un discours enflammé qui commence vers 22 heures et dure assez longtemps puis reste bavarder avec son public.
 
Ce 8 novembre 1939, donc, la bombe de Elser est cachée derrière un pilier, lui-même situé derrière l’orateur. Elle doit exploser à 23h20. Hitler parle, parle. Et pendant ce temps, la minuterie s’égrène. Il est 23 heures maintenant. Sans explication, Hitler accélère son discours. Puis il quitte précipitamment la salle sans s’attarder. Il est 23 h 07. Stupéfaits, les militants restent là, un peu déçus. Treize minutes plus tard, la bombe explose, tuant 7 personnes et en blessant 60 dont le propre père d’Eva Braun.
 
Elser tente de passer en Suisse mais est arrêté le 10 novembre. Torturé, il niera toujours avoir reçu des ordres ou des appuis de services secrets alliés. Il mourra à Dachau en 1945. 
Mais... des membres de l’ex-Gestapo indiqueront aux Britanniques, après-guerre, que cet attentat avait été organisé par Hitler lui-même pour éliminer des « traîtres » au sein du parti nazi. Elser, authentique opposant au régime nazi mais manipulé, aurait été libéré de camp quelque temps avant pour exécuter l’attentat puis réincarcéré pour être par la suite liquidé...

Obscur, plausible mais incertain. Je vous livre l’anecdote sans garantie d’historien.
 
Les militaires allemands forment le deuxième creuset d’où émergeront des assassins potentiels du Führer. Les officiers supérieurs de la Wehrmacht sont en effet pour la plupart issus de l’aristocratie prussienne. Globalement, ils ont mal vécu l’arrivée au pouvoir d’un autrichien (Hitler n’acquiert la nationalité allemande que le 25 février 1932), ancien caporal de l’armée bavaroise (c’est-à-dire même pas sous-officier) et qui a militarisé le régime et la société au point de se rendre plus militaire que les militaires eux-mêmes. Depuis le début, Hitler n’est pour les officiers prussiens qu’un aventurier et un parvenu.
 
A partir de 1942, par ailleurs, les conquêtes du Reich marquent le pas tandis qu’Hitler exerce un pouvoir de plus en plus personnel sur les opérations, caractérisé par un fanatisme qui n’est pas partagé par tout le monde. Fin 1942, il enjoint ainsi au général Rommel de lutter jusqu’à la mort dans les sables d’El-Alamein et lui fait parachuter son bâton de maréchal ! Mais Rommel n’est pas fou et il se rend à Montgomery le 3 novembre. Le même scénario se répète à Stalingrad deux mois plus tard : Von Paulus et la VIème armée allemande se rendent le 31 janvier 1943 à l’Armée Rouge malgré les exhortations du Fûhrer qui fulmine.

De plus en plus paranoïaque, isolé de son entourage, Hitler ne semble plus à même de diriger les forces armées : son absence de formation dans les domaines stratégiques et tactiques apparaît au grand jour.

Pour certains militaires allemands de haut rang, c’est Hitler lui-même qui constitue un obstacle au succès des opérations sur le terrain. Ceux-ci perçoivent clairement que la guerre à outrance dans laquelle l’Allemagne est engagée sur tous les fronts conduit le pays à son anéantissement. L’ambition des conjurés est donc d’assassiner le Führer pour établir à la place un gouvernement militaire conservateur voire directement la monarchie (abolie depuis le 9 novembre 1918). Sur le plan militaire, ils entendent signer une paix séparée avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour concentrer leurs forces à l’Est, où ils veulent continuer le combat contre l’Union Soviétique.

A partir de 1943, les tentatives s'enchaînent. Le 13 mars 1943, le lieutenant Fabian von Schlabendorff dépose une bombe dans un avion qui ramène Hitler de Smolensk à Berlin. Mais le dispositif de mise à feu ne fonctionne pas. Le 21 mars, le lieutenant Rudolf von Gersdorf se prépare à se faire sauter près d'Hitler durant une exposition de matériel ennemi capturé. mais Hitler traverse trop vite l'exposition et le kamikaze n'a pas le temps de mettre ses engins à feu. En novembre, une autre tentative de ce genre avec le capitaine Axel von dem Bossche échoue à son tour. 
En mars 1944, le maréchal Busch envisage de tirer au pistolet sur Hitler lors d'une réception à Berchtesgaden où il sera invité. Au dernier moment, un malentendu l'empêche d'accèder à la salle. C'est de nouveau raté.

Le débarquement allié en Normandie (6 juin 1944) met en lumière le manque de coordination entre la marine (dirigée personnellement par Hitler) et le reste de l’armée. Pour certains officiers, si l'on veut éviter l'anéantissement total du pays, il faut éliminer un dictateur dont on se rend compte qu'il a maintenant sombré dans la folie.
 
Le complot est mené par le comte Claus von Stauffenberg, chef d’état-major des Armées de l’Intérieur.

L’attentat aura lieu le 20 juin 1944, ce sera l’ « opération Walkyrie ». Au jour dit, Stauffenberg se rend au Grand Quartier Général de Rastenburg, en Prusse orientale, où Hitler réunit certains de ses généraux. La bâtisse est en bois, ce ne sera pas sans conséquence.

Stauffenberg entre, une valise à la main. Dans la valise : une bombe. Non sans audace, il la dépose sous la table même à laquelle se tient la conférence. Puis il se rend à Berlin. Dès l’explosion connue, il appellera l’armée au soulèvement selon un plan coordonné avec d'autres militaires de haut rang.
 
Mais l’un des généraux présents autour de la table, par hasard, heurte la valise du pied. Trouvant le bagage encombrant, il le déplace alors dans la pièce d’à-côté, derrière le mur. La bombe explose quelques instants plus tard : 4 morts, vingt blessés. Hitler est projeté à terre mais il est indemne : le mur et la table l’ont protégé. Le souffle de l’explosion s’est, en outre, échappé vers le haut et l’habitation, en bois, est détruite : un bunker, en béton, l’aurait au contraire retenu, tuant très certainement ses occupants.
 
C’est raté pour les conjurés qui sont tous exécutés dans les heures qui suivent ainsi que leurs familles et proches. Le prestigieux maréchal Rommel, qui soutenait tacitement le projet, est, pour sa part, contraint au suicide quelque temps plus tard.
A cet égard, ne nous y trompons pas, le film Walkyrie, sorti le 29/01/2009 en France avec Tom Cruise dans dans le rôle de von Stauffenberg constitue une forme de réécriture hollywoodienne de l'histoire. Il s'inscrit dans une disposition intellectuelle typiquement américaine visant à simplifier la division du monde entre des "good guys" loyaux, honnêtes et droits et un "bad guy" à abattre incarné par la figure du mal absolu qu'est Hitler.

Destiné à un public large et le plus souvent ignorant des luttes de pouvoir internes du IIIème Reich (et parfois tout simplement dépourvu de notions historiques élémentaires), le film Walkyrie héroïse à outrance un personnage, Claus von Stauffenberg, qui, en réalité, est le vecteur de motivations moins limpides qu'il n'y parait.
 
- Claus von Stauffenberg est en effet avant tout le représentant d'une caste sociale bien particulière : l'aristocratie prussienne militaire, dont la spécificité a été noyée depuis 1933 dans la militarisation générale de la société allemande où coexistent militaires, para-militaires et militants du parti unique. Devenu désormais un officier parmi tant d'autres dans un pays dirigé par un "Führer" (guide) dont les aristocrates prussiens n'oublient pas qu'il n'est qu'un vulgaire caporal bavarois à la culture militaire succincte, von Stauffenberg est avant tout imprégné, comme de nombreux officiers de sa génération, d'un sentiment de déclassement
 
- Von Stauffenberg est-il un Nazi ? Non.
 
- Von Stauffenberg est-il pour autant un démocratre, hostile à la dictature dans son pays ? Certainement pas. Les conjurés de 1944 n'ont aucun lien avec aucune organisation de "Résistance" allemande (constituée de socialistes, de sociaux-démocrates, de catholiques et d'étudiants, même si cette opposition est fort restreinte, traquée sans relâche, déstructurée et largement inefficace). Ils ne peuvent en aucun cas être qualifiés de "Résistants" à Hitler.
 
- Von Stauffenberg est-il hostile à la politique d'expansion militaire de l'Allemagne ? Rien ne permet de l'affirmer. Il est à l'évidence scandalisé par les méthodes employées dans les pays occupés, particulièrement en Europe de l'Est où d'importants massacres de civils ont été perpétrés au mrépris total des règles habituelles de la guerre.
 
- Von Stauffenberg est-il opposé aux méthodes d'extermination, nourrit-il un quelconque sentiment favorable aux Juifs , qui motiverait, au moins en partie, son acte ? Là encore, rien ne permet de l'affirmer.
 
Ainsi que le dit l'historien françois Bédarida (Les collections de l'Histoire, n°35) : "Deux convictions inspirent les conjurés : d'une part la clé de l'avenir pour l'Allemagne réside dans l'élimination de Hiteler, d'autre part, seule l'armée est en mesure d'agir efficacement, non seulement parce qu'elle est seule à détenir la puissance des armes mais aussi parce qu'elle, seule, peut commander l'adhésion et la discipline de la population, une fois Hitler disparu."
 
Bref, Claus von Stauffenberg est un simple putschiste. Prétendre autre chose ne relève que d'une instrumentalisation des faits historiques. Mais de la part d'un adepte de la Scientologie, on ne doit pas s'en étonner...
 
Quoiqu'il en soit, pendant ce temps, à quelques centaines de kilomètres de là, Outre-Manche, les Alliés, eux aussi, fomentent un attentat. Ils devraient être évidemment les plus acharnés à la perte du leader nazi.

Et pourtant.

 

Ils se demandent s’ils vont réellement déclencher ou pas l’opération « Foxley ». Deux positions s’affrontent en effet au sein du commandement allié.

 

Il y a d’un côté ceux qui pensent, tel Thornley, un officier du Special Operation Service (le service « action » de l’armée britannique) que « toute tentative d’assassinat irait contre l’intérêt des Alliés ». Hitler apparaît en effet davantage comme un facteur de trouble dans la stratégie allemande que comme un facteur d’efficacité. Ses piètres talents de tacticien gênent la riposte de la Wehrmacht et favorisent a contrario les opérations alliées. De plus, s’il était assassiné par l’étranger, il risquerait de devenir un martyr aux yeux du peuple allemand, renforçant ainsi la popularité du régime nazi et la résistance de la population.

 

Il y a de l’autre ceux qui pensent que la mort du Fûhrer, au contraire, déstabilisera le régime et que ses successeurs seront enclins à rechercher une reddition négociée plutôt que de se battre à mort. Ils voient du reste l’ « opération Walkyrie » comme une démonstration de leur théorie. Le régime nazi est prêt à craquer : il faut briser la pièce maîtresse.

 

Le projet Foxley avance donc, sur deux théâtres d’opérations possibles :

 

* le train personnel de Hitler est évoqué. Il s’agit d’empoisonner la citerne d’eau avec un produit à retardement de quelques jours. L’opération s’avère pourtant difficile et aléatoire tant sont nombreux et imprévisibles les déplacements du Führer. Encore plus difficile est l’empoisonnement direct des mets de Hitler. Pourtant, les espions alliés savent quasiment tout du régime alimentaire de celui-ci : depuis le suicide de sa nièce et maîtresse Geli Raubal (18 septembre 1931), Hitler est strictement végétarien. Il prend ses repas à 16 heures et une heure du matin. Il n’absorbe aucun alcool mais se fait fabriquer une « bière » dans une brasserie de Munich pour sa consommation personnelle. Le projet va être finalement abandonné.

 

* le nid d’aigle du Berghof, la résidence d’Hitler à Berchtesgaden au sud de la Bavière est la cible de prédilection des services secrets britanniques qui ont préparé des scénarii alternatifs extrêmement précis. Le Berghof est en effet bâti tout en haut d’une montagne escarpée. On n’y accède qu’en ascenseur et, sur place, loge tout un personnel (soldats, cuisiniers) qui vit quasiment en autarcie grâce à des porcheries, un rucher, etc...

 

On y envisage un parachutage de troupes d’élite dans le cadre d’une attaque en règle du site : mais les aléas (météo, résistance des soldats sur place, caractère « suicide » de la mission) sont tels qu’on y renonce rapidement. On envisage alors l’infiltration par des SAS déguisés en chasseurs alpins allemands : ils abattront Hitler quand celui-ci, à son habitude, effectuera sa promenade quotidienne à 11 heures du matin. La réussite demeure pourtant incertaine.

 

Alors on envisage une dernière possibilité : placer un tireur embusqué le long de la route qui descend du Berghof, non loin d’un virage serré. A cet endroit, la voiture de Hitler ralentit en effet fortement et, dans le lacet, roule quasiment au pas. Le tireur sera placé de côté, à quelques mètres seulement de sa cible, avec un lance-roquettes anti-char. Sauf extraordinaire, il ne pourra pas rater sa cible.

 

Au mois de juin 44, le dossier est sur le bureau de Churchill. Un mot, un ordre et l’opération s’enclenchera. Churchill hésite. Une fin prématurée des hostilités, épargnant des milliers de vies humaines, serait certes préférable. Mais la mort d’Hitler fera-t-elle traîner ou bien accélérer la défaite de l’Allemagne ?

 

Il s’est entouré de tous les avis mais reste seul à trancher.

 

Après réflexion, Churchill renonce. Il choisit de parier sur l’avancée des troupes et la désorganisation du régime nazi. Quelques semaines plus tard, les Alliés effectueront effectivement en Normandie la percée décisive vers Paris. Mais il faudra encore 10 mois avant que la guerre ne s’achève et qu’Hitler, définitivement, ne rende son âme au diable dans son bunker berlinois.

 

Bonne journée à tous.

 

 D'autres complots, vrais ou imaginaires, contre des hommes célèbres ? Lisez les opus concernant Louis XIV ou Staline et même... François Mitterrand, Claude François , le pape Jean-Paul II ou encore Napoléon III 

 

La Plume et le Rouleau © 2002 mis à jour © 2009

 

Et pour d'autres histoires mystérieuses et secrètes, lisez La cinquième nouvelle...

Commenter cet article

marielle 25/02/2009 23:30

Très chouette infos. Merci du partage !

Hervé 26/02/2009 14:49


Merci de votre soutien.


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