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LA PLUME ET LE ROULEAU

LA PLUME ET LE ROULEAU

200 chroniques éclairent le Présent à la lumière de l'Histoire


1941 : HABBAKUK, un projet glacial

Publié par La Plume et le Rouleau sur 14 Août 2001, 17:19pm

Catégories : #Relations internationales & conflits

Mes Chers Amis,
 
Avant hier, c’était la saint Evrard et, pour cette occasion, je n’ai trouvé pour m’inspirer qu’un vague poète du XXème siècle, Evrard Charbonnel : un auteur dont j’ai parcouru l’oeuvre (fort confidentielle) qui, si elle ne manque pas d’harmonie dans la musique des mots, sonne toutefois, au final, aussi creux que la tête de Loana.
 
Je ne vous en assommerai donc pas et saisirai donc plutôt, comme souvent, l’occasion d’un anniversaire historique pour vous rafraîchir la mémoire. Quoi de mieux, pour cela, qu’une histoire de glaçons, spécialement en ces temps de chaleur estivale.?
 
Il y a exactement 60 ans aujourd’hui, le 14 août 1941, était signée, au large de Terre-Neuve, entre FD Roosevelt et Winston Churchill la « Charte de l’Atlantique ».
 
Il s’agissait d’une déclaration par laquelle les deux alliés définissaient les grands et nobles principes qui seraient à la base de leur lutte contre l’Allemagne nazie, par exemple : récupérer pour leur compte les tableaux de maîtres raflés par le Fûhrer, coloniser la France par le Coca-Cola, instaurer le God save the Queen dans les usines et le veau à la menthe dans les cantines scolaires.
 
Je plaisante, naturellement.
 
La charte posait en fait huit principes parmi lesquels le refus de toute expansion territoriale par la force, le droit des peuples à choisir librement la forme de leur gouvernement, la destruction définitive de la « tyrannie nazie » et le désarmement.
                                              
L’Amérique n’est, à la mi-août 1941, pas encore en guerre. L’attaque de Pearl Harbour de décembre 1941 lui fournira l’occasion de s’engager dans le conflit, auquel elle se prépare en fait depuis quelque temps déjà.
 
Comme les américains ne font jamais les choses à moitié, à partir du début 1942, ils se lancent alors dans un effort de guerre gigantesque. Pour vaincre, toutes les énergies et toutes les industries seront mises à contribution. Aucune idée, même saugrenue, ne sera négligée.
 
Geoffrey Pyke est un ancien journaliste qui est devenu en 1941 conseiller du chef des opérations aéronavales combinées, Lord Mountbatten. Pyke est un gars d’une imagination débordante.
 
En 1941, l’aviation alliée reçoit des missions qui excèdent parfois le rayon d’action des avions, notamment lorsqu’il s’agit d’escorter les convois de navires dans l’Atlantique pour les protéger des attaques des sous-marins allemands. Aucun porte-avion par ailleurs, ne peut à l’époque transporter des bombardiers lourds. 
Il est donc envisagé de construire en plein océan des îles artificielles pour procéder notamment au bombardement du Japon. Un seul problème : l’approvisionnement en acier dont les quantités nécessaires seraient alors considérables.
 
Alors Pyke a une idée complètement farfelue : pourquoi ne pas utiliser de la glace en guise de porte-avions ? Churchill est enthousiaste. On envisage d’aller découper des morceaux de banquise dans l’Atlantique nord et de les tracter en mer.
 
Problème : la glace fond (eh oui !). Pyke embauche alors une équipe de biochimistes spécialistes des plastiques pour travailler sur le durcissement rapide de la glace : c’est le « projet Habbakuk ». Ces hommes, dont certains sont des autrichiens qui ont fui le nazisme, mettent au point un procédé performant : en ajoutant 4 % de pulpe de bois à un volume d’eau, on obtient une glace ultra-résistante. Les torpilles s’y enfoncent sans la faire éclater, on peut la travailler comme du bois et la couler comme de l’acier ! On appelle cette matière (consécration !) la « pykrete ».

Pour en prouver la solidité, on invite Lord Mountbatten et on tire au pistolet sur le bloc de glace. Si l’initiative manque de tourner au drame (la balle ricoche sur la glace et passe de peu à côté de l’anglais !), elle montre en revanche que des résultats concrets voient le jour.
 
Pour limiter la fonte (car la glace fond, on se le rappelle, c’est incontournable), on envisage d’isoler la coque et de la réfrigérer en la maintenant à moins 15 degrés.
 
Et c’est parti. Des ingénieurs se mettent à dresser les plans d’un mirobolant navire porte-avions de glace jaugeant 2 millions de tonneaux (26 fois le Queen Elisabeth !), nanti d’une piste pour bombardiers lourds de 700 mètres de long et 70 mètres de large, résistant aux torpilles et doté de 26 moteurs développant 33 000 chevaux. Une oeuvre titanesque, entièrement en glace ! 
Le délire ne s’arrête pas là. On envisage de lui faire transporter des citernes permettant de projeter sur les ports ennemis de l’eau qui se transformerait immédiatement en glace, gelant les défenses et immobilisant les soldats pendant que débarqueraient des commandos alliés.
 
En août 1943, une conférence sur le projet Habbakuk réunit alors Lord Mountbatten, Roosevelt et Churchill qui, impressionnés, donnent leur accord pour construire dès l’hiver 1943 à Terre-neuve une immense usine de réfrigération d’où sortirait le premier prototype.
 
Mais durant l’été, Mountbatten est muté en Asie. Les américains se rendent alors compte (il est temps !) de l’absurdité du projet...

Le projet Habbakuk sombre alors corps et bien en quelques jours, beaucoup plus vite qu’il n’avait émergé.

La glace, ça met toujours plus de temps pour prendre que pour fondre : on le voit très nettement dans son verre de jus d’orange en été.
 
Bonne journée à tous.

La Plume et le Rouleau © 2001
 
Pour un récit plein de mystères et de secrets, lisez La cinquième nouvelle...

Commenter cet article

Strafford 02/04/2008 11:56

Article intéressant, détaillé, pas ennuyeux. Par contre, je suis allé voir par curiosité sur Internet le poète Evrard Charbonnel, et je trouve que le contenu est là, en plus du style et de l'harmonie.
Bonne chance pour la suite.

Hervé 26/02/2009 14:51


Merci. Il est vrai que se faire "transporter" par un poème est une affaire très personnelle.


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